Les « bombes climatiques » que sont les projets de Total avec le Crédit Agricole, Tilenga et Eacop, en Ouganda et en Tanzanie, dénoncés par 5 religions. 

Des représentants de cinq religions manifestent à Paris contre le mégaprojet pétrolier de TotalEnergies en Afrique

Des représentants des cultes catholique, protestant, musulman, juif et bouddhiste ont mené ensemble une action symbolique de protestation contre les « bombes climatiques » que sont les projets Tilenga et Eacop en Ouganda et en Tanzanie. 

Par Rémi BarrouxPublié hier à 20h28, mis à jour hier à 22h59

https://www.lemonde.fr/planete/article/2022/11/29/en-france-des-religieux-s-engagent-contre-le-mega-projet-petrolier-de-totalenergies-en-afrique_6152237_3244.html

Temps de Lecture 4 min. 

Action interconfessionnelle organisée par Greenfaith et Extinction Rébellion Spiritualités contre le projet Eacop de TotalEnergies en Ouganda et en Tanzanie, devant une station-service du groupe pétrolier français, à Paris, le 29 novembre 2022.
Action interconfessionnelle organisée par Greenfaith et Extinction Rébellion Spiritualités contre le projet Eacop de TotalEnergies en Ouganda et en Tanzanie, devant une station-service du groupe pétrolier français, à Paris, le 29 novembre 2022.  RÉMI BARROUX

Après les scientifiques, les bloqueurs de rue, les dégonfleurs de pneus de SUV ou les lanceurs de soupe dans les musées, le front des activistes mobilisés pour le climat s’est encore élargi. Des représentants de cinq religions – catholique, protestante, musulmane, juive, et bouddhiste – se sont ainsi donné rendez-vous, mardi 29 novembre, devant une station TotalEnergies, dans le 15e arrondissement de Paris.

La cible ? Les projets Tilenga et Eacop (Oléoduc de pétrole brut d’Afrique de l’Est), soit l’exploitation de ressources pétrolières dans la région du lac Albert en Ouganda et la construction d’un pipeline géant transfrontalier en Tanzanie,« le pipeline chauffé le plus long du monde », dénoncent les opposants, qui entraîneraient « l’expropriation de 100 000 personnes » et « rejetterait l’équivalent de 379 millions de tonnes de CO2 », soit 34 millions de tonnes par an. Dans le viseur aussi, le Crédit agricole, « premier soutien financier de Total ».

Lire aussi :    Deux méga projets pétroliers de TotalEnergies en Ouganda dénoncés par le Parlement européen

Devant la station, dont l’accès n’était pas bloqué et où les automobilistes, surpris, venaient faire leur plein, ces porte-parole ont expliqué les raisons de leur engagement dans une action de « désobéissance civile », soutenus par deux dizaines d’activistes. L’action était organisée par Greenfaith (« foi verte »), une ONG née aux Etats-Unis en 1992 et devenue internationale au moment de la COP21 de Paris, en 2015, et XR Spirit, la branche « spiritualités » d’Extinction Rébellion, dont la naissance, en France, a été officialisée en juillet 2022.

Lire aussi :    Les actes de désobéissance civile se multiplient contre TotalEnergies et ses « projets climaticides »

De grandes bannières reflètent cet engagement religieux : pour les catholiques, « délivrez-nous de Total », pour les juifs, « encore plus de pétrole nous mène au Shéol [“séjour des morts”] » ou encore, pour les musulmans, « pour une planète en équilibre, Yallah Yallah ! ».

Commandements de la Thora

Pour Anouar Kbibech, 61 ans, président du Rassemblement des musulmans de France depuis 2007, qui regroupe 300 mosquées, « le respect de la planète, de sa sauvegarde, fait partie intégrante de la foi musulmane ». Tout en citant de nombreux versets de différentes sourates, celui qui fut aussi président du Conseil français du culte musulman de 2015 à 2017, estime que « cette préoccupation n’est pas assez portée par la communauté musulmane ».

