Raréfaction de la ressource en eau: bassines, retenues colinéaires, barrages, pompage de nappe phréatique, discours opposés de la confédération paysanne et de la FNSEA,

« Pour anticiper la raréfaction de la ressource en eau, il faut transformer le système agricole »

TRIBUNE

Nicolas Girod

Eleveur dans le Jura, porte-parole national de la Confédération paysanne

Nicolas Girod, éleveur dans le Jura et porte-parole national de la Confédération paysanne, estime, dans une tribune au « Monde », que la sécheresse doit inciter à faire évoluer le modèle de l’agriculture industrielle.

Publié aujourd’hui à 06h00, mis à jour à 06h00    Temps de Lecture 3 min. 

https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/08/14/pour-anticiper-la-rarefaction-de-la-ressource-en-eau-il-faut-transformer-le-systeme-agricole_6137995_3232.html

La sécheresse est là mais son traitement agricole est trop souvent résumé au seul problème de l’irrigation. Or, les paysannes et paysans subissent tous ce manque d’eau et s’exposent à des pertes économiques, qu’ils irriguent ou non. En France, selon le recensement général agricole de 2020, 7,3 % de la surface agricole utile est irriguée, une part relativement faible bien qu’en progression. La problématique est donc bien plus large : comment répondre aux enjeux d’une agriculture à même de faire face aux épisodes de sécheresse et préserver la ressource en eau ?

L’agriculture industrielle détruit les ressources naturelles. Elle draine, elle rectifie les cours d’eau afin d’évacuer l’eau des sols au détriment de sa circulation naturelle et de la recharge des nappes phréatiques ; elle consomme des intrants chimiques de synthèse au détriment de la vie des sols ; elle s’affranchit des haies, d’une végétation dense et des systèmes racinaires qui vont avec. En un mot, elle assèche les sols. Face à la situation actuelle, elle exige davantage de stockage artificiel, par le biais des « mégabassines » et s’approprie l’eau pour des pratiques toujours surconsommatrices et dévastatrices. Feignant d’ignorer le cycle de l’eau, ses choix accélèrent le problème au lieu de le résoudre.

La sécheresse extrême que nous vivons appelle à ne pas céder à la pression de l’agro-industrie et à agir urgemment en sens inverse.

Agir sur les causes

Une fois de plus le gouvernement est dans la réaction à court terme, en mobilisant les préfets pour organiser des réunions sur la sécheresse dans tous les départements. Si on peut souligner l’intérêt de ces temps d’alerte et de concertation, nous ne pouvons nous satisfaire d’une gestion des crises successives sans agir sur les causes qui les font advenir.

Lire aussi :  Sécheresse en France : l’usage de l’eau est désormais limité dans 91 départements

Dans le même temps, le syndicat agricole majoritaire promeut le modèle espagnol qui a développé des infrastructures pour stocker l’eau… en omettant de préciser qu’il est aujourd’hui impossible de les remplir car l’aridité gagne l’ensemble du pays.

Il manque, à vrai dire, une réelle réflexion de fond, que le Varenne de l’eau,* une large concertation conclue en février, lui-même a déjà esquivée. Les problèmes engendrés par ces sécheresses récurrentes ne se posent pas qu’à l’agriculture et les solutions à mettre en œuvre doivent l’être dans l’intérêt général de la société.

Accompagner le changement de pratiques

D’abord, il faut répartir la ressource de manière équitable, en fonction de priorités essentielles. Tout doit être mis en œuvre pour éviter que les populations se trouvent en rupture d’eau potable saine. Pour l’usage agricole, il convient de réserver d’abord la consommation d’eau, dans la limite d’un volume prélevable réellement adapté au milieu, à des productions à forte valeur ajoutée en emplois et qui participent à la souveraineté alimentaire locale.

