Danone (La Salvetat) avec un forage exploratoire déclenche une forte opposition

Dans le Tarn, un forage exploratoire mené par Danone suscite l’inquiétude

Des habitants des monts de Lacaune, un petit massif montagneux au cœur du parc naturel régional du Haut-Languedoc, se mobilisent contre un forage de reconnaissance mené par le groupe agroalimentaire. 

Par Audrey Sommazi(La Salvetat-sur-Agout (Hérault), Murat-sur-Vèbre (Tarn), envoyée spéciale)Publié le 28 septembre 2022 à 10h30 Mis à jour le 28 septembre 2022 à 11h57  

Temps de Lecture 3 min. 

https://www.lemonde.fr/planete/article/2022/09/28/dans-le-tarn-un-forage-exploratoire-mene-par-danone-suscite-l-inquietude_6143511_3244.html

L’entrée de l’usine de l’eau minérale La Salvetat, à La Salvetat-sur-Agout (Hérault), en août 2021.
L’entrée de l’usine de l’eau minérale La Salvetat, à La Salvetat-sur-Agout (Hérault), en août 2021. MATTHIEU TUREL/PHOTOPQR/MAXPPP

Le message est clair comme de l’eau de roche. « On ne veut pas de ce forage ici. Nous, on veut de l’eau », assène, sous le couvert de l’anonymat, Jessica, éleveuse de brebis à Nages, un village tarnais implanté au cœur des Monts de Lacaune, ce petit massif montagneux au cœur du parc naturel régional du Haut-Languedoc. Malgré ses efforts, elle ne parvient pas à contenir sa colère : « On vient de passer un été pourri. On attend encore que l’eau tombe du ciel. Il faut arrêter de piquer l’eau du voisin pour se faire de l’argent, on peut tous vivre en bonne harmonie sans se marcher dessus. »

Comme elle, de nombreux habitants et agriculteurs du secteur craignent les menaces que fait peser, selon eux, un projet de Danone sur l’approvisionnement en eau potable. La Société anonyme des eaux minérales d’Evian (Saeme), propriété de Danone, qui exploite et commercialise l’eau de la source La Salvetat sur la commune de La Salvetat-sur-Agout, dans l’Hérault, envisage d’étendre la zone de captage en eau minérale naturelle pour son usine d’embouteillage au-delà du périmètre actuel de 80 km2, sur lequel sont répartis dix forages en activité.

Depuis mars, l’industriel dirige, en lien avec le Bureau de recherches géologiques et minières, un forage de reconnaissance de la nappe souterraine alimentant la source Narulle qui chemine dans les terres d’un agriculteur domicilié à La Baraque des Fournials, un lieu-dit situé à Murat-sur-Vèbre, à une vingtaine de kilomètres de La Salvetat.

Pétition en ligne

Sous quarante mètres de gneiss, cette roche métamorphique spécifique à ce massif, « quelques litres » d’eau sont pompés dans l’aquifère pour étudier ses caractéristiques qui pourraient être proches de celles de La Salvetat. La stabilité de sa composition en minéraux, dont une faible teneur de sodium, et l’absence de contamination microbiologique sont étudiées à la loupe.

Interrogé, Danone précise sa démarche. « Le cœur de notre métier est de faire des forages qui nous permettent de réaliser un sondage, une échographie, du sous-sol, explique Cathy Le Hec, directrice ressources en eaux et environnement pour Danone Waters France. Pour chercher à confirmer des signaux précurseurs identifiés, nous effectuons des prélèvements en continu pour constater la signature minérale de cette eau afin de mettre en place un diagnostic complet sur une durée suffisamment longue qui couvre un cycle hydrologique. Si tel est le cas, cela peut nous donner des opportunités de développement pour notre activité. »

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En juin, les opposants ont fondé le Collectif de défense de l’eau du Montalet – le nom du roc en contrebas duquel est positionné le forage – qui regroupe une soixantaine de riverains et d’agriculteurs. Actifs, ils ne lésinent pas sur les moyens pour alerter les habitants : distribution de tracts, réunions d’information – la dernière s’est tenue jeudi 15 septembre, pétition en ligne signée par plus de 24 000 personnes

« L’eau du pays doit rester au pays »

Benoît, 46 ans, à la tête d’une exploitation de brebis laitières et de vaches à viande depuis 2009 à Murat-sur-Vèbre et porte-parole du collectif, conteste l’éventuelle industrialisation de cette source privée. « On a subi de plein fouet un été particulièrement sec et chaud, dont la fréquence des épisodes va s’accélérer avec des effets immédiats, comme des difficultés d’affouragement des troupeaux, l’assèchement des prairies, une baisse de niveau des nappes alluviales, du débit des cours d’eau et sources et du lac du Laouzas. Nous ne sommes pas contre l’usine d’embouteillage, mais on s’interroge sur la portée de ce forage. D’ici cinq ans, tout ira bien. Mais dans trente ans ? On craint que nos vaches n’aient plus rien à manger. L’eau du pays doit rester au pays. On ne veut pas qu’elle soit exportée ailleurs. »

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« Cette eau souterraine ne cohabite pas avec d’autres nappes captées pour l’usage des agriculteurs et des cours d’eau. Ces ensembles sont très distincts les uns des autres », rassure Cathy Le Hec. « On ne cherche pas la quantité, mais la qualité, temporise, à son tour, Martin Pigeon, le directeur de l’usine. On ne veut pas entrer en interaction avec des nappes utilisées pour l’eau potable. Et encore moins entrer en concurrence avec des usages agricoles. Notre enjeu est de s’assurer que tout le monde puisse disposer de l’eau en qualité et quantité suffisantes. »

Daniel Vidal, le maire (sans étiquette) de Murat-sur-Vèbre depuis 2014, se serait bien passé de cette polémique qui s’est envenimée. Après avoir déposé une plainte pour insulte, l’édile, et président élu en 2020 de la communauté de communes des monts de Lacaune et de la montagne du Haut Languedoc (8 000 habitants), refuse de trancher. « Je comprends et entends les deux parties, mais je ne peux pas émettre un avis. La commune n’a aucun pouvoir de décision et peu de marge de manœuvre », prévient M. Vidal, qui propose de mettre en place une consultation locale citoyenne. Celle-ci serait cependant conditionnée à la publication des résultats de cette campagne d’études par Danone, qui ne sont pas attendus avant mars.

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Audrey Sommazi(La Salvetat-sur-Agout (Hérault), Murat-sur-Vèbre (Tarn), envoyée spéciale)

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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