Obligation de garde et contraintes à l’installation, sont monnaie courante dans de nombreux pays

Concertation « santé » : les sujets qui inquiètent les médecins libéraux

L’obligation de garde et la contrainte à l’installation provoquent toujours une vive opposition de la médecine de ville.

Par Publié hier à 14h00 

Temps de Lecture 2 min. https://www.lemonde.fr/societe/article/2022/08/23/concertation-sante-les-sujets-qui-inquietent-les-medecins-liberaux_6138767_3224.html

Consultation chez un médecin généraliste, le 3 août 2022, à Paris.
Consultation chez un médecin généraliste, le 3 août 2022, à Paris.  JULIEN DE ROSA / AFP

Si l’hôpital en crise se trouve sous les feux des projecteurs depuis plusieurs mois, la médecine de ville n’en est pas moins en difficulté. Avec l’extension des déserts médicaux et l’aggravation des difficultés d’accès au soin ces dernières années, les médecins libéraux vont aussi être au cœur de la concertation sur la santé promise par le gouvernement à la rentrée.

Que sont-ils prêts à mettre sur la table ? Chez les principaux intéressés, une certaine appréhension domine, alors que plusieurs « chiffons rouges » sont réapparus dans les débats ces derniers mois. D’un côté, la question du rétablissement de l’obligation de garde – supprimée depuis 2002 – a été remise au goût du jour avec la crise des urgences, appelée de ses vœux par la Fédération hospitalière de France. De l’autre, la coercition à l’installation des médecins est défendue régulièrement par des élus locaux comme réponse aux déserts médicaux, encore avec une proposition de loi du député socialiste de la Mayenne Guillaume Garot, rejetée en janvier. Deux sujets qui provoquent un blocage unanime dans les rangs syndicaux des médecins libéraux, où l’on ne voit que démagogie et inefficacité derrière de telles mesures.

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« J’aborde ce moment de la concertation avec un sentiment de colère, reconnaît Agnès Giannotti, à la tête de MG France, le principal syndicat chez les généralistes. Je n’entends jamais parler d’investissement pour la médecine générale, mais que de contraintes… » Elle – comme d’autres – ne cesse pourtant de le répéter : « La France est un gigantesque désert médical, déshabiller un territoire pour un autre ne va en rien régler le problème, il faut aider les médecins à prendre en charge tous ceux qui en ont besoin et cela nécessite des moyens, par exemple pour avoir plus d’assistants médicaux dans les cabinets. » Soit trouver des manières de « gagner » du temps médical en entourant le médecin, alors que la démographie médicale va rester en berne pendant encore plusieurs années, en attendant les effets de la fin du numerus clausus.

Les gardes, un « faux problème »

« On craint forcément le geste politique fort sur la coercition, c’est tellement facile pour le politique, s’énerve Philippe Vermersch, du Syndicat des médecins libéraux. Mais ça sera un gros flop et ça ne va faire qu’aggraver les problèmes d’accès au soin ! » Avec la contrainte, les futurs médecins feront tout pour éviter la spécialité de médecine générale, assure-t-on de toutes parts.

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Pas question d’entendre la comparaison avec d’autres professionnels de santé qui sont, eux, sous le coup d’une contrainte à l’installation, comme les pharmaciens : « C’est d’un cynisme total, gronde Jérôme Marty, du syndicat Union française pour une médecine libre. On oublie que les pharmaciens étaient trop nombreux quand cela a été mis en place, c’était pour limiter la concurrence, nous on manque de médecins de partout. » Pour le responsable syndical, l’urgence est ailleurs : « Il faut augmenter le tarif de la consultation », défend-il.

Le rétablissement de l’obligation de garde pour les libéraux – soit la permanence des soins le soir, la nuit et le week-end – provoque tout autant d’agacement, pour ce qu’on considère comme un « faux problème ». « Il ne reste que 4 % à 5 % du territoire qui n’est pas couvert par la permanence de soins ambulatoires, reprend le docteur Giannotti, en référence aux derniers chiffres du Conseil national de l’ordre des médecins, qui comptabilise un peu moins de 40 % des médecins généralistes participant à cette permanence. Notre problème, c’est la journée ! Ou encore les 600 000 personnes en affection longue durée qui n’ont pas de médecin traitant ! »

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Dans les rangs des spécialistes, on ne manque pas aussi de renvoyer la balle à l’Etat : n’est-ce pas lui qui a supprimé les « lignes » de garde dans les cliniques depuis une dizaine d’années, en les concentrant dans les hôpitaux publics ? « Forcément, c’est plus difficile aujourd’hui de porter le message pour que les collègues reviennent dans la permanence des soins en établissement, alors qu’on leur a dit il y a quelques années “il n’y a pas besoin de vous”… », juge Patrick Gasser, président du syndicat Avenir Spé – Le bloc. Si le gastro-entérologue s’oppose, comme ses confrères, à une obligation individuelle, il se dit favorable à « une obligation collective par territoire ». A condition de mieux « reconnaître la pénibilité de la garde ».

Camille Stromboni

Voir aussi:

https://environnementsantepolitique.fr/2022/08/23/oui-la-regulation-de-linstallation-des-medecins-est-benefique-dans-differents-pays-contrairement-au-discours-ambiant/

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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