Macron promet des centrales nucléaires, mais « Faire une loi d’accélération du nucléaire, c’est comme vouloir faire accélérer un escargot »

Nucléaire : la course contre la montre pour construire de nouveaux réacteurs en France

Le projet de loi visant à raccourcir les démarches administratives pour faciliter les futurs chantiers est examiné au Sénat à partir de mardi. En perspective, la relance de « la grande aventure du nucléaire civil », telle que promise par Emmanuel Macron. 

Par Adrien PécoutPublié le 17 janvier 2023 à 05h46, mis à jour le 17 janvier 2023 à 13h20 https://www.lemonde.fr/economie/article/2023/01/17/nucleaire-la-course-contre-la-montre-pour-construire-de-nouveaux-reacteurs_6158138_3234.html

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SÉVERIN MILLET

L’industrie nucléaire française veut gagner du temps. Ou du moins ne plus en perdre, ce qui serait déjà un net progrès. La construction de l’EPR de Flamanville (Manche) – ou réacteur pressurisé européen – devait durer moins de cinq ans. Coulage du premier béton effectué en décembre 2007, mise en service d’abord escomptée pour juin 2012… avant maints déboires techniques qui la repoussent désormais, après le dernier report en date, au milieu de l’année 2024.

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Le projet de loi en examen au Sénat à compter de mardi 17 janvier vise à accélérer les procédures liées à de prochaines constructions outre une partie sur le fonctionnement des réacteurs actuels. Un texte très circonscrit : il concerne le volet administratif permettant le début de travaux préparatoires (terrassement, bâtiments annexes, aménagement du lieu), pas le premier béton et la construction du bâtiment nucléaire. Un texte « horriblement technique », a convenu la ministre de la transition énergétique, Agnès Pannier-Runacher, auditionnée par les sénateurs le 11 janvier.

Le projet législatif de l’exécutif se borne aux futurs chantiers à proximité de centrales existantes. En perspective, la relance de « la grande aventure du nucléaire civil », telle que promise par Emmanuel Macron en février 2022. Vantant les mérites climatiques d’une électricité bas carbone, le chef de l’Etat a exprimé sa volonté que le pays fasse sortir de terre six nouveaux réacteurs, dits EPR 2, voire huit autres par la suite, selon possibilité, d’ici à la moitié du siècle.

Echéancier optimiste

L’électricien EDF a déjà en tête les sites des trois paires initiales. D’abord Penly (Seine-Maritime), pour une première mise en service envisagée entre 2035 et 2037, selon l’échéancier le plus optimiste de l’entreprise. Ensuite Gravelines (Nord), pas avant 2039. Puis dans la vallée du Rhône, soit l’installation du Bugey, soit celle du Tricastin, au mieux à l’horizon 2043.

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« Soit des durées de construction [du premier béton à la mise en service] décroissant d’environ neuf ans pour la première des six tranches à sept ans et demi pour la sixième », précise un document du gouvernement sur les travaux relatifs au nouveau nucléaire, début 2022, après deux audits externes. Des durées à comparer à celle des premiers EPR, après divers ajournements : neuf ans pour ceux de Taishan (Chine) et au moins dix-sept ans pour Olkiluoto (Finlande), qui attend toujours son démarrage commercial.

Tenir les délais demeure le « facteur de compétitivité le plus déterminant pour notre succès futur », selon le nouveau patron d’EDF, Luc Rémont

Le présent projet de loi se situe bien en amont de la construction, c’est-à-dire dès le dépôt des demandes d’autorisations administratives du chantier – EDF les prévoit pour mai ou juin de l’année en cours, dans le cas de Penly. Le maître d’ouvrage espère avoir le droit de commencer les travaux préparatoires en juin 2024, à l’obtention de l’autorisation environnementale. Sans quoi il lui faudrait patienter jusqu’au décret d’autorisation de création (« le noyau procédural », selon l’avocat Jean-Nicolas Clément, spécialisé dans l’énergie), espéré pour 2026 sous la supervision de l’Autorité de sûreté nucléaire. Objectif : pose de la première pierre dès 2027, ultime année du second quinquennat d’Emmanuel Macron.

Le texte entend aussi minimiser le nombre de contentieux possible, à l’instar d’un autre projet de loi, déjà adopté au Sénat en première lecture, le 10 janvier, sur les énergies renouvelables. Les contestations à l’encontre des chantiers iraient directement au Conseil d’Etat, sans transiter par les échelons intermédiaires des juridictions. Au regard du droit actuel, EDF estime à une vingtaine de mois le gain de temps potentiel pour chaque recours. Figure par ailleurs, parmi les articles, l’expropriation possible d’emprises à proximité de centrales. Ainsi qu’une dérogation à la « loi littoral » encadrant l’aménagement des côtes – Penly donne sur la Manche et Gravelines sur la mer du Nord.

Le projet de loi en soi ne quantifie pas le temps gagnable, quand bien même il s’agit de son objet. Une certitude, cependant : tenir les délais demeure le « facteur de compétitivité le plus déterminant pour notre succès futur », selon le nouveau patron d’EDF, Luc Rémont, lors d’une table ronde au Sénat, il y a un mois. Pour l’EPR de Flamanville, les coûts de construction ont déjà quadruplé : jusqu’à 13,2 milliards d’euros, sur fonds propres. S’y ajoutent près de 7 milliards d’euros de frais intercalaires, selon la cour des comptes en 2020. « Vous avez des dépenses, mais pas de recettes », synthétise François Lévêque, professeur d’économie à Mines ParisTech.

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Les retards à répétition offrent un angle d’attaque au mouvement antinucléaire. Un de plus, outre la question générale des déchets radioactifs et celle de la sûreté. « Faire une loi d’accélération du nucléaire, c’est comme vouloir faire accélérer un escargot », réagissait, en novembre 2022, Pauline Boyer, chargée de campagne pour l’ONG Greenpeace. Autre motif de crispation, le Sénat étudie ici les procédures pour de nouveaux réacteurs, dont le Parlement n’a pas même encore validé le principe – la future loi de programmation sur l’énergie et le climat doit être votée avant le 1er juillet –, et sur lesquels la Commission nationale du débat public travaille toujours.

Effet « Tagada »

Après une longue période sans commandes, l’industrie nucléaire se prépare à recruter quelque dix mille personnes par an jusqu’en 2030. « Le plus difficile n’est pas de savoir si nous aurons la capacité industrielle de construire six ou quatorze nouveaux réacteurs, mais de créer les conditions de la réussite du premier d’entre eux », considère Virginie Neumayer, représentante CGT des salariés de la filière. La syndicaliste compte beaucoup sur « l’effet de série », d’un chantier à l’autre.

L’effet « Tagada », pour reprendre le surnom donné jadis à un trio de centrales : Tricastin-Gravelines-Dampierre. Leur mise en route a démarré « en 1980, à quelques semaines d’intervalle après une véritable course contre la montre lors des six ans de construction », raconte Michaël Mangeon, spécialiste de l’histoire du nucléaire, chercheur associé au laboratoire Environnement, ville, société du CNRS.

