«le care est essentiel mais il reste dans l’ombre» (Christophe André psychiatre) les débats sur la santé avec LibéCARE

LibéCARE. Pensez la santé demain: rencontre

«La médecine ne peut pas se résumer à de la technique»

LibéCARE. Pensez la santé demaindossie

Christophe André est médecin psychiatre et auteur de «Consolations, celles que l’on reçoit et celle que l’on donne». Pour lui, «le care est essentiel mais il reste dans l’ombre».

«Nous, les médecins, on ne nous apprend jamais à affronter les situations d’impuissance thérapeutique», selon Christophe André, psychiatre et psychothérapeute. (Iorgis Matyassy/Libération)

par Didier Arnaud

publié le 9 décembre 2022 à 1h15

https://www.liberation.fr/forums/la-medecine-ne-peut-pas-se-resumer-a-de-la-technique-20221209_WZPQ3CL5YNETHGGNQ6BFLEMULU/

Comment bien se soigner, bien vivre, bien vieillir ? Rendez-vous à Caen, les 9 et 10 décembre 2022 au MoHo avec le LibéCARE pour débattre avec médecins, intellectuels et experts. En attendant l’événement, réalisé en partenariat avec la Région Normandie, MGEN et l’ADMD, Libération publiera dans un espace dédié, articles, tribunes et témoignages.

«Soigner est capital. Mais il y a quelque chose à côté des soins : toutes ces attitudes qu’on ne valorise pas assez. Il y a en fait des tas de choses qu’on ne peut pas soigner. On n’est peut-être pas assez attentif à la chaleur, la bienveillance. Le parcours de soins est souvent angoissant. La table d’opération, les protocoles de soins hasardeux… Quand on sait qu’on n’a pas de prise, la consolation doit être présente.

«Dans l’éducation que l’on reçoit, nous, les médecins, on ne nous apprend jamais à affronter les situations d’impuissance thérapeutique. On ne nous apprend pas à faire face à l’échec. La consolation est au cœur de cela. Tout le bien qu’on peut faire à quelqu’un, quand on n’est pas en mesure de régler son problème. Tout le soutien qu’on apporte à un patient quand on sait qu’on n’a pas le moyen d’affronter son mal… Même si évidemment, on préférerait apporter une solution qu’une consolation.

«Quand j’étais en situation de malade, je m’en suis aperçu. Un soignant qui vous sourit, vous console, vous insuffle des paroles de confiance, cela ne vous guérit pas, mais vous remet dans une espérance, une fraternité humaine, et, en outre, vous fait du bien. Le grand classique, c’est lorsque les soignants se retrouvent en situation de patients. La perspective est alors différente. Je ne faisais pas attention aux lettres de patients, je cherchais à progresser dans mes capacités à soigner, pas à consoler. Le “care” est essentiel mais il reste dans l’ombre, il n’y a pas de rendement, de calcul de la performance.

Chronique «Philosophiques»

Guerre au «care»

Opinions

2 avr. 2020

«Il n’y a pas de théories pour valoriser la consolation. Ce n’est pas un acte spectaculaire ; il apporte un réconfort intime qui ne se voit pas. On ne pose pas de perfusion, on ne passe pas le balai dans une chambre. C’est un énorme problème que ce ne soit pas pensé et théorisé, qu’on ne dispose pas d’études qui montrent les effets bénéfiques. Si on regarde ce qui agit dans le cerveau des gens qui passent un examen, si quelqu’un leur tient la main ou non, on ne verra pas la même chose. Il se joue quelque chose d’antalgique. Il faudrait davantage de données scientifiques sur ce sujet. C’est capital. La médecine ne peut pas se résumer à de la technique. La médecine de la personne nécessite de s’asseoir aussi au bout du lit de cette dernière. Il faut avoir une valorisation sociale possible, s’intéresser à la personne, ses inquiétudes. Il est vital que quelqu’un prenne le temps de s’arrêter pour parler avec vous.

«Il y a eu comme un point de bascule lié à plusieurs facteurs. Quelques scandales, les patients d’Ehpad maltraités, la problématique des urgences avec ces patients qu’on ne peut pas accueillir décemment. La tendance globale de la société à avoir recours à la violence… Si chaque patient pouvait passer un moment avec l’infirmière de l’accueil… Un patient bien soigné mais qui ne sera pas mis dans de bonnes dispositions émotionnelles n’aura pas de bons résultats.

«On manque actuellement de généralistes. Les spécialistes sont de plus en plus pointus. On redécouvre l’importance de la médecine de proximité, avec des infirmiers qui connaissent souvent mieux le patient que des médecins.»

LibéCARE. Pensez la santé demain

LibéCARE. Pensez la santé demain

Comment bien se soigner, bien vivre, bien vieillir ? Rendez-vous à Caen, les 9 et 10 décembre 2022 au Moho avec le LibéCARE pour débattre avec médecins, intellectuels et experts. Un événement en partenariat avec la Région Normandie, MGEN et l’ADMD.


Débats LibéCare : les nouveaux horizons du soin

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La seconde journée du forum a commencé par un constat sur la démographie médicale, puis a invité les participants à redéfinir ce qui constitue le soin au quotidien.

13 déc. 2022

LibéCare. Pensez la santé demain: les débats

Débats LibéCare : «La question de la vie ou de la mort, elle est à nous…»

Débats LibéCare : les nouveaux horizons du soin

La seconde journée du forum a commencé par un constat sur la démographie médicale, puis a invité les participants à redéfinir ce qui constitue le soin au quotidien.

Vendredi 9 décembre à Caen, au premier jour du forum LibéCare, on réfléchit collectivement à la santé d’aujourd’hui, tout en imaginant celle de demain. Retour sur une journée de débats.

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A Caen, le 9 décembre, lors du débat entre la gynécologue Ghada Hatem, le directeur du CHU de Caen, Frédéric Varnier, et Hervé Morin, président de la région Normandie. (Cyril Zannettacci /VU’ pour Libération)

par Anne-Laure Pineau

publié le 10 décembre 2022 à 16h42

Au cœur de Caen, le centre MOHO est un îlot de la start-up nation. Pendant deux jours, cette petite ruche avec tables de ping-pong, phone box et resto trendy accueille l’événement LibéCare (articles, tribunes et programme de l’événement à retrouver dans notre dossier spécial). Au programme du vendredi, six conférences, sur l’état de l’hôpital, le difficile débat sur la fin de vie, la santé mentale, les évolutions des traitements du cancer, la révolution du rapport patient soignant ou encore les promesses de la télémédecine. Dès le vendredi matin, c’est tout un petit monde qui se connaît de loin en loin qui se retrouve autour d’un café et de chouquettes. Ils et elles sont médecins, élus locaux, acteurs de la high-tech médicale, associatifs ou militants. On tire les manches, on se rappelle au souvenir, on prend des nouvelles des subventions, on distribue les louanges. On joue des coudes aussi, pour faire valoir qui sa petite chapelle, qui sa grande idée.

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Yves Grégoire, administrateur de l’ADMD, au forum LibéCare. (Cyril ZANNETTACCI/VU’ pour Libération)

Dans «le petit forum des idées», une dizaine de structures, d’associations ou d’institutions présentent leur travail sur leur terrain, ou leurs innovations. Il y a la société normande Robocath, qui a développé un robot pour opérer le cœur sans avoir à ouvrir le patient, ni exposer les soignants à de dangereuses radiations. Voisine de table de l’Association à mourir dans la dignité, la Rouennaise Marianne Lainé a été invitée à présenter son institut médical Simone Veil, monté en 2020. La médecin généraliste, également vice-présidente du conseil départemental de Seine-Maritime de l’Ordre des médecins, tient à bout de bras cette structure destinée à la prise en charge précoce des IVG médicamenteuses. Une structure qui a géré à elle seule un quart des IVG de Seine-Maritime, mais qui, malgré les soutiens de la municipalité, de l’Union régionale des médecins libéraux (URML) ou de l’ARS, peine à attirer les subventions nécessaires à son fonctionnement. «Je pense que dans six mois, j’arrête», souffle, résignée, la soignante qui espère à l’occasion du forum, rappeler les pouvoirs publics à leurs promesses.

