Le Président du comité national d’éthique alerte sur la nécessité de rénover un système de soins en perte de vitesse et d’éthique.

« Face à la crise de l’hôpital, l’appel de Jean-François Delfraissy : « Nous sommes en train de déraper » »

Date de publication : 8 novembre 2022

Le Parisien

Le Parisien publie un entretien avec Jean-François Delfraissy, président du Comité consultatif national d’éthique, qui « tire la sonnette d’alarme. Dans un avis remis au gouvernement, il alerte sur la nécessité de rénover un système de soins en perte de vitesse et d’éthique. Pour ce professeur de médecine, il est temps de réhumaniser l’hôpital public ».
Jean-François Delfraissy souligne ainsi : « Certes la crise est liée à des problèmes d’organisation des soins et de salaires des professionnels de santé, dont les rémunérations se situent dans le dernier tiers des pays de l’OCDE, mais elle n’est pas « que » ça ».
« Les soignants ne retrouvent plus les valeurs censées être attachées aux soins. La médecine est devenue terriblement technique, la machine hospitalière a valorisé l’ultra-technicité au détriment du temps humain. Les soignants en ont moins à accorder aux patients. Une situation très mal vécue des deux côtés. La relation se distend »
, observe-t-il.
Le Pr Delfraissy remarque en effet : « Tous les membres du groupe de travail qui ont rédigé cet avis ont entendu des soignants leur dire qu’ils allaient travailler la boule au ventre ! Ils ont peur de ce que va être leur journée, alors même qu’ils ont un immense attachement à leur métier. Peur d’avoir trop de patients à gérer, de faire une erreur, de ne pas pouvoir prendre dix minutes avec M. X ou Y alors même qu’ils savent que ça le libérerait d’une grande angoisse ».
Il note que « dans ce contexte, les patients se sentent un peu maltraités, ils voient les blouses blanches se succéder, sans forcément avoir l’écoute nécessaire. Il n’y a pas de maltraitance dans le suivi, on est toujours bien soigné en France mais la prise en charge est dégradée ».
Le médecin ajoute que « cet avis du CCNE, c’est une alerte. On le dit clairement : attention. Notre système de santé est fort, mais il est en train de se détériorer. Si on ne rétablit pas un certain nombre de critères éthiques, on va vite voir notre modèle français, internationalement reconnu comme «bon», se dégrader. Nous sommes en train de déraper. D’où notre message d’alerte. Nous avons un système basé sur l’égalité, peut-être en faudrait-il un plus équitable ».
Jean-François Delfraissy remarque que « notre système se veut très égalitaire. […] L’équité, c’est différent. […] Ainsi un certain nombre de futurs grands hôpitaux doivent être construits, en priorité, en dehors des grandes villes, dans les banlieues. Il y a urgence. Je vous rappelle que si l’on compare la partie nord du RER parisien avec la partie sud, on perd 8 ans et demi d’espérance de vie ».

nterview

Société

Face à la crise de l’hôpital, l’appel de Jean-François Delfraissy : «Nous sommes en train de déraper»

Le président du Comité d’éthique décortique l’avis qu’il vient de remettre au gouvernement sur la crise à l’hôpital et la nécessité de remettre de l’éthique au cœur du système de soins. Il en va de la bonne prise en charge des patients.

«Tous les membres du groupe de travail qui ont rédigé l’avis remis au gouvernement ont entendu des soignants leur dire qu’ils allaient travailler la boule au ventre !» pointe Jean-François Delfraissy (ici en mars 2020). AFP/Ludovic Marin
«Tous les membres du groupe de travail qui ont rédigé l’avis remis au gouvernement ont entendu des soignants leur dire qu’ils allaient travailler la boule au ventre !» pointe Jean-François Delfraissy (ici en mars 2020). AFP/Ludovic Marin