Lire aussi :  La sécheresse très précoce inquiète les agriculteurs français : « Il ne pleut pas depuis un mois et demi »

Il est aussi nécessaire de prévenir en accompagnant dès maintenant le changement de pratiques et l’évolution des systèmes. Pour anticiper la raréfaction de la ressource en eau, nous avons besoin de transformer le système agricole. Plutôt que d’accroître les apports d’irrigation, les évolutions climatiques devraient entraîner des adaptations des systèmes de production. Il faut notamment transformer les zones de monocultures, qui sont aussi les zones où s’implantent d’importants ouvrages d’irrigation, et faire évoluer les assolements. Les cultures doivent faire appel à des espèces et variétés, non OGM, adaptées à la sécheresse, et être moins dépendantes aux intrants chimiques de synthèse. Ces pratiques préservant des sols vivants permettront de réinfiltrer l’eau, d’allonger son temps de stockage dans les sols et les nappes et de la rendre ainsi disponible pour les cultures. C’est comme cela que l’agriculture pourra réduire sa dépendance massive à la ressource et lutter contre le changement climatique.

Indemniser les dégâts climatiques

Le gouvernement accompagne un modèle agricole qui ravage l’eau et les sols alors qu’il est urgent de restaurer ces ressources pour atténuer du mieux possible les effets des sécheresses qui sont appelés à se répéter et s’accentuer. Le discours ambiant voudrait nous faire croire qu’une solution unique serait garante de la pérennité de l’agriculture. Pour la Confédération paysanne, c’est au contraire en multipliant les solutions basées sur la nature que nous pourrons assurer l’avenir de l’alimentation sans hypothéquer les autres usages essentiels.

Enfin, il convient d’indemniser les dégâts climatiques. C’est absolument essentiel pour permettre la pérennité des fermes. Le futur système assurantiel de gestion des risques est injuste et sera non efficient. Injuste notamment car certaines productions comme le maraîchage diversifié n’auront pas d’offre assurantielle acceptable. Non efficient car le principe de l’assurance, basé sur une faible probabilité de sinistre, est remis en cause par la trajectoire climatique actuelle. La Confédération paysanne défend la mise en place d’un fonds mutuel et solidaire pour l’indemnisation des risques climatiques, dont la sécheresse, qui apporterait une couverture universelle de toutes les fermes.

En tout état de cause, la gestion de la sécheresse et la lutte contre le changement climatique relèvent de choix sociétaux et concernent, au-delà de l’agriculture, tous les secteurs d’activité.

Nicolas Girod est éleveur dans le Jura, porte-parole national de la Confédération paysanne.

« Il faut engager une réflexion démocratique sur le partage de l’eau »

Pour Sylvain Barone, chercheur en science politique à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement, la crise actuelle doit conduire à repenser les priorités entre les différents usages. 

Propos recueillis par Martine ValoPublié aujourd’hui à 06h00, mis à jour à 06h00  

Temps de Lecture 5 min. 

https://www.lemonde.fr/planete/article/2022/08/14/il-faut-engager-une-reflexion-democratique-sur-le-partage-de-l-eau_6137999_3244.html

Vue aérienne du réservoir asséché de Bouzey (Vosges), le 12 août 2022.
Vue aérienne du réservoir asséché de Bouzey (Vosges), le 12 août 2022.  JEAN-CHRISTOPHE VERHAEGEN / AFP

Sylvain Barone, chercheur spécialiste de la gestion de l’eau à l’Institut national de recherche pour l’agriculture, l’alimentation et l’environnement (Inrae) et coauteur de l’ouvrage Les Politiques de l’eau, publié en 2019 (LGDJ), explique pourquoi tous les utilisateurs d’eau ne sont pas sur un pied d’égalité, et appelle à intégrer les citoyens dans les discussions sur l’avenir de cette ressource vitale.

Le gouvernement recense une centaine de communes privées d’eau actuellement. Y a-t-il un problème de solidarité face à la sécheresse ?