Etat d’urgence et solutions

Dans la salle de conférences, le premier événement du programme chargé de ces deux journées à de quoi attirer le chaland. Le thème est ô combien brûlant : «Demain, comment rénover l’hôpital ?». A rénover parce que cassé ? Dans la salle, les visiteurs qui opinent du chef ont l’air de le penser, ils ou elles sont soignants (pour beaucoup), travaillent dans le paramédical ou la tech, dans l’éducation spécialisée ou les services techniques de l’hôpital, sont retraités de la fonction publique ou patients impliqués.

Si l’intitulé de la conférence inaugurale se place dans le futur, les intervenants ont plutôt choisi de parler au présent : l’hôpital va mal, et chacun tient à la rappeler à sa façon. Bien que convaincu de la force de résilience de l’hôpital, Frédéric Varnier directeur général du CHU de Caen, rappelle que le flux tendu devenu routinier nourrit une fatigue languissante dans le cœur de ses équipes. Le président de la région Normandie, Hervé Morin, donne deux exemples locaux pour illustrer au mieux l’époque que vit le monde médical actuellement : «l’hôpital est dans un état lamentable, dans le service cardiologie de l’hôpital de Lisieux, les fenêtres sont réparées au chatterton…» Mais l’élu tient à se montrer aussi positif : les médicobus de l’Orne qui ont prouvé leur efficacité («tout le monde veut son médicobus maintenant»), l’ouverture d’une maison de santé dans son village de naissance («50 % des patientes de la gynécologue n’avaient jamais consulté auparavant») et bien sûr la création de la cellule de soins non programmés avec l’URML («un bel alignement de planètes»).

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Alexandra Schwartzbrod, Ghada Hatem et Frédéric Varnier. (Cyril Zannettacci /VU’ pour Libération)

Mais celle qui déclenche les applaudissements, c’est Ghada Hatem, fondatrice de la Maison des femmes de Saint-Denis, qui évoque avec passion la création de sa structure centrée sur la prise en charge au sein de l’hôpital des femmes victimes de violences. «L’ARS nous avait dit que prévention et soin, ce n’était pas les mêmes tuyaux de financement, qu’ils ne pouvaient pas nous aider» alors la praticienne avait monté un montage financier particulièrement novateur, voire iconoclaste à l’époque : le recours au mécénat privé pour financer sa structure (Axa, BNP Paribas, L’Oréal…).

Querelle des anciens et des modernes

Chercher l’argent, susciter l’intérêt des pouvoirs publics, mobiliser les élus locaux, une mission que s’est aussi donnée pour tâche Antoine Leveneur, président de l’URML, qui s’étonne de la politique de Ghada Hatem, en matière de partenariat public-privé : «Signerait-elle un partenariat avec Coca-Cola ou EDF ?» La médecin rétorque, «nous avons un comité de pilotage qui valide les mécénats, mais personnellement je n’ai pas honte d’accepter les trois infirmières que Korian met à ma disposition et les fonds de Kering. L’important ce sont les femmes». Dans la salle, certains sont gênés : «L’argent n’a pas d’odeur, mais tout de même, Coca-Cola on a connu mieux question santé», chuchote un retraité de la fonction publique.

Les constats sont relativement partagés au fil de la journée entre les intervenants et l’auditoire, que ce soit sur la prise en compte grandissante de la santé mentale (des adolescents surtout) ou sur la réinvention des protocoles de soins pour les cancers. Dans le cadre d’une conférence passionnante sur le rapport patients soignants, Camille Spire, la présidente d’Aides, rappelle combien l’épidémie du VIH-Sida a permis à la santé communautaire de proposer un contre-pouvoir et de permettre une médecine plus collaborative. A l’image du slogan «Rien pour nous, sans nous», porté par les militants pour les droits des personnes porteuses de handicaps, l’expérience du patient était écoutée. Une révolution qui touche aussi de près le combat féministe comme l’a rappelé la journaliste Lauren Bastide, rappelant que si la pathologie de l’endométriose a été reconnue si tard, c’est parce que la médecine est aussi traversée par les préjugés sexistes et /ou racistes. Applaudissements.

«Nous, on a un cœur»

La conférence sur la fin de vie, par contre, a fait figure d’exception en polarisant les passions. L’ouverture – le même jour – de la convention citoyenne sur la question de l’euthanasie avait chauffé à blanc les tisons faisant gigoter sur leurs chaises Alain Claeys, co-rapporteur de la loi sur la fin de vie, Isabelle Marin, ancienne représentante des personnels de soins palliatifs et Yves Grégoire, administrateur de l’ADMD. «On repousse l’âge de la retraite, on propose d’euthanasier les personnes âgées, pourquoi ne pas s’attaquer à la loi d’autonomie ? Et virer tous ceux qui ne sont pas productifs ?», s’offusque Isabelle Marin pour défendre son travail d’accompagnement médical à la fin de vie ; ce à quoi Yves Grégoire rétorque «nous, on a un cœur». Le cœur, justement, il s’entend dans la bouche de Matthias Savignac (lire sa tribune), président de la MGEN, qui a décidé de mettre la pierre de sa mutuelle à l’édifice, «de façon dépassionnée», en finançant en juillet un sondage Ifop auprès de ses adhérents et d’un échantillon représentatif de Français. Il en est ressorti que 92 % de la population était favorable à l’euthanasie. «Il y a des sujets de sociétés dans lesquels nous devons nous investir en tant que mutuelle de santé, nous l’avons fait pour l’IVG, pour l’accès à la PMA, nous sommes au rendez-vous de l’aide active à mourir».

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Lors du débat sur la fin de vie, avec Alain Claeys, Eric Favereau de Libération, Isabelle Marin et Maïtena Biraben. (Cyril Zannettacci/VU’ pour Libération)

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Matthias Savignac, président de la MGEN. (Cyril Zannettacci /VU’ pour Libération)

La MGEN a également financé une série de six films de cinq minutes au sein d’un service de soins palliatifs à la productrice Maïtena Biraben. La productrice, qui a accompagné son père dans son dernier souffle, était restée silencieuse pendant la bataille de chapelle, et a créé un moment de grâce dans l’assemblée en décentrant l’attention de la politique, de la médecine, pour revenir au fondamental : le patient, l’individu, tout un chacun. «On ne dit plus “il est mort” mais “il est parti’”… Nous, les citoyens, avons trop longtemps laissé la question de la vie ou de la mort, dans les mains des politiques, des médecins et des militants… mais elle est à nous.»

Suite des débats ce samedi.

LibéCare. Pensez la santé demain : enquête Médecine du futur : avec l’IA, l’algorithme sous la peau

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https://www.liberation.fr/forums/medecine-du-futur-avec-lia-lalgorithme-sous-la-peau-20221209_FPB5HHHRMNFDFPKUZUWEATNISI/

Débats LibéCare : les nouveaux horizons du soin

La seconde journée du forum a commencé par un constat sur la démographie médicale, puis a invité les participants à redéfinir ce qui constitue le soin au quotidien.

