La psychiatrie s’effrite en silence »
Date de publication : 8 novembre 2022

Eric Favereau remarque dans Libération que « dans le monde des hôpitaux psychiatriques, on le sait, on l’écrit même souvent, cela se délite d’un peu partout, mais voilà «tout le monde s’en fout». Parfois, cela peut déborder ».
Le journaliste observe que « la semaine dernière, cette syndicaliste, psychiatre, ne savait plus comment contenir son amertume. Dans un mail, elle a lâché : «Je suis en colère. 400 millions plus 150 millions sont accordés à la pédiatrie et aux soins critiques. Et la psychiatrie, tout le monde s’en fout.» Faisant référence aux mesures du gouvernement pour aider les urgences pédiatriques, la voilà presque aigrie, injuste même ».
La psychiatre ajoute : « Ça fait des années que la psychiatrie subit un Ondam [Objectif national de dépenses d’assurance maladie, ndlr] bien en deçà des autres spécialités. Régulièrement la Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté vient dire les mauvaises conditions d’accueil et de soins des patients en psychiatrie. Mauvaises est bien en deçà de la réalité. Indignes, en dessous de tout. Inacceptables. Certes tout ne se résout pas par l’argent mais quand même ! Comment on peut soigner en psychiatrie sans moyens humains ? Ça dit bien la non-place dans la société des malades mentaux ».
Eric Favereau remarque que « cette psychiatre a néanmoins raison dans sa véhémence, car le monde de la psychiatrie publique n’est plus à la dérive, il est dans un trou noir, on y résiste comme on peut, sans souffle. Rien ne se passe, un univers à l’abandon. Il y a beau avoir un délégué ministériel chargé du dossier, mais qui s’en soucie ? ».
« Les fous sont absents de la sphère publique ; ils ne font pas l’actualité, sauf quand ils fuguent quelques heures (on dit alors qu’ils s’évadent !) ou quand ils sont violents (ce qui est, en pourcentage, beaucoup moins fréquent que chez les personnes dites «normales»). Qui se souvient qu’au printemps 2022, voilà à peine six mois, des centaines de soignants lançaient un appel à Elisabeth Borne, intitulé «Créons des postes pour éviter le naufrage !» ? », continue le journaliste.
Il ajoute : « Depuis ? Rien. Si ce n’est, à intervalles réguliers, comme un symptôme de la situation, des rapports de la Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté qui viennent nous rappeler les dérives inédites de certains établissements psychiatriques. Le dernier en date, rendu public la semaine dernière, fait suite à la visite de l’établissement public de santé mentale (EPSM) de Vendée – le Centre hospitalier Georges-Mazurelle de La Roche-sur-Yon – effectuée par six contrôleurs du 27 juin au 6 juillet 2022. Bilan sévère, donnant lieu «au constat d’un nombre important de dysfonctionnements graves portant atteinte à la dignité des patients et à leurs droits fondamentaux» ».
Eric Favereau conclut : « Ainsi va la vie de tous les jours, loin des règles élémentaires de droit, chez les malades que l’on hospitalise à La Roche-sur-Yon. Un rapport qui comme les autres est passé largement inaperçu ».
Chronique «Aux petits soins»
La psychiatrie s’effrite en silence
Article réservé aux abonnés
Alors que certains psychiatres s’agacent devant l’indifférence des pouvoirs publics vis-à-vis de la psychiatrie publique, la contrôleuse des lieux de privation de libertés poursuit, comme un métronome, ses rapports, pointant les dérives dans certains lieux.
:quality(70)/cloudfront-eu-central-1.images.arcpublishing.com/liberation/423GDFQ7EFHLNPZ2EFGSU7L7HA.jpg)
par Eric Favereau
publié le 8 novembre 2022 à 7h09
Dans le monde des hôpitaux psychiatriques, on le sait, on l’écrit même souvent, cela se délite d’un peu partout, mais voilà «tout le monde s’en fout». Parfois, cela peut déborder. Ainsi la semaine dernière, cette syndicaliste, psychiatre, ne savait plus comment contenir son amertume. Dans un mail, elle a lâché : «Je suis en colère. 400 millions plus 150 millions sont accordés à la pédiatrie et aux soins critiques. Et la psychiatrie, tout le monde s’en fout.» Faisant référence aux mesures du gouvernement pour aider les urgences pédiatriques, la voilà presque aigrie, injuste même.
«Ça fait des années que la psychiatrie subit un Ondam [Objectif national de dépenses d’assurance maladie, ndlr] bien en deçà des autres spécialités. Régulièrement la Contrôleuse générale des lieux de privation de liberté vient dire les mauvaises conditions d’accueil et de soins des patients en psychiatrie. Mauvaises est bien en deçà de la réalité. Indignes, en dessous de tout. Inacceptables. Certes tout ne se résout pas par l’argent mais quand même ! Comment on peut soigner en psychiatrie sans moyens humains ? Ça dit bien la non-place dans la société des malades mentaux.» Et de se lâcher : «Bouhh c’est moche, ça fait peur, ça produit rien… Cela fait pleurer, un bébé qui meurt de bronchiolite. C’est vrai c’est moche. On peut se mettre à la place des parents, on l’a peut-être été. Mais un enfant qui se suicide ? Ou un adulte qui se suicide ? Ou qui crève dans la rue ou iso….(suite abonnés)
Voir aussi: