L’Eglise catholique à nouveau dans la tempête des scandales sexuels parmi ses dignitaires

Scandales sexuels dans l’Eglise : « La situation est vraiment critique », décrit la sociologue Céline Béraud

Les récentes affaires de violences sexuelles qui frappent l’Eglise de France unissent les différents courants du catholicisme autour de la même indignation, et sapent toute légitimité de l’épiscopat à se faire entendre, estime la sociologue dans un entretien au « Monde ». 

Propos recueillis par Gaétan SupertinoPublié hier à 18h00

https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/11/21/scandales-sexuels-dans-l-eglise-la-situation-est-vraiment-critique-decrit-la-sociologue-celine-beraud_6150943_3232.html

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Céline Béraud est sociologue et directrice d’études à l’Ecole des hautes études en sciences sociales. Spécialiste des questions de genre et de sexualité dans le catholicisme, elle a publié en 2021 Le Catholicisme français à l’épreuve des scandales sexuels (Seuil). La crise traversée par l’Eglise est, selon elle, sans commune mesure avec les précédentes, du moins en ce qui concerne la France.

Confrontée aux violences sexuelles, l’Eglise de France est-elle en train de connaître un tournant dans son histoire ?

Depuis les années 1990, le centre de gravité du catholicisme français s’est déplacé, passant d’un discours sur des questions d’ordre social vers des propos plus conservateurs autour des questions de genre et de sexualité. La Manif pour tous a donné à voir ce processus dans l’espace public.

L’Eglise catholique a voulu jouer un rôle de barrage contre la reconfiguration des normes sexuelles. Elle se disait attaquée par le « féminisme radical », les « lobbies LGBT » et des groupes extérieurs qui voudraient mettre à mal la morale traditionnelle. Je pense que les scandales sexuels viennent mettre un terme à tout cela, car ils montrent que les questions de genre et de sexualité se posent aussi en interne : ce n’est pas juste une question concernant les pouvoirs publics et le statut du mariage ou de la famille.

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Ces scandales font bouger les lignes au sein du catholicisme français. Il n’est pas anodin que ce soit l’hebdomadaire Famille chrétienne, réputé conservateur, qui ait révélé « l’affaire Santier » [du nom de cet évêque sanctionné par Rome pour avoir fait se déshabiller de jeunes hommes durant le sacrement de confession]. Aujourd’hui, des catholiques « réformistes » comme des « conservateurs », des fidèles comme des prêtres, des religieuses et des religieux partagent la même indignation. Certains se retrouvent dans des collectifs tel Agir pour notre Eglise.

Quelles ont été les étapes de cette prise de conscience collective ?

Le scandale éclate fin 2018-début 2019, dans le sillage de l’affaire Preynat [prêtre lyonnais condamné en 2020 pour des agressions sexuelles commises sur des scouts, agissements dont le cardinal Barbarin et ses prédécesseurs étaient informés], avec une série de révélations, suivies du film Grâce à Dieu de François Ozon et du documentaire choc sur les religieuses abusées, en mars 2019, sur Arte.

L’émotion collective a été ravivée à l’automne 2021, lors de la remise du rapport de la commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise (Ciase). Et, début novembre, les révélations concernant cette fois des membres de l’épiscopat, dont l’ancien évêque de Créteil et le cardinal Ricard, qui fut président de la conférence épiscopale de France de 2001 à 2007 – angle mort du rapport Sauvé qui ne mentionnait que des prêtres et des religieux parmi les auteurs de violences sexuelles –, ont encore une fois suscité l’indignation.

Vous dites que cette indignation est partagée, mais pas forcément les idées sur les réponses à apporter. Quelles sont les différentes options proposées pour sortir de la crise ?

Certaines attentes sont largement partagées en ce qui concerne les évêques : qu’ils aillent au bout du travail de vérité engagé avec la Ciase et en finissent avec l’omerta, qu’ils assument leurs responsabilités et mettent pleinement en œuvre auprès des victimes la démarche de « réparation » engagée en novembre 2021, et qu’ils opèrent enfin des réformes.

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Bien sûr, les réformes envisagées, leur ampleur comme les domaines qu’elles pourraient concerner, varient significativement selon les points de vue. Au-delà des mesures de prévention et de tolérance zéro qui font consensus, d’autres touchent aux modalités d’exercice de l’autorité au sein de l’Eglise et à la sexualité. La question de l’accès des hommes mariés à la prêtrise et celle des femmes à l’ordination sont de nouveau discutées par certains. D’autres voix, plus timides ou au contraire se considérant plus radicales, n’entendent pas toucher aux modalités d’accès aux ministères ordonnés, mais plutôt repenser en profondeur les relations entre clercs et laïcs, ainsi que le type de communalisation catholique.

Quels sont les risques pour le catholicisme français ?