La solidarité entre territoires est à l’œuvre durant ces périodes : l’Etat organise des transferts de ressources, des dessertes par camions… Il existe deux pans dans la politique publique de la gestion de l’eau. L’un correspond aux temps de crises, comme celui que nous sommes en train de vivre. L’autre est pluriannuel et repose sur une concertation large, menée notamment au sein des comités de bassin. Ceux-ci orientent les actions des six agences de l’eau situées en métropole. On a coutume de nommer ces instances, où siègent des représentants de l’Etat, des collectivités locales et des usagers, des « parlements de l’eau »On y présente les stratégies sur la répartition de la ressource, des autorisations de prélèvements, la planification de retenues de stockage…

Mais lorsque la sécheresse est là, il s’agit d’éviter les défaillances de l’approvisionnement à court terme. Les préfets décident alors de mesures de restrictions en urgence, selon l’évolution du débit des rivières et du niveau des nappes souterraines. Ce sont les nombreux arrêtés préfectoraux que l’on a vu fleurir ces dernières semaines. La loi indique noir sur blanc les priorités : sécuriser l’approvisionnement pour l’eau potable, la santé publique, la sécurité civile – la lutte contre les incendies –, les écosystèmes aquatiques. Mais dans les faits, ces textes comportent de nombreuses dérogations, décidées de manière pas toujours très transparente. Ce sont elles qui nourrissent les polémiques du moment sur l’irrigation de terres agricoles, de golfs…

Lire aussi :  Sécheresse : dans toute la France, de nouvelles tensions autour de l’eau

Tous les usagers de l’eau sont-ils traités à la même enseigne ?

Pas vraiment. Certains acteurs économiques comme les agriculteurs irrigants sont bien présents dans les comités sécheresse que le préfet consulte avant de rédiger ses arrêtés et parviennent à obtenir des arbitrages favorables. Or nous avons changé d’ère : la sécheresse actuelle va devenir quasiment la norme, à l’avenir, durant l’été. Il faudrait se saisir de l’occasion de cet épisode de raréfaction pour engager une réflexion inclusive, démocratique, sur les usages et le partage de l’eau, avant que les prochaines pluies ne relèguent le sujet à plus tard.

Pourtant la France présente souvent sa politique de gestion publique de la ressource hydrique comme étant exemplaire. Comment en est-on arrivé aux tensions et au manque d’anticipation ressenti en ce moment ?

Elle a effectivement un modèle spécifique dont la philosophie globale repose sur la conciliation et la satisfaction de l’ensemble des usages. Cela s’est traduit par la loi de 1964, qui a créé les agences de l’eau et a suscité la mise en place de redevances qui leur sont allouées. Comme l’idée était alors de soutenir l’équipement du pays en réseaux d’eau potable et en stations d’épuration, cette recette fiscale prélevée sur les factures d’eau reposait largement sur les particuliers. L’heure n’était pas alors au principe du pollueur-payeur. C’était déjà le résultat d’un compromis historique… Il est toujours très difficile de revenir dessus. Aussi les usagers domestiques continuent-ils de payer à peu près 90 % de ces redevances, alors qu’ils utilisent 22 % de l’eau produite. L’agriculture en paie de 3 % à 4 % et en consomme 45 % en moyenne (80 % en été), l’industrie de 6 % à 7 % pour environ un quart du total. Précisons que la part que ce secteur prélève puis rejette dans l’environnement – pour refroidir une centrale thermique ou nucléaire en particulier – est bien plus importante que sa consommation nette.

Avec les redevances, les agences de l’eau subventionnent différents programmes, afin d’améliorer la qualité de l’eau et sa bonne disponibilité dans chacun des bassins hydrographiques. Mais si elles sont chargées de financer tous ces projets, elles ne les portent pas elles-mêmes et n’ont d’ailleurs par beaucoup de prérogatives. La maîtrise d’ouvrage revient essentiellement aux collectivités locales, tandis que les comités de bassin restent l’organe politique. Les acteurs économiques y pèsent lourd, même si la place d’autres usagers comme les pêcheurs, les associations environnementales, a été un peu renforcée récemment. Certains interlocuteurs puissants – industriels, syndicat majoritaire agricole – savent d’ailleurs très bien négocier en parallèle, directement avec les autorités locales ou nationales.