Grâce aux avancées scientifiques américaines sur l’intelligence artificielle, notamment dans le domaine de l’imagerie médicale, les médecins pourraient prédire des maladies lointaines à l’aide d’ordinateurs gavés de données.

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Les algorithmes font faire des bonds de géant à la médecine, particulièrement dans le domaine de l’imagerie médicale où ils excellent. (Roxana Wegner/Getty Images)

par Camille Gévaudan

publié le 9 décembre 2022 à 4h56 (mis à jour le 13 décembre 2022 à 14h09)

Comment bien se soigner, bien vivre, bien vieillir ? Rendez-vous à Caen, les 9 et 10 décembre au MoHo avec le LibéCare pour débattre avec médecins, intellectuels et experts. En attendant l’événement, réalisé en partenariat avec la région Normandie, la MGEN et l’ADMD, Libération publiera dans un espace dédié articles, tribunes et témoignages.

Un seul cliché du thorax suffit à prédire l’avenir. On le soumet non pas au radiologue, mais à l’ordinateur : le logiciel l’analyse de son œil expert et annonce le risque pour le patient de faire une attaque cardiaque dans les dix ans à venir… Ce genre de scénario ressemblait encore à une pure science-fiction il y a quelques années, mais il devient parfaitement réel, et même banal, grâce à l’intelligence artificielle. Les algorithmes font faire des bonds de géant à la médecine, particulièrement dans le domaine de l’imagerie médicale où ils excellent. Certains logiciels détectent les rétinopathies aussi bien qu’un ophtalmologue, d’autres trouvent les masses suspectes dans les mammographies ou des microfissures dans les radios du poignet…

Mais ce mardi 29 novembre, ce sont donc les attaques cardiaques qui étaient au cœur des discussions au rassemblement annuel de la Société radiologique d’Amérique du Nord. On y a présenté les résultats d’un projet mené au Massachusetts General Hospital, rattaché à la faculté de médecine de Harvard, avec ce nouvel algorithme capable de prédire les risques d’AVC. C’est un exercice pas si évident pour le radiologue car il y a plusieurs organes à examiner et plusieurs facteurs à combiner. On peut remarquer «si le cœur est très gros ou s’il présente une malformation», comme l’explique la cardiologue américaine Nicole Weinberg au média Medical News Today, mais aussi «voir si l’aorte paraît élargie ou s’il y a des dépôts de calcium, qui ressortent à la radio. On peut aussi voir dans le tissu pulmonaire s’il y a une accumulation de fluide […], qui peut traduire une insuffisance cardiaque.»

«Volume de données inimaginable»

Pour scruter tous ces endroits à la fois et savoir quoi en conclure, l’algorithme a été entraîné par un processus d’apprentissage automatique. On l’a «nourri» en lui montrant plus de 147 000 radios de thorax provenant de 40 000 patients, en le renseignant pour chaque cliché sur l’existence – ou non – d’une pathologie cardiovasculaire. Après avoir ingurgité cette montagne d’exemples, qui représentent l’équivalent de toute une carrière de radiologue, le logiciel sait se débrouiller seul. Il repère les indices dans les images et établit des prédictions fiables. «La beauté de cette approche est qu’elle nécessite seulement une image aux rayons X, comme on en fait des millions par jour à travers le monde», se réjouit le radiologue Jakob Weiss, auteur principal de l’étude du Massachusetts General Hospital. «Une seule image permet de prédire des épisodes futurs d’événements cardiovasculaires majeurs avec la même efficacité que les évaluations cliniques actuelles», basées sur toute une liste de critères comme l’âge, le sexe, l’hypertension, le diabète, la consommation de tabac, des tests sanguins…

LibéCare

Care : au théâtre, créer un territoire fertile comme un jardin…

Forums & événements

3 déc. 2022

L’intelligence artificielle a un potentiel gigantesque pour ces prédictions médicales lointaines. «Comprendre vraiment les besoins d’un patient à long terme, et pas uniquement ses problèmes transitoires, demande d’avoir un volume de données inimaginable : le génome, des données démographiques, l’historique médical, les facteurs environnementaux… détaille au magazine Forbes Tony Ambrozie, responsable de l’information pour le réseau d’hôpitaux Baptist Health en Floride. De manière réaliste, il est impossible pour les professionnels de santé de faire ces analyses manuellement. L’apprentissage automatique évolue vers des solutions qui effectuent automatiquement ce vaste traitement de données, pour aider les praticiens à mettre au point des parcours de soins sûrs et personnalisés pour leurs patients.»

Copie numérique du cerveau

En France, le projet Aramis est développé à l’Institut national de recherche en informatique et en automatique pour tester un modèle informatique de cerveau humain qui combine plusieurs sources de données acquises sur des patients suivis dans la durée : la génétique, l’imagerie médicale et les données cliniques (des tests neurologiques par exemple). On recrée ainsi une sorte de copie numérique de leur cerveau, un cerveau de «patient virtuel» que l’on peut faire vieillir informatiquement pour voir quelles maladies il est susceptible de développer. L’espoir est que dans quelques années, l’algorithme sera suffisamment entraîné pour prédire un scénario de vieillissement du cerveau à partir de quelques données sur un patient, et estimer par exemple quelles sont ses chances de développer la maladie d’Alzheimer à un horizon de deux, trois ou cinq ans. Loin de déshumaniser la médecine, l’intelligence artificielle utilisée comme aide au pronostic devrait au contraire permettre une prise en charge plus précoce et plus juste des patients.

Pensez la santé demain: enquête Santé : le temps des urgences

Forums & événements 13 déc. 2022

Selon Santé publique France, près d’un tiers de la population vit dans une «zone d’intervention prioritaire», un désert médical. (Fanny Michaëlis/Libération)

Ereinté par deux ans de pandémie et des décennies de politiques publiques iniques, le système de santé français est au pied du mur. Sa refonte est d’autant plus essentielle que s’accélère l’épidémie des pathologies chroniques et que rejaillissent les maladies infectieuses.

par Benjamin Leclercq

publié le 8 décembre 2022 à 22h54

(mis à jour le 13 décembre 2022 à 14h09)

Comment bien se soigner, bien vivre, bien vieillir ? Rendez-vous à Caen, les 9 et 10 décembre, au MoHo avec le LibéCare pour débattre avec médecins, intellectuels et experts. En attendant l’événement, réalisé en partenariat avec la région Normandie, la MGEN et l’ADMD, Libération publiera dans un espace dédié articles, tribunes et témoignages.

Elle est l’éternel et grand souci. Sondage après sondage, la santé caracole en tête des préoccupations des Français, au coude-à-coude avec le pouvoir d’achat. Des Français qu’on dit d’ailleurs traditionnellement chanceux, en la matière, avec leur sacro-sainte Sécu, leur médecin de proximité, leurs médicaments gratuits, leurs grands hôpitaux publics… Autant de «biens précieux, […] indispensables quand le destin frappe», soutenait, lyrique, le président Macron en mars 2020. Indispensables, certes, mais menacés. La pandémie a eu, à ce titre, valeur d’électrochoc : le système a tenu, il a sauvé mille vies, mais il en sort plus essoré que jamais. Les quelque 3,5 millions de personnes qui le font survivre depuis des années ne cessent d’en témoigner, à longueur de manifs, de tribunes et d’interpellations du politique.

