Le système de santé français craque de tout côté et au lieu de construire un dialogue social indispensable pour mettre à plat les problèmes et aborder collectivement avec les solutions issues du terrain, le gouvernement continue à opposer libéraux et hospitaliers, à contester l’évidence.

« Non, l’hôpital public ne pourra pas ‘absorber toute la misère sanitaire’ de la France ! »

(Communiqué des praticiens hospitaliers APH)

16/11/2022 http://uro4.mjt.lu/lnk/AWoAAAQSj0QAAcvUKq4AAADksiMAAAAFGcMAAFxuAAW0UABjdNROXLbQGqfhTjaXGZ-wDRPN_gAFeLU/42/iYDgt2qfP9kJJpcDTTE6Ag/aHR0cHM6Ly90b3V0ZS1sYS52ZWlsbGUtYWN0ZXVycy1zYW50ZS5mci8yMDA4NTYvbm9uLWxob3BpdGFsLXB1YmxpYy1uZS1wb3VycmEtcGFzLWFic29yYmVyLXRvdXRlLWxhLW1pc2VyZS1zYW5pdGFpcmUtZGUtbGEtZnJhbmNlLWNvbW11bmlxdWUv

Émis par : APH

Aujourd’hui, c’est la grève des laboratoires de biologie médicale de ville appelant les patients à se tourner vers les hôpitaux pour y réaliser leurs examens sans que nous y soyons préparés et sans anticipation.

Cette grève a une forte retombée sur les laboratoires hospitaliers mais aussi sur les services d’urgences déjà soumis à de fortes contraintes. Certains de nos confrères biologistes hospitaliers ont dû fermer leur centre de prélèvement devant l’arrivée massive de patients demandant des PCR au détriment des patients de consultations. Certains signalent même un blocage de l’accès à leur l’hôpital en raison d’embouteillage comme devant les stations services. Cette grève est annoncée comme reconductible !

Aujourd’hui, les internes en médecine sont en grève illimitée car les politiques veulent leur imposer une année d’étude supplémentaire et des modalités d’installations restrictives pour boucher les trous dans les zones médicalement désertées.

Aujourd’hui, la psychiatrie, la pédiatrie sont en charpie et cette dernière vit une nouvelle crise sanitaire, conséquence inattendue d’une banale épidémie annuelle pour laquelle le plan de gestion des crises exceptionnelles ORSAN EPI-VAC doit être déclenché.

Quant au reste de l’hôpital public, il s’effondre chaque jour un peu plus, grevé par l’inaction coupable des tutelles et du gouvernement qui ne répond que par à coup sans traiter le fond des problèmes ?

Demain est annoncée la grève des médecins généralistes comme celle de nos collègues spécialistes libéraux… Sera-t-elle anticipée ?

Où vont aller les patients sinon dans les urgences hospitalières et à l’hôpital public qui va devoir encore répondre à la sacro-sainte mission de continuité des soins ? Ce privilège obligatoire, quasi exclusif est de plus en plus pénible et presque toujours réservé aux acteurs hospitaliers.

Le système de santé français craque de tout côté et au lieu de construire un dialogue social indispensable pour mettre à plat les problèmes et aborder collectivement avec les solutions issues du terrain, le gouvernement continue à opposer libéraux et hospitaliers, à contester l’évidence. Ce gouvernement fait le choix d’appliquer des méthodes type grand débat avec une communication vers la population indiquant que tout est sous contrôle alors que rien ne l’est.

Nous avons pris en charge la majorité des malades COVID sans matériel, sans protection et avec un manque criant de personnel et de lits d’hospitalisation. Pour nous remercier le gouvernement a proposé le SEGUR qui devait répondre aux mouvements d’alerte de 2019 lancés par tous les soignants. Au final, en juillet 2020, des accords ont été signés sans tenir compte du contexte antérieur en termes de lits d’hospitalisation, comme du nombre de soignants et de praticiens ou de la juste valorisation de leur engagement pour la santé de nos concitoyens.

L’absence de dialogue social pilotée par le gouvernement doit être immédiatement corrigée et de manière efficace en arrêtant les palliatifs et les mensonges !

Nous avons encore passé l’été 2022 avec nombre de services d’urgence qui ont tenu comme ils pouvaient, nombre d’établissements de santé qui ont fait de leur mieux pour garder un accès à des soins de qualité et pour assurer la sécurité des patients que nous avons pris en charge.

Nous avons continué de remplir les tableaux de permanence des soins avec un nombre de médecins et de soignants insuffisants, en essayant de combler les trous dans nos plannings. Des services entiers ont dû fermer dans un silence assourdissant et inhumain. Des malades ont attendu un lit d’hospitalisation plus de dix jours sur des brancards aux urgences avec des pertes de chance qui ontmarqué au fer rouge, malades, familles et soignants.

Nous sommes allés au bout de ce que nous pouvions faire, notre résilience est simplement morte. Nous n’en pouvons plus, pire, nous ne pouvons plus faire et nous n’accepterons plus d’être les complices de cette maltraitance institutionnelle organisée.

Le personnel médico-soignant hospitalier est en sous-effectif chronique avec un manque de lits qui explose. La crise des vocations et les départs de personnels ne semblent plus inquiéter ce gouvernement qui communique que la situation est sous contrôle, fait l’autruche sur nos problèmes et le sens de notre engagement dans un soin de qualité pour tous. Notre épuisement professionnel est banalisé.

