Le ministre et les médecins libéraux de la CSMF: « confiance et la responsabilité collective » « La régulation des installations ça ne marche pas » « fermeté concernant la permanence des soins ambulatoires 

J’ai besoin de votre engagement » : l’appel de François Braun aux médecins libéraux   

Par Aveline Marques le 23-09-2022 

Marquant sa considération pour la médecine libérale, le ministre de la Santé a tenu à faire le déplacement jusqu’à Antibes, ce vendredi 23 septembre, pour le lancement des 28eUniversités d’été de la CSMF. Rejetant la coercition à l’installation, François Braun a dit faire le pari de « la confiance et de la responsabilité collective ». Mais sur la permanence des soins, le ministre a adressé une mise en garde aux libéraux : ou ils s’organisent pour répondre aux besoins de santé sur les territoires, ou le Gouvernement prendra des mesures…

Pour répondre à l’invitation, il a dû faire le « grand écart », venant tout spécialement en avion de Bretagne… pour y repartir à peine deux heures après. Le ministre de la Santé François Braun était au rendez-vous des 28e Universités d’été de la CSMF, ce vendredi 23 septembre, à Antibes. Le président de la confédération, le Dr Frank Devulder, y voit là le signe de la considération portée par cet urgentiste à la médecine libérale, chose qui n’allait pas de soi chez certains de ses prédécesseurs.

Devant une assemblée composée de quelques 250 adhérents de la CSMF, François Braun a d’ailleurs renouvelé ses remerciements aux médecins libéraux qui se sont mobilisés cet été pour assurer les soins non programmés, contribuant à éviter autant que faire se peut la « catastrophe » annoncée dans les services d’urgence.

Mais le plus dur est à venir. Alors que le pays traverse une « crise sans précédent de l’accès aux soins » et que la démographie médicale ne redressera pas avant 2035, comme l’a rappelé Frank Devulder, les semaines et mois qui viennent seront déterminants pour l’avenir du système de santé. Première étape : la présentation ce lundi 26 septembre, en Conseil des ministres, du projet de loi de financement de la Sécurité sociale 2023, dans un contexte où la « soutenabilité financière de notre système de santé a été mise à rude épreuve par la crise sanitaire », a souligné François Braun. Le 3 octobre prochain, au Mans, le ministre de la Santé lancera le volet santé du Conseil national de la refondation, vaste concertation nationale et territoriale qui devra associer les professionnels autant que les usagers. Et d’ici la fin octobre-début novembre, les syndicats de médecins libéraux entameront les négociations avec la Cnam pour leur future convention. Le ministre a listé quatre enjeux majeurs : « renforcer la prévention et la qualité des soins, agir contre toutes les inégalités d’accès à la santé, libérer du temps médical, avancer sur l’usage du numérique en santé ».

Avec les professionnels de santé, « les maitres mots seront la confiance et la responsabilité collective », s’est engagé le ministre. Assurant n’avoir « aucun dogmatisme », François Braun dit faire le « pari du terrain ». « Il ne s’agit pas pour l’Etat de contraindre notre médecine libérale outre mesure, encore moins de la nationaliser. Mais cela dépend aussi de vous. » Le ministre a redit son opposition à la régulation de l’installation, qui « ne marche pas », misant sur les mesures incitatives. Les aides doivent être simplifiées, via la mise en place d’un « guichet unique ». Mais il faudra bien trouver des « solutions » pour ces territoires désertés par les médecins, a-t-il insisté. La mise en place d’une 4e année d’internat de médecine générale à réaliser « préférentiellement dans les zones sous-denses » en est une. Une mission sur son organisation, lancée ce vendredi avec la ministre de l’Enseignement supérieur, doit rendre ses travaux d’ici la fin de l’année. Le déploiement plus large des assistants médicaux devra par ailleurs permettre aux médecins généralistes de suivre davantage de patients

François Braun s’est montré plus ferme concernant la permanence des soins ambulatoires : « soit nos professionnels de santé s’organisent entre eux, se positionnent eux-mêmes pour veiller à offrir à nos concitoyens un accès aux soins non programmés sur tout le territoire en soirée et le week-end, soit ils ne font pas et le Gouvernement prendra ses responsabilités ». « Il faut que ce soit bien tous les médecins du territoire qui se mobilisent : libéraux, salariés, du public comme du privé, y compris de structures qui ne travailleraient jamais la nuit et le week-end. C’est une question d’équité et d’efficacité », a-t-il insisté.