Impossible cependant de réitérer le tempo du parc historique français, lancé au début de la décennie 1970, puis amplifié avec le plan Messmer de 1974, en réponse au premier choc pétrolier. En ce temps-là, pas autant de procédures, pas d’obligation de débat public, pas d’autorité de sûreté indépendante les accidents graves, à l’étranger, de Three Mile Island (1979), Tchernobyl (1986) et Fukushima (2011) ayant durci les exigences entre-temps. Les vingt-deux premiers réacteurs, moins puissants mais aussi moins complexes à concevoir, ont tous commencé leur service entre 1978 et 1983.

Adrien Pécout

Relance du nucléaire : le projet de loi revu par les sénateurs

Les sénateurs ont achevé l’examen du projet de loi visant à accélérer la relance du nucléaire. Ils sont revenus sur la baisse de la part de l’atome dans le mix énergétique et ont souhaité élargir le champ d’application des mesures de simplification.

Energie  |  19 janvier 2023  |  Sophie Fabrégat

https://www.actu-environnement.com/ae/news/projet-loi-nucleaire-epr-senat-40998.php4#ntrack=cXVvdGlkaWVubmV8MzIxNw%3D%3D%5BNDExMDgz%5D

Relance du nucléaire : le projet de loi revu par les sénateurs

© ERICLes sénateurs sont revenus sur l’objectif de baisse de la part du nucléaire à 50 % d’ici à 2035 inscrit dans la PPE. 

Les sénateurs ont achevé en une journée l’examen, en séance publique, du projet de loi relatif à l’accélération des procédures liées à la construction de nouvelles installations nucléaires à proximité de sites nucléaires existants et au fonctionnement des installations existantes. Le vote est attendu le 24 janvier prochain. Le texte sera ensuite examiné à l’Assemblée nationale.

Ces amendements visent à détourner ce projet de loi de son objectif initial en l’étendant à toutes les installations nucléaires 

Greenpeace

Ce projet de loi a été présenté par le Gouvernement afin de simplifier les démarches administratives liées à la relance de la construction de réacteurs nucléaires (EPR2), souhaitée par Emmanuel Macron, et d’accélérer les chantiers. Il vise également à modifier les modalités de réexamen périodique des réacteurs de plus de 35 ans, en vue d’une éventuelle prolongation de leur durée de vie.

« Le présent projet de loi n’emporte pas de décision s’agissant de l’engagement de projets de construction de nouveaux réacteurs électronucléaires, ni s’agissant des orientations relatives au mix électrique français. Il ne préjuge pas des décisions qui seront prises à l’issue des travaux en cours sur la Stratégie française relative à l’énergie et au climat, qui tiendront compte des concertations et débats publics prévus sur ces sujets », indique le Gouvernement dans l’étude d’impact du projet de loi.

Une négation de la participation du public ?

Les sénateurs ont souhaité revenir sur l’objectif de baisse du nucléaire inscrit dans la loi de programmation de l’énergie (PPE), alors même qu’un nouveau débat a été lancé pour redéfinir le mix énergétique et que des travaux sont à venir sur ce sujet.
En parallèle, un débat public a été lancé d’octobre 2022 à février 2023 sur le programme présenté par EDF qui prévoit la construction de six nouveaux réacteurs, dont les deux premiers seraient construits à Penly (Seine-Maritime). 


La Commission nationale du débat public (CNDP) a réagi à ce vote, jugeant qu’il anticipait « de quelques mois un débat relevant du projet de loi de programmation énergétique ».

Selon elle, cette anticipation « revient à considérer comme sans intérêt pour définir la stratégie énergétique les interrogations, les remarques et les propositions faites lors du débat public en cours ».

Et pourtant, dès l’examen en commission, les sénateurs ont souhaité ajouter au texte une note politique. En revenant notamment sur l’objectif de baisse de la part du nucléaire à 50 % d’ici à 2035 inscrit dans la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE). En séance publique, le 17 janvier, ils ont maintenu cette modification et ont continué à retoucher le projet de loi.

Une application élargie

Les sénateurs ont repoussé, contre l’avis du Gouvernement, la durée d’application du texte, initialement prévue pour quinze ans, à 2050, puisqu’ « actuellement l’horizon des prévisions en matière d’énergie est fixé à 2050 ».
Ils ont également étendu les mesures de simplification aux projets d’installations d’entreposage de combustibles nucléaires. En commission, elles avaient déjà été élargies aux petits réacteurs modulaires (SMR) et aux électrolyseurs.

« [Ces] amendements (…) visent à détourner ce projet de loi de son objectif initial de prétendue simplification administrative pour la création d’EPR2 en l’étendant à toutes les installations nucléaires, à l’exception de celles relatives aux accélérateurs de particules et de Cigéo. La piscine de La Hague, les SMRs et toutes les installations nucléaires seraient concernées, sans aucune étude d’impact ou débat sur l’impact de telles mesures sur ces installations », dénonce Greenpeace.

Évaluer les impacts de ce programme

En commission, les sénateurs ont demandé au Gouvernement de remettre un rapport avant le dépôt du projet de loi de programmation sur l’énergie. Ce rapport doit évaluer l’impact de la construction de quatorze EPR sur la situation d’EDF, le marché de l’électricité et les finances publiques, les besoins en termes de métiers et de compétences, la sûreté et la sécurité nucléaire. Un amendement adopté en séance publique prévoit que le Gouvernement étudie également l’impact de ce programme sur l’amont et l’aval du cycle du combustible, notamment sur l’approvisionnement en uranium et en matières premières.

Par ailleurs, le Gouvernement devra engager un audit recensant « les besoins prévisionnels en emplois de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) pour faire face à la relance du nucléaire dans un contexte marqué par des aléas et évènements incertains ».

Littoral, inondations et submersions marines

Alors que le texte prévoit des dérogations à la loi Littoral sur les sites déjà installés dans ces zones, un amendement propose d’enfouir de préférence les lignes électriques. Le cahier des charges de la concession devra également prendre en compte les risques liés à l’élévation du niveau des fleuves.

Enfin, un amendement, adopté contre l’avis du Gouvernement, prévoit que la concession d’utilisation du domaine public maritime ne pourra pas être délivrée dans une zone inondable ou ayant subi des inondations ou des submersions marines. « Lors de la tempête Martin, fin décembre 1999, la Gironde a frôlé la catastrophe. La centrale du Blayais fut inondée par des vagues qui sont passées au-dessus de la digue de la centrale, même si celle-ci était dimensionnée contre une surcote millénale et un coefficient de marée de 120. L’inondation a endommagé le système de refroidissement et deux réacteurs ont dû être arrêtés d’urgence », rappelle l’exposé des motifs de l’amendement déposé par le groupe Écologiste et adopté.

Artificialisation nette

En commission, les sénateurs ont acté une mutualisation nationale des surfaces foncières des centrales nucléaires, afin de ne pas pénaliser les collectivités d’implantation des futurs réacteurs au titre de leurs obligations « zéro artificialisation nette » (ZAN). En séance publique, ils sont allés plus loin en prévoyant, en conséquence, que le Gouvernement étudie l’opportunité de mutualiser à l’échelle nationale les recettes fiscales liées au foncier des nouvelles centrales nucléaires. « S’il est parfaitement compréhensible que les centrales nucléaires représentent des projets d’intérêt national et que leur foncier mérite d’être mutualisé au titre de l’objectif ZAN, il est aussi intuitif que les recettes fiscales liées à ces projets bénéficient à l’ensemble des collectivités territoriales et non aux seules collectivités d’implantation », explique l’exposé des motifs déposé au nom de la commission des affaires économiques.