Par Florence Méréo et Elsa Mari 

Le 7 novembre 2022 à 19h38

https://www.leparisien.fr/societe/face-a-la-crise-de-lhopital-lappel-de-jean-francois-delfraissy-nous-sommes-en-train-de-deraper-07-11-2022-MPAXLDXIWRDI7HDDP3IUUG476A.php

Le grand public l’avait connu en « M. Covid », à la tête du Conseil scientifique chargé d’éclairer le gouvernement sur la pandémie. Deux ans et demi plus tard, on le retrouve sur un autre dossier brûlant, la crise de l’hôpital sur laquelle le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) qu’il préside vient de se pencher. Ce lundi 7 novembre, Jean-François Delfraissy tire la sonnette d’alarme. Dans un avis remis au gouvernement, il alerte sur la nécessité de rénover un système de soins en perte de vitesse et d’éthique. Pour ce professeur de médecine, il est temps de réhumaniser l’hôpital public.

Crise de l’hôpital : ce que dit l’alerte du Comité d’éthique

C’est une «alerte» que lance ce lundi 7 novembre le Comité consultatif national d’éthique dans un avis qui décortique la crise du système de soin et que nous avons pu consulter. Il appelle à des états généraux pour une éthique en santé publique. Un enjeu pour les soignants, mais aussi pour les patients.

À l’origine du mal, selon le comité d'éthique, une santé focalisée sur le traitement plutôt que sur le soin et qui ne prend pas assez globalement en charge la personne. LP/Jean-Baptiste Quentin
À l’origine du mal, selon le comité d’éthique, une santé focalisée sur le traitement plutôt que sur le soin et qui ne prend pas assez globalement en charge la personne. LP/Jean-Baptiste Quentin

Par Florence Méréo 

Le 7 novembre 2022 à 11h00

https://www.leparisien.fr/societe/sante/crise-de-lhopital-ce-que-dit-lalerte-du-comite-dethique-07-11-2022-K7AUFVEPG5AZNFQWHYACYJK5BM.php

Après la crise des urgences cet été, c’est celle de la pédiatrie qui nous ébranle avant même le début de l’hiver. Face à une redoutable bronchiolite, des dizaines d’enfants ont d’ores et déjà dû être transférés dans d’autres structures, parfois à plusieurs centaines de kilomètres de chez eux. Nouvel exemple d’un hôpital qui souffre et d’un système de soins qui vacille.

Une situation qui n’a pas échappé au Comité consultatif national d’éthique (CCNE), présidé par l’ancien « Monsieur Covid », le professeur Jean-François Delfraissy. Dans son avis 140 remis au gouvernement et rendu public ce lundi 7 novembre, cette instance écoutée lance ce qu’elle nomme elle-même une « alerte » sur la nécessité de remettre l’éthique au centre de la santé.

« Une rénovation profonde est nécessaire », lit-on dans l’une des 53 pages de ce document centré principalement sur la situation de l’hôpital public, incarnation du « symptôme le plus saillant de la crise du système de soins. » Souffrance des professionnels de santé, aggravation des inégalités en matière de santé, crise de confiance de la population… Résultat : « Le temps des soignants croise de moins en moins celui des malades », interpelle le comité. Pour y remédier, il appelle à l’organisation et à la tenue d’états généraux pour une éthique de la santé publique.

Une crise « profonde » et ancienne

Certes, le Covid a bouleversé un hôpital considéré comme robuste. Mais il n’est pas à l’origine de ses maux. « La pandémie a contribué à révéler la crise morale de l’hôpital public et la souffrance des professionnels de santé », résume le Comité d’éthique, qui estime que les racines de la crise sont « anciennes et multiples ». À l’origine du mal, une santé focalisée sur le traitement ( « cure » en anglais) plutôt que sur le soin ( « care »), et qui ne prend pas assez globalement en charge la personne.