31 mars 2022 https://www.liberation.fr/forums/sante-le-temps-des-urgences-20221208_ERQ74JONM5GEJJCYTFJKY3YGYE/

En 2020, le Ségur de la santé a prétendu une mobilisation générale de l’Etat, accompagnée d’une revalorisation salariale des infirmiers et aides-soignants des hôpitaux. Las, deux ans plus tard, un rapport sénatorial de mars 2022 regrettait «le saupoudrage de ces mesures […] et leur extension sans réflexion d’ensemble et par à-coups aux “oubliés du Ségur”», notant au passage «une amertume qui ne tarit pas». Le 3 octobre, François Braun, ministre de la Santé, lançait cette fois le volet «santé» du Conseil national de la refondation, annonçant un bilan pour janvier 2023. Espérons alors que les actes suivront car les urgences, elles, s’amoncellent…

Hôpital public : réorganiser et réhumaniser

Il est probablement celui qui souffre de la crise la plus aiguë, au point d’être menacé, prédisent certains, de s’écrouler. Les symptômes de l’usure de l’hôpital public sont tels qu’en dresser la liste exhaustive est impossible. Il y a les services d’urgences, asphyxiés par la hausse continue de leur fréquentation (+3,5 % par an), le manque de personnel et les cadences insoutenables. Il y a les fermetures de lits d’hospitalisation complète (plus de 5 700 en 2020, 4 300 en 2021). Il y a aussi la pédiatrie, que la récente épidémie de bronchiolite a mise au supplice ; la gériatrie et la psychiatrie, tout autant sevrées de soignants au moment où les besoins explosent. Il y a les démissions, les burn-out et les suicides.

Enquête

Hôpital public : 20% de lits fermés faute de soignants

Santé

26 oct. 2021

Bref, l’urgence est absolue : sauver un hôpital affamé de moyens, d’autonomie et d’humain. Concrètement, plaident les premiers concernés, il faut réformer le financement, plombé par le trop rigide objectif national de dépenses d’assurance maladie (Ondam) et perverti par la «T2A» (la tarification à l’activité). Il faut soigner l’attractivité des métiers – en 2019, la France était 18e sur 35 pays de l’OCDE en termes de rémunération des ­infirmiers. Renouer les liens avec la médecine de ville, valoriser la spécialisation des infirmiers, redonner de l’autonomie aux services cliniques… Et recruter, recruter, et encore recruter.

Déserts médicaux : repeupler le vide

Soulager l’hôpital passe aussi par le retricotage d’une médecine de ville pleine de trous. Selon Santé publique France, près d’un tiers de la population vit dans une «zone d’intervention prioritaire», un désert médical. Dans certaines régions – le Centre-Val de Loire, l’Ile-de-France –, ce taux côtoie les 60 %. Signe de cet accès au soin entravé : 11 % des Français de plus de 17 ans n’ont pas de médecin traitant, alertait le Sénat dans son rapport de mars 2022. Un pourcentage qui grimpe à 20 % pour les 17-30 ans. Or la pénurie de médecins, qui concerne autant les généralistes que les spécialistes, va s’accentuer. Selon la Direction de la recherche des ministères sanitaires et sociaux (Drees), le creux de la vague pour l’ensemble des médecins aura lieu en 2024, et les effectifs ne reviendront à leur niveau actuel qu’à l’horizon… 2030.

En traitement d’urgence, l’Académie de médecine préconise la création d’un service citoyen médical d’un an pour tout médecin nouvellement diplômé. Le gouvernement, lui, encourage les médecins retraités à rempiler, en cumulant emploi et retraite. Primes d’installation, majoration des honoraires, augmentation du numerus apertus (qui a remplacé le fameux numerus clausus, enterré en 2021), ou encore développement des maisons de santé pluriprofessionnelles (MSP), plus attractives pour les jeunes médecins, figurent aussi parmi les leviers.

Tout comme la généralisation de la télémédecine. Depuis la pandémie, les cabines connectées essaiment en France. Sans faire de miracle, toutefois : les téléconsultations sont retombées à moins de 10 % des consultations, et affichent leurs limites, comme un accès compliqué pour les générations âgées – le téléconsultant français a en moyenne 30 ans. Pour y remédier, le principe de la téléconsultation assistée (par un infirmier ou un aidant) fait son chemin.

Prévention : rattraper le retard

«On entre dans l’ère de la prévention», annonçait en septembre le ministre François Braun dans les pages du Journal du dimanche. Il était temps, car la France, dont le système de santé est historiquement focalisé sur le soin, accuse un retard endémique en la matière. En 2021, la Cour des comptes n’avait pas été tendre : «Les résultats obtenus sont globalement médiocres, et ce, malgré un effort financier comparable à celui des pays voisins.» Entre autres écueils, une «adhésion trop faible» aux programmes de prévention médicalisée, à l’instar des dépistages des cancers ou du diabète de type 2.

L’enjeu est immense car la prévention est le nerf d’une guerre qui s’annonce redoutable : celle contre l’épidémie des pathologies chroniques. Les cinq principales – cancers, diabète, maladies cardiovasculaires, respiratoires, psychiatriques – sont en progression. Le bilan de la Sécu dit bien leur poids : 62 % des dépenses totales (104 milliards d’euros sur un total de 168 milliards). Le retour des maladies infectieuses (anciennes ou émergentes) complète un tableau qui, en sus, change de dimension avec le vieillissement. L’Insee table sur 4 millions de seniors en perte d’autonomie en 2050.

Il y a donc fort à faire. Plus, estiment en tout cas les spécialistes, que la dernière mesure annoncée par le gouvernement : des bilans de santé gratuits à «trois âges clés de la vie, 25 ans, 45 ans et 65 ans». La priorité ? Une prévention large spectre, qui coordonne les acteurs bien au-delà du seul secteur médical : école, clubs sportifs, associations, services sociaux, collectivités territoriales, etc.

Inégalités sociales : réparer les fractures

Dans son rapport sur «L’état de santé de la population en France» paru en septembre, la Drees rappelait un constat cruel : «De la naissance aux grands âges, les problèmes de santé évoluent, les inégalités demeurent.» Les chiffres parlent d’eux-mêmes… Le risque de diabète ? Celui des 10 % les plus modestes est 2,8 fois plus élevé que celui des 10 % les plus aisés. Un risque qui est multiplié par 2,4 pour les maladies du foie ou du pancréas, par 2 pour les maladies psychiatriques, par 1,4 pour les maladies cardio-neurovasculaires. Prématurité et petits poids des bébés, obésité, tabagisme… Les inégalités sont partout et renforcées par un recours aux soins moindre : en France, être pauvre multiplie par trois le risque de renoncement.

Pour les professionnels, le défi est de renforcer une médecine dite du «aller vers» : vers les populations isolées, vers les travailleurs pauvres, vers les personnes âgées des Ehpad, etc. Concrètement, elle passe par la multiplication des équipes mobiles et de leurs moyens, à l’instar de celles de psychiatrie-précarité (EMPP). Dernière priorité, la santé dite «communautaire», une approche efficace fondée sur les besoins des patients à l’échelle d’une communauté territoriale, en mobilisant une pluralité d’acteurs : paramédicaux, médiateurs de santé, assistants sociaux.

LibéCare. Pensez la santé demain : analyse Fin de vie : les limites des directives anticipées

Fin intenu en vie lorsqu’il se retrouve en état végétatif. Mais dans les faits, peu y recourent.

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(Fanny Michaëlis/Libération)

par Eric Favereau

publié le 9 décembre 2022 à 3h57

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Comment bien se soigner, bien vivre, bien vieillir ? Rendez-vous à Caen, les 9 et 10 décembre au MoHo avec le LibéCare pour débattre avec médecins, intellectuels et experts. En attendant l’événement, réalisé en partenariat avec la région Normandie, la MGEN et l’ADMD, Libération publiera dans un dossier dédié articles, tribunes et témoignages.