La question centrale qui se pose aujourd’hui pour l’Eglise de France est de savoir comment l’épiscopat arrivera à sortir d’un système qui permet de telles violences. Cela disqualifie tout discours moral de l’Eglise, toute capacité des évêques à dire ce qui est bien et ce qui est mal, pas seulement d’ailleurs en matière de morale sexuelle. Ils sont devenus inaudibles.

On l’a vu lors de l’assemblée d’automne des évêques à Lourdes, dont l’ordre du jour s’est vu bousculé par les scandales. Dans son discours de clôture, Eric de Moulins-Beaufort, le président de la Conférence des évêques de France, a surtout évoqué les dernières affaires, qu’il a fermement dénoncées. Il a dit son « humiliation » et fait acte de contrition. Or on s’attendait à ce qu’il s’exprime sur la fin de vie, la question se trouvant de nouveau à l’agenda parlementaire, à la suite de l’avis du Comité consultatif national d’éthique du 13 septembre, ouvrant la voie à la possibilité d’une « aide active à mourir ».

Le président de la conférence épiscopale en a certes dit quelques mots, tout comme il a évoqué la nécessaire conversion écologique alors que s’ouvrait la COP27, ainsi que la guerre en Ukraine. Mais cela est arrivé à la toute fin de son allocution et s’est trouvé noyé dans le reste d’une actualité catholique dominée par les scandales sexuels.

D’autant que ces scandales sexuels surviennent déjà dans un contexte de crise…

Effectivement. Beaucoup de voix, notamment du côté conservateur, se cachaient derrière un discours du type : « L’Eglise en a vu d’autres. » Aujourd’hui pourtant, la situation est vraiment critique dans le catholicisme français. Elle s’inscrit dans une histoire plus longue, celle de la diminution continue du nombre de personnes se déclarant catholiques, de celles qui pratiquent, ainsi que des prêtres.

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De plus, le Covid-19 est passé par là. Pendant la crise sanitaire, le culte a été suspendu pendant plusieurs semaines, puis son assistance limitée par une jauge. Des personnes, parfois âgées et ayant pratiqué toute leur vie, s’autorisent depuis, même après la levée de toutes les restrictions, à ne plus aller à la messe.

Enfin, l’enjeu est également financier. Eric de Moulins-Beaufort l’a d’ailleurs explicitement évoqué dans son discours, invitant les évêques à anticiper une baisse de leurs ressources. Les fidèles, appelés à contribuer comme chaque année au denier de l’Eglise, risquent de ne plus vouloir donner d’argent à une institution dans laquelle ils n’ont plus confiance.

Gaétan Supertino

*Violences sexuelles : des catholiques de France, entre colère et accablement

Après les révélations sur des agressions commises par des évêques, des fidèles racontent un ras-le-bol généralisé, la méfiance envers les prêtres qui grandit et leur espoir d’une reconstruction de l’Eglise. 

Par Sarah Belouezzane

Publié le 20 novembre 2022 à 06h00 Mis à jour le 20 novembre 2022 à 12h01 https://www.lemonde.fr/societe/article/2022/11/20/violences-sexuelles-des-catholiques-de-france-entre-colere-et-accablement_6150721_3224.html

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Après la mise en examen de Yannick Poligné, prêtre de Montfort-sur-Meu (Ille-et-Vilaine), notamment pour « viol aggravé sur mineur », l’archevêque de Rennes, Monseigneur d’Ornellas, est venu célébrer la messe le 13 novembre 2022 devant des paroissiens sous le choc.
Après la mise en examen de Yannick Poligné, prêtre de Montfort-sur-Meu (Ille-et-Vilaine), notamment pour « viol aggravé sur mineur », l’archevêque de Rennes, Monseigneur d’Ornellas, est venu célébrer la messe le 13 novembre 2022 devant des paroissiens sous le choc.  LOUISE QUIGNON/HANS LUCAS POUR « LE MONDE »

Paul Piron est formel, il n’ira plus jamais se confesser. Enseignant dans un collège du Val-d’Oise, le jeune homme de 26 ans se considère pourtant comme un catholique pratiquant. Mais ce moment d’intimité avec un prêtre, structurant dans la vie d’un croyant, il n’en veut plus. « C’est aussi là que se font parfois les abus… Y aller, ce serait faire comme si de rien n’était », souffle-t-il, encore sous le choc devant l’accumulation des affaires de violence sexuelle dans l’Eglise. Et d’ajouter : « Les scandales s’enchaînent, tombent les uns après les autres, c’est tout simplement ahurissant, toutes ces histoires ne m’aident pas quand parfois je doute, j’ai l’impression de soutenir une maison en train de s’écrouler. »

Si la question des violences sexuelles est présente depuis quelque temps dans l’esprit des fidèles, particulièrement depuis la publication du rapport de la Commission indépendante sur les abus sexuels dans l’Eglise (Ciase), en octobre 2021, elle s’est imposée ces derniers jours avec une particulière acuité. Michel Santier, Jean-Pierre Ricard, Jean-Pierre Grallet… Les révélations d’affaires se sont enchaînées ; elles impliquent désormais pas moins de onze anciens évêques (dont trois pour non-dénonciation).