« À cela s’ajoute, depuis les années 1980, l’introduction de pratiques gestionnaires inspirées du secteur privé dans le fonctionnement des hôpitaux qui ont valorisé les actes techniques, dans une logique économique, parfois au détriment de la relation de soin », diagnostique la quinzaine de membres du CCNE qui ont rédigé l’avis. D’un côté des soignants, qui ont parfois l’impression d’agir « en opposition avec les valeurs éthiques du soin ». De l’autre, le patient « qui se plaint du manque de temps et d’écoute qui lui est consacré ». Conséquences ? Une dégradation de la relation de soin, un fossé qui se creuse entre les soignants et les malades, une désaffection des blouses blanches.

Pas assez de médecine scolaire et du travail

Autre point intéressant soulevé par le CCNE, l’approche globale de la santé, ou plutôt l’absence d’approche. « Le système de santé ne prend pas assez en compte les investissements nécessaires en dehors du domaine des soins », lit-on dans l’avis qui en veut pour preuve « la déshérence de la médecine scolaire et de la médecine du travail, la faiblesse et la disparité de la protection maternelle et infantile (PMI) ». En clair, la France se focalise sur la guérison de la maladie au lieu de tout faire pour l’éviter. « Cette stratégie a conduit à une approche insuffisante de la prévention, de l’éducation et de la promotion de la santé », estime le Comité.

Dans son ordonnance, il préconise de repenser les fondements du système de santé, mais aussi de faire « d’importants » investissements humains et financiers dans les champs de ces médecines scolaire, universitaire ou encore du travail.

Des salaires toujours pas au niveau

Oui, des efforts ont été faits, notamment avec le grand Ségur de la Santé. Mais le compte n’y est pas. « Les salaires sont peu élevés au regard de l’engagement demandé », pose le CCNE. Son exemple éloquent : « Le salaire moyen des infirmières et infirmiers travaillant dans le secteur public est inférieur au salaire des autres personnes en activité (93 % du salaire moyen de la population française) ».

Autre donnée tangible : la France est toujours en dessous de la moyenne des pays de l’OCDE (19e rang sur 34) quant à la rémunération de ses infirmiers. Pour « retenir » des professionnels toujours plus nombreux à quitter le navire, il faudra poursuivre et amplifier ce que le Ségur a commencé à corriger.

L’éthique comme « réponse à la détresse »

Face à cette crise sans précédent, il est « urgent de remettre de l’éthique au cœur de la santé », presse le CCNE. « Nous affirmons par cet avis que la réponse à la détresse des soignants comme à celle des usagers passe nécessairement par le positionnement de l’éthique comme socle et fondement des actions à mener », enfonce-t-il le clou en marge de la publication de ses travaux.

Remettre de l’éthique, oui, mais comment ? Déjà, en assurant un accès égal pour tous au système de soin. Et en respectant de manière « inconditionnelle » les soignés et les soignants. Cela passe par une nécessaire réintroduction du temps d’écoute des malades, trop souvent mis à mal. « Le CCNE propose (…) de développer une culture du questionnement éthique. La refonte du système de santé devra nécessairement s’accompagner d’une dynamique plus forte de la démocratie en santé », écrit-il, appelant une nouvelle fois (il l’avait déjà fait lors de la publication de son avis 137) à l’organisation d’états généraux dédiés à cette éthique en santé publique.

L’hôpital, l’arbre qui cache la forêt

Emblématiques, les difficultés de l’hôpital attirent nécessairement notre attention, et concentrent nos peurs et interrogations : comment serons-nous soignés demain ? Un demain qui vient vite au regard de la crise structurelle qui ne fait que s’accroître. Le CCNE en est persuadé : « Les réponses à la crise de l’hôpital doivent passer par une transformation profonde du maillage du système de soins et de santé. » Pour soulager l’hôpital, c’est en somme toute l’offre de soin qu’il faut transformer.