C’était et c’est apparemment une très bonne idée : la possibilité d’écrire des directives anticipées pour que tout un chacun, s’il le souhaite, puisse exprimer et dire sa façon de mourir quand la médecine est en jeu. Dire ainsi si l’on veut que la médecine fasse le maximum, en utilisant toutes les techniques de réanimation. Dire, à l’inverse, que«non, pas de réanimation» si l’on n’est plus conscient. Exprimer ou pas son souhait d’être maintenu en vie si l’on se retrouve dans un état végétatif chronique ? Que faire si la réanimation entraîne des risques élevés de handicap profond ? Et veut-on ou non bénéficier d’une sédation profonde et continue jusqu’au décès lorsque la mort arrive ?

Voilà. Tel était le droit nouveau ouvert par le législateur lors de la première loi sur la fin de vie du 22 avril 2005, puis lors de la seconde, dite loi Claeys-Leonetti, promulguée en 2016. Ce dernier texte donnant plus même plus de force aux directives anticipées : désormais, elles n’ont plus de date de péremption et restent valides tant qu’elles ne sont pas contredites par le malade lui-même. Mais avant tout, elles deviennent contraignantes pour le médecin, qui se voit obligé de les respecter, sauf à se justifier, autant auprès des proches que de ses collègues, et à en tracer les raisons dans le dossier du patient.

«Je n’en vois pas l’intérêt»

Depuis donc plus de quinze ans que ce nouveau droit existe, il est en pratique peu utilisé. Le Centre national des soins palliatifs et de la fin de vie (CNSPFV) a publié un sondage, en 2021, montrant que 48 % des personnes interrogées connaissent le dispositif des directives anticipées, mais seules 18 % des personnes interrogées ont rédigé les leurs. Pour autant, tous le notent, il n’est pas facile de rédiger des directives anticipées, et près de deux personnes sur trois n’ont aucune envie de les rédiger.

Tribune

TRIBUNE

Fin de vie : des directives anticipées à respecter jusqu’où ?

Tribunes

11 nov. 2022

Bilan mitigé, au minimum. En même temps, on oublie de dire qu’écrire des directives anticipées n’est en rien une obligation, c’est un choix offert, une possibilité et non un ordre. Lors de nombreux débats tenus par le CNSPFV en 2018-2019 sur ce thème, il ressortait qu’une forte majorité de personnes ne voulaient pas figer l’avenir en écrivant des directives trop définitives. «Les gens veulent souvent laisser toutes les portes ouvertes», expliquait ainsi la docteure Véronique Fournier, qui présidait alors le CNSPFV. D’autres doutaient ouvertement de ce dispositif, en notant que, par exemple, si la personne demandait une euthanasie active, cela n’était pas suivi d’effets puisque c’était formellement interdit par la loi. Lors d’un débat à Dijon, un médecin s’interrogeait : «A quoi sert-il d’écrire des directives anticipées si elles ne servent à rien ? Moi, je veux une euthanasie active quand je l’aurai décidé, mais comme ce n’est pas légal, et comme les médecins ne le feront pas, mes directives ne seront pas appliquées.» Et d’ajouter : «Demander à quelqu’un qui va bien d’écrire des directives anticipées ? Je n’en vois pas l’intérêt : quel est le sens de demander à quelqu’un de se projeter, de se dire : “Je vais mourir. Comment je veux mourir ?” C’est un non-sens. Personne ne sait ces choses-là. On ne peut pas le faire.»

«Sauvegarde de la dignité de la personne»

Récemment, la justice a eu à trancher le cas inverse. Là, les directives anticipées de la personne concernée demandaient la poursuite de ce qui relevait d’un acharnement thérapeutique. Jugeant la situation désespérée, l’équipe médicale de l’hôpital de Valenciennes (Nord) souhaitait arrêter les soins – nutrition et respiration artificielles –, mais cette décision allait à l’encontre des intentions préalablement manifestées par le patient. Saisi, le Conseil constitutionnel avait donné raison au médecin, affirmant que la loi, qui prévoit que le médecin puisse passer outre ces directives si elles sont «inappropriées» à la situation du patient, était conforme à la «sauvegarde de la dignité de la personne» comme à la «liberté personnelle» du soignant.

Une interprétation que ne partagent pas d’autres pays. Ainsi, en Allemagne, où elles sont très répandues, les directives anticipées doivent être précises. Mais le législateur a tenu à dire que ce n’était pas parce que leur contenu pouvait être «bizarre» qu’elles ne devaient pas être suivies. Une attitude finalement tolérante vis-à-vis du mourant.

LibéCare. Pensez la santé demain : initiative

«Médicobus» dans l’Orne : «Le nerf de la guerre, c’est de trouver des médecins»

LibéCARE. Pensez la santé demaindossier

Jean-Michel Gal et Karine Faucoin dirigent l’association réunissant dix médecins généralistes, qui sillonnent les communes normandes où des médecins traitants sont récemment partis.

«Ce Médicobus va dans les communes où les généralistes sont partis depuis peu de temps.» (Twitter Région Normandie)

par Didier Arnaud

publié le 7 décembre 2022 à 15h26

https://www.liberation.fr/forums/medicobus-dans-lorne-le-nerf-de-la-guerre-cest-de-trouver-des-medecins-20221207_3GRZHY5FHFAYZODM73IMSFGZI4/

Comment bien se soigner, bien vivre, bien vieillir ? Rendez-vous à Caen, les 9 et 10 décembre au MoHo avec le LibéCare pour débattre avec médecins, intellectuels et experts. En attendant l’événement, réalisé en partenariat avec la région Normandie, la MGEN et l’ADMD, Libération publiera dans un espace dédié articles, tribunes et témoignages.

«Il s’agit d’une création de la communauté professionnelle territoriale de santé pour le tiers du département de l’Orne, qui rassemble six communautés de communes, une population de 85 000 habitants, dont 10 000 n’ont plus de médecins traitants. Il vise à organiser le parcours de soins des patients et l’accès à un médecin traitant. Ce Médicobus va dans les communes où les généralistes sont partis depuis peu de temps. Nous avons débuté en octobre 2020, réalisé plus de 6 000 actes, plus les vaccinations. On va du nouveau-né jusqu’aux personnes de 95 ans. C’est un service à la population très important. Dix médecins généralistes participent. Ils sont pour la moitié des retraités, les autres en exercice.

«Nous avons un centre de santé salarié, deux assistantes médicales qui s’occupent de l’accueil des patients, de la préparation des consultations et du travail administratif. Nous fonctionnons du lundi matin au vendredi soir. On a dédoublé notre activité. Le mercredi, par exemple, le Médicobus est sur deux communes différentes, et peut recevoir jusqu’à soixante patients.

«Nous suscitons de l’intérêt. Depuis plusieurs mois, on a un interlocuteur, qu’il soit élu ou médecin, qui nous contacte, pour voir comment cela se passe. Des étudiants en médecine belges travaillent sur le concept de Médicobus. Dans l’Eure, la Sarthe, d’autres projets de ce type vont naître. Notre objectif, c’est que les patients qui n’avaient plus de médecins traitants et qui pour certains allaient faire renouveler leur ordonnance aux urgences – à Nogent, Mortagne ou Laigle le font au Médicobus. Nous voulons prendre en charge les patients qui ont besoin d’une expertise médicale pour un problème aigu de santé sous quarante-huit heures.

«Le nerf de la guerre, c’est de trouver des médecins. Il faut que les élus soient d’accord, passent une convention. On a d’autres projets en cours, mais on attend les décisions. Il manque, en France, une cohérence territoriale pour la santé. La santé et la politique ne font pas toujours bon ménage. On étudie ainsi les demandes de télémédecine. Plein de maires créent des maisons médicales sans médecins et dépensent de l’argent public pour rien. On a intégré des sages-femmes dans le Médicobus. Elles font des consultations un jour par mois. L’an prochain, nous aurons une neurologue. Le Médicobus est un cabinet médical comme un cabinet de médecin, avec tous les outils dédiés, dont une valise de télémédecine, un appareil électrocardiogramme relié à un centre de cardiologie. Le bus marche au gazole.»