Sur les réseaux sociaux a très vite fleuri le hashtag #sortonslespoubelles, mot d’ordre lancé par le collectif de laïcs engagés Agir pour notre Eglise, afin d’en finir avec la crise.

« La machine est malade »

Partout, le sentiment qui semble s’exprimer est celui de la colère. « Le ras-le-bol est généralisé », témoigne ainsi Catherine Boulanger, catholique engagée et justement membre du collectif. Pour elle, si la publication du rapport de la Ciase, bien que véritable moment de prise de conscience pour beaucoup, a pu être décriée à l’époque par certains, cette attitude n’est aujourd’hui plus possible.

Ainsi, la colère, l’abattement, l’envie de changement ne sont, selon elle, pas uniquement le fait de certains catholiques qui pourraient être qualifiés de « progressistes », mais bien des sentiments ressentis par la majorité de la communauté : « Les fidèles n’en peuvent tout simplement plus, poursuit-elle, dans notre mouvement “Sortons les poubelles”, nous voyons des gens de tout bord, à la droite et à la gauche de l’Eglise. »

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« Les catholiques sont dans une colère accablée », analyse Céline Béraud, sociologue à l’Ecole des hautes études en sciences sociales (EHESS) et autrice de Le Catholicisme français à l’épreuve des scandales sexuels (Seuil, 2021)Elle constate « la même indignation et la même pression mises sur l’épiscopat par les franges dites conservatrices et ceux considérés plus comme cathos de gauche ». La chercheuse rappelle ainsi que le magazine Famille chrétienne, qui a révélé l’information sur l’ex-évêque de Créteil, Michel Santier, accusé par l’Eglise d’« abus spirituels ayant mené à du voyeurisme » dans les années 1990, est plutôt classé à droite. A chaque affaire, explique-t-elle, il devient encore plus compliqué d’être dans le déni ou de minimiser. D’autant que la situation actuelle a eu le temps, selon elle, d’infuser dans l’esprit des fidèles. Une première prise de conscience a eu lieu, explique la chercheuse, avec l’affaire Bernard Preynat, prêtre condamné en 2020 pour avoir agressé sexuellement des enfants dans des camps scouts. La Ciase a ensuite confirmé dans l’esprit de beaucoup l’ampleur du phénomène.

Aujourd’hui, parmi les maux régulièrement avancés par les fidèles, on retrouve la gestion des affaires, considérée par beaucoup comme « calamiteuse », notamment à cause du secret trop longtemps gardé dans certains cas, empêchant d’autres victimes de se manifester. Et les privant, explique Antoine (les personnes désignées par leur seul prénom ont requis l’anonymat), « du temps de leur reconstruction ».

Il y a aussi l’implication d’évêques et d’un cardinal, donc de hiérarques, membres éminents de l’institution, supposés enquêter sur ces sujets. « Je ressens une grande lassitude vis-à-vis des évêques qui donnent parfois l’impression de nous prendre pour des idiots. Ceux qui sont mis en cause ne sont pas des moutons noirs qui sont passés entre les mailles du filet, mais des gens mis en valeur par la suite, promus. Cela remet en cause tout l’édifice…  », regrette Marie, catholique pratiquante de 27 ans. Elle se remémore avec amertume qu’à la publication du rapport de la Ciase, la Conférence des évêques de France avait pu dire, explique-t-elle, « que les choses étaient finies, en voie de règlement », alors même « qu’ils savaient pour Santier et ne le disaient pas ! ». De cette situation, explique-t-elle, naît une méfiance qu’elle juge difficile à vivre. « On se retrouve à repenser à plein de moments, à tout remettre en cause, peut-être s’est-il passé quelque chose un jour que nous n’avons pas vu ? Peut-être n’a-t-on pas pu aider quelqu’un ? », livre-t-elle. Elle compare la situation générale à une blessure, dont il faudrait « évacuer le pus ».

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Cette méfiance est aussi partagée par des clercs. « On se méfie les uns des autres, la machine est malade », admet Jean-Eudes Fresneau, prêtre du diocèse de Vannes. Lui reconnaît qu’il s’agit certes de « cas individuels » mais « tellement nombreux qu’ils poussent à s’interroger sur l’existence d’un système qui favorise de tels agissements ». De nombreux croyants évoquent d’ailleurs des amis ou cousins prêtres dont ils n’envient pas la situation dans ce contexte de suspicion généralisée.