Des sanctions plus sévères en cas d’infraction

Enfin, les sénateurs ont souhaité renforcer les sanctions pour toute personne ou association qui s’introduirait ou tenterait de s’introduire dans un site nucléaire. L’amendement adopté double le montant des amendes prévues en cas de violation, et triple la peine d’emprisonnement. « De plus, des peines complémentaires pourront être décidées par le juge, à l’instar de la dissolution d’une personne morale se rendant coupable de l’infraction précitée ou l’interdiction, pour une durée de cinq ans au plus, de percevoir toute aide publique attribuée par l’État, les collectivités territoriales, leurs établissements ou leurs groupements ainsi que toute aide financière versée par une personne privée chargée d’une mission de service public », précise l’amendement des Républicains. Cette mesure cible les actions menées à plusieurs reprises par Greenpeace pour dénoncer les problèmes de sureté des sites nucléaires.

Sophie Fabrégat, journaliste
Rédactrice spécialisée

*Nucléaire : l’interminable saga de l’EPR finlandais Olkiluoto 3 (13 ans de retard pour le moment)

Par Anne-Françoise Hivert (Olkiluoto, Finlande, envoyée spéciale)Publié le 04 novembre 2022 à 03h30, mis à jour le 04 novembre 2022 à 07h08 https://www.lemonde.fr/economie/article/2022/11/04/nucleaire-l-interminable-saga-de-l-epr-finlandais-olkiluoto-3_6148419_3234.html

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Reportage

Alors que la mise en service commerciale du réacteur pressurisé européen était prévue début décembre, elle va devoir être reportée en raison d’anomalies constatées au niveau des turbines. Le chantier a désormais treize ans de retard.

Tout vient à point à qui sait attendre. Et, dans le cas de l’EPR finlandais, il a fallu patienter longuement. Très longuement. Au point que cela en devienne un sujet de plaisanterie dans les ministères à Helsinki, où on se demandait, sur le ton de la boutade, si le réacteur, bâti par le consortium Areva-Siemens, finirait un jour par produire de l’électricité. « J’ai été nommé responsable de l’énergie nucléaire au ministère de l’industrie en 2005. Le chantier venait de commencer et on m’avait dit qu’OL3 serait inauguré quatre ans plus tard », raconte Riku Huttunen, aujourd’hui directeur général du département de l’énergie au ministère de l’économie.

On peut donc imaginer le soulagement qui a accueilli cet instant, le 30 septembre, quand, pour la première fois, ses immenses turbines se sont mises à tourner à plein régime. Pendant quelques jours, OL3 est devenu le réacteur le plus puissant d’Europe et le troisième du monde, derrière ses homologues chinois de Taishan, avec une capacité de production de 1 650 mégawatts (MW), soit l’équivalent de 14 % de la consommation finlandaise.

Mais voilà : depuis la mi-octobre, il est de nouveau à l’arrêt et sa mise en service commerciale, annoncée pour début décembre, a été reportée. Selon l’opérateur Teollisuuden Voima Oyj (TVO),  « des dommages ont été détectés dans les composants internes des pompes d’eau d’alimentation, situées sur l’îlot de la turbine, lors de travaux de maintenance et d’inspection ». Il s’agit de « fissures longues de plusieurs centimètres », dont l’origine est pour le moment inconnue, précise TVO, dans un communiqué publié le 27 octobre.

Travailleurs de la centrale nucléaire d’Olkiluoto devant le réacteur Olkiluoto 3, en Finlande, le 27 septembre 2022.
Travailleurs de la centrale nucléaire d’Olkiluoto devant le réacteur Olkiluoto 3, en Finlande, le 27 septembre 2022.  ALESSANDRO RAMPAZZO PUR « LE MONDE »

Sur la péninsule d’Olkiluoto, à 270 kilomètres au nord-ouest d’Helsinki, pas question, pour autant, de se laisser abattre. A l’entrée du site, une phrase en anglais accueille le visiteur : « We did it ! » (« nous l’avons fait ! »). La banderole a été déroulée sur le portail de sécurité le 12 mars, quand le réacteur a enfin pu être raccordé au réseau électrique finlandais. Trois mots qui expriment la satisfaction de voir cet énorme chantier, aux allures de gouffre financier, arriver enfin à son terme, avec treize ans de retard sur le calendrier.

Représailles

D’autant que le timing pouvait difficilement être meilleur. Dans la nuit du 13 au 14 mai, la Russie a coupé ses exportations d’électricité vers la Finlande, privant ses 5,5 millions d’habitants d’environ 1 000 MW, soit 10 % de leur consommation. Une mesure de représailles à l’encontre du pays nordique, qui partage 1 340 kilomètres de frontières avec son immense voisin russe, et qui a décidé, au printemps, d’adhérer à l’Organisation du traité de l’Atlantique Nord (OTAN), après l’invasion de l’Ukraine par la Russie.

Avec son flegme typiquement finlandais, Juha Poikola, porte-parole de TVO, s’amuse du changement d’atmosphère : « Pendant quinze ans, on a passé notre temps à expliquer pourquoi le réacteur ne produisait toujours pas d’électricité, alors qu’il devait être achevé en 2009, mais, aujourd’hui, on nous traite comme des héros. » Lors du raccordement d’Olkiluoto 3 au réseau national le 12 mars, le site Internet de l’opérateur a enregistré des records de fréquentation. Chaque jour, TVO reçoit des demandes du monde entier pour organiser des visites. Fin septembre, quatre sénateurs français, membres du groupe d’amitié France-Finlande, ont pu se rendre sur place.

Juha Poikola, directeur des relations publiques de Teollisuuden Voima Oyj, devant le nouveau réacteur nucléaire Olkiluoto 3, en Finlande, le 27 septembre 2022.
Juha Poikola, directeur des relations publiques de Teollisuuden Voima Oyj, devant le nouveau réacteur nucléaire Olkiluoto 3, en Finlande, le 27 septembre 2022.  ALESSANDRO RAMPAZZO PUR « LE MONDE »

Dans cette ultime phase de test de pleine puissance, la salle des commandes reste inaccessible. Le tour du propriétaire se limite donc à la salle des machines, un immense bâtiment, au sol blanc et aux parois recouvertes de tuyaux, où reposent, au centre, sur un axe de 67 mètres, les quatre turbines, abritées sous une coque bleu marine rutilante. Alimentées par la vapeur à 290 degrés produite par le réacteur voisin, elles tournent jusqu’à vingt-cinq fois par seconde, dans un vacarme assourdissant.

Près de vingt ans plus tard, à Paris comme à Helsinki, le constat est le même : le calendrier était beaucoup trop ambitieux

Depuis un an, c’est ici que la plupart des anomalies ont été constatées. Cet été, il a fallu interrompre le chantier pendant deux mois, à la suite de l’explosion d’une plaque, dans le collecteur de vapeur, qui a projeté des milliers de débris dans les turbines. Ces déconvenues en série n’étonnent pas M. Poikola : livrées en 2009 par l’allemand Siemens, les machines ont passé plus de dix ans, empaquetées en pièces détachées, à attendre que le réacteur nucléaire, construit par Areva juste à côté, soit fin prêt. « Si plus de trois mille tests ont pu être menés au niveau du réacteur nucléaire, il a fallu attendre qu’il produise de la vapeur pour tester les turbines », explique le porte-parole de TVO.