Enfin, la gestion de la ressource hydrique est largement conditionnée par les autres politiques publiques : celles qui régissent l’urbanisme et l’artificialisation des sols, l’agriculture, l’industrie… Il y a encore beaucoup de marge de progrès possible de ce côté-là.

Lire aussi :  Dans l’est de la France, des choix difficiles face au manque d’eau dans les rivières et les canaux

Faudrait-il muscler les réglementations ?

Elles sont déjà nombreuses et assez sévères, d’autant que l’Union européenne y ajoute ses directives-cadres sur les eaux de baignade, les nitrates, etc. La prochaine porte d’ailleurs sur la qualité des masses d’eau à atteindre en 2027, et la France est encore bien loin de l’objectif. La loi existe, mais elle est en somme assortie des conditions de son inefficacité. Ainsi la police de l’eau, qui dépend de l’Office français de la biodiversité, manque cruellement de moyens. On compte à peine quelques agents par département. Et aucune inversion de tendance ne se dessine. C’est clairement une question de choix politique. Les projets visant à renforcer les capacités de contrôle sont systématiquement attaqués au Sénat et par certains ministères. On voit bien où se classent les enjeux environnementaux à haut niveau : pas en premier sur la liste. La retenue d’eau de Caussade [Lot-et-Garonne], construite sans autorisation de l’Etat, dans un terreau politico-économique local favorable, constitue un exemple presque caricatural. Elle a donné lieu à une condamnation par la justice.

En 2021, le gouvernement a conduit une réflexion intitulée « Varenne agricole de l’eau »au nom du changement climatique. Des Assises de l’eau qui, elles, avaient associé l’ensemble des acteurs et des usagers, s’étaient pourtant tenues un an auparavant et avaient conclu à la nécessité d’économie d’eau. N’est-ce pas contradictoire ?

C’est un sujet sensible… Il est vrai qu’à côté d’un volet sur l’innovation – comme le recours aux eaux usées préalablement traitées, par exemple — le Varenne donne surtout l’impression de vouloir préparer le terrain pour une relance de l’irrigation. Ce modèle de cultures conduit pourtant les exploitants à une plus grande dépendance vis-à-vis de la ressource hydrique. C’est d’autant plus étonnant que ces dernières années avaient plutôt été marquées par l’idée d’aller vers plus d’agroécologie et davantage de sobriété. On a un peu la sensation d’un retour en arrière.

Lire aussi :  Le manque d’eau met le transport fluvial en difficulté

L’une des décisions prises dans ce cadre du Varenne autorise les préfets à reprendre la main localement lorsque la concertation entre les différents usagers au sujet des projets de territoire pour la gestion de l’eau tarde à aboutir. Or le dispositif de ces projets n’est pas censé être un outil destiné à faire accepter de nouvelles retenues de stockage, mais à favoriser l’adoption de compromis territoriaux. Il y a de vrais enjeux à ne pas enfermer les questions de l’eau dans une boîte noire, même si le sujet peut sembler technique. Au contraire, il faut absolument intégrer le citoyen, afin qu’il puisse comprendre les défis pour l’avenir de la ressource et développer une forme de confiance dans les choix publics. Sinon la perception qu’il existe des traitements différenciés et le sentiment d’injustice resteront des facteurs de tension.

Martine Valo

Sécheresse : dans toute la France, de nouvelles tensions autour de l’eau

La quasi-totalité du territoire métropolitain était, vendredi, concernée par des restrictions d’eau, avec 73 départements placés en situation de « crise ». Partout, les crispations entre secteurs d’activité se multiplient. 

Par Anne-Fleur Bost (Périgueux, correspondante)Anthony Villeneuve(Metz, correspondant)Manuel Armand(Clermont-Ferrand, correspondant)Frédéric Zabalza(La Rochelle, correspondant)Yan Gauchard(Nantes, correspondant)Stéphane Foucart et Gilles Rof(Marseille, correspondant)

Publié hier à 05h59, mis à jour hier à 13h49  https://www.lemonde.fr/planete/article/2022/08/13/secheresse-la-france-pays-sous-haute-tension-hydrique_6137919_3244.html

Temps de Lecture 10 min. 