L’un des points clés, c’est la création de ponts entre l’hôpital et la médecine de ville. Mais pour cela, il faudra s’attaquer à un autre chantier, tout aussi crucial : la lutte contre la désertification médicale.

Avis 140 « Repenser le système de soins sur un fondement éthique. Leçons de la crise sanitaire et hospitalière, diagnostic et perspectives »

Alors que la refondation du système de santé est à l’agenda politique, le CCNE propose dans son avis 140 de « Repenser le système de soins sur un fondement éthique. Leçons de la crise sanitaire et hospitalière, diagnostic et perspectives ».

https://www.ccne-ethique.fr/node/530?taxo=44

https://www.ccne-ethique.fr/sites/default/files/2022-11/Communiqué de presse 140_0.pdf

Cet avis vient d’être remis au ministre de la santé et est rendu public lundi 7 Novembre 2022. Il s’inscrit dans le prolongement de l’avis n° 137 « Éthique et santé publique » qui, en juillet 2021, insistait sur les risques de tensions entre l’éthique individuelle du soin et l’éthique liée à une juste allocation de ressources limitées. Il appelait de ses vœux une participation citoyenne à une réflexion collective et la mise en œuvre d’états généraux de la santé.


L’avis 140 est centré principalement sur la situation tendue de l’hôpital public qui est « le symptôme le plus saillant de la crise du système de soins ». Le CCNE, qui a fait du système de soins et de la santé publique, un thème de réflexion prioritaire, consacrera de futurs travaux aux autres secteurs, tels les établissements médico-sociaux, ou encore la prévention et promotion de la santé. 

La pandémie de Covid 19 a mis en lumière la vulnérabilité du système de soins et les faiblesses de la santé publique en France ainsi que dans nombre de pays considérés comme ayant des systèmes de santé robuste. Les racines de la crise historique traversée par l’hôpital et les soignants sont anciennes et multiples. Elles sont liées à l’organisation du système de soins, à une « technicisation » de plus en plus importante de la pratique soignante avec un modèle économique qui privilégie les actes techniques au détriment du temps de la relation de soin, ou encore aux transformations structurelles de notre société – son vieillissement, le rapport au travail …S’y ajoutent des salaires peu élevés au regard de l’engagement demandé,

une approche de la santé trop focalisée sur le traitement de la maladie plutôt que sur une prise en charge globale de la personne.
Si ces considérations ont été souvent dénoncées par les professionnels et les usagers, elles ne peuvent résumer à elles seules les causes de l’ébranlement de notre système de santé. A une crise structurelle s’ajoute une crise morale aboutissant à une crise globale, « systémique ». Les soignants interrogent le sensprofond de leur métier et témoignent d’états « de souffrance éthique » – voire de souffrance psychique- s’estimant contraints d’agir parfois en opposition avec les valeurs éthiques du soin sans espaces pour en parler. Cette « crise du respect du patient » est exprimée en retour par le malade qui se plaint du manque de temps et d’écoute qui lui est consacré. « Le temps des soignants croise de moins en moins celui des malades », selon le CCNE. Un patient – par ailleurs citoyen – qu’on n’a pas suffisamment sollicité pendant la pandémie alors que sont en place les outils de la démocratie sanitaire. Par les inégalités qu’elle a révélé face à la maladie, sa prévention et sa prise en charge, la pandémie de Covid a enfin montré que notre système de santé, pourtant fondé sur une approche égalitaire, n’est pas toujours adapté aux plus fragiles.