Quand l’électricien finlandais a choisi l’EPR d’Areva NP-Siemens à l’automne 2003, il s’est vu promettre le meilleur de ce que le secteur avait à offrir, en termes de sûreté et de puissance : un réacteur nouvelle génération, premier de série, que le consortium se proposait de livrer clés en main, pour 3,4 milliards d’euros, à l’horizon 2009, et qu’Areva espérait transformer en vitrine de son savoir-faire.

Près de vingt ans plus tard, à Paris comme à Helsinki, le constat est le même : le calendrier était beaucoup trop ambitieux. « C’était un nouvel objet technique, mais aussi un nouveau schéma industriel », rappelle Raphaël Boucher, ancien directeur adjoint des opérations d’Areva. Pour la première fois, le fleuron du nucléaire français s’est retrouvé seul maître d’œuvre (sans EDF) sur un chantier de réacteur. La Finlande, de son côté, n’a pas construit de réacteurs depuis les années 1980. Quant à la Stuk, le gendarme nucléaire, installé à Helsinki, « ses compétences étaient dans la surveillance des réacteurs en exercice, pas dans la construction de nouvelles installations », souligne Essi Vanhanen, responsable d’OL3 auprès de l’autorité finlandaise de sûreté.

Des ouvriers traversent la salle des turbines du réacteur nucléaire d’Olkiluoto 3.
Des ouvriers traversent la salle des turbines du réacteur nucléaire d’Olkiluoto 3.  ALESSANDRO RAMPAZZO PUR « LE MONDE »
La turbine du réacteur nucléaire Olkiluoto 3.
La turbine du réacteur nucléaire Olkiluoto 3.  ALESSANDRO RAMPAZZO PUR « LE MONDE »

Dès le départ, les ennuis s’enchaînent. Le béton, utilisé pour couler la dalle qui doit soutenir le réacteur, est trop poreux. Dans un rapport d’enquête, publié à l’été 2006, la Stuk dénonce un changement dans sa composition et fustige« l’incompétence du constructeur ». Plus tard, des microfissures découvertes sur les tuyaux du circuit de refroidissement provoquent un nouvel arrêt du chantier. Puis ce sont des soudures défectueuses sur le « liner », la coque métallique qui protège le réacteur. Des trous sont détectés dans les conduits du circuit primaire de la centrale. Les travaux de tuyauterie du réacteur et d’installation électrique prennent plus de temps que prévu, de même que la conception du système d’automation…

« Rebâtir la confiance »

TVO reproche à son fournisseur de ne pas avoir finalisé le design avant le début du chantier. L’électricien finlandais en tire une leçon : « Quand nous avons commencé à travailler sur OL4 (projet abandonné depuis), nous avons décidé d’utiliser beaucoup d’argent sur la phase de planification avant le début de la construction, pour faire en sorte que tous les documents soient prêts », confie Juha Poikola.

De son côté, Areva reproche à TVO de se comporter en « client pur », sans s’investir dans la construction. A mesure que les retards s’accumulent, un bras de fer s’engage : Areva réclame 3,52 milliards d’euros de compensation à TVO, tandis que le finlandais lance une procédure d’arbitrage devant la chambre de commerce internationale de Londres et exige 2,6 milliards d’euros pour le retard du chantier. Le conflit ralentit encore les travaux : « Les réclamations, qui portaient sur des milliards, pouvaient mettre en danger la vie des deux entreprises, observe Raphaël Boucher. Ce climat a cristallisé les positions du point de vue opérationnel pendant un certain temps, même si en principe les deux aspects étaient séparés. »

Pasi Tuohimaa, responsable de la communication et des relations avec les entreprises chez Teollisuuden Voima Oyj, montre l’usine d’encapsulation, à Olkiluoto, le 27 septembre 2022.
Pasi Tuohimaa, responsable de la communication et des relations avec les entreprises chez Teollisuuden Voima Oyj, montre l’usine d’encapsulation, à Olkiluoto, le 27 septembre 2022.  ALESSANDRO RAMPAZZO PUR « LE MONDE »
Une pièce de l’usine d’encapsulation d’Olkiluoto, le 27 septembre 2022.
Une pièce de l’usine d’encapsulation d’Olkiluoto, le 27 septembre 2022.  ALESSANDRO RAMPAZZO PUR « LE MONDE »

En mars 2018, enfin, un accord est signé. Il prévoit qu’Areva verse 450 millions d’euros de pénalités à TVO – qui devra lui-même débourser 150 millions d’euros – si le chantier est achevé en mai 2019. Dans l’hypothèse où les travaux se prolongent (ce qui a été le cas), la note s’alourdit de 400 millions d’euros pour le fournisseur devenu, en 2017, Areva SA – une structure créée pour gérer le cas OL3, au moment du démantèlement d’Areva.

« Il a fallu repartir de zéro, rebâtir la confiance », relate M. Boucher. Depuis le chargement du combustible en mars 2021, les relations se sont considérablement améliorées, assure-t-on des deux côtés. Un partenariat a même été signé pour faire intervenir des ingénieurs d’EDF dans la phase de démarrage d’OL3, leur permettant d’acquérir une expérience qui pourra être mise à profit sur le chantier de Flamanville.

«  De gros risques financiers »

Pour TVO, la note est salée : 5,7 milliards d’euros, au lieu des 3,4 milliards initialement prévus, sans compter le manque à gagner en matière d’électricité non produite pendant treize ans et les intérêts de la dette souscrite par le groupe. Le coût final d’OL3 n’a pas été révélé, mais le rapport 2019 sur l’énergie nucléaire mondiale mentionnait 11 milliards d’euros. Face à la hausse des prix de l’électricité – de 28 euros le mégawattheure en 2020 à bien plus de 100 euros en 2022 en Finlande –, la rentabilité du réacteur s’annonce meilleure que prévu. Mais « cela reste un projet extrêmement coûteux, avec de gros risques financiers », constate M. Poikola.

Après l’abandon d’OL4 en 2019, un autre acteur finlandais de l’énergie, le consortium Fennovoima, a annoncé en mai qu’il renonçait à son projet de réacteur sur la péninsule de Hanhikivi, à l’ouest de la Finlande, commandé au russe Rosatom. Malgré ces déboires, pourtant, les Finlandais continuent de plébisciter l’atome, y compris les écologistes, qui y voient un outil pour atteindre les objectifs fixés par Helsinki, déterminé à atteindre la neutralité carbone d’ici à 2035, puis un bilan carbone négatif à l’horizon 2040.

Bâtiment des ouvriers de la centrale nucléaire d’Olkiluoto, en Finlande, le 27 septembre 2022.
Bâtiment des ouvriers de la centrale nucléaire d’Olkiluoto, en Finlande, le 27 septembre 2022. ALESSANDRO RAMPAZZO PUR « LE MONDE »

Mais plus que des mastodontes tels qu’OL3, présenté par TVO comme « la plus importante action pour le climat en Finlande », le pays s’intéresse aux petits réacteurs modulaires, d’une puissance de 10 MW à 300 MW, moins coûteux et qui pourront remplacer des centrales de cogénération, alimentées par des combustibles fossiles, tels que le gaz, le charbon et la tourbe.

