Médicaments : le gouvernement lance un plan antipénurie
Au-delà des mesures de court terme pour le paracétamol et l’amoxicilline*, le plan prévoit une « nouvelle stratégie en matière de prévention ».
Par Zeliha ChaffinPublié le 04 février 2023 à 01h02, mis à jour à 12h48
Temps de Lecture 3 min.

Anti-infectieux, antiépileptiques, antibiotiques, antidiabétiques… Les ruptures d’approvisionnement de produits de santé sont devenues le fléau quotidien des pharmaciens et des médecins hospitaliers. Elles ne cessent de s’aggraver en France depuis quinze ans. Face à la situation, le gouvernement a annoncé, vendredi 3 février, le lancement d’un comité de pilotage sur les médicaments, destiné à poser les jalons d’une « nouvelle stratégie en matière de prévention et de gestion des pénuries ».
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A l’issue d’une réunion avec les acteurs du secteur de la santé, parmi lesquels figuraient les représentants de patients, les professionnels de santé et les industriels du médicament, ce comité de pilotage, sous l’égide des ministères de la santé et de l’industrie, a esquissé une série de chantiers à mettre en œuvre au cours des prochains mois. Ceux-ci constitueront la trame de la future feuille de route des prochaines années pour lutter contre les pénuries de produits de santé, qui sera présentée en juin.
Au menu de ce programme antipénuries figure notamment l’élaboration, sous trois mois, d’un plan de préparation des épidémies hivernales, dont l’objectif est d’anticiper les éventuelles tensions et de renforcer la capacité du gouvernement à faire face aux pics saisonniers de consommation de médicaments. Un chantier qui résulte de la crise rencontrée ces derniers mois concernant l’amoxicilline et le paracétamol, dont la demande a explosé sous l’effet conjugué de la triple épidémie de Covid-19, de grippe et de bronchiolite.
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Hausse des prix de vente de certains génériques
Dans la lignée, un « plan blanc médicaments », qui pourra être activé en cas de situation exceptionnelle, sera mis sur pied afin de permettre de « prendre des mesures fortes pour sécuriser la prise en charge de nos concitoyens », précisent les deux ministères, sans plus de détails.
Un troisième chantier se chargera, d’ici à la fin mai, d’établir une liste de 200 à 300 médicaments dits « critiques », dont l’absence menacerait la survie des patients, faute d’alternatives satisfaisantes.
Un travail à cet effet avait déjà été engagé au début de la crise du Covid-19, en 2020. Il devait permettre de guider la stratégie industrielle de reconquête sanitaire du gouvernement, notamment en identifiant les principes actifs indispensables à relocaliser sur le sol national. Trois ans plus tard, cette liste n’avait cependant toujours pas été arrêtée.
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Le gouvernement a surtout annoncé des hausses de prix de vente pour certains génériques essentiels produits en Europe. Une mesure réclamée de longue date par les laboratoires et qui constitue un revirement dans la politique menée par les gouvernements successifs cette dernière décennie. La France affiche en effet les prix de vente les plus bas d’Europe sur le médicament.
Une situation qui, selon les industriels, a contribué à la délocalisation de leurs productions, rendant l’Hexagone fortement dépendant de l’étranger pour ses approvisionnements, et qui menace, avec l’explosion des coûts de production ces derniers mois sous l’effet de l’inflation, le maintien de la fabrication des produits restants. La décision s’inscrit dans la lignée de ses voisins européens. L’Allemagne, le Portugal et la Grèce ont tous trois indiqué ces dernières semaines leur intention de relever les prix de vente de certains de leurs médicaments critiques.
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Approvisionnement supplémentaire en amoxicilline
Le phénomène des pénuries n’est pas nouveau. Au début du printemps 2020, la première vague de Covid-19 avait déjà mis en lumière les difficultés d’approvisionnement sur certains médicaments en cas de crise. Trois ans plus tard, la situation a toutefois pris une tournure critique. En 2022, plus de 3 000 médicaments d’intérêt thérapeutique majeur étaient signalés en rupture ou risque de rupture par les industriels pharmaceutiques. Ils étaient 1 504 en 2019.