Le maïs hors de portée de l'irrigation est desséché, à Hettenschlag (Haut-Rhin), le 10 août 2022.
Le maïs hors de portée de l’irrigation est desséché, à Hettenschlag (Haut-Rhin), le 10 août 2022.  HERVE KIELWASSER / PHOTOPQR/L’ALSACE/MAXPPP

De l’été 2022 en France, on retiendra peut-être que c’est celui où l’on a commencé à voler de l’eau. Quatre cents mètres cubes conservés dans une réserve destinée aux soldats du feu ont été dérobés après six heures de pompage, le 16 juillet, dans la zone industrielle de Lavilledieu (Ardèche), par les responsables d’un club de moto-cross : il fallait, ont-ils expliqué, arroser les pistes. Le 6 août, ils se sont dénoncés, ont présenté leurs excuses, et ont rendu l’eau.

Partout en France, les pénuries induisent des situations qu’on pensait réservées aux régions arides. La sécheresse historique, aggravée par une étourdissante succession d’épisodes caniculaires, ouvre une série de fractures dans la société sur les usages acceptables d’une ressource devenue rare, qui oppose certaines collectivités à l’Etat et suscite des tensions entre secteurs d’activité – tourisme, agriculture, énergie, etc.

Lire aussi :  Sécheresse en France : quelles restrictions d’eau s’appliquent dans votre département ?

La quasi-totalité du territoire métropolitain était, vendredi 12 août, concernée par des restrictions, avec 73 départements placés en situation de « crise » – le plus haut niveau d’alerte où, selon la réglementation, « seuls les prélèvements permettant d’assurer l’exercice des usages prioritaires sont autorisés (santé, sécurité civile, eau potable, salubrité) ». Selon le ministère de la transition écologique, le robinet ne coule plus dans une centaine de communes, ravitaillées par des livraisons d’eau en bouteille.

« L’eau, c’est fait pour boire »

Nulle « guerre de l’eau » pourtant, mais une série d’escarmouches qui préfigurent, en plus modeste, ce que réserve le réchauffement pour les prochaines années. Dans la nuit du 28 au 29 juillet, à Gérardmer (Vosges), les jacuzzis de plusieurs habitations à vocation touristique ont été éventrés – les propriétaires y ont retrouvé une note indiquant : « L’eau, c’est fait pour boire ». Trois jours plus tard, le 1er août, le maire de la célèbre station balnéaire vosgienne annonçait que les sources d’eau potable de la ville – en particulier la nappe phréatique de Ramberchamp – étant à sec, il allait falloir pomper l’eau du lac, dont la potabilité n’était pas certaine.

A Toulouse, c’est le collectif Extinction Rebellion qui a cimenté les trous de deux parcours de golf pour protester contre les dérogations dont ces activités bénéficient afin de permettre l’entretien des greens. Le golf, socialement marqué, est l’objet de toutes les crispations. Alors que le bassin de la Brière (Loire-Atlantique) est en « alerte crise » depuis le 12 juillet, le golf international Barrière de La Baule et celui de la Bretesche, à Missillac (Loire-Atlantique), sont autorisés à irriguer leurs pelouses six nuits par semaine, avec un prélèvement d’eau ne pouvant excéder « plus de 30 % des volumes habituels ».

Lire aussi :  Quatre cartes et graphiques qui montrent la sécheresse exceptionnelle en France qui a commencé dès janvier

« On est parmi les secteurs les plus fliqués », souffle un responsable de l’entretien d’un golf de la métropole nantaise, qui préfère décliner toute demande de reportage par peur d’une mauvaise publicité, après le tweet incendiaire d’Hendrik Davi, député « insoumis » des Bouches-du-Rhône, au sujet de l’arrosage des golfs. En réponse, la Fédération française a rappelé dans un communiqué que la filière pèse « plus de 1,5 milliard d’euros en France et assure 7 500 emplois directs ».