Les déserts médicaux deviennent légion. La France entière est devenue un désert médical, à la merci d’une épidémie. L’insécurité sanitaire se propage et notre système de santé solidaire, voulu et organisé par le véritable CNR, au service de chaque français mais aussi de la Nation devient solitaire et mortifère.

Action Praticiens Hôpital alerte et crie une fois de plus qu’il faut redonner du sens rapidement à l’engagement des praticiens et des soignants toutes spécialités confondues en ville, dans le médico-social comme à l’hôpital public.

Action Praticiens Hôpital est et restera une force de propositions pour analyser les besoins de soin de la population, pour proposer des organisations novatrices dans le respect de nos missions respectives et dans la bienveillance que nous devons aux malades et à nos équipes.

Il n’y a pas de fatalité. Nous proposons un constat et une analyse de terrain pour retrouver le chemin du juste soin à laquelle chaque français a droit et aussi pour retrouver la qualité de vie professionnelle et personnelle à laquelle chaque soignant a droit.

Le territoire est le bon niveau de prise en compte des besoins comme le secteur de psychiatrie l’a démontré. Cependant s’il n’y a pas une réelle volonté nationale autour d’une politique sanitaire en cohérence avec l’analyse des besoins de santé de la population, comme des forces de santé en présence, la désertification pourrait continuer. Des états généraux ou assises sur la santé en général avec un focus sur certaines spécialités comme la pédiatrie, la psychiatrie, la biologie…. nous semblent indispensables.

Perte de chance, perte de sens, départs en nombre de soignants et de praticiens hospitaliers ont pour conséquence une surmortalité dissimulée par l’État qui réagit seulement aux à-coups médiatiques.

Perte de chance : fatalité ou non-décision politique ! A qui le tour ?

https://aph-france.fr/IMG/pdf/cp_aph_10_11_2022_situation_sanitaire.pdf

Nous praticiens hospitaliers appelons à l’aide nos concitoyens, les malades et leur famille, les journalistes, les élus pour réaliser un état des lieux objectif de la situation sanitaire que nous subissons toutes et tous dans notre quotidien. Avant d’aller vers les solutions certainement miraculeuses du Conseil National de la Refondation sur son versant Santé, nous voulons ancrer les besoins réels de la population en termes de santé sur le plan somatique, psychique, social et sociétal. Nous voulons analyser les causes profondes de ce malaise qui se propage et qui tue pour asseoir, la qualité des soins, comme la qualité de vie

La vision holistique du patient, c’est-à-dire sa prise en charge dans sa globalité, la qualité et la sécurité des soins et la relation humaine définissent ce qui fait sens dans les métiers du soin. Aujourd’hui, ces objectifs deviennent inatteignables, faute de nous en donner les moyens Le « bon soin » serait-il relégué au rang de promesse par nos
tutelles ?
Le mensonge organisé du « tout va bien » dans cet « Hôpital-entreprise » obsédé par la
rentabilité financière et qui en a perdu toute humanité n’a que trop duré !

Nous avons besoin que tous les soignés, nos concitoyens, les soignants et les praticiens, les journalistes, les élus se mobilisent à nos côtés pour montrer les aberrations d’un système de santé à la dérive qui ne pense qu’à l’activité, aux économies de santé et qui condamne nos concitoyens à avoir une espérance de vie en bonne santé inférieure à celle des autres pays de l’OCDE.

La France n’a-t-elle pas une surmortalité liée au Covid de 30% supérieure à celle de l’Allemagne ? Cet été, entre le 1er juin et le 31 août, c’est 13 911 décès supplémentaires que Santé Publique France déclare en affichant que cette surmortalité serait due à la canicule ou au Covid en occultant les malades morts sur les brancards des urgences ou d’avoir passé jusqu’à dix jours sur ces mêmes brancards avec des retards de soins qui deviennent légion.

Action Praticien Hôpital, et ce qu’il reste de cette « armée sanitaire », soignants, praticiens en ville, dans le médico-social et à l’hôpital, engagés dans cette lutte invisible pour un juste soin en tout point du territoire sont encore votre bouclier sanitaire mais pour combien de temps encore ?

Le CNR Santé est une grande messe gouvernementale qui reprend les principes des grands débats et pourrait être un échec avant même d’avoir commencé. Action Praticien Hôpital défend sans détour l’approche territoriale de la santé avec une organisation claire des missions de soins à définir entre la ville, le médico-social et l’hôpital intégrant la permanence des soins.

Cependant Action Praticiens Hôpital demande la réouverture d’une grande concertation nationale à l’image du Ségur de 2020 : mais cette fois-ci, il s’agit de la réussir en analysant les besoins de santé de la population, les forces en présence.

Pour Action Praticiens Hôpital il est fondamental de donner les pistes nationales de la réforme impérative du système de santé tout entier et de l’hôpital public avant d’envisager les déclinaisons locales. Il sera également prioritaire de donner les moyens financiers nécessaires pour mener à bien cette réforme du pilier santé et de toute urgence.

Jean-Francois Cibien, Carole Poupon,Yves Rebuffat

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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