Tous ces éléments concourent à une crise sans précédent des fondements de notre santé collective et il est urgent pour en sortir, selon le CCNE, de remettre l’éthique au cœur de la santé. « Nous affirmons par cet avis que la réponse à la détresse des soignants comme à celle des usagers passe nécessairement par le positionnement de l’éthique comme socle et fondement des actions à mener ». Deux principes éthiques majeurs doivent guider la rénovation qui s’annonce : un accès égal pour tous au système de santé et de soins (principe de justice sociale) et le respect inconditionnel des personnes soignées et de ceux qui les soignent (principe de respect de la personne). Cette vision suppose de réintroduire et de reconnaitre le temps de l’écoute des patients et de développer le temps de la réflexion éthique individuelle et collective pour des orientations et des décisions justes. Le CCNE propose ainsi que l’éthique sorte des cercles dédiés pour irriguer tous les niveaux du soin, des organisations et des politiques de santé publique, et développer ainsi une culture du questionnement éthique. La refonte du système de santé devra nécessairement s’accompagner d’une dynamique plus forte de la démocratie en santé. Le CCNE appelle à nouveau à l’organisation d’états généraux pour une éthique de la santé publique.

Cet avis sera discuté avec des soignants, des chercheurs des responsables de la santé et des associations de patients le 8 décembre après-midi à l’HEGP, lors du premier Forum Santé sciences, société, organisé conjointement par le CCNE, l’ENS et l’AP-HP. Le programme de cette rencontre sera envoyé rapidement.

Pour le CCNE, la crise de l’hôpital est aussi une crise éthique

Paris, le mardi 8 novembre 2022 JIM

https://hubtr.newsletter.jim.fr/clic132/8252/1244477/16?k=8bab0b2f8ddfefe33f1995b118148433

– Dans son dernier avis, le Comité consultatif national d’éthique (CCNE) propose de « repenser le système de soins sur un fondement éthique ».

Inlassablement, la phrase revient dans toutes les bouches, comme un leitmotiv : « l’hôpital public est en crise ».

Une crise évidemment avant tout matérielle et budgétaire, avec son lot de questions sur le financement et l’organisation des hôpitaux, les effectifs et les salaires. Mais pour le comité consultatif national d’éthique (CCNE), qui rend un avis sur la question ce lundi, il ne faut pas oublier que cette crise de notre système de santé est aussi une crise éthique.

« La pandémie de Covid-19 a mis en évidence la souffrance des professionnels du champ de la santé » écrivent les membres du CCNE, évoquant le sentiment de perte de sens rapporté par de nombreux professionnels de santé. « C’est une crise profonde qui touche à la notion de soins et conduit à une souffrance éthique éprouvée par les professionnels de santé dans leur exercice quotidien »explique le Pr Régis Aubry, chef du service de soins palliatifs du CHU de Besançon et corapporteur de l’avis du CCNE.

Le soin plutôt que la performance

Pour les auteurs, les importants progrès techniques accomplis par la médecine ces dernières décennies, s’ils sont évidemment souhaitables, ont conduit à la promotion de la performance médicale et de la technique au détriment du soin proprement dit et du contact humain. « L’éthique est escamotée, insuffisamment reconnue par rapport à la valorisation des actes techniques » résume le Pr Aubry.

L’introduction, à partir des années 1980, de pratiques gestionnaires inspirées du secteur privé à l’hôpital public, a également contribué à dégrader la « relation de soin » dans un système « où le temps des soignants croise de moins en moins celui des malades » peut-on lire dans l’avis.  

Le CCNE appelle donc de ses vœux à « repenser la valorisation des actes humains » et de profiter du CNR Santé actuellement en cours pour réaliser ce « rééquilibrage ». Il souhaite notamment établir de manière institutionnelle des espaces de dialogue entre les soignants « pour s’interroger sur la manière de faire pour bien faire » et avec les patients via notamment la consolidation du rôle des médiateurs.

L’éthique indissociable des contingences matérielles

Mais le CCNE ne se contente pas d’appeler pieusement à la promotion du dialogue, de la compassion et du respect et avance également des propositions plus concrètes. Pour les sages, la mise en place de ce nouveau « fondement éthique »de notre système de santé passe notamment par la réduction des inégalités de santé (en déployant les politiques de financement en priorité vers les publics défavorisés) et l’amélioration des conditions de travail des soignants, notamment d’un point de vue salarial.

