Les étudiants et internes refusent d’allonger leurs études d’un an pour pallier les déserts médicaux ».

« Les raisons de la colère des internes en médecine »

Date de publication : 14 octobre 2022

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Le Figaro
Libération
La Croix

Le Figaro observe que « les étudiants en médecine sont appelés dans la rue, ce vendredi, à une grève générale par leurs syndicats. […] Ils refusent d’allonger leurs études d’un an pour pallier les déserts médicaux ».
Marie-Cécile Renault note ainsi : « Embarras du ministre de la Santé, François Braun, qui à peine nommé se retrouve avec les étudiants en médecine dans la rue. […] En cause, la décision du gouvernement d’imposer aux internes en médecine générale une quatrième année d’études, effectuée «en priorité» dans les déserts médicaux. Ce qui portera à 10 ans la durée totale de la formation pour devenir généraliste ».
La journaliste indique que « les internes demandent le retrait de cette mesure, inscrite dans le projet de loi de financement de la Sécurité sociale […]. Les jeunes bénéficient de l’appui de leurs aînés, les syndicats de médecins soutenant tous leur mouvement ».


Elle relève que « le gouvernement justifie la mesure en affirmant qu’elle devrait permettre aux jeunes médecins de «s’installer plus facilement dès la fin de leurs études», alors qu’ils passent souvent par une période de remplacements avant d’ouvrir leur propre cabinet. Et, pour enfoncer le clou, le gouvernement interdit désormais aux jeunes de travailler en intérim à la sortie de leurs études ».
Marie-Cécile Renault remarque que « les jeunes dénoncent une volonté non avouée du gouvernement de récupérer de la main-d’œuvre bon marché pour répondre à la pénurie de médecins et calmer la colère des élus locaux. Avec le sentiment désagréable de payer pour l’aveuglement de politiques publiques qui, depuis plus de 20 ans, n’ont pas su anticiper l’explosion des besoins de santé liés au vieillissement de la population et adapter le «numerus clausus» en conséquence ».


La journaliste poursuit : « Les étudiants rappellent qu’ils font déjà au cours de leurs études un stage de médecine générale d’au moins 6 mois : le Saspas (stage ambulatoire en soins primaires en autonomie supervisée). Il est déjà difficile de les organiser, alors comment trouver des maîtres de stage en nombre suffisant pour encadrer les 4000 étudiants qui viendraient s’ajouter, s’interrogent-ils ».


Marie-Cécile Renault ajoute : « Inquiets de se retrouver contraints d’exercer dans un désert médical sans encadrement suffisant, les internes font valoir que cette mesure pourrait amener des étudiants à se détourner de la médecine générale pour choisir une spécialité. Le résultat serait donc contraire à l’effet recherché, avec comme corollaire une augmentation des difficultés d’accès aux soins ».
La journaliste conclut que « cette quatrième année est en fait la goutte d’eau qui fait déborder le vase, après les nombreuses propositions de loi visant à limiter la liberté d’installation des futurs médecins ».


Nathalie Raulin indique également dans Libération que « la volonté du gouvernement d’ajouter une quatrième année à l’internat de médecine générale, à effectuer «en priorité» dans les déserts médicaux, alimente la «colère» de carabins d’ordinaire disciplinés. […] L’appel à manifester et faire grève ce vendredi 14 octobre semble suivi par la base ».


Théophile Denise, vice-président de l’Intersyndicale nationale autonome représentative des internes de médecine générale, remarque : « Jamais je n’ai vu les étudiants aussi remontés. Les internes nous contactent spontanément pour savoir comment se mettre en grève. Ça bouge partout ».
La journaliste observe ainsi : « De Nice à Brest, en passant par Rouen, l’amertume est la même. C’est que les carabins ne s’attendaient pas à voir resurgir par voie d’amendement cette quatrième année, restée lettre morte depuis son adoption en 2017 lors de la réforme du troisième cycle des études de médecine ».


Vincent, interne en première année, en stage chez un généraliste à Landivisiau (Finistère), déclare : « On veut seulement nous utiliser pour répondre rapidement à un déficit d’offre de soins dans certains territoires. En réalité, on a déjà dans notre cursus deux stages ambulatoires de 6 mois. Sur les 104 internes de ma promo, seuls 5 les font sur Brest, tous les autres sont en périphérie. C’est formateur parce qu’on est en cabinet, encadré par des médecins qui connaissent les patients. Mais que peut-on espérer comme supervision en zone sous-dense ? ».


Dans un autre article intitulé « Pénurie de médecins : un mal incurable ? », Nathalie Raulin remarque que « si l’exécutif freine des quatre fers sur l’emploi de la coercition à l’endroit des médecins, c’est qu’il est convaincu que le remède pourrait être pire que le mal dans un contexte de pénurie de praticiens, générale et durable. Dans certaines régions, comme le Centre-Val de Loire, l’Ile-de-France ou la Bourgogne-Franche-Comté, le seuil d’alerte est atteint ».
« Mais l’érosion de la densité médicale de premier recours concerne en réalité la quasi-totalité de l’Hexagone. […] La France compte 10.128 médecins généralistes en activité régulière de moins qu’il y a 12 ans. Et le pire est à venir. Entre départs en retraite massifs et procrastination des jeunes à poser leur plaque, la chute va se poursuivre jusqu’en 2025 […] selon les projections du Conseil national de l’Ordre des médecins »,
indique la journaliste.


Elle ajoute qu’« aucune embellie sur l’offre médicale n’est à attendre avant 2030. A minima, car entre le refus des jeunes générations de sacrifier leur vie privée à leur vie professionnelle et l’augmentation du temps médical requis par une patientèle vieillissante, on estime au ministère de la Santé que 2,2 installations sont nécessaires pour compenser le départ en retraite d’un généraliste… ».


La Croix titre pour sa part : « Déserts médicaux, les internes protestent contre la «coercition» », notant que « les étudiants en médecine se mobilisent […] contre le projet du gouvernement d’imposer aux futurs généralistes une quatrième année d’internat «en priorité» en zone sous-dotée ».

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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