Poursuite d’une politique de la mobilité à contre sens: « aider ses concitoyens à faire le plein semble pour le moins anachronique, voire absurde » (Philippe Escande Le Monde).

Aides à la pompe : « Depuis la réélection d’Emmanuel Macron, l’Etat multiplie les mesures anachroniques »

Chronique

auteur

Philippe Escande

Le gouvernement a annoncé le versement d’une « indemnité carburant » de 100 euros pour « à peu près la moitié des ménages » en 2023. Une « mesure anachronique ».

Publié le 07 décembre 2022 à 12h19, mis à jour le 07 décembre 2022 à 16h34  Temps de Lecture 2 min. 

https://www.lemonde.fr/economie/article/2022/12/07/aides-a-la-pompe-depuis-la-reelection-d-emmanuel-macron-l-etat-multiplie-les-mesures-anachroniques_6153352_3234.html

En matière d’addictions, la désintoxication est un exercice périlleux. Tout est dans le dosage. Alors on tâtonne au gré des circonstances. C’est la tactique du gouvernement vis-à-vis des carburants. En annonçant un chèque de 100 euros pour 10 millions d’automobilistes, ce mercredi 7 décembre, à l’antenne de RTL, la première ministre, Elisabeth Borne, sait qu’elle marche sur des œufs.

Lire aussi :  Elisabeth Borne annonce une « indemnité carburant » de 100 euros aux 10 millions de travailleurs les plus modestes

En pleine discussion parlementaire sur l’accélération du passage aux énergies renouvelables et au lendemain du sommet des Nations unies sur le réchauffement climatique, aider ses concitoyens à faire le plein semble pour le moins anachronique, voire absurde. Le geste est en effet désastreux pour les finances publiques, pour la balance commerciale et pour le climat.

Et, cerise sur le gâteau, il est profondément inégalitaire, comme l’avait relevé le candidat Macron, lors de son débat avec Marine Le Pen, à l’occasion de la dernière campagne présidentielle, le 20 avril, alors que celle-ci ambitionnait carrément de baisser la TVA sur l’essence. Pourtant, depuis la réélection du président, l’Etat multiplie les aides.

Dix-huit centimes de remise à la pompe d’avril à août, puis trente centimes de septembre à mi-novembre, et dix centimes jusqu’à fin décembre. Au total, selon le ministre des comptes publics, Gabriel Attal, ces différents dispositifs devraient coûter près de 8 milliards d’euros en 2022. Sans compter, donc, le milliard supplémentaire de la nouvelle mesure annoncée ce jour.

Signal désastreux

Celle-ci sera moins inégalitaire, car ciblée sur les gros rouleurs modestes. Il n’en reste pas moins que le signal est désastreux au regard des urgences du moment, que ce soit en matière de souveraineté énergétique et économique que du point de vue de l’incitation, alors que les transports, et particulièrement la voiture individuelle, sont en France parmi les premiers responsables des émissions de gaz à effet de serre.

Mais voilà, si la politique n’était que l’art de prendre des décisions logiques et raisonnables, il n’y aurait plus besoin de politiques. Traumatisé par l’épisode des « gilets jaunes », le pouvoir a bien conscience de l’importance matérielle et symbolique de la voiture chez ses concitoyens, et principalement chez ceux qui vivent éloignés des villes et de leurs transports.

Pour plus de 80 % d’entre eux, elle est leur seul moyen de déplacement. Or, la crise énergétique a provoqué un emballement des prix à la pompe. Les prix se sont largement calmés aujourd’hui. Mais la symbolique de l’automobile comme dernier refuge de liberté a suffisamment tétanisé le gouvernement pour qu’il évite de limiter de 130 à 110 kilomètres-heure la vitesse sur les autoroutes. Une mesure d’économie simple et très efficace qui touche peu les déplacements du quotidien.

Lire aussi : 

 Alors que la ristourne sur le carburant baisse, l’Etat et les collectivités peinent à proposer des solutions face à la voiture

Sur le plan matériel, l’Etat ne peut être insensible devant la détresse de travailleurs modestes, isolés et dépendant de leur véhicule, mais n’y avait-il pas un meilleur usage des 8 milliards dépensés pour leur venir en aide ? L’exécutif semble préférer réserver son capital de courage politique à d’autres combats à venir, comme celui des retraites. Il en aura en effet bien besoin.

Philippe Escande

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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