Si les Finlandais sont aussi positifs, c’est en partie grâce à Onkalo, selon Riku Huttunen, au ministère de l’économie : situé à une dizaine de kilomètres de la centrale d’Olkiluoto, ce site d’enfouissement, à plus de 400 mètres sous terre, va accueillir les premiers déchets nucléaires en 2025. Un projet soutenu par les habitants dans la région et financé par un fonds, alimenté par les opérateurs de centrale depuis 1988, doté actuellement de 2,7 milliards d’euros.

Anne-Françoise Hivert Olkiluoto, Finlande, envoyée spéciale

Voir aussi:

Grandeur et décadence du nucléaire en France

Depuis quarante ans, ce sont des technologies américaines, le pragmatisme d’EDF et le volontarisme des gouvernements qui ont fait le succès du nucléaire français. Ce n’est plus le cas. 

Par Philippe EscandePublié le 21 décembre 2022 à 10h55, mis à jour le 21 décembre 2022 à 10h55  

https://www.lemonde.fr/economie/article/2022/12/21/grandeur-et-decadence-du-nucleaire-en-france_6155273_3234.html

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Début décembre 1973 au petit matin, le téléphone sonne chez Marcel Boiteux, le directeur général d’EDF. Au bout du fil, le secrétaire général de l’énergie au ministère de l’industrie, Jean Couture. « Quel est le nombre maximal de tranches nucléaires qu’EDF et ses fournisseurs seraient capables d’engager chaque année, si un programme pluriannuel ambitieux était décidé par le gouvernement ? », lui demande-t-il, en concluant : « Réponse avant midi. » Marcel Boiteux consulte son industriel, Framatome, puis répond : « Pas plus de six ou sept. » Jean Couture rappelle quelques jours plus tard : « Attendez-vous à ce que le programme gouvernemental soit de cet ordre-là. Informez le conseil d’administration d’EDF. Commencez à vous organiser discrètement. »

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Ainsi était lancé en quelques échanges téléphoniques le plus grand programme d’investissement nucléaire civil jamais conçu au monde, comme le raconte Jean Bergougnoux, ancien directeur général d’EDF, dans un hommage rendu à Marcel Boiteux en juin 2022 à l’occasion des 100 ans du plus célèbre patron d’EDF, resté vingt ans aux commandes de l’entreprise.

Les choses semblaient bien faciles à cette époque si on les compare au chemin de croix qu’endure aujourd’hui l’électricien français. Certes, il a enfin obtenu en 2022, après des années de lutte, la possibilité de construire six nouveaux réacteurs, mais ils ne seront en activité que dans quinze ans, au plus tôt. Pas vraiment le même rythme. Et puis, au moment où l’Europe entière manque d’électricité, avec les coupures de gaz imposées par la Russie, et que le nucléaire revient en grâce dans le monde, il est en train de vivre la pire année de son existence. Et ce n’est pas fini. Aux déboires sans fin du seul réacteur encore en construction, l’EPR de Flamanville, il subit en avalanche les arrêts pour maintenance et un mystérieux mal qui ronge les tuyauteries de ses plus belles centrales. Au total, presque la moitié du parc a été immobilisée à un moment de l’année et 16 réacteurs (sur 56) manquent encore à l’appel.

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Jamais EDF n’a aussi peu produit

Jamais EDF n’a aussi peu produit. Un désastre aux proportions de tout un continent qui s’était habitué à ce que le français soit le premier exportateur de cette précieuse ressource. L’électricien a prévenu samedi 17 décembre que de nouvelles fermetures de site interviendront durant le premier semestre 2023. Elles s’ajouteront à celles déjà programmées pour la maintenance. Et, humiliation suprême, la corrosion responsable désormais de la majorité des arrêts n’a rien à voir avec les atermoiements des politiques ni avec la pandémie, mais… avec les compétences d’EDF. Les vieux modèles, copie conforme des réacteurs de l’américain Westinghouse, tournent comme des horloges, tandis que ceux « améliorés » plus tard par EDF voient leurs canalisations attaquées par des microfissures inacceptables pour l’Autorité de sûreté nucléaire.

La corrosion responsable de la majorité des arrêts n’a rien à voir avec les atermoiements des politiques ni avec la pandémie, mais… avec les compétences d’EDF

Il faut remonter aux sources de l’une des plus grandes aventures industrielles françaises de l’après-guerre pour comprendre l’ampleur du retournement et le désarroi de l’entreprise. Contrairement à ce que laisserait croire l’échange expéditif entre Jean Couture et Marcel Boiteux, l’ascension du nucléaire civile n’a pas été un chemin de roses, ou alors couvert d’épines. Elle commence par une guerre ouverte entre les deux principaux acteurs de la politique énergétique nationale, le Commissariat à l’énergie atomique (CEA) et EDF. Les aristocrates du corps des Mines contre les besogneux du corps des Ponts, les deux filières prestigieuses de l’Ecole polytechnique. Le premier a été créé par le général de Gaulle dans le but de développer la bombe atomique. Tout naturellement, et poussé par le Général soucieux d’indépendance nationale, il a utilisé sa technologie de production de plutonium militaire pour produire de l’électricité. Une technologie, dite « du graphite gaz », coûteuse, complexe, voire dangereuse, comme l’a montré bien plus tard l’explosion de la centrale de Tchernobyl utilisant le même procédé.

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Incité par le gouvernement et à la recherche d’une diversification de ses moyens de production, EDF déploie ce type de centrales sous la supervision du CEA, notamment à Chinon. Les querelles se succèdent tandis que la puissance n’est pas au rendez-vous et que les coûts s’envolent. Arrivé aux manettes en 1967, l’économiste Marcel Boiteux se fait vite une idée. D’autant que les américains Westinghouse et General Electric multiplient les centrales aux Etats-Unis et débarquent en Europe. Afin de percer en France, le premier s’allie avec le français Schneider pour créer ensemble la société franco-américaine de construction atomique Framatome. Ils expérimentent une centrale à la frontière belge. L’expérience industrielle fait la différence. « Continuer en France dans nos petites frontières, à poursuivre une technique à laquelle le monde ne s’intéresse pas, cela n’a plus de sens aujourd’hui », lance Marcel Boiteux en 1969. Le « made in America » a gagné, Charles de Gaulle puis Georges Pompidou entérinent à regret le choix de l’électricien, qui devient le chef incontesté de la filière nucléaire française, reléguant le CEA à la recherche et à la production du combustible.

Un coup de pouce venu du désert égyptien

Le coup de pouce décisif viendra en octobre 1973 du désert égyptien, quand la coalition arabe lance l’attaque contre Israël. La guerre éphémère du Kippour pousse le cartel de l’Organisation des pays exportateurs de pétrole (OPEP) à multiplier par quatre en un an le prix du pétrole. En mars 1974, la France, par la voix de son premier ministre, Pierre Messmer, annonce l’accélération de son programme nucléaire, d’où le coup de fil matinal du secrétaire de l’énergie au patron d’EDF. Framatome était prêt, nanti de plans américains précis et éprouvés. A partir de 1975, six centrales sont mises en chantier chaque année. Pour y parvenir, la standardisation est maximale. Le modèle Westinghouse est répliqué partout.