« J’ai besoin de votre engagement », a martelé François Braun. « L’accès à la santé se fera avec la médecine libérale ou ne se fera pas. »

« La France ne paie pas ses médecins comme elle le devrait »   

Par Aveline Marques le 23-09-2022

 https://www.egora.fr/actus-pro/syndicalisme/76434-la-france-ne-paie-pas-ses-medecins-comme-elle-le-devrait

Le ministre de la Santé François Braun est attendu de pied ferme à Antibes, ce vendredi 23 septembre, pour l’ouverture des Universités d’été de la CSMF. A quelques semaines du lancement des négociations conventionnelles, le syndicat appelle la Cnam et le Gouvernement à « donner aux médecins libéraux les moyens de répondre aux besoins de soins » des Français, en libérant du temps médical, mais aussi en valorisant l’expertise des praticiens. « On ne réorganisera pas la médecine de ville avec une consultation à 25 euros », insiste le Dr Frank Devulder, président de la CSMF, dans un entretien accordé à Egora.

Egora : Les Universités d’été de la CSMF ont pour thématique cette année « Nationaliser la médecine libérale ? Non merci ! » Serait-ce une mise en garde adressée à la Cnam, à quelques semaines du lancement des négociations conventionnelles ?

Dr Franck Devulder : C’est une mise en garde envers tout le monde. Envers ce groupe de députés et sénateurs qui s’intitulent « Les transpartisans » qui imaginent que c’est par la suppression de la liberté d’installation et par la coercition que les problèmes seront résolus. Envers ceux qui pensent que la solution, c’est le salariat des médecins. Et envers ceux qui tentent de financiariser la médecine française, en créant des centres de soins de non programmés, ou en investissant dans la télémédecine, comme le groupe Crédit agricole qui explique dans Les Echos qu’ils ont pour objectif d’accompagner le passage de la médecine de ville « d’un modèle libéral à un modèle salarié » et attirer des « médecins des cliniques ». Nous avons alerté dans un communiqué du 19 septembre. Et nous avons interpellé à ce sujet la Cnam, le ministère et la députée Stéphanie Rist, rapporteuse générale de la commission des Affaires sociales de l’Assemblée. Nationalisation d’un côté, financiarisation de l’autre… avec le même résultat.

Quels sont les enjeux principaux de ces négociations pour la CSMF ?

Donner à la médecine libérale les moyens qui vont lui permettre de répondre mieux aux besoins de soins des Français, dans une politique de confiance, de liberté et de responsabilité que j’ai qualifiée de « droits et devoirs ».

Valorisons l’expertise médicale, pour libérer du temps aux médecins. A la CSMF, nous défendons la hiérarchisation des consultations à quatre niveaux, pour toutes les spécialités. Lorsque je suis médecin généraliste ou spécialiste et que je reçois un patient pour la première fois, ma consultation, qui sera plus longue, sera valorisée à hauteur de 60 euros : ça va pousser les médecins à voir plus de patients différents. Ce même niveau de tarification doit s’appliquer pour le suivi du patient chronique : mais si ce dernier est stabilisé, je vais le voir moins souvent, peut-être deux fois par an, tandis que d’autres professionnels de santé -notamment les IPA- prendront le relais dans l’intervalle.

Il faut également donner les moyens de mieux s’organiser, de se coordonner : mettre en place les équipes de soins primaires, les équipes de soins spécialisées, des maisons de santé (et non des centres de santé)…

Ce sont les deux piliers. Mais il y beaucoup d’autres mesures. Il faut revaloriser le forfait patientèle médecin traitant. Pour développer les soins non programmés (SNP) et les SAS*, on l’a vu cet été, la majoration de l’acte régulé à 15 euros pour le généraliste, ça marche. Il faut également inciter les autres spécialistes à voir des patients en SNP : la majoration coordination urgence (MCU), aujourd’hui limitée aux actes cliniques effectués sur des patients vus dans les 48 heures après adressage du médecin traitant, doit être élargie. Elle doit passer à 5 jours, toujours sur adressage pour éviter tout effet d’aubaine, mais cela peut venir du médecin traitant, d’un régulateur, d’un urgentiste…

Nous demandons depuis longtemps à pouvoir associer lors d’une même consultation un acte clinique et un acte technique ou plusieurs actes techniques sans réduction du tarif. De toute façon, le patient aura son échographie et son infiltration du genou… mais ça éviterait d’occuper deux plages horaires et de générer deux déplacements, dans le contexte actuel. Tout cela libérerait du temps médecin.

« Il n’y a pas que l’argent dans la vie, mais cela joue sur l’attractivité de nos métiers »

Cela passe donc par la rémunération…

La Rosp doit être accessible à toutes les spécialités, mais elle doit être simplifiée. Il faut moins d’indicateurs : pas plus de 10 pour la médecine générale, et pas plus de 5 pour les autres spécialités. La Rosp des généralistes c’est 29 indicateurs : est-on vraiment capable de suivre autant d’indicateurs de qualité de sa pratique, à moins d’y passer tout son temps ? Il faut que la Rosp soit suffisamment incitative : l’objectif cible, c’est 5000 euros par an et par médecin. Alors que la Rosp des pédiatres est à moins de 500 euros par an, celles des gastro-entérologues -ma spécialité – aux alentours de 1300 euros, soit dans les 3 euros par jour…

Nous avons le souci que la France paie ses médecins comme elle le devrait. Aujourd’hui ce n’est pas le cas…

Il n’y a pas que l’argent dans la vie, mais cela joue sur l’attractivité de nos métiers. C’est un choix national. Aujourd’hui, la France est classée 6 ou 7e. Donnons-nous les moyens d’avoir le système de santé que l’on souhaite. Je sais bien que l’on est passé du « quoi qu’il en coûte » à « combien ça coûte », mais faisons aussi le pari de « combien ça rapporte » !

