L’affaire Bayou est entrain de devenir l’affaire Rousseau

Affaire Bayou, polémiques Rousseau : les Verts en pleine crise de nerfs 

Par Hadrien Mathoux Publié le 06/10/2022 à 6:00 

Libération 6 Octobre 2022 

https://www.marianne.net/politique/ecolos/affaire-bayou-polemiques-rousseau-les-verts-en-pleine-crise-de-nerfs 1/11

Le parti écologiste traverse une période de grandes turbulences, déchiré par la démission de son secrétaire national, les manœuvres de sa direction et les turpitudes de son égérie écoféministe. Le tout à quelques semaines d’un congrès qui s’annonce explosif… 

On ne peut pas dire que les Verts, ces dernières semaines, aient beaucoup fait pour contrer le préjugé qui les juge accros aux crises internes et mélodrames en tous genres. Alors que la NUPES leur a permis d’obtenir un groupe parlementaire, et que l’hiver sous le signe de la « sobriété énergétique » s’annonçait prometteur, les écologistes sont plongés dans une de ces transes traumatiques dont ils ont le secret. Le désastre s’est joué en plusieurs épisodes, qui ont vu la direction sortante d’EELV perdre totalement pied. « En une semaine, ils ont fait le grand chelem pour coaliser tout le monde contre eux », sourit un cadre écolo. 

Le premier acte est désormais connu de tous : sur le plateau de l’émission C à Vous le 21 septembre, Sandrine Rousseau répond à une question au sujet d’un signalement transmis par l’ex-conjointe de Julien Bayou à la cellule d’enquête sur les violences sexuelles et sexistes d’EELV. La députée du 13e arrondissement de Paris raconte avoir « reçu très longuement l’ex-compagne de Julien Bayou », et évoque « des comportements qui sont de nature à briser la santé morale des femmes ». Hors antenne, elle admet que « le problème de cette histoire, c’est qu’il n’y a rien de pénalement répréhensible »… Mais la mèche est allumée : Julien Bayou, qui cumulait les fonctions de président du groupe écolo à l’Assemblée et de secrétaire national d’EELV, se met en retrait des premières et démissionne des secondes, le 26 septembre. « Je suis accusé de faits qui ne me sont pas présentés, dont mes accusateurs disent qu’ils ne sont pas pénalement répréhensibles, et dont je ne peux pour autant pas me défendre, puisqu’on refuse de m’entendre, écrit-il dans un communiqué. C’est Kafka à l’heure des réseaux sociaux. » 

CRISES EN PAGAILLE 

Entretemps, la direction du parti au tournesol a essuyé un autre camouflet, plus discret. Durant l’été, Marine Tondelier, une proche de Julien Bayou pressentie pour lui succéder à la tête d’EELV, a posé des premiers jalons : publication d’une tribune signée par plusieurs centaines de cadres, lancement de « La Suite », censé réunir ses soutiens… et organisation d’un référendum visant à modifier les statuts du parti ainsi que son fonctionnement interne. Cette dernière initiative a provoqué l’agacement, au sein d’EELV : chez les membres de l’aile gauche comme au sein des partisans de Yannick Jadot, on se méfie de Tondelier, Bayou et leurs amis, soupçonnés de vouloir verrouiller l’appareil à leur profit. L’organisation du référendum est contestée – les militants devaient ainsi prendre leur décision sans qu’aucun argumentaire défendant le vote « non » leur soit présenté. Résultat : le scrutin, marqué par une faible dessous du seuil de validation fixé à 66 %. Une surprise, et un affront de participation (un tiers), n’a été approuvé que par 54,93 % des votants, en dessous du seuil de validation fixé à 66 %. Une surprise, et un affront de mauvais augure en vue du congrès d’EELV pour la direction sortant.
Prévu pour la fin d’année, ce rendez-vous doit servir à renouveler l’équipe dirigeante du parti, chaque courant présentant une liste à travers des « motions d’orientation » départagées par le vote des militants écolos. 

Quant à Julien Bayou, son retrait médiatique est de courte durée : l’après midi du 26 septembre, son avocate, Me Marie Dosé, dénonce une procédure jugée paralysante qui n’offre aucune garantie et ne respecte en rien les principes démocratiques élémentaires des droits de la défense

une défense et du contradictoire ». Le secrétaire national démissionnaire respecte en rien les principes démocratiques élémentaires des droits de la procédure jugée « paralysante » qui « n’offre aucune garantie et ne respecte en rien les principes démocratiques élémentaires des droits de la  défense et du contradictoire ». Le secrétaire national démissionnaire respecte en rien les principes démocratiques élémentaires des droits de la procédure jugée « paralysante » qui « n’offre aucune garantie et ne s’exprime lui dans un entretien au Monde, où il s’en prend directement à Sandrine Rousseau : « Elle est allée trop loin, accuse l’écolo. Et tout le maccarthysme. » Sur France 5, il enfonce le clou.
monde le mesure. Pour moi, il ne faut pas confondre féminisme et maccarthysme. » Sur France 5, il enfonce le clou.

En parallèle, une enquête publiée par Libération le 1er octobre montre qu’à l’intérieur d’EELV, un groupe de militantes se surnommant « Les louves Alpha »  reprochant sa conduite avec les femmes en enquêtant sur sa vie privée, parfois contre la volonté des personnes concernées. 