Puis, à partir de 1980, EDF et Framatome décident de modifier les modèles pour les faire monter en puissance et les « franciser ». De 900 mégawatts par réacteur, on passe à 1 300, puis à 1 450. Au passage, le design se complexifie de plus en plus. Résultat, les derniers modèles, de 1 450 mégawatts, construits durant les années 1990, disposent d’une tuyauterie « sinueuse » qui, de l’aveu même d’EDF, est la cause majeure des corrosions détectées depuis un an. Ironie de l’histoire, ces nouvelles tranches n’étaient pas si nécessaires car l’électricien avait largement surestimé la consommation, ce qui a poussé EDF à exporter son électricité et à promouvoir le chauffage électrique pour écouler sa production.

Le « made in America » a fait la gloire du nucléaire français, tandis que le « made in France », qu’il s’agisse des dernières tranches du parc ou de l’EPR de Flamanville, doit encore faire ses preuves. Depuis la fin du programme en 1999, le gouvernement français ne lui en a certes pas donné la possibilité, conduisant à l’extinction progressive des compétences. Il faudra au nouveau patron d’EDF, Luc Rémont, tout le pragmatisme de Marcel Boiteux, et un sérieux soutien des pouvoirs publics, pour remonter la pente.

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Philippe Escande

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Les dérapages de l’EPR de Flamanville en graphiques : le coût multiplié par 5, la durée du chantier par 4

Par Pierre BreteauPublié le 20 décembre 2022 à 14h39 (republication de l’article du 24 juin 2019 à 12h06)

DécryptagesEn 2007, le chantier devait durer cinq ans, pour un coût de 3,3 milliards d’euros. Il devrait finalement durer au moins dix-sept ans, pour une facture désormais estimée à 19,1 milliards.

La mise en service de l’EPR de Flamanville est à nouveau retardée : EDF a annoncé le vendredi 16 décembre un décalage au premier semestre 2024, là où le « premier chargement de combustible » était, aux dernières nouvelles de janvier 2022, prévu entre la fin de l’année 2022, voire jusqu’au deuxième trimestre 2023.

La centrale aurait initialement dû être mise en service en 2012, sa création ayant été autorisée par décret le 11 avril 2007. Mais en raison de diverses difficultés (soudures défectueuses, dalles de béton à renforcer, durcissement de normes après la catastrophe nucléaire de Fukushima, etc.), le chantier a été décalé à de multiples reprises.

La mise en service de l’EPR de Flamanville devrait coûter 19,1 milliards selon les calculs de la Cour des comptes, soit près de six fois plus cher que prévu au lancement du projet. Initialement, cette centrale nucléaire aurait dû être construite en cinq ans, pour un coût de 3,3 milliards d’euros.

Comment lire ces graphiques ?

Chaque graphique représente à la fois la durée prévue du chantier à Flamanville ainsi que l’évolution du coût, à une date précise.Début du projetDate de finprévisionnelleBudget initialBudget revu  à la hausse

Faites défiler la page pour afficher d’abord les graphiques, puis le contexte pour chaque report de la date de fin du chantier, et la hausse de son coût.

Avril 2007 : fin du chantier prévue en 2012

Le décret autorisant EDF à construire un nouveau réacteur de type « EPR » sous le nom de Flamanville 3 dans la commune manchoise du même nom est publié au Journal officiel. Parmi les points de sécurité sur lesquels insiste le décret, le réacteur devra entre autres « résister à la chute accidentelle d’un aéronef ». Il devra également être opérationnel en cas de séisme.

Source : Journal officiel200720123,3 Mds.4 Mds.× 1,2

Décembre 2008 : fin du chantier prévue en 2012

Coût : + 21 %

L’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) met EDF en demeure d’ajouter les barres d’acier manquantes dans le béton qui constitue la chape sous le futur emplacement du réacteur. Malgré « les aléas », EDF annonce que la mise en service de ce réacteur est maintenue pour l’année 2012.

Source : L’Usine nouvelle200720153,3 Mds.5 Mds.× 1,5

Octobre 2010 : fin du chantier prévue en 2015

Coût : + 52 % | durée : + 60 %

Selon la presse, le génie civil, et en particulier la mise en place des bétons, est très compliquée ; les ingénieurs sont confrontés aux difficultés inhérentes à la première construction d’un EPR. Selon les observateurs, ces problèmes décalent a priori de deux, voire trois ans la mise en service du réacteur, jusqu’en 2014, voire 2015.

Source : Le Figaro200720163,3 Mds.6 Mds.× 1,8

Juillet 2011 : fin du chantier prévue en 2016

Coût : + 82 % | durée : + 80 %

La mort de deux salariés de Bouygues sur le chantier en janvier et en juin 2011 a provoqué un retard d’environ cinq mois selon EDF, l’électricien se prépare aussi aux tests de résistance décidés après la catastrophe de Fukushima. La société envisage au mieux un démarrage du réacteur en 2016 à ce stade.

Source : Le Monde200720163,3 Mds.8,5 Mds.× 2,6

Décembre 2012 : fin du chantier prévue en 2016

Coût : + 158 % | durée : + 80 %

La révision de la conception du cœur du réacteur (la chaudière, en somme), l’intégration de nouvelles exigences réglementaires de sécurité ainsi que les nécessaires modifications postérieures à la catastrophe de Fukushima rallongent la facture de la construction de l’EPR.

Source : Le Monde200720173,3 Mds.8,5 Mds.× 2,6

Novembre 2014 : fin du chantier prévue en 2017

Coût : + 158 % | durée : + 100 %

A ce stade, le réacteur pourrait ne démarrer qu’en 2017 : EDF attribue ce nouveau retard à des difficultés pour Areva – la société qui conçoit le réacteur – à livrer des équipements tels que le couvercle et les structures internes de la cuve du réacteur. Le coût atteint désormais 8,5 milliards d’euros.

Source : Le Monde 200720183,3 Mds.9 Mds.× 2,7

Avril 2015 : fin du chantier prévue en 2018

Coût : + 173 % | durée : + 120 %

Le rapport annuel de l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) pointe des « anomalies de fabrication » sur la cuve de l’EPR de Flamanville. En l’état, l’ASN estime que le manque de fiabilité sur ce « composant crucial » pourrait empêcher la mise en service du réacteur.

Source : Le Monde200720183,3 Mds.10,5 Mds.× 3,2

Juin 2017 : fin du chantier prévue en 2018

Coût : + 218 % | durée : + 120 %

Le couvercle de la cuve ne satisfait pas aux exigences de sécurité en ce qui concerne l’acier, la manière dont il est forgé ne garantit pas qu’il tiendra au-delà de 2024 en cas de mise en route en 2018, soit six ans.

Source : Le Monde200720203,3 Mds.11 Mds.× 3,3

Octobre 2018 : fin du chantier prévue en 2020

Coût : + 233 % | durée : + 160 %

Dans un rapport, l’ASN est très critique vis-à-vis d’EDF ; l’Autorité de sureté nucléaire estime que l’électricien public ne fait pas respecter les standards de construction de « haute qualité » par ses sous-traitants. Par ailleurs, de nouvelles soudures défectueuses ont été repérées sur la cuve qui sera soumise à la pression : EDF doit en reprendre 53, chacune demandant au moins huit semaines de travail supplémentaires.

