« C’est la réforme ou la faillite », une affirmation à la fois inexacte, mensongère et délirante.

RÉFORME DES RETRAITES : UN SCANDALE DÉMOCRATIQUE

L’article en entier sur:

https://elucid.media/societe/reforme-des-retraites-un-scandale-democratique/

Extraits:

La France est de nouveau confrontée à une énième réforme des retraites soi-disant indispensable pour garantir son financement à moyen terme. Cette réforme est présentée comme « un ajustement logique, car si on vit plus longtemps, on doit travailler plus longtemps ». Cependant, la mise au rebut de plus en plus précoce des travailleurs séniors par les entreprises va conduire à plus de précarité (la réforme du chômage s’en assure) et aboutir à un appauvrissement progressif des retraités en France. Alors que rien n’impose de réaliser rapidement cette réforme, Emmanuel Macron montre son désir fanatique de casse sociale, supprimant « en même temps » 8 milliards de recettes budgétaires annuelles issues d’impôts sur les entreprises...

Le système par répartition a fortement diminué la pauvreté des séniors

Avec son système actuel de retraite par répartition, la France bénéficie d’un taux de pauvreté des personnes âgées de plus de 65 ans parmi les plus faibles d’Europe : environ 8 % en France en 2020 contre 15 % en Suède et 18 % en Allemagne.

Notre système de répartition avait ainsi permis de gommer une partie des inégalités de revenus qui ont cours pendant la vie active. Ainsi, le niveau de vie médian des retraités en France est relativement comparable à celui de la population active...

Pour limiter la hausse des cotisations, et sous la pression de Bruxelles, les gouvernements successifs se sont engagés dans des réformes du système de retraite, qui ont au final freiné la hausse du montant des pensions versées.

Le but de ces « réformes » a été d’augmenter l’âge de départ à la retraite, qui est actuellement de près de 63 ans pour les salariés du privé :

On constate que ces nombreuses réformes n’ont consisté qu’en des modifications « paramétriques », très douloureuses pour les nouveaux pensionnés (augmentation des durées de cotisation, hausse de l’âge légal de départ en retraite…

Les dangers d’une réforme non nécessaire

Le plus paradoxal est que, selon les projections du Conseil d’Orientation des Retraites (COR), l’organisme étatique chargé d’aider au pilotage du système français de retraite, on ne devrait pas assister à une explosion des dépenses à long terme.

Rapport annuel du COR – Juin 2021
Synthèse
Malgré le contexte de la crise sanitaire et le vieillissement progressif de la population française, les évolutions de la part des dépenses de retraite dans le PIB resteraient sur une trajectoire maîtrisée à l’horizon de la projection, c’est-à-dire 2070. C’était un résultat qui prévalait avant la crise sanitaire que nous traversons depuis début 2020. C’est un résultat qui demeure valable après crise.

Dans son dernier rapport, le COR considère que notre système de retraites, contrairement à ce que prétend le gouvernement, se porte plutôt bien. En 2021, il a ainsi dégagé un excédent de 900 millions d’euros, et disposait fin 2022 de réserves d’un montant de 3,2 milliards d’euros. S’il est vrai que son solde global risque éventuellement de se dégrader après 2023, ce n’est que « faiblement » et « de manière contrôlée ». Le COR pronostique ainsi un retour à l’équilibre après 2030.

En termes de part dans le PIB, le montant des pensions de retraite devrait dans le pire des scénarios se stabiliser autour de 12 % jusqu’en 2035, puis commencer à décliner pour atteindre 10,8 % du PIB en 2070.

L’interprétation de ces chiffres doit bien entendu se faire avec prudence, car les projections du COR sont fortement sensibles à l’évolution de la productivité du travail (combien de richesse peut être créée par un salarié), mais également l’évolution de l’inflation ou bien encore du chômage.

On est bien loin, cependant, d’un système hors de contrôle, menacé par une explosion à venir des dépenses, qui nécessiterait des mesures très urgentes au moment même où nous entrons en pleine période de troubles économiques et financiers. D’ailleurs, le rapport du COR précise lui-même que ses études : « ne valident pas le bien-fondé des discours qui mettent en avant l’idée d’une dynamique non contrôlée des dépenses de retraite ». Cela n’a pas empêché Gabriel Attal, ministre de l’Action et des Comptes publics, d’affirmer sans rire que : « sans réforme, il y aura 500 milliards d’euros de dette supplémentaires sur 25 ans. En clair : c’est la réforme ou la faillite » − une affirmation à la fois inexacte, mensongère et délirante...

D’autre part, cette réforme a de nombreux effets pervers.

La propagande gouvernementale la présente comme quelque chose d’inéluctable et de logique, car « si on vit plus longtemps, on doit travailler plus longtemps ». Certes, c’est en partie vrai dans un contexte de hausse du nombre de séniors, mais les choses sont bien loin d’être aussi simples, comme le constatent les travailleurs de plus de 50 ans en entreprise. Mis au rebut de plus en plus précocement en raison de leur coût, ils se retrouvent alors frappés par le chômage et l’invalidité, attendant pendant de longues années une retraite qui s’éloigne de plus en plus.

Pire, le gouvernement fait le choix d’une telle réforme − qui va augmenter mécaniquement le nombre de séniors au chômage − juste après avoir « réformé » l’assurance chômage pour en réduire la durée et les niveaux d’indemnisation:

Des années de galère à attendre une retraite plus basse, de plus en plus souvent au RSA, dont le nombre de bénéficiaires âgés a tout simplement quadruplé en une décennie.

La hausse en trompe-l’œil de l’espérance de vie

Outre l’espérance de vie totale, il est important de prendre en compte l’espérance de vie en bonne santé. Or, là aussi, les inégalités sociales influent grandement sur cet indicateur. Si on se rapporte aux données anglaises selon le revenu (l’Insee ne publiant a priori pas l’équivalent en France), on constate qu’au-delà de 60 ans, les 30 % des Anglais les plus pauvres n’ont aucune année d’espérance de vie en bonne santé contre 11 ans chez les 10 % les plus riches (ceci a été originellement signalé par Harroun Sabbah sur son site).

Parallèlement à cette inégalité intragénérationnelle, on observe qu’aux États-Unis se fait jour une inégalité intragénérationnelle : une étude récente a ainsi montré que la modification du partage de la richesse au profit des classes supérieures s’est accompagnée d’un accroissement des inégalités en termes d’espérance de vie

 cette étude anticipe ainsi une baisse de l’espérance de vie des 20 % à 40 % des Américains les plus pauvres, masquée au global par la forte hausse de celle des plus riches.

…Lâcheté, car il ne tient pas compte des graves inégalités. Il convient également de rappeler un triste fait : aujourd’hui, avec un âge de départ à 62 ans, 25 % des travailleurs français les plus pauvres sont morts avant l’âge de la retraite, contre seulement 5 % des plus riches.

De manière plus globale, on observe que l’espérance de vie varie en fonction du revenu. Ainsi, il existe un écart d’espérance de vie de 12 ans entre les deux extrêmes de la distribution des revenus chez les hommes et de 8 ans chez les femmes, selon l’Insee…

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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