« Schisme silencieux »

La situation est d’autant plus difficile à vivre, sont-ils plusieurs à raconter, que l’Eglise leur parle sans arrêt de « morale »« Je suis particulièrement fâché car, pendant des années, au lieu de parler d’œuvres sociales, de tout ce que nous pouvons faire les uns pour les autres, l’Eglise nous a parlé de Mariage pour tous », tonne Paul Piron. Résultat, l’institution se retrouve dans une position délicate pour aborder frontalement son problème.

Certains craignent aujourd’hui une désertion massive des édifices religieux qui peinent déjà à se remplir. « A force, on risque un schisme silencieux, de fidèles qui vont juste cesser de venir », prévient le père Fresneau. « Pour chaque témoignage ignoré, chaque victime mal accueillie, les bancs de nos églises se vident », regrette pour sa part Catherine Boulanger.

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Beaucoup pourtant gardent espoir. Et voient dans ce moment de crise un instant charnière. « Il faut rester dans l’Eglise, ce n’est pas le moment de lâcher, sinon ça signifie laisser la maison aux méchants », relève Martin, jeune catholique. Mère de trois enfants, Caroline voit même « un moment porteur d’espérance qui pourrait faire jaillir une Eglise différente ». Pour autant, elle précise : « Dieu merci, je ne compte pas non plus sur les prêtres pour nourrir ma foi. »

Paul Piron, lui, espère un sursaut des fidèles qui pourraient s’organiser sans une place trop importante accordée au prêtre : « C’est la paroisse qui compte pour moi, plus que l’Eglise. Il faudrait se consacrer à la communauté des baptisés qui peut se prendre en main et accomplir de grandes choses en se soutenant ou en aidant son prochain. » Un sentiment dans lequel beaucoup se reconnaissent, estimant que faire partie du « peuple de Dieu » est plus important que le reste.

Pour Pierre, ancien chef d’entreprise aujourd’hui à la retraite, il serait grand temps de revoir entièrement « la gouvernance de l’Eglise de France », c’est-à-dire la façon dont l’institution est organisée et dirigée, afin que ces horreurs ne se reproduisent plus. « Les prêtres sont seuls, regrette-t-il. Or, dans le monde de l’entreprise, les employés ont des objectifs, des managers, un conseil d’administration peut démettre un patron. Ici, il n’en est rien. L’évêque devrait avoir un collège autour de lui composé de laïques avec lesquels il pourrait parler de tout. » Une Eglise mieux insérée dans la vie civile, en somme.

Sarah Belouezzane

**De la Manif pour tous aux scandales sexuels, l’élan brisé d’un certain catholicisme français

Il y a dix ans se tenait la toute première « Manif pour tous », nom du mouvement d’opposition à la loi Taubira autorisant le mariage homosexuel. S’il a surpris par son ampleur, ce mouvement constitue en réalité l’aboutissement de plusieurs décennies de métamorphoses du catholicisme français. 

Par Gaétan Supertino

Publié le 17 novembre 2022 à 18h30 Mis à jour le 18 novembre 2022 à 15h25 https://www.lemonde.fr/le-monde-des-religions/article/2022/11/17/de-la-manif-pour-tous-aux-abus-sexuels-l-elan-brise-d-un-certain-catholicisme-francais_6150360_6038514.html

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Des opposants à la loi Taubira lors de la première « Manif pour tous », à Paris, le 17 novembre 2012.
Des opposants à la loi Taubira lors de la première « Manif pour tous », à Paris, le 17 novembre 2012. THOMAS SAMSON / AFP

Le 17 novembre 2012, 70 000 à 200 000 manifestants, selon les sources, descendaient dans les rues parisiennes pour protester contre le projet de loi dit « Taubira », autorisant le mariage et l’adoption pour les couples de même sexe. Le collectif d’associations à l’origine de la manifestation s’autobaptise alors « Manif pour tous », en opposition au « mariage pour tous » promu par la loi, et dépose les statuts du mouvement le jour même en préfecture.

Suivra une série de manifestations d’une ampleur inattendue jusqu’à la fin du printemps 2013, rassemblant plusieurs centaines de milliers de personnes (voire jusqu’à 1,4 million le 24 mars, selon les organisateurs) sous les bannières rose et bleu de la « Manif ».

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Si le mouvement ne rassemble pas que des catholiques et les divise même, de nombreux fidèles sont bel et bien en première ligne. Par la voix d’intellectuels, de clercs, de politiques ou d’éditorialistes, ils se font largement entendre dans le débat public. Les associations familiales catholiques (AFC), avec des leaders tels qu’Antoine Renard, les mouvements « pro-vie », comme l’Alliance Vita de Tugdual Derville, ou la communauté de l’Emmanuel, parmi d’autres, se placent en arrière-plan de la mobilisation, tant sur le plan idéologique que militant.