Le rabbin Yeshaya Dalsace, 65 ans, ne dit pas autre chose. Spécialiste de la question – il a rédigé sa thèse de rabbinat, en 2000, sur le rapport entre écologie et judaïsme –, il estime aussi que « ce n’est pas nécessairement la préoccupation première, ce n’est pas une obsession, il n’y a pas que ce problème ». Pour autant, rappelle-t-il, « la Thora nous dit bien que l’on n’est pas propriétaire de la terre » et que « détruire un arbre est interdit » : cela fait partie des 613 commandements de la Thora.

Lire la tribune :   « TotalEnergies doit stopper ses projets EACOP et Tilenga en Ouganda »

Chaque religieux fait le lien entre son engagement confessionnel et environnemental. La pasteure Caroline Ingrand-Hoffet a longtemps lutté, depuis 2016, aux côtés d’activistes écologistes contre le Grand contournement ouest de Strasbourg. « Aujourd’hui, l’autoroute est construite mais cela a permis de mettre en place un réseau qui établit le lien entre le monde spirituel et le monde militant écologique », avance-t-elle.

L’intervention de religieux sur les questions climatique et écologique n’est pas nouvelle. Avant la COP21, à Paris en 2015, une quarantaine de personnalités du monde du culte, lors d’un Sommet des consciences, avaient tenté de sensibiliser à l’enjeu climatique. En avril 2016, 270 responsables religieux avaient demandé « instamment aux gouvernements de signer, ratifier et mettre en œuvre rapidement l’accord de Paris » sur la réduction des émissions de gaz à effets de serre.

Le rabbin Yeshaya Dalsace dénonce, au micro, le projet mortifère de TotalEnergies en Afrique, à Paris, le 29 novembre.  RÉMI BARROUX

Présent devant la station Total, monseigneur Marc Stenger, 76 ans, coprésident de Pax Christi International, rappelait aussi l’engagement de dirigeants de l’Eglise catholique qui, à la veille de l’ouverture de la COP21, avait appelé à la conclusion d’un traité permettant de freiner l’accélération du dérèglement climatique, « reposant exagérément sur l’usage des combustibles fossiles », en « s’inscrivant dans une certaine vision du progrès et du développement »« Il y a eu aussi l’encyclique “Laudato Si” du pape François en juin 2016 qui montrait l’importance de cet engagement, car le réchauffement climatique est une menace pour la paix et accroît les injustices dans le monde », explique celui qui fut évêque de Troyes de 1999 à 2020.

« Unité de la société civile »

Avant l’action elle-même, une « cérémonie de contestation collective » s’est déroulée dans la crypte d’un centre culturel et spirituel du 6e arrondissement. Avec mise en scène autour d’un cercueil contenant des objets « symbolisant ce que Total met en danger ». Mathilde Manteaux, 23 ans, qui a rejoint les Amis de la Terre en mars, se félicite de cette action interconfessionnelle. « Notre association est indépendante des politiques comme des religieux, mais cette initiative démontre l’unité de la société civile et c’est une valeur ajoutée dans notre lutte contre le projet mortifère de Total », avance la jeune femme.

Lire la synthèse :  En Tanzanie, le projet d’oléoduc de TotalEnergies mis en cause par des ONG pour violations des droits humains

A ses côtés, Aurélie Franco, 33 ans, travaille dans le cadre de la campagne Stop Eacop. Adolescente, elle s’est convertie au catholicisme, puis son engagement pour l’écologie s’est renforcé au fil des années. « La période du Covid-19 m’a fait prendre conscience de l’importance de m’investir plus sur les questions d’environnement. J’ai fait un séjour à l’Arche Saint-Antoine [une communauté à Saint-Antoine-l’Abbaye, dans l’Isère, dédiée à la non-violence] et j’ai rejoint Greenfaith en 2022 », raconte Aurélie Franco.