Source : Le Monde200720223,3 Mds.11 Mds.× 3,3

Juin 2019 : fin du chantier prévue en 2022

Coût : + 233 % | durée : + 200 %

L’autorité de sûreté nucléaire demande à EDF de reprendre à nouveau huit soudures, dont la qualité n’est pas suffisante, situées dans des endroits difficilement accessibles : le chantier est retardé à nouveau de deux ans, et la facture va nécessairement s’alourdir – sans que nous n’en connaissions le montant pour le moment.

Source : Le Monde200720233,3 Mds.12,4 Mds.× 3,8

Octobre 2019 : fin du chantier prévue en 2023

Coût : + 276 % | durée : + 220 %

Après la demande de l’ASN de reprendre des soudures, EDF a annoncé un surcoût de 1,5 milliard d’euros ce qui porte le budget total à 12,4 milliards. De ce fait, les travaux vont durer plus longtemps et le réacteur ne démarrerait au mieux qu’en 2023.

Source : Le Monde200720233,3 Mds.19,1 Mds.× 5,8

Juillet 2020 : fin du chantier prévue en 2023

Coût : + 479 % | durée : + 220 %

Selon les calculs de la Cour des comptes, le niveau des dépenses a été revu à la hausse à 19,1 milliards d’euros.

Source : Le Monde200720233,3 Mds.19,1 Mds.× 5,8

Janvier 2022 : fin du chantier prévue en 2023

Coût : + 479 % | durée : + 232 %

La date de chargement du combustible est décalée de fin 2022 au deuxième trimestre 2023, soit environ six mois de retard supplémentaires. EDF estime le surcoût à 300 millions d’euros, soit 12,7 milliards au total, loin des calculs de la Cour des comptes (19,1 milliards).

Source : Le Monde200720243,3 Mds.19,1 Mds.× 5,8

Décembre 2022 : fin du chantier prévue en 2024

Coût : + 479 % | durée : + 250 %

Mi-décembre, EDF a annoncé qu’il reportait au premier trimestre 2024 la mise en service de la centrale, par la faute de soudures à reprendre dans des conditions très compliquées. L’énergéticien estime le coût total 13,2 milliards depuis le début du chantier. Néanmoins, cette estimation est éloignée des 19,1 milliards d’euros calculés par la Cour des comptes en août 2020.

Source : Le Monde Pierre Breteau

Corinne Lepage, ancienne ministre de l’environnement : « Le nucléaire est l’une des énergies les plus coûteuses »

Tribune

Corinne Lepage – Ancienne ministre de l’environnement

Coût, souveraineté, avenir de la filière… Dans une tribune au « Monde », l’avocate écologiste et ancienne ministre de l’environnement entend corriger sept « contre-vérités » sur le nucléaire.

Publié le 18 novembre 2022 à 06h00, mis à jour le 18 novembre 2022 à 18h10  Temps de Lecture 4 min

https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/11/18/corinne-lepage-ancienne-ministre-de-l-environnement-le-nucleaire-est-l-une-des-energies-les-plus-couteuses-et-elle-nous-rend-dependants-de-la-russie_6150405_3232.html

A quelques exceptions près, la présentation faite actuellement sur le nucléaire dans les médias et la parole publique s’inscrit dans un mouvement qui prend malheureusement de l’ampleur : celui de la vérité alternative, chère à Poutine, à Trump et à quelques autres. Celle-ci a notamment pour fâcheuse conséquence de raconter une histoire complètement fausse, appliquant le fameux adage : « Plus c’est gros, plus ça passe. »

On peut être un partisan du nucléaire, en raison de la priorité absolue donnée à la lutte contre le dérèglement climatique, en arguant que jamais les énergies renouvelables ne permettront un volume d’électricité suffisant. C’est de moins en moins exact, mais c’est une thèse qui peut s’entendre. En revanche, à force d’entendre des contre-vérités, les Français sont aujourd’hui convaincus d’une série d’inepties :

Lire aussi :   Chantal Jouanno : « Le débat sur le nucléaire est empreint de défiance car les politiques ont été marquées par le secret et les décisions imposées »

« L’énergie nucléaire est la moins chère. » C’est faux. Si la France a effectivement bénéficié d’une énergie bon marché durant de longues années, grâce au nucléaire payé par les Français, l’énergie nucléaire elle-même est aujourd’hui une des plus coûteuses. Amory Lovins, dans un entretien accordé au Monde le 31 octobre, précise : « Les analystes de Bloomberg New Energy Finance disent qu’un nouveau kilowattheure nucléaire coûte cinq à treize fois plus cher qu’un nouveau kilowattheure solaire ou éolien. »

Choix financiers totalement déraisonnables

« L’énergie nucléaire est la seule à pouvoir assurer l’indépendance de la France. » C’est totalement faux. Le vent, le soleil, l’eau dont bénéficie notre territoire assurent notre indépendance. Il n’en va pas de même de l’uranium, qui est extrait de pays « complexes », comme le Niger ou le Kazakhstan. Les combustibles eux-mêmes nous rendent dépendants à 30 % du russe Rosatom, comme si le précédent du gaz ne nous avait pas suffi. D’ailleurs, l’Allemagne n’a jamais compté le nucléaire comme une énergie assurant l’indépendance du pays.

« La filière industrielle nucléaire est le fleuron de l’industrie française. » Elle l’a été. Elle ne l’est malheureusement plus. Aucun EPR n’a été vendu à l’étranger depuis les deux réacteurs d’Hinkley Point, en réalité vendus à EDF, puisque British Energy appartient à EDF. Inutile de s’appesantir sur Olkiluoto (dix-neuf ans de retard) et Flamanville 2 (un coût de 19,1 milliards contre 3,3 milliards prévus et toujours pas démarré).

Lire aussi :    Nucléaire : l’interminable saga de l’EPR finlandais Olkiluoto 3

« Les déboires actuels du nucléaire trouvent leur responsabilité chez les écologistes qui ont obtenu la fermeture de Fessenheim. » C’est évidemment totalement faux. Les déboires actuels du nucléaire trouvent leur responsabilité chez les propres acteurs du secteur. En cause : des choix financiers totalement déraisonnables, des investissements compris entre 10 milliards et 20 milliards de dollars perdus à l’étranger, l’absence d’entretien à un niveau convenable du parc français. En particulier, onze ans après Fukushima, les centrales qui, pour des raisons purement financières, ont décidé de recourir à la sous-traitance, plutôt que de maintenir un niveau élevé de personnel qualifié. Quant à Fessenheim, sa fermeture incombe au choix d’EDF de ne pas investir, à partir de 2018, dans cette centrale qui devait effectivement fermer si Flamanville ouvrait. Ce choix a conduit à devoir fermer en 2020, faute d’avoir réalisé les travaux minimaux, alors même que Flamanville n’était pas ouvert, et que la centrale pouvait donc continuer à fonctionner. De plus, cette fermeture s’est accompagnée de centaines de millions d’euros payés à EDF pour une prétendue perte dont elle est en réalité largement responsable.