La « Manif pour tous » marque une étape cruciale dans l’histoire du catholicisme français contemporain. Si elle a surpris de nombreux observateurs et fasciné les médias, le mouvement a en réalité constitué l’aboutissement d’une série de métamorphoses à l’œuvre dans le catholicisme français depuis plusieurs années, dont le dynamisme semble aujourd’hui largement freiné par une série de facteurs – au premier rang desquels les scandales d’abus sexuels.

L’aboutissement de 15 années d’évolution du catholicisme

« La Manif pour tous n’émerge pas ex nihilo », souligne ainsi la sociologue Céline Béraud. « Tout était déjà là au sein du catholicisme français. La rhétorique était déjà bien rodée, les réseaux militants étaient déjà construits et un certain nombre de pratiques avaient déjà été expérimentées, par des pétitions, des mobilisations en ligne, des happenings, etc. », poursuit la chercheuse à l’EHESS, auteure de La bataille du genre. Du mariage pour tous à la PMA (Fayard, 2021).

Selon la sociologue, la Manif pour tous est en outre « l’aboutissement de quinze années pendant lesquelles le catholicisme français a opéré un déplacement de son centre de gravité, d’un discours sur des questions d’ordre social vers un discours plus conservateur qui va se structurer autour des questions de genre et de sexualité ».

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Ce déplacement du centre de gravité vient d’abord d’en haut. Jean-Paul II (pape de 1978 à 2005) érigera ces sujets au rang de priorité. En 1986, la Congrégation pour la doctrine de la foi, organe du Vatican, invitait déjà dans une lettre les évêques à « apprécier les propositions de loi dans le souci de la défense et de la promotion de la vie de famille » telle que la définit le magistère.

On a eu l’impression que tout le catholicisme se rangeait derrière la Manif

En France, cet appel sera largement entendu. Des figures de premier plan comme les cardinaux André Vingt-Trois (président de la Conférence des évêques de France de 2007 à 2013) ou Philippe Barbarin placeront les sujets de genre, de sexualité ou de bioéthique au centre de leur discours public. Des « experts », tels que le « prêtre-psy » Tony Anatrella (démis depuis de ses fonctions à la suite d’une procédure pour attouchements) ou le psychologue clinicien et psychanalyste Jacques Arènes sont, à partir de la fin des années 2000, chargés par l’épiscopat de fournir des arguments pour contrer les théories du genre ou défendre la famille traditionnelle.

Côté fidèles, ces discours trouvent de l’écho au sein de franges numériquement croissantes du catholicisme français, comme celle que le sociologue Yann Raison du Cleuziou nomme les « observants ». Un courant « informel, mais structuré, qui travaille à réarmer l’Eglise et la société française pour les rendre aptes à résister à des évolutions qui sont pour lui une révolution à entraver », décrit le chercheur dans Une contre-révolution catholique. Aux origines de la Manif pour tous (Seuil, 2019).

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Ces catholiques, attachés aux figures de Jean-Paul II et de Benoît XVI, s’estiment légitimes pour prendre la parole au nom de leur foi, même hors du cadre de l’Eglise, et nourrissent de la méfiance envers une société qu’ils jugent dominée par l’individualisme et le relativisme.

On voit également des catholiques acquérir une certaine expérience militante, mise en pratique lors de l’opposition au Pacs (1999), au sein de différents mouvements anti-avortement ou mobilisés sur les questions de bioéthiques ou contre la théorie du genre.

En 2012, « la Manif pour tous contribue à désenclaver ces mouvements militants qui restaient jusque-là très marginaux », décrypte Céline Béraud. « Les organisateurs et les soutiens de la Manif, y compris au sein de l’épiscopat, réussissent à construire une façade unanimiste à ce mouvement. On a, pendant un temps, l’impression que tout le catholicisme se range derrière eux », poursuit-elle.

« Pour les catholiques conservateurs que j’appelle les observants, la manif met à l’épreuve les catholiques et permet de distinguer les “tièdes” des “vrais”. Elle est un petit carême, un combat spirituel, une marche dans le désertajoute Yann Raison du Cleuziou dans une tribune au MondeEt chez ceux qui mobilisent un registre plus séculier, la manif est un dispositif qui doit permettre aux catholiques de faire l’expérience de leur différence, le creuset d’un réveil spirituel et militant, la matrice d’un catholicisme qui s’assume comme une contre-culture ».

Que reste-t-il de la Manif pour tous ?

L’élan de la Manif pour tous s’essouffle progressivement après l’adoption de la loi Taubira en mai 2013. Mais le mouvement ne disparaît pas pour autant. Il continue d’avoir une existence juridique (loi de 1901) et a été l’un des membres actifs de la mobilisation « Marchons Enfants ! » contre l’ouverture de la Procréation médicale assistée (PMA) aux femmes seules ou aux couples de femmes, qui réunit plusieurs dizaines de milliers de personnes lors de manifestation à Paris et en régions, entre août 2019 et octobre 2020.