Anouar Kbibech, président du Rassemblement des musulmans de France, prend la parole lors d’une action interconfessionnelle contre le projet Eacop de TotalEnergies en Afrique, à Paris, le 29 novembre. RÉMI BARROUX

Au son d’un bol tibétain frappé délicatement, maître Olivier Reigen Wang-Genh, moine bouddhiste de la tradition zen, 67 ans, abbé du monastère bouddhiste Ryumonji à Weiterswiller (Bas-Rhin), relate le cheminement bouddhiste :

« Notre religion repose sur le principe d’interdépendance entre toutes les espèces, la nature. Et notre action, aujourd’hui, illustre concrètement cette idée. Il est inconcevable que ce projet Eacop puisse voir le jour aujourd’hui. On n’est plus au XIXe siècle, ni même au XXe : on en connaît les conséquences dramatiques pour les peuples et la nature. »

Soraya Fettih, activiste pour 350.org de la campagne Stop Eacop, ne peut que se réjouir. « Toutes les actions qui dépassent les clivages et permettront de faire tomber le projet sont nécessaires », assume-t-elle. Et, pour le moment, espèrent les opposants, si le chantier est bien avancé en Afrique, les forages n’ont pas commencé

.Lire aussi la tribune :    « Non au pipeline géant de Total en Afrique de l’Est ! » *

Rémi Barroux

Vous pouvez partager un article en cliquant sur les icônes de partage en haut à droite de celui-ci. 
La reproduction totale ou partielle d’un article, sans l’autorisation écrite et préalable du Monde, est strictement interdite. 
Pour plus d’informations, consultez nos conditions générales de vente
Pour toute demande d’autorisation, contactez droitsdauteur@lemonde.fr
En tant qu’abonné, vous pouvez offrir jusqu’à cinq articles par mois à l’un de vos proches grâce à la fonctionnalité « Offrir un article ». 

« Non au pipeline géant de Total en Afrique de l’Est ! »

Tribune

Collectif

Alors que TotalEnergies s’apprête à commencer des travaux de forage dans l’un des plus beaux parcs naturels d’Ouganda, un collectif de personnalités politiques, scientifiques, et de responsables d’ONG, appelle, dans une tribune au « Monde », à stopper un projet aux conséquences dramatiques pour les populations locales et le climat.

Publié le 10 octobre 2022 à 05h45  Temps de Lecture 3 min. Read in English 

https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/10/10/non-au-pipeline-geant-de-total-en-afrique-de-l-est_6145108_3232.html

En Europe, comme dans le reste du monde, l’été 2022 fut un été meurtrier. Canicules à répétition, feux de forêt, inondations d’une ampleur jamais vue… Plus personne ne peut en douter, le bouleversement climatique s’accélère et risque d’échapper complètement à notre contrôle. Mais alors que nous sommes des millions à vouloir diminuer les émissions de gaz à effet de serre, d’autres continuent à vouloir extraire toujours plus de pétrole et nous mènent droit vers le chaos.

C’est dans le nord de l’Ouganda, dans l’un des plus beaux parcs naturels du monde [le Murchison Falls National Park], que TotalEnergies veut commencer, en décembre, les forages pour alimenter en pétrole brut ce qui serait le plus long pipeline chauffé au monde. Une infrastructure de 1 440 kilomètres chauffée à 50 °C, qui menace l’accès à l’eau et la sécurité alimentaire de plus de quarante millions de personnes.Lire aussi :  En Tanzanie, le projet d’oléoduc de TotalEnergies mis en cause par des ONG pour violations des droits humains

Le projet implique déjà l’expropriation totale ou partielle de plus de cent mille personnes, principalement des petits paysans, qui ne peuvent plus cultiver leurs terres depuis plus de trois ou quatre ans et ce, trop souvent, sans avoir reçu d’indemnisation juste et préalable. Il a également pour conséquence que de nombreux enfants ne vont plus à l’école parce que leurs familles, qui ne sont plus en mesure de cultiver les terres qui les faisaient vivre, n’ont plus les moyens de payer les frais de scolarité.