Le point d’orgue a été atteint à l’automne 2022, lorsque les formes pédiatriques du paracétamol et de l’amoxicilline, deux « basiques » des armoires à pharmacie parmi les plus consommés en France, ont commencé à manquer au comptoir des officines. Après avoir, au début de l’automne, relativisé l’ampleur de ces pénuries, le gouvernement a redoublé d’efforts à l’hiver pour y remédier.
Vendredi, il a annoncé la poursuite, « jusqu’à ce que la situation s’améliore de façon pérenne », des mesures de crise mises en place sur ces deux produits, dont le rationnement des stocks, l’interdiction des exportations par les grossistes et le recours aux préparations magistrales par les pharmaciens.
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Les tensions sur l’amoxicilline devraient par ailleurs s’estomper avec la livraison par Biogaran et GSK, sous une quinzaine de jours, de plus d’un million de flacons de cet antibiotique, fabriqué sur un site de Mayenne, dans l’ouest de l’Hexagone. « Dès la semaine prochaine, 750 000 boîtes d’amoxicilline seront livrées aux pharmacies. Au total, cet approvisionnement supplémentaire représente l’équivalent d’un mois de consommation de ce produit », détaille Jérôme Wirotius, directeur général du laboratoire Biogaran et vice-président du Gemme, l’organisation des fabricants de médicaments génériques en France, qui se réjouit des mesures antipénuries annoncées par l’Etat.
Zeliha Chaffin
Pénurie de médicaments : François *Braun promet un retour à la normale « dans les deux semaines »
Le ministre de la santé a assuré vendredi que les stocks d’amoxicilline et de paracétamol sont en passe d’être reconstitués, grâce au « travail fait par les industriels, qui ont activé toute la chaîne de production ».
Le Monde avec AFPPublié le 03 février 2023 à 10h40, mis à jour le 03 février 2023 à 11h18
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Le ministre de la santé a promis, vendredi 3 février, la fin d’ici à deux semaines de la pénurie de certains médicaments, tels que l’amoxicilline. « Hier soir, j’ai réuni avec le ministre de l’industrie, Roland Lescure, l’ensemble de la filière (…) pour dire : “Plus jamais ça !”, cette pénurie de médicaments essentiels pendant une période hivernale », a déclaré François Braun, au micro d’Europe 1.
« Plus jamais ça », assure @FrcsBraun à propos des pénuries de médicament sur #Europe1 https://t.co/V9LC9VJemq— Europe1 (@Europe 1 🎧🌍📻)
« On va revenir dans les deux semaines qui viennent à un mois de stock supplémentaire en amoxicilline », a assuré M. Braun, confirmant la livraison prochaine dans les pharmacies d’un million de flacons de cet antibiotique. « Nous avons récupéré des stocks de paracétamol, donc nous sommes sortis de cette période de crise dans les deux semaines qui viennent », a ajouté le ministre.
Cet afflux s’explique, selon lui, par « le travail fait par les industriels, qui ont activé toute la chaîne de production ». « Les pharmaciens vont recevoir 750 000 boîtes additionnelles d’amoxicilline livrées par Biogaran dès le 6 février », a précisé à l’Agence France-Presse (AFP) le laboratoire de génériques. « Au total, sur le mois de février, nous allons distribuer 1 090 000 boîtes sur trois références », a-t-il ajouté.
Vers un « plan du médicament »
Les ministères de la santé et de l’industrie ont, en outre, annoncé leur intention d’autoriser des hausses de prix, « en contrepartie d’engagements des industriels sur une sécurisation de l’approvisionnement du marché français », disent-ils dans un communiqué commun.
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Depuis plusieurs mois les stocks de certains médicaments sont maigres. Deux produits, largement utilisés par les Français, concentrent les inquiétudes : les versions pédiatriques du paracétamol et l’amoxicilline, l’antibiotique le plus prescrit dans le pays, principalement pour traiter les angines et les otites infantiles.
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Le ministre de la santé entend désormais « prévenir les effets de pénurie ». Il a demandé à la filière d’établir « pour le mois de juin la liste de tous les médicaments essentiels ». Le gouvernement veut pouvoir identifier rapidement à l’avenir « tous les endroits où il peut y avoir des problèmes », a-t-il dit. « On anticipe sur l’hiver prochain, quitte à faire des stocks préalables », a-t-il insisté. François Braun souhaite, par ailleurs, lancer « un plan du médicament » pour éviter les crises.
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