En outre, une forme de militantisme perdure, sous des formes différentes. En janvier 2019, par exemple, le Conseil économique, social et environnemental (CESE) annonce que 5 000 des 8 000 contributions en ligne sur le site lancé après les mobilisations de « gilets jaunes » concernent l’abrogation de la loi Taubira. De nombreux observateurs y voient alors la marque de la Manif.

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L’influence persistante du mouvement se voit aussi au travers de l’action des Associations familiales catholiques (AFC). Ce réseau fort de 26 000 adhérents, très actif durant les mobilisations de 2012 et 2013, est aujourd’hui membre du Haut Conseil de la famille, de l’enfance et de l’âge (HCFEA), organisme consultatif français placé auprès du premier ministre.

Les membres des AFC siègent également officiellement – au même titre que d’autres associations familiales – au sein de l’Union nationale des associations familiales (Unaf) et aux unions départementales des associations familiales (Udaf). Une existence institutionnelle qui leur assure d’être écoutés de tous les élus de la nation. Mais aussi très concrètement de siéger au conseil de famille des Départements qui ont pour rôle, entre autres, de se prononcer sur les dossiers d’adoption.

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La Manif pour tous a également eu des ramifications politiques, à commencer par Sens Commun. Fondé en 2013 par des figures du mouvement, ce microparti politique a d’abord été membre de l’UMP (puis LR) et ne fut pas étranger à la victoire de François Fillon, qu’il soutenait, lors de la primaire LR de 2017, ni à la désignation de François-Xavier Bellamy comme tête de liste du parti aux Européennes.

En 2022, après la désignation de Valérie Pécresse comme candidate à la présidentielle, Sens Commun décide de soutenir Eric Zemmour et une grande partie des candidats de Reconquête aux dernières élections législatives sont issus de ses rangs.

Une dynamique brisée

Malgré cette pérennité du mouvement, la Manif pour tous ne parviendra jamais à mobiliser autant qu’en 2012 et 2013 et sa dynamique apparaît clairement en perte de vitesse, tout comme celle des catholiques qui partagent ses idées. Côté politique, « les luttes et les défaites se sont enchaînées et le “burn-out” militant est atteint », résume Yann Raison du Cleuziou. La loi Taubira est passée, celle sur l’élargissement de la PMA aussi, et ni François Fillon, ni François-Xavier Bellamy, ni Eric Zemmour n’ont été à la hauteur des attentes électorales du mouvement.

Aussi, au sein du catholicisme français, un profond malaise s’est installé dans les paroisses. D’abord entre ceux qui avaient participé à la Manif et ceux qui la condamnaient. Puis le malaise semble être devenu général.

« Les gens n’osent plus dire qu’ils y étaient, même dans les paroisses fortement mobilisées »

« Après 2016, plus grand monde ne parle ouvertement de la mobilisation. Les gens n’osent plus dire qu’ils y étaient, même dans les paroisses qui s’étaient fortement mobilisées, note la sociologue Céline Béraud. J’ai pu l’observer, par exemple, lors d’une enquête de terrain dans l’ouest parisien, au moment des mobilisations contre l’élargissement de la PMA. Je peux vous dire que plus personne ne vendait des drapeaux et des T-shirts du mouvement. Au mieux, il y avait quelqu’un sur le parvis de l’église qui distribuait des tracts, mais discrètement, presque un peu sous le manteau ».

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Les propos stigmatisants, voire ouvertement homophobes, qui ont émaillé les différentes manifestations contre la loi Taubira ont sans conteste joué un rôle dans la perte de dynamique du mouvement. Dans les paroisses, de nombreux fidèles disent avoir été heurtés par ces propos ou par la nature même du mouvement. Un effet constructif s’en est parfois suivi : de nombreux diocèses ont pris des initiatives pour davantage intégrer et accueillir les homosexuels, créant des espaces et des temps de dialogue et d’accueil.

« J’ai fait une enquête auprès de catholiques, hommes et femmes très pratiquants, en couple de même sexe. Plusieurs m’expliquaient avoir fait leur coming out dans leur paroisse en 2012-2013 ou juste après, relate Céline Béraud. Si cela a été un moment très douloureux pour ces personnes, il a été suivi aussi par des initiatives diocésaines qui se voulaient plus inclusives, avec les limites du discours ecclésiastique, qui consiste à dire : on condamne l’acte mais on accueille les personnes ».

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Au sommet de l’Eglise, également, la dynamique a changé. Le pape François, s’il ne modifie en rien la doctrine de l’Eglise sur le fond, se montre moins enclin à parler des sujets de genre, de sexualité ou de bioéthique que ces prédécesseurs. « Si une personne est gay et cherche le Seigneur avec bonne volonté, qui suis-je pour la juger ? », avait-il même déclaré en juillet 2013, en réponse à une journaliste qui le questionnait sur l’existence d’un lobby gay au sein du Vatican. Nous étions alors juste après son élection à la papauté, et deux mois seulement après l’adoption de la loi Taubira.