SANDRINE ROUSSEAU ISOLÉE 

Entre problèmes d’ordre privé, interrogations sur les excès du mouvement #MeToo et règlement de comptes, le congrès d’Europe Ecologie Les Verts s’annonce comme le point d’orgue des tensions qui agitent la maison écolo. En coulisses, les tractations vont bon train pour former les écuries qui s’affronteront pour conquérir le parti. Détail important : les têtes d’affiche ne pourront pas se présenter en personne, car le règlement intérieur du parti interdit le cumul de la fonction de secrétaire national et d’un mandat parlementaire. Or Julien Bayou et Sandrine Rousseau sont tous deux devenus députés cet été, tandis que Yannick Jadot, discret depuis son mauvais score à l’élection présidentielle, reste élu au Parlement européen. Ce dernier, qui avait soutenu la motion minoritaire d’Eva Sas au dernier congrès, est « en train de structurer » son courant. 

Du côté de la direction sortante, l’affaire est entendue : alors que les deux secrétaires nationaux adjoints (Léa Balage El Mariky et Jérémie Crépel)  assureront l’intérim jusqu’au congrès, Marine Tondelier est la candidate désignée. L’élue d’Hénin-Beaumont, fragilisée par l’échec du référendum d’initiative militante, reste favorite, mais devra se méfier : au sein d’EELV, la domination de « la firme » en agace beaucoup, au point que certains envisagent même de quitter le navire après le congrès. Julien Bayou, lui, semble dans une meilleure position qu’il y a quelques jours. 

Pour un cadre Vert, sa démission éclair pourrait même avoir davantage été dictée par le calcul que par la panique : « Personne ne l’avait vraiment obligé à se mettre en retrait. En le faisant alors qu’aucune accusation sérieuse ne pesait sur lui, il s’est habilement placé dans la position de Victime.

A contrario, c’est désormais Sandrine Rousseau qui se retrouve sous le feudes accusations. Sa sortie inquisitrice sur France 5 n’a pas été appréciée chez EELV, c’est un euphémisme : « Sandrine est absolument honnie dans le parti, murmure un élu écolo. Les militants n’aiment pas le scandale, et tout le monde lui en veut beaucoup. » La députée de Paris, qui s’est confiée au Monde, semble consciente des effets dévastateurs de MENU cette sortie : « Cette interview sur France 5, c’est un moment terrible pour moi. Je sais que ça va être ultra-violent, que dans mon parti ça va être l’enfer, que je perds le prochain congrès », glisse-t-elle au quotidien du soir. Rousseau souffrait déjà d’un handicap de taille en vue du congrès : nombre de ses soutiens, en réalité plus féministes qu’écologistes, ne sont pas membres d’EELV, et ne pourront donc pas voter pour sa motion. 

Afin de compenser son isolement, Rousseau est en discussion avec le Souffle, la motion de l’aile gauche du parti animée par le porte-parole Alain Coulombel. L’identité de la candidate au poste de secrétaire nationale est connue : il devrait s’agir de Mélissa Camara, une élue lilloise. 

Ses chances de victoire sont jugées faibles en interne.

Voir aussi:

https://environnementsantepolitique.fr/2022/10/06/inevitables-derives-dune-revolution-en-marche-pour-les-uns-lancement-dune-croisade-feministe-nefaste-a-la-cause-pour-les-autres-les-affaires-recentes-ne-font-pas-oublier-celles-qui/

https://environnementsantepolitique.fr/2022/10/06/entre-anciennes-feministes-et-neofeminstes-radicales-il-ny-a-plus-de-debat-contradictoire-mais-des-clivages-et-une-atomisation-des-tendances-chacune-menant-son-propre-combat-sans-se-parler/

https://environnementsantepolitique.fr/2022/10/04/sandrine-rousseau-a-france-inter-lesquive-puis-le-flou-ideologique/

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« Déficit de curiosité intellectuelle et de rigueur scientifique, radicalisme borné, lâcheté individuelle protégée par la meute, jouissance perverse du pouvoir exercé par la culpabilisation, par la menace ou par la force : voilà donc quelques-uns des effets du militantisme académique. Le monde universitaire que nous dessinent les nouveaux chantres de l’identitarisme et du communautarisme est un monde intellectuellement exsangue, obnubilé par le « genre », la « race » ou la sexualité, appauvri de toute la richesse de nos ressources conceptuelles ; et le monde social qu’ils tentent de construire est un monde relationnellement invivable, habité par la méchanceté, la hargne et le désir de vengeance. Après les dérives des années post-1968, nous pensions en avoir presque fini avec la contamination de la recherche par le militantisme, qui subordonne la mission épistémique à la mission politique. Eh bien non : dans une splendide ignorance des calamités engendrées par cette confusion dans un passé pourtant récent, nos « universitaires engagés », trouvant sans doute que voter, manifester, militer dans une association ou un parti ne sont pas assez chics pour eux, tentent d’y revenir. Certes, leurs causes ont changé : la classe sociale s’est effacée derrière la race et le sexe. »

Heinich, Nathalie. Tracts (N°29) Ce que le militantisme fait à la recherche (French Edition) (pp. 27-28). Editions Gallimard. Édition du Kindle. « 

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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