Le CCNE appelle également de ses vœux une réforme de la gouvernance hospitalière donnant plus de place aux médecins mais également aux usagers.

Le CCNE a bien conscience que les questions éthiques ne peuvent pas être prises en compte « hors-sol » et être détachées de contingences matérielles. La prise en charge éthique des patients n’est possible que si l’hôpital public dispose des moyens de son action. « L’effort mis dans le système de soins dans l’attention aux conditions de travail de ses personnels et dans la prise en charge des usagers de santé relève d’une éthique collective » concluent les sages du CCNE.

Grégoire Griffard

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L’hôpital public doit être réhumanisé, selon le comité d’éthique

Dans un avis paru lundi, le conseil consultatif national d’éthique appelle à remettre le respect des personnes et l’écoute au cœur du soin, ainsi qu’à valoriser les métiers paramédicaux. 

Par Delphine Roucaute

Publié hier à 11h00, mis à jour hier à 11h5 https://www.lemonde.fr/sante/article/2022/11/07/dysfonctionnel-cloisonne-technicise-l-hopital-public-doit-etre-rehumanise-estime-le-comite-d-ethique_6148806_1651302.html

Une manifestation à Rennes, le 18 octobre 2022, à l’appel des syndicats CGT et FO pour réclamer une augmentation des salaires.

Une manifestation à Rennes, le 18 octobre 2022, à l’appel des syndicats CGT et FO pour réclamer une augmentation des salaires.  DAMIEN MEYER / AFP

Replacer l’éthique au cœur du système de soins, c’est ce que propose le conseil consultatif national d’éthique (CCNE), dans un avis publié lundi 7 novembre et centré principalement sur la situation tendue de l’hôpital public qui est « le symptôme le plus saillant » de la crise que traverse le système de santé français. « La crise sanitaire du Covid-19 a mis en évidence et accéléré une crise plus profonde, antérieure, de notre système », souligne Régis Aubry, chef du service des soins palliatifs du CHU de Besançon et rapporteur de l’avis.

Alors que de nombreux rapports ont relevé des dysfonctionnements du système de santé français, cet avis ne manquera pas d’interpeller les soignants et parties prenantes du volet santé du Conseil national de la refondation (CNR) lancé le 3 octobre et dont les conclusions sont attendues en janvier 2023. Après un été sous tension à l’hôpital ayant poussé le gouvernement à organiser une « mission flash » pour trouver des solutions d’urgence, les chefs des services de réanimations pédiatriques ont tiré la sonnette d’alarme, à l’automne, sur les conditions de prise en charges détériorées des enfants.

Dans ce long rapport, les membres du CCNE – médecins, chercheurs et scientifiques sélectionnés en raison de leur compétence pour les problèmes d’éthique – dressent un constat sans concession des maux de l’hôpital public, « trop polarisé sur la dimension sanitaire au détriment de la santé publique et d’une approche globale des personnes », mettant en œuvre une gestion « dysfonctionnelle » basée sur la tarification à l’activité – la fameuse « T2A » – et survalorisant les actes techniques au détriment du temps consacré aux malades. « Le temps des soignants croise de moins en moins celui des malades », écrivent les auteurs.

Lire le reportage :    De la pénurie de généralistes jusqu’aux urgences, le système de soins à l’hôpital est au bord de la noyade

Un système trop hiérarchisé et construit autour de la figure du médecin qui ne valorise pas les savoirs des autres soignants, en particulier des infirmières, infirmiers et sages-femmes. Plus globalement, le CCNE décrit un système cloisonné entre hôpital et médecine de ville, privé et public, sanitaire et médico-social… Et donc inadapté aux évolutions des besoins en matière de santé.