En France, également, l’arrivée de deux hommes de compromis, Georges Pontier (2013 à 2019) puis Eric de Moulins-Beaufort, à la tête de la Conférence des évêques de France, tend à relativiser l’importance de ces questions pour l’épiscopat français. Alors qu’André Ving-Trois plaçait la défense de la famille traditionnelle au centre de presque tous ces discours publics, la thématique est désormais diluée au milieu de nombreuses autres.

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Côtés fidèles, également, la configuration semble évoluer. Les sondages sur l’ouverture de la PMA aux couples de femmes permettent par exemple d’en avoir un aperçu. En octobre 2014, un sondage IFOP indiquait que 43 % des catholiques étaient favorables à un tel élargissement (26 % chez les pratiquants). Quatre ans plus tard, une enquête du même institut montrait que 56 % des catholiques s’y déclaraient désormais favorables (et 35 % chez les pratiquants). « On ne peut pas dire que les catholiques sont totalement à rebours de la société française en la matière », concluait Jérôme Fourquet, le directeur du département Opinion de l’institut, alors cité par La Croix.

Régler les scandales sexuels d’abord

Ce sont néanmoins les scandales sexuels qui, pour la plupart des observateurs, ont véritablement cassé l’élan de la Manif pour tous. « L’accumulation de scandales autour de la pédocriminalité cléricale (…) a fait se relâcher cette pression conservatrice qui risquait sans cela de corseter encore longtemps l’Eglise de France, résume le sociologue Josselin Tricou, auteur du livre Des soutanes et des hommes. Enquête sur la masculinité des prêtres catholiques (PUF, 2021), dans un récent entretien au MondeAu vu de l’ampleur du phénomène, ni l’institution ni aucun groupe de pression catholique ne peuvent plus se permettre de donner des leçons de moralité sexuelle aux personnes LGBTQI, comme l’avaient fait l’épiscopat et La Manif pour tous ».

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« Les scandales mettent un terme à toute cette rhétorique de la citadelle assiégée développée en amont de la Manif pour tous. L’Eglise se disait assiégée par le féminisme radical, par les lobbys LGBT, par des groupes extérieurs qui voudraient du mal à la morale traditionnelle. Or, les scandales montrent que les questions de genre et de sexualité se posent aussi en interne, dans l’Eglise », abonde Céline Béraud. Selon elle, les scandales sexuels « font bouger les lignes » au sein du catholicisme français : « réformistes » et « conservateurs » s’unissent désormais autour d’une même indignation.

Il n’est d’ailleurs pas anodin que « l’affaire Santier », du nom de cet évêque sanctionné par Rome pour avoir fait se déshabiller de jeunes hommes durant le sacrement de confession, ait été révélée par Famille chrétienne, hebdomadaire jugé conservateur.

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La multiplication des scandales sexuels tend même à brouiller la parole de l’Eglise sur les autres sujets. Les questions relatives à la fin de vie sont par exemple passées au second plan. « La question centrale de l’Eglise de France aujourd’hui est celle de savoir comment l’épiscopat arrivera à sortir d’un système qui permet de telles violences. Cela tue dans l’œuf la capacité des évêques à avoir un discours sur tout autre chose avant d’avoir réglé cette question », conclut Céline Béraud.

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Reste que si une dynamique a bien été brisée depuis la Manif pour tous, rien ne dit qu’elle ne pourra pas se raviver à l’avenir. « On peut s’attendre à ce que le militantisme catholique reprenne du service. Certes, il y a de l’usure, mais il y a aussi un renouvellement générationnel régulier de ces militants », analysait récemment dans un entretien au MondeYann Raison du Cleuziou à propos de l’opposition au débat sur la fin de vie, moins clivant chez les catholiques que celui sur le mariage homosexuel.

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Sur les autres thématiques également, rien ne prouve que les défenseurs de la morale traditionnelle de l’Eglise perdent du terrain au sein du catholicisme. « Alors que les bancs des églises sont de plus en plus clairsemés, le pluralisme interne du catholicisme diminue », affirmait le sociologue. Avant de souligner : « Toutes les sensibilités catholiques n’ont pas le même succès dans la transmission de la foi. Les milieux conservateurs se maintiennent davantage d’une génération à l’autre et prennent une importance croissante ».

***Violences sexuelles commises par des évêques : l’Eglise tente de gérer la crise

Le président de la Conférence des évêques de France, Eric de Moulins-Beaufort, a reconnu mardi avoir été informé de l’affaire concernant Jean-Pierre Ricard, archevêque émérite de Bordeaux, dès le mois de février. 