LibéCare. Pensez la santé demain : portrait

Olivier Delattre, au service de l’enfance

LibéCARE. Pensez la santé demaindossier

Le pédiatre et directeur de recherche de 65 ans, spécialisé dans le cancer de l’enfant et l’adolescent, est le lauréat 2022 du grand prix de l’Inserm.

Le chercheur et pédiatre Olivier Delattre veut mettre en lumière les mécanismes qui poussent une cellule cancéreuse «à échapper au contrôle» de l’organisme. (Fanny Michaëlis/Libération)

par Delphine Bernard-Bruls

publié le 6 décembre 2022 à 18h30

https://www.liberation.fr/forums/olivier-delattre-au-service-de-lenfance-20221206_E5HLQT2QKNH3THJM5VKFS2OSWA/

Un enfant malade, c’est une injustice, une douleur. D’un point de vue scientifique, c’est surtout «une situation anormale», selon Olivier Delattre, pédiatre, directeur de recherche à l’Inserm et directeur de l’unité de recherche mixte Inserm-Institut Curie «Génétique et Biologie des Cancers». Il ne compte plus les têtes blondes – puis chauves, attaquées par la chimiothérapie – qu’il a côtoyées avec leurs familles. En France, environ 2 500 cas de cancers sont détectés chez des enfants ou adolescents chaque année. L’Inserm, la structure qui lui a permis, dès le début des années 90 de travailler à guérir ces jeunes patients, a choisi de saluer son travail. Le 6 décembre, elle a fait de lui le lauréat 2022 de son grand prix, qu’elle remet chaque année à l’un de ses scientifiques les plus chevronnés.

Le chercheur était en vacances lorsque le directeur de l’Inserm, Gilles Bloch, lui a annoncé la nouvelle au téléphone. «Je m’attendais plutôt à une demande de mission, ou à une question précise», explique-t-il. Son humilité l’empêche de penser que ses pairs s’apprêtent à saluer ses accomplissements. «J’ai été surpris, mais aussi très honoré», se souvient-il. «C’est une belle reconnaissance», dans un métier où les travaux des confrères sont scrutés. Le chercheur de 65 ans parle plus de la nécessaire collaboration globale pour participer à l’extension des connaissances que d’un sentiment de compétition. Par ce prix – mais également par le reste de sa bibliographie bien rempli – ses collègues ont validé son apport à la science.

«Un affect particulier»

En 1985, alors qu’Olivier Delattre s’est spécialisé en pédiatrie et effectue son internat au sein des Hôpitaux de Paris, il est interpellé par l’avancée des théories sur les oncogènes, ces gènes qui participent à la prolifération des cellules cancéreuses dans l’organisme humain. C’est cette curiosité, «absolument indispensable» pour être efficace dans la recherche, qui le guide. Ainsi, explique-t-il, s’est-il «retrouvé dans les laboratoires». A l’époque, il n’y voit qu’un détour provisoire et entend bien «retourner en clinique» après l’expérience de la recherche. Celle-ci l’a pourtant«happé» et a forgé l’ensemble de sa carrière.

Le travail en laboratoire n’est pas nécessairement synonyme d’isolement, précise toutefois le chercheur parisien. «J’ai toujours été en contact étroit avec les cliniciens.»Sans cela, la déconnexion l’empêcherait de garder le cap dans sa recherche. «Tout travail avec des enfants malades crée un affect particulier», indique Olivier Delattre. Mais il souligne l’importance du «contexte psychosocial» au sein duquel ces derniers sont hospitalisés. «Il y a une vie très particulière» dans un service d’oncologie pédiatrique. Il compare l’activité de ces couloirs à ceux d’une ruche : les enfants jouent, assistent à des spectacles de clowns ou de marionnettes, certains continuent de suivre une scolarité un tant soit peu «normale». Une certaine «gaîté» qu’on ne retrouve pas dans les couloirs où sont hospitalisés les adultes.

Le point de départ de la carrière de chercheur d’Olivier Delattre a été le sarcome d’Ewing, une tumeur osseuse maligne qui touche notamment les adolescents. De fil en aiguille, le scientifique s’est intéressé aux différents cancers de l’enfant. Son souhait : «Comprendre les rouages de leur développement» chez les jeunes patients. Aux côtés des équipes de recherche qu’il a montées, il veut mettre en lumière les mécanismes qui poussent une cellule cancéreuse «à échapper au contrôle» de l’organisme. Son travail comporte deux volets: «l’aspect cognitif» de la recherche, c’est-à-dire comprendre les mécanismes des oncogènes, mais aussi l’aspect thérapeutique. Il propose des théories pour mettre en place des soins permettant de «crasher le système» cancéreux.

Crise de la vocation

Lorsqu’un enfant se voit diagnostiquer un cancer, son corps entame un double travail à temps plein : lutter contre la maladie tout en menant, bon an mal an, sa croissance. Aussi les cellules cancéreuses sont-elles dans un environnement idéal pour proliférer rapidement. «L’enfant va mal vite, mais il se remet aussi vite, rassure Olivier Delattre. Ils ont souvent conscience de la gravité de la maladie» dont ils sont atteints. Certains ont également «conscience du risque vital» qui pèse sur leur santé. Mais «la spontanéité» les quitte rarement. Cette force de vie, alliée à la haute «responsivité» de leur cancer aux soins thérapeutiques tels que la chimiothérapie, leur permet d’atteindre de hauts seuils de guérison face au cancer. Aujourd’hui, plus de 80% des enfants guérissent, se réjouit le chercheur : dans les années 60, seuls 10% de ces jeunes malades survivaient à la maladie. Mais les séquelles sont encore actuellement trop fréquentes, rappelle le chercheur.

S’il se réjouit et se félicite de l’avancée de la recherche dans son domaine de spécialisation depuis qu’il l’a intégré et étudié, Olivier Delattre exprime une certaine inquiétude. La recherche attire moins la jeune génération, constate-t-il avec tristesse. Les conditions de travail, la baisse de curiosité nécessaire et le travail inscrit dans le temps long sont-ils à l’origine de cette crise de la vocation ? Il n’a pas d’avis tranché. Il espère néanmoins que le taux de guérison des cancers pédiatriques atteindra rapidement 90%, voire plus. Sur la centaine de cancers de l’enfant connus, le chemin est long et s’annonce ardu. Mais la retraite n’est pour lui pas encore au menu. Olivier Delattre entend se battre contre la maladie encore longtemps.

LibéCare. Pensez la santé demain : tribune

Le dépistage des cancers, enjeux d’une recherche multidisciplinaire

LibéCARE. Pensez la santé demaindossier

L’équité de l’accès au dépistage et la prise en considération de ses effets délétères potentiels sont des enjeux fondamentaux.

Un automate va colorer la lame pour que les cellules qui sont encore transparentes deviennent optiquement visibles. (Marie-Pierre Dieterlé/Divergence)

par Guy Launoy, responsable de l’U1086 Inserm Anticipe, université et CHU de Caen

publié le 6 décembre 2022 à 2h33

https://www.liberation.fr/forums/le-depistage-des-cancers-enjeux-dune-recherche-multidisciplinaire-20221206_YNSEQBIEPBEDNI7QAXOPLO6HWI/

Comment bien se soigner, bien vivre, bien vieillir ? Rendez-vous à Caen, les 9 et 10 décembre au MoHo avec le LibéCare pour débattre avec médecins, intellectuels et experts. En attendant l’événement, réalisé en partenariat avec la région Normandie, la MGEN et l’ADMD, Libération publiera dans un espace dédié articles, tribunes et témoignages.