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« Souffrance éthique »

« La valorisation des actes techniques a fait disparaître les actes qui consistent à écouter, passer du temps avec les patients. C’est pourquoi on aboutit aujourd’hui à la désertion des professionnels de santé », insiste Régis Aubry, mobilisant la notion de « souffrance éthique » développée par la professeure canadienne Lyse Langlois lors de son audition par le CCNE. Une souffrance rencontrée par de nombreux soignants, qui font face à « un décalage de plus en plus manifeste entre leurs pratiques, perçues comme déshumanisées, et les valeurs éthiques du soin ».

Lire aussi la tribune :   « Les personnels soignants quittent l’hôpital parce qu’ils ne veulent pas devenir des monstres »

« La crise sanitaire du Covid-19 a révélé que la santé publique n’est pas qu’une affaire de soignants mais concerne toute la société », ajoute Annabel Desgrées du Loû, directrice de recherche à l’Institut de recherche pour le développement (IRD), également rapporteuse de l’avis. Ce signal d’alerte pousse ainsi le CCNE à recommander trois directions.

Premièrement, assurer à tous les citoyens les conditions d’une vie en bonne santé en déployant des politiques de financement en direction des populations les plus défavorisées. Il s’agit des démarches d’« aller vers », révélées en 2021 au grand public lors de la campagne de vaccination contre le Covid-19, afin de toucher les personnes les plus éloignées du soin. Mais aussi, plus concrètement, en favorisant l’accès à la complémentaire santé solidaire ainsi que, pour les étrangers en situation irrégulière, l’accès à l’aide médicale de l’Etat.

En parallèle, le comité d’éthique appelle à sortir du cloisonnement actuel « en visant une véritable coordination entre l’hôpital et la médecine de ville ». Les auteurs proposent aussi d’importants investissements dans la médecine scolaire et universitaire, la protection maternelle et infantile et la médecine du travail.

« Ce coût va nécessiter un choix politique »

Deuxièmement, « redonner du sens aux métiers du soin ». C’est par la valorisation des échanges entre soignants et soignés mais aussi au sein des équipes que le CCNE espère « remettre le respect de la personne, pilier éthique du soin, comme valeur centrale ». Cela passe aussi par la mise en place de parcours de formations critiques dans les champs médical, paramédical et médico-social. Mais surtout, le CCNE insiste pour que les personnes au contact quotidien des patients (techniciens, aides-soignantes et soignants, infirmières et infirmiers), bénéficient de conditions de travail qui rendent ces métiers attractifs et « témoignent de la reconnaissance par la société de la valeur de ce travail et de la dimension relationnelle du soin ».

Salaires, qualité de vie au travail, nombre de postes par service et perspectives d’évolution de carrière font partie des voies à explorer. « Ce coût va nécessiter un choix politique, c’est pourquoi il est important que le CCNE participe au Conseil national de la refondation », souligne Régis Aubry, nommé garant du CNR au nom du CCNE.

Lire aussi la tribune :    « Sur la crise de l’hôpital, on a parlé de tout, sauf d’amour »

Enfin, les auteurs invitent à développer la démocratie en santé, en renforçant les dynamiques participatives ainsi que l’autonomie de pratiques et d’organisation des structures sanitaires et médico-sociales. En parallèle du Conseil national de la refondation, le CCNE appelle également à l’organisation d’états généraux pour une éthique de la santé publique. La loi du 7 juillet 2011 relative à la bioéthique donne en effet au comité d’éthique le pouvoir d’organiser des « états généraux » avant tout projet de réforme sur des questions éthiques ou de société.

Cet avis n’est qu’une première contribution aux débats actuels sur la réforme de la santé. Dans les prochains mois, le CCNE consacrera de nouveaux travaux aux établissements médico-sociaux, au développement de la santé publique et de la prévention, ainsi qu’à la promotion de la santé. « L’éthique n’est pas la cerise sur le gâteau, c’est ce qui peut donner du sens aux pratiques ; elle devrait être à la base du système de santé », insiste Régis Aubry.

Delphine Roucaute

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Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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