Par Sarah Belouezzane

Publié le 09 novembre 2022 à 10h46 Mis à jour le 09 novembre 2022 à 11h28 https://www.lemonde.fr/societe/article/2022/11/09/violences-sexuelles-commises-par-des-eveques-l-eglise-tente-de-gerer-la-crise_6149142_3224.html

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L’archevêque de Reims et président de la Conférence des évêques de France (CEF) Eric de Moulins-Beaufort, entouré de l’évêque de Nîmes Nicolas Brouwet (à gauche) et de l’évêque de Nanterre Matthieu Rougé (à droite), lors de la conférence de presse de la dernière journée de la CEF, à Lourdes (Hautes-Pyrénées), le 8 novembre 2022.
L’archevêque de Reims et président de la Conférence des évêques de France (CEF) Eric de Moulins-Beaufort, entouré de l’évêque de Nîmes Nicolas Brouwet (à gauche) et de l’évêque de Nanterre Matthieu Rougé (à droite), lors de la conférence de presse de la dernière journée de la CEF, à Lourdes (Hautes-Pyrénées), le 8 novembre 2022.  CHARLY TRIBALLEAU / AFP

L’exercice était difficile. Après avoir dû improviser, lundi 7 novembre, une conférence de presse pour lire la lettre de confession de Jean-Pierre Ricard, archevêque émérite de Bordeaux, dans laquelle ce dernier avoue une « conduite (…)répréhensible avec une jeune fille de 14 ans », Eric de Moulins-Beaufort, archevêque de Reims, s’est de nouveau exprimé mardi pour clore la plénière de la Conférence des évêques de France (CEF), qu’il préside, à Lourdes (Hautes-Pyrénées). Plus tôt dans la journée, le parquet de Marseille avait par ailleurs annoncé qu’une enquête préliminaire pour « agression sexuelle aggravée » avait été ouverte à l’encontre du cardinal Ricard.

Eric de Moulins-Beaufort a présenté des mesures souhaitées par la CEF pour mieux lutter contre les violences sexuelles. La liste des affaires qui touchent les plus hauts cadres de l’Eglise de France, dévoilée lundi, est longue. Outre l’affaire Ricard, l’institution est aussi aux prises avec le scandale Michel Santier, du nom de l’évêque émérite de Créteil, dont l’affaire a longtemps été tenue secrète avant d’être révélée par la presse. En tout, ce sont onze évêques qui sont ou ont été mis en cause dans des affaires d’agressions.

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Parmi les mesures notables, la CEF annonce la création d’un « conseil de suivi », instance dont la vocation sera d’aider les évêques chargés d’un dossier d’agression : beaucoup se sentiraient en effet trop seuls dans la gestion de ce type de procédures. « Ce conseil les accompagnera dans le suivi de l’affaire, les conseillant sur la manière de comprendre les faits, de les faire connaître aux autorités judiciaires et au Saint-Siège, et sur les mesures conservatoires éventuellement nécessaires », écrit la CEF dans un communiqué.

Les évêques ont aussi décidé l’envoi d’une délégation à Rome afin de discuter du suivi et des mesures à prendre en France avec des membres du dicastère pour la doctrine de la foi, sorte de ministère chargé notamment de ces sujets au Saint-Siège.

Impression de dissimulation

Voilà pour les actions. Mais la journée de mardi a aussi apporté de nouvelles révélations sur la chronologie de l’affaire Ricard. Interrogé, Eric de Moulins-Beaufort a reconnu être au courant depuis le mois de février. Il a été prévenu par Véronique Margron, présidente de la Conférence des religieux et religieuses de France, elle-même informée par la victime juste avant. Selon la justice marseillaise citée par l’AFP, l’évêque de Nice, Jean-Philippe Nault, a fait un signalement à la justice le 24 octobre, après que son prédécesseur André Marceau a été saisi du dossier en février. De quoi accréditer l’impression d’une dissimulation.

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Les victimes reprochent à l’institution de ne parler qu’une fois acculée par la pression médiatique. Ce qu’Eric de Moulins-Beaufort a fermement nié mardi, expliquant avoir été en contact avec la victime depuis le moment où il a appris sa situation et avoir agi en lien avec elle à chaque étape. Il a aussi appelé à ce que tous ceux qui « parmi nous »« se sont rendus coupables d’actes de ce genre le fassent connaître d’eux-mêmes ».

Dans le décompte des onze mis en cause annoncé lundi, trois demeurent inconnus du grand public. Dans un entretien accordé mardi à La Croix, Hans Zollner, directeur de l’Institut d’anthropologie de l’université grégorienne à Rome, a estimé que l’épiscopat hexagonal devrait publier les noms au risque sinon de « faire peser une suspicion généralisée sur tous ». Le mal est peut être déjà fait.

Sarah Belouezzane

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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