L’intérêt du dépistage pour les individus et pour la société repose à la fois sur la puissance des innovations technologiques et la pertinence de son organisation dans la société pour assurer son efficacité, son efficience et son équité. Si au départ, le principe du dépistage semble simple («il vaut mieux prévenir que guérir»), l’évolution des connaissances, en particulier sur les effets délétères potentiels du dépistage des cancers, a profondément complexifié la problématique, en particulier, la mise en évidence du risque de détecter de très petits cancers d’évolution très lente qui n’auraient jamais eu d’impact sur la vie (surdiagnostic) et dont la découverte est finalement nuisible à la personne.

Ces progrès ont imposé la prise en considération de la balance bénéfice potentiel-effets délétères dans l’appréciation de la pertinence du dépistage d’un cancer. Comme dans le domaine du soin, les pratiques de dépistage doivent se fonder sur des arguments scientifiques du plus haut niveau de preuve possible pour assurer un meilleur service rendu aux individus et à la population.

Chronique «Aux petits soins»

Cancer de la prostate : encore trop de dépistage inutile, voire dangereux

Société

15 nov. 2016

L’enjeu est ici pour les experts et pour les médecins comme pour les individus concernés de pouvoir apprécier justement la balance bénéfice-risques à la fois au niveau individuel comme au niveau collectif. Pour répondre à la fois aux textes fondateurs de notre société et à la déontologie médicale, l’équité de l’accès au dépistage est un enjeu fondamental. Il s’agit ici pour les chercheurs de déconstruire les mécanismes de ces inégalités et d’identifier les clés propres à les réduire. En la matière, on sait que s’il n’existe pas en amont dans l’organisation du dépistage des dispositifs pensés et testés scientifiquement pour réduire les inégalités sociales, en fonction en particulier du principe d’universalisme proportionné, alors l’organisation du dépistage dans la population générale risque bien en fait d’aggraver ces inégalités sociales de santé.

Enfin, pour le développement d’une démocratie sanitaire souhaité par tous, le rôle du médecin n’est plus de décider, en fonction de ses propres convictions, pour une personne s’il doit pratiquer ou non le dépistage, mais d’apporter à cette personne, de la manière la plus didactique et loyale, les informations qui lui permettront de prendre sa décision en fonction de ses propres préférences. Cette tâche n’est pas aisée, particulièrement en l’absence de certitude scientifique, et le rôle des chercheurs et des autorités sanitaires est ici d’inventer les outils qui aideront les médecins à développer cette décision partagée.

Ainsi, les progrès en matière de dépistage des cancers convoquent de très nombreuses disciplines scientifiques et médicales, allant de la biologie et de l’imagerie à l’épidémiologie et aux sciences humaines et sociales. C’est bien tout l’enjeu du développement d’une recherche multidisciplinaire qui permette de rendre plus efficace et équitable l’organisation du dépistage utile des cancers, mais aussi de protéger la population des dépistages délétères. Il s’agit enfin de développer une éthique du dépistage répondant à deux exigences, celle liée au respect des critères de qualité de la décision publique et celle du respect de la liberté de la personne, et de sa décision, quels qu’en soient les fondements.

LibéCare. Pensez la santé demain : tribune

Peut-on espérer un choc d’attractivité et de fidélisation des métiers du soin ?

LibéCARE. Pensez la santé demaindossier

Face à une pénurie de soignants, il est essentiel que la formation initiale réponde aux besoins futurs. De nombreuses solutions existent pour que ce secteur rêvé par beaucoup de jeunes devienne une réalité.

Libécare Libération (Fanny Michaëlis/Libération)

par Emmanuel Touzé, Doyen de la faculté de médecine de Caen Normandie

publié le 5 décembre 2022 à 10h58

https://www.liberation.fr/forums/peut-on-esperer-un-choc-dattractivite-et-de-fidelisation-des-metiers-du-soin-20221205_TMVUF6G2JZHKZJWYUXYJMZ4HIU/

Comment bien se soigner, bien vivre, bien vieillir ? Rendez-vous à Caen, les 9 et 10 décembre au MoHo avec le LibéCare pour débattre avec médecins, intellectuels et experts. En attendant l’événement, réalisé en partenariat avec la région Normandie, la MGEN et l’ADMD, Libération publiera dans un espace dédié articles, tribunes et témoignages.

D’une hypothèse jusqu’alors assez lointaine, la pénurie de personnel soignant dans les établissements sanitaires et médicosociaux est devenue une réalité soudaine et concrète au sortir de la pandémie Covid-19. Plus de 30 000 postes sont vacants et les démissions s’accentuent avec comme conséquence des fermetures de lits, une détérioration des conditions de travail et un risque de dégradation de la qualité des soins et de l’encadrement des plus jeunes. Si une proportion importante de professionnels rejoint le secteur libéral, une part mal évaluée réalise une reconversion professionnelle, constituant une forme de «gâchis».

Pistes d’amélioration nombreuses

Les prémices et les ingrédients de cette crise étaient pourtant bien antérieurs : intensification progressive du travail favorisée par la tarification à l’activité et les contraintes budgétaires ; progression insuffisante des ressources humaines ; complexification des prises en charge sans accompagnement proportionnel de l’encadrement de proximité ; augmentation des tâches administratives aux dépens du temps consacré à la relation et au soin ; niveaux de rémunération trop faibles au regard des contraintes des métiers (1) générant un sentiment de faible reconnaissance ; tensions voire conflits entre professionnels ; manque de perspectives dans les carrières… Il y a ainsi, chez les professionnels du soin, une grande insatisfaction, une démotivation et une perte du sens des missions.

Les métiers du soin peuvent-ils encore faire rêver ? Oui, comme le montre le succès formations en santé, en particulier la formation d’infirmier, qui est la plus demandée sur Parcoursup. Mais, encore faut-il que le métier rêvé devienne une réalité. Les pistes sont nombreuses, même si pas vraiment nouvelles : revalorisation financière (Ségur de la santé en 2020), amélioration de l’environnement de travail, augmentation des ratios de personnels pour une meilleure gestion des effectifs et des horaires, nouvelles méthodes de management (dynamique collective pluriprofessionnelle, processus de décision plus participatifs avec la hiérarchie et les médecins, communication, gestion des conflits…) et évolution des modes de paiement hospitaliers.

Agir collectivement

Cependant, l’attractivité et la fidélisation passent aussi par la formation. Il est essentiel que la formation initiale réponde aux besoins : nombre de professionnels à former (repenser la politique des quotas) et compétences. Les résultats des expérimentations d’intégration universitaire telles que celle menée entre l’université Caen-Normandie et l’ensemble des instituts de formation du territoire sont très attendues. Un niveau de qualification élevé diminuera le sentiment d’insécurité des plus jeunes. Pour les professionnels déjà en exercice, l’acquisition de nouvelles compétences, l’évolution vers plus d’autonomie, vers de nouveaux métiers ou vers des carrières universitaires et les passerelles entre les métiers sont autant de facteurs d’émulation et de motivation susceptibles d’attirer et de maintenir les professionnels dans le système de soins.

La profondeur apparente de la crise actuelle dans les métiers du soin doit nous inciter agir collectivement sur tous les fronts et en urgence.

(1) Intensité du travail, contraintes physiques, contraintes horaires spécifiques, charge émotionnelle, interruptions de tâches.