Le football, qui pèse bien plus lourd, n’a pas eu plus de mal à susciter la mansuétude de l’Etat. Le 21 juillet, la ville de Nantes a sollicité – et obtenu – une dérogation préfectorale « pour l’arrosage du stade de la Beaujoire en dehors des horaires de limitation établis », le jeune gazon nécessitant un soin particulier. Les joueurs du FC Nantes ont donc pu fouler, vendredi 12 août, une pelouse verte et flambant neuve – alliant gazon naturel et microfibres synthétiques – pour leur premier match à domicile de la nouvelle saison de Ligue 1.

Arroseurs en action sur le parcours du golf de Villerest (Loire), le 8 août 2022. L’eau est pompée directement dans la Loire située à trois kilomètres en contrebas.
Arroseurs en action sur le parcours du golf de Villerest (Loire), le 8 août 2022. L’eau est pompée directement dans la Loire située à trois kilomètres en contrebas.  PIERRE GLEIZES/REA

Interdiction d’arrosage des espaces verts

D’autres municipalités n’ont pas bénéficié des mêmes largesses. La ville de Metz, par exemple, redoute de voir sa politique d’adaptation au réchauffement et de végétalisation fragilisée par les restrictions. Le 29 juillet, le préfet a pris un arrêté interdisant l’arrosage des espaces verts de 8 heures à 20 heures. Or, comme l’explique l’adjointe au maire déléguée aux espaces verts, Béatrice Agamennone, « il n’existe qu’une seule dérogation, qui concerne les arbres et arbustes plantés en pleine terre depuis moins d’un an »« C’est très restrictif, ajoute l’élue. Un jeune arbre a besoin d’arrosage pendant au moins les trois premières années. » Et des arbres, Metz en plante 3 000 chaque hiver depuis 2020.

« Il y a deux ans, lors de la précédente sécheresse, nous en avions perdu un millier. Je crains que ce ne soit pire cette année, soupire Mme Agamennone. C’est paradoxal : nous plantons des arbres pour créer des îlots de fraîcheur pour affronter le réchauffement en ville. Et ces derniers sont aujourd’hui menacés par le dérèglement du climat. » Le maire de Metz a écrit au préfet pour demander l’autorisation d’arroser les arbres fragiles à titre dérogatoire – pour l’heure, il n’a pas reçu de réponse.

Un peu plus loin au sud-est, les protestations de la mairie de Colmar ont, elles, pris un tour presque cocasse : pour sauver les massifs de fleurs qui font la réputation de la ville, le maire a appelé ses administrés, jeudi 11 août, à répondre à l’« absurdité administrative » en arrosant eux-mêmes le patrimoine floral de la ville, quitte à vider leurs « fonds de carafes » dans les jardinières.

« Une histoire de survie »

Mais lorsque les récoltes dépendent de la quantité d’eau disponible, les tensions peuvent prendre un tour plus grave. Près de Mas-Saintes-Puelles (Aude), trois écluses sur le canal du Midi ont été dégradées, rendant momentanément impossible la navigation. Les inscriptions retrouvées sur les ouvrages endommagés (« eau pour tous », « irrigation pour tous ») suggèrent que certaines restrictions d’usage ne passent pas.

« La gestion de l’eau doit se faire de manière collective : il est logique qu’on édicte des interdictions s’il n’y a pas assez d’eau, dit Joël Limouzin, vice-président de la Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles. Nous ne cautionnons pas les agriculteurs qui enfreignent la loi. » Une déclaration qui fait écho à certaines dégradations mais aussi à la volonté affichée de certains exploitants de ne pas respecter les restrictions.

En Charente-Maritime, l’Association syndicale autorisée (ASA) des irrigants d’Aunis, qui regroupe une centaine d’agriculteurs dans le nord du département, a ainsi appelé ses adhérents à « ne pas céder à la pression » et à poursuivre l’irrigation des cultures. Une partie d’entre eux a, semble-t-il, choisi de se mettre hors-la