Dr Pradines :
« Si on ne nous donne pas de place dans la société, ni à l’hôpital, où il faut vite laisser son lit, ni dans les soins de suite, quel choix a-t-on véritablement ?, interroge Isabelle Marin. De même, lorsque l’on dit à des petits vieux qu’il faut aller en Éhpad, alors oui, là j’ai eu plusieurs demandes d’euthanasie… Bien sûr lorsqu’on ne nous propose aucun choix correct et digne, la mort devient séduisante… »
Engagée politiquement à gauche, la soignante compare l’euthanasie à un « nouveau produit bas de gamme, comme des yaourts très peu chers qu’on rajoute au rayon et que prendront ceux qui n’ont pas d’autres choix… ». Car la mort n’échappe pas aux injustices sociales. « La gauche, largement favorable à l’euthanasie, a laissé tomber la lutte contre les inégalités, regrette-t-elle. Elle considère qu’elle va “donner un nouveau soin à tous”, sans voir les abyssales inégalités de soins, et en nous considérant tous parfaitement autonomes face à la mort ! »
Le coût de la fin de vie : vrai ou faux débat dans la discussion sur l’euthanasie ?
Si notre modèle de protection sociale nous préserve du risque de recourir à l’euthanasie par pression financière, la faillite de notre système de soins et le manque d’investissement dans le grand âge risquent bien de créer une incitation insidieuse.
Publié le 12/10/2022 à 16h39, mis à jour le 12/10/2022 à 16h39 • Lecture 6 min.
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Centre de soins palliatifs la Maison, à Gardanne, le 7 décembre 2021. • LAURENCE GEAI POUR LA VIE
Le malaise est palpable. Depuis quelque temps, des mutuelles s’engagent en faveur de l’euthanasie. Organisation d’une table ronde « Choisir sa vie : l’ultime liberté ? » par la Fédération nationale de la mutualité française (FNMF), réunissant exclusivement des partisans de la pratique, engagement net de Matthias Savignac, président de la Mutuelle générale de l’Éducation nationale (MGEN) pour une évolution de la loi, et de Thierry Beaudet, ancien président de la Mutualité française, désormais à la tête du Conseil économique, social et environnemental (Cese)…
Au-delà du soupçon scabreux d’une volonté cynique de faire des économies surgit une autre question, abrupte : alors que les six derniers mois de la vie sont statistiquement les plus chers en dépenses de santé, une pression économique pourrait-elle inciter à recourir à l’euthanasie ?
La fin de vie, un sujet économique ?
Sujet tabou ? Pourtant les dépenses de fin de vie sont bien un thème, sensible, des sciences économiques. « Pour réduire le déficit de l’assurance maladie, ne convient-il pas de s’attaquer aux dépenses de fin de vie ?, interroge ainsi Gérard de Pouvourville, professeur émérite en économie de la santé à l’Essec, dans un article dans Les Tribunes de la santé en 2006. Selon les données disponibles, elles représenteraient 13 % des dépenses remboursées et sont appelées à augmenter. »
Ces coûts élevés de fin de vie concernent les personnes âgées, mais aussi et surtout des personnes plus jeunes touchées par « des pathologies chroniques anciennes, provoquant un déclin lent des personnes, avec une accélération des recours au système de soins dans les derniers mois de la vie ».
D’un point de vue théorique, « les dépenses ultimes, lorsqu’elles sont élevées, sont rapportées à une esp….