La création de consultations de prévention aux « trois âges clés de la vie » (25 ans, 45 ans, 65 ans) est-elle une bonne chose ? 

Nous saluons haut et fort cette annonce du ministre. Lors d’une audition devant l’Igas il y a un an et demi, d’ailleurs, j’avais proposé trois consultations : une pour l’adolescent (vaccination Gardasil, addictions…), une pour le jeune adulte car il n’y a plus rien depuis la suppression de l’étape médicale avant le service militaire, et une consultation « de la maturité » pour la personne âgée de 45-50 ans. La gratuité est une très bonne mesure. Mais si l’on souhaite une consultation de prévention de qualité, c’est une consultation longue, de 35-45 minutes, donc une consultation d’expertise. Car on n’embrasse pas la vie d’un homme ou d’une femme en un quart d’heure.

Le volet santé du Conseil national de la refondation sera lancé le 3 octobre prochain. Comment s’annonce cette concertation pour les médecins libéraux ? Le Gouvernement semble vouloir éviter la régulation à l’installation mais évoque néanmoins des « exigences », des « contreparties »…

A peine élu président de la CSMF, j’ai annoncé que nous allions nous engager dans une politique de « droits et devoirs », ce qui n’est pas forcément naturel pour un leader syndical. Les politiques ont repris ces mots en parlant de « liberté et de responsabilité ». Parlons-en ! On ne réorganisera pas la médecine de ville avec une consultation à 25 euros. Il faut nous en donner les moyens. Je ne suis pas en train de dire la CSMF demande une consultation à 50, 60, 80 euros secs. Mais nous demandons une tarification différente pour un nouveau patient, pour le suivi… Si on ne met pas sur la table une politique suffisamment énergique pour répondre aux besoins de soins de la population française, on ne va pas y arriver.

Quant à la coercition, ça ne marchera pas. La Cnam, le ministre de la Santé et la rapporteuse de la commission des Affaires sociales en sont conscients. On n’applique pas une coercition à une profession, quelle qu’elle soit, qui est en démographie déficitaire. Si demain on manque de boulangers partout en France et qu’on vous pique celui qui est au pied de votre immeuble pour le mettre dans le quartier où il n’y en a pas, c’est vous qui n’en aurez plus. On manque de médecins à tous niveaux, dans toutes les disciplines: 25% des PU-PH de gastro-entérologie vont faire valoir leurs droits à la retraite dans les cinq ans à venir, par exemple ! Ils n’ont pas les bras pour les remplacer dans les CHU. Et les hôpitaux généraux sont peuplés de médecins à diplôme étranger, dont il faut d’ailleurs saluer le dévouement pour soigner nos concitoyens.

Je pense non seulement que ça ne marchera pas mais que c’est dangereux. A moins d’employer les forces de l’ordre, si l’on vous contraint à aller dans un territoire loin de vos bases, de votre famille, que faites-vous si vous avez une offre ailleurs? Vous allez céder aux sirènes d’une plateforme de téléconsultation, d’un centre de soins non programmés, d’un hôpital et on va aboutir à une baisse du nombre de nos médecins traitants alors que l’objectif est à l’inverse de renforcer l’offre de soins de proximité.

« Il ne s’agit pas de faire peser les devoirs sur les seuls les médecins libéraux »

La régulation à l’installation figure tout de même dans le programme d’Emmanuel Macron…

Il y a le risque de voir passer une mesure comme celle-là dans une loi, oui. Mais je pense que le risque que porteraient les politiques à appliquer une telle mesure serait encore plus grand.

Si on n’est pas tous ensemble, on n’arrivera pas à régler le problème. Quand je parle de « droits et de devoirs », je considère que les devoirs sont collectifs : ce sont les devoirs des médecins libéraux, des médecins salariés, de l’hôpital public, de l’Etat, des collectivités locales, des autres professions de santé, mais aussi des usagers. Les solutions existent. Il ne s’agit pas de faire peser les devoirs sur une partie de la population seulement, les médecins libéraux. Comme s’ils n’en faisaient pas assez…

*Service d’accès aux soins

Voir aussi:

https://environnementsantepolitique.fr/2022/09/23/avec-un-ministre-ouvert-et-un-nouveau-president-de-la-federation-hospitaliere-publique-moins-dogmatique-le-monde-liberal-medecins-et-cliniques-lucratives-semble-soulage/

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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