LibéCare. Pensez la santé demain : reportage

En Normandie, la télémédecine au secours de la désertification médicale

LibéCARE. Pensez la santé demaindoss

La région Normandie et l’ARS ont fait le pari de la télémédecine pour pallier un déficit grandissant de médecins.

Même si la Normandie n’est pas la plus touchée par la désertification médicale, elle présente selon les dernières données de l’ARS une densité en médecins spécialistes de 140 pour 100 000 habitants. (Fanny Michaëlis/Libération)

par Anne-Laure Pineau

publié le 30 novembre 2022 à 13h05

https://www.liberation.fr/forums/en-normandie-la-telemedecine-au-secours-de-la-desertification-medicale-20221130_RD7ARWUMP5BC5GISHO3AGXWKBI/

Comment bien se soigner, bien vivre, bien vieillir ? Rendez-vous à Caen, les 9 et 10 décembre au MoHo avec le LibéCare pour débattre avec médecins, intellectuels et experts. En attendant l’événement, réalisé en partenariat avec la région Normandie, la MGEN et l’ADMD, Libération publiera dans un espace dédié articles, tribunes et témoignages.

Dans son petit bureau de Louvigny (Calvados), Myriam Nouvel-Meller fait face à deux grands écrans et une webcam. Sur ses oreilles, un casque dernier cri. Elle n’est pas gameuse, non, mais infirmière spécialisée (armée d’un DU). Détachée du CHU de Caen, elle tient depuis 2012 des permanences de téléconsultations Domoplaies dans les locaux de Normand’e-Santé (NES), le groupement régional d’appui au développement de la e-santé (Grades). Elle rencontre virtuellement des patients et leur soignant (de l’infirmière au chirurgien vasculaire) de tout la Manche et le Calvados 8 à 10 fois par jour pour leur apporter son expertise en termes de plaies, de cicatrisation et de pansements.

Myriam intervient à distance dans les cabinets d’infirmiers et de médecins, mais aussi en Ehpad ou à domicile, dans le cadre des soins de suite et de réadaptation (SSR) ou de l’hospitalisation à domicile. Une activité qu’elle juge aussi importante (la cicatrisation serait 33 % plus rapide) que gratifiante : «Voir le patient dans son cadre de vie et non à l’hôpital a changé ma pratique : désormais, je peux adapter ma prescription. Par exemple, certains patients à la campagne n’ont pas l’eau chaude, je dois en tenir compte pour l’hygiène. De même, je ne vais pas prescrire des dizaines de boîtes de compresses stériles à quelqu’un dont l’armoire normande en regorge déjà !»

Une multitude d’acteurs privés

Même si la Normandie n’est pas la plus touchée par la désertification médicale, elle présente selon les dernières données de l’ARS une densité en médecins spécialistes de 140 pour 100 000 habitants (la moyenne en France métropolitaine étant de 178). Concernant les généralistes, le ratio est de 137 pour 100 000 contre 149 à l’échelle nationale – avec d’importantes disparités, comme dans l’Eure, avec 96 pour 100 000 habitants. Alors qu’une multitude d’acteurs privés (Doctolib, Qare, Tok Tok Doc, Medadom…) se battent pour gagner les faveurs de patients devenant usagers de télémédecine, la région finance des projets à destination des soignants et des structures d’accueil. Au total, 321 établissements médico-sociaux sont accompagnés par l’ARS de Normandie pour développer la télémédecine, et 76,8 % des Ehpad ont réalisé au moins un acte de téléconsultation en 2022.

Data

Déserts médicaux : la majorité du territoire français sous-dotée en généralistes

Santé

13 oct. 2022abonnés

Comme Myriam, plus de 2200 professionnels de santé locaux (dont plus de 1000 médecins) ont choisi la plateforme Therap-e, développée par NES. Cette initiative est née après la loi de financement de la sécurité sociale de 2012 et s’est lancée dans le cadre de deux projets innovants nationaux : Domoplaies et Télé-AVC. «Si quelqu’un fait un AVC à Flers, les urgentistes de l’hôpital local vont pouvoir accéder directement à un neurologue du CHU de Caen grâce à nos outils, ce qui évite un transfert dangereux»,résume Jérémie Bronsard, responsable de projet pour NES. Therap-e permet aussi de faciliter le travail des spécialistes sur le territoire, grâce à l’e-staff : «Le CHU de Caen est le centre de référence pour la sclérose en plaques sur le territoire, poursuit Jérôme Bronsard. Les représentants des centres périphériques de Bayeux ou de Cherbourg devaient se déplacer chaque semaine pour présenter les cas. Désormais ils se retrouvent de façon dématérialisée, échangent les imageries en un clic.» D’autres outils, comme la télésurveillance des patients en insuffisance cardiaque ou l’accompagnement des patients post-cancer, ont également été développés.

«La télémédecine constitue un gain de temps pour les professionnels des Ehpad et une meilleure qualité de vie pour leurs patients, pour qui de nombreux déplacements sont coûteux moralement», considère Isabelle Crinière, gériatre dans la région de Caen. La fervente utilisatrice des outils NES reste prudente face à l’envolée des actes de télémédecine (401 738 actes remboursés en 2021 contre 10 777 en 2019, selon les chiffres de l’ARS) : «C’est un bon outil, le stéthoscope connecté de NES fonctionne bien, mais cela n’a rien à voir avec une véritable consultation avec son patient : il faut toucher la peau, palper l’abdomen, il faut parler. Les émotions ressortent plus clairement quand on est physiquement dans la chambre et la caméra peut être très troublante pour les personnes âgées ou sujettes à des troubles cognitifs.»

Egalité dans l’accès au soin

Outre NES, d’autres acteurs de la santé ont lancé leurs propres initiatives, plus détachées de l’hôpital, plus au creux des territoires. Ainsi, cet été, trois points d’accès spécifiques à la téléconsultation ont été mis en place à Cabourg (Calvados), Valognes et Avranches (Manche) pour répondre à l’augmentation de la demande de soins. L’opération a été coordonnée par la région, l’ARS, les unions régionales des médecins libéraux (URML) et des professionnels de santé (URPS), les infirmiers, les Samu du Calvados et de la Manche, et la cellule de soins non programmés (CNSP) de Caen.

Antoine Leveneur est président de l’URML de Normandie et n’est pas peu fier d’être à l’origine, avec son équipe, de la CNSP, installée au quatrième étage du pôle de santé, dans le centre historique de Caen. Cette cellule permet à tous d’accéder par téléphone à une prise en charge rapide par téléconsultation avec des médecins libéraux du territoire (si le patient ne requiert pas d’aide vitale, dévolue au Samu). Le médecin est convaincu que la télémédecine est une bonne solution pour protéger l’égalité dans l’accès au soin. En plus d’être un outil passionnant : «Je me souviens encore avec émotion du premier tympan que j’ai vu en grand écran.»

Depuis des années, Antoine Leveneur s’est attelé à rendre la médecine tout-terrain : en 2020, il a participé à l’implantation des médicobus dans l’Orne et dans le Calvados, permettant de porter la médecine aux patients isolés. En 2018, avec l’URML, il a participé à la mise en place d’une salle de téléconsultation dans la commune rurale de Saint-Georges-de-Rouelley (Manche) : les habitants peuvent y être accueillis plusieurs créneaux par semaine, accompagnés par une dizaine d’infirmiers. Une plus-value pour la commune qui va faire des petits dans toute la région : suite à la signature de la charte partenariale pour l’accès aux soins ambulatoires en Normandie, en 2021, l’équipe de la CNSP a lancé un chantier pour identifier dans la région 50 lieux où l’accès au soin fait le plus défaut afin d’y installer des salles de téléconsultation.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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