Si nous n’arrivons pas à arrêter ce projet, ce sont jusqu’à 34 millions de tonnes de CO2 qui seraient émises chaque année durant vingt-cinq ou trente ans et précipiteraient le bouleversement climatique et son cortège de catastrophes meurtrières.

Total a fait 16 milliards d’euros de bénéfices en 2021 et plus de 19 milliards pour le seul premier semestre 2022, tandis que bon nombre de paysans ougandais sont privés du libre usage de leurs terres et attendent, pour certains depuis quatre ans, une juste compensation.

Pressions et intimidations

Et quand les communautés affectées tentent de faire valoir leurs droits et de proposer des alternatives – des énergies renouvelables plutôt que du pétrole –, on voit se multiplier pressions et intimidations : cinquante-quatre associations, dont plusieurs s’opposaient au projet Eacop (East African Crude Oil Pipe Line), ont été suspendues, de nombreux militants ont été harcelés et même arrêtés, notamment un défenseur des droits humains, qui a été jeté en prison pendant plus de cinquante jours sans procès.

Début août, un autre témoignait devant des députés européens de ce qu’il subit depuis qu’il s’est rendu en France en 2019, à l’occasion d’une audience judiciaire contre Total : « Je suis en train de me cacher à cause de TotalEnergies, à cause du harcèlement que Total m’a fait subir. (…) Quand je suis rentré de France, quelqu’un m’a appelé, il m’a dit que si nous gagnions le procès en France, ils nous tueraient. (…) Je vis encore dans la peur. »

Ces violations très graves viennent d’être dénoncées par le Parlement européen dans sa résolution du 15 septembre. Alors que l’Agence internationale de l’énergie affirmait, en mai 2021, qu’il ne fallait plus lancer de nouveaux projets d’extraction d’énergies fossiles, que trois actions en justice sont en cours et que la mobilisation de la société civile a déjà poussé vingt banques à refuser de financer ce projet mortifère, la direction de TotalEnergies et ses actionnaires s’obstinent, et les travaux sont sur le point de commencer au cœur du plus ancien parc naturel d’Ouganda.Lire aussi :  Article réservé à nos abonnés  Deux méga projets pétroliers de TotalEnergies en Ouganda dénoncés par le Parlement européen

Nous demandons à TotalEnergies et à ses actionnaires, en particulier le premier d’entre eux, Crédit agricole-Amundi, d’abandonner immédiatement le projet Eacop. Nous leur demandons de verser immédiatement une compensation juste à toutes les personnes concernées depuis quatre ans par ce projet.

Nous demandons à l’Union européenne de concrétiser enfin l’idée d’un plan de soutien financier aux pays qui renoncent à exploiter leurs réserves de combustibles fossiles et investissent dans les énergies renouvelables. Ainsi, le projet Eacop ne sera pas repris par d’autres et sera définitivement enterré.

Premiers signataires : Maria Arena, députée européenne (PS) ; Manon Aubry, députée européenne (LFI) ; Clémence Dubois, chargée des campagnes France pour 350.org ; Pascal Durand, député européen, Renaissance ; Omar Elmawi, coordinateur de la coalition internationale StopEacop ; Olivier Faure, premier secrétaire du Parti socialiste français ; Khaled Gaiji, président des Amis de la Terre France ; cardinal Jean-Claude Hollerich s. j., président de la commission des épiscopats de l’Union européenne ; Jean-François Julliard, directeur de Greenpeace France ; Pierre Larrouturou, député européen (Nouvelle Donne) ; Valérie Masson-Delmotte, climatologue ; Arnaud Schwartz, président de France Nature Environnement ; Marie Toussaint, députée européenne (EELV).

Liste complète des signataires

Collectif

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

Laisser un commentaire