Multiplication du risque nucléaire

« La crise actuelle vient d’une trop grande sévérité de l’Autorité de sûreté nucléaire. » Encore totalement faux. La crise actuelle vient d’un retard massif dans la gestion des centrales, et de l’apparition de corrosion mettant en danger la sûreté. C’est le travail de l’Autorité de sûreté nucléaire de veiller à cette sûreté dont elle supporte toute la responsabilité avec l’exploitant. De plus, ceux qui se plaignent des règles de sûreté devraient davantage réfléchir à la multiplication du risque nucléaire en raison de l’utilisation que fait la Russie des centrales nucléaires ukrainiennes.

Lire aussi Les dérapages de l’EPR de Flamanville en graphiques : le coût multiplié par 5, la durée du chantier par 4

« L’énergie nucléaire est une grande énergie d’avenir. » Faux. La capacité de production nucléaire, depuis une vingtaine d’années, a fait passer la part du nucléaire dans l’électricité au niveau mondial sous le seuil des 10 %. La raison ? La baisse incroyable du coût des énergies renouvelables. Les investissements se font désormais massivement dans le renouvelable et de manière marginale dans le nucléaire. Pour preuve, en 2021, les investissements dans le nucléaire ont été de l’ordre de 24 milliards de dollars, alors que les investissements dans le renouvelable ont été de l’ordre de 350 milliards de dollars.

Enfin, « la crise de l’énergie actuelle est une conséquence de la guerre en Ukraine ». Partiellement faux. Si c’est exact pour le gaz et le pétrole, c’est faux pour l’électricité. La France est le pays d’Europe qui importe aujourd’hui le plus d’électricité, alors qu’elle était un gros exportateur. Cela a une double conséquence, en termes de prix pour nous et en termes de déséquilibre pour le marché européen, sans compter une carbonation accrue.

Décentralisation énergétique

La source de ce mal est avant tout et surtout notre dépendance au nucléaire, qui a conduit les dirigeants successifs de notre pays à tout mettre en œuvre pour empêcher le développement des énergies renouvelables. Par conséquent, le relais ne peut être suffisamment pris aujourd’hui par les énergies vertes, alors que la vétusté de notre parc nucléaire apparaît dans toute sa nudité.

En conclusion, penser que la solution passe par la réalisation de nouveaux EPR, au nombre de six, voire douze, dans les vingt ans qui viennent, relève de la pensée magique. Cela ne se fera pas, car cela ne peut pas se faire. Pour des raisons à la fois financières, économiques, techniques et humaines.

Le volet financier, auquel il n’a pas été ici fait référence, est tragique, tant en raison de la quasi-faillite d’EDF, qui justifie sa renationalisation, que du montant abyssal des investissements à faire si nous voulions vraiment multiplier les EPR.

Lire aussi :   « Il n’y a jamais eu de débat public sur la place du nucléaire en France »

Même si nous croyions aux fées et au Père Noël confondus, une telle hypothèse ne résoudrait en rien notre problème qui est immédiat et de moyen terme. Comment la France peut-elle, dans les cinq ans qui viennent, se rapprocher de son autonomie énergétique, de manière décarbonée ? Sans doute avec une part de nucléaire sécurisé, qui représentera peut-être 50 % de notre électricité, un développement massif des énergies renouvelables, en acceptant une réelle décentralisation énergétique et des investissements massifs dans les réseaux de proximité. Mais aussi en mettant en place une véritable politique de sobriété, avec des objectifs à la fois climatiques et énergétiques. A terme, les scénarios de l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie ou de RTE, fondés exclusivement sur les énergies renouvelables à partir de 2050, devraient être les choix les plus rationnels à effectuer.

Corinne Lepage est avocate. Elle a été ministre de l’environnement (1995-1997) et députée européenne (2009-2014). Elle préside le mouvement politique CAP21/Rassemblement citoyen.

Corinne Lepage(Ancienne ministre de l’environnement)

La prolongation jusqu’à 80 ans de la durée de vie du parc nucléaire n’est «pas un tabou», selon un responsable d’EDF

Par Julien Da Sois et agence Reuters

Publié hier à 16:03, mis à jour hier à 17:37

https://www.lefigaro.fr/societes/la-prolongation-jusqu-a-80-ans-de-la-duree-de-vie-du-parc-nucleaire-n-est-pas-un-tabou-selon-un-responsable-d-edf-20230121?utm_source=CRM&utm_medium=email&utm_campaign=20230122_NL_ACTUALITES&een=8aa4833201a408e8a5d776ac0b844bbc&seen=2&m_i=y_jUl82CT9IKxMclXpG7znLEOJGrp0LF8byBu7Zw3FP6W7W_VUaoctHekaq%2BidTbBg8kzr6mL2pyEhD0ZzlAdTga_T14ULQQPA

Durée de vie des centrales nucléaires: «Pourquoi pas au-delà de 60 ans ?», propose un responsable d’EDF

https://imasdk.googleapis.com/js/core/bridge3.552.0_fr.html#goog_824346986

«Six réacteurs aux États-Unis ont obtenu une licence d’exploitation jusqu’à 80 ans et il se trouve que nos technologies sont à peu près similaires», a mis en avant le chef du nucléaire d’EDF devant les députés.

Faut-il prolonger la durée de vie des centrales nucléaires françaises ? EDF ne semble pas l’exclure. Auditionné jeudi à l’Assemblée nationale, Cédric Lewandowski, directeur exécutif d’EDF chargé du parc nucléaire et thermique, a indiqué que «la question (était) sur la table». «Elle est en instruction scientifique à ce stade», a-t-il ajouté.

«Aujourd’hui, le grand consensus scientifique, technique et économique, est que notre parc est adapté pour aller à 60 ans (…). La question du passage de 60 à 80 ans exige un certain nombre de travaux d’études et donc nous les engageons», a ajouté le chef du nucléaire de l’énergéticien, ex-directeur de cabinet de Jean-Yves Le Drian au Quai d’Orsay.

Selon lui, «les 80 ans, ce n’est pas un tabou». Cédric Lewandowski se base sur l’exemple américain. «Six réacteurs aux États-Unis ont obtenu une licence d’exploitation jusqu’à 80 ans et il se trouve que nos technologies sont à peu près similaires», a-t-il souligné devant les députés, dans le cadre des auditions sur les «raisons de la perte de souveraineté et d’indépendance énergétique de la France».

Les 60 ans pas acquis, selon l’ASN

Si EDF indique sur son site que ses centrales nucléaires «sont conçues pour être exploitées pendant au moins 40 ans», et si l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) a autorisé la prolongation des plus vieux réacteurs jusqu’à 50 ans, l’énergéticien table désormais sur une durée de vie de 60 ans. C’est également la trajectoire de référence du gestionnaire du réseau RTE dans ses scénarios pour les «futurs énergétiques 2050», qui envisage parallèlement la prolongation de certains réacteurs au-delà de 60 ans.

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«C’est l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN) qui décidera si nos installations sont aptes à passer ce cap des 60 ans», a indiqué la ministre de la Transition énergétique Agnès Pannier-Runacher le 11 janvier devant les sénateurs. En décembre dernier, l’ASN a mis en garde EDF sur le cap des 50 ans, que les réacteurs les plus vieux atteindront à partir de 2030. L’autorité, par la voix de son directeur général Olivier Gupta, a appelé l’énergéticien à œuvrer pour apporter la preuve que ses réacteurs seront à même d’être prolongés au-delà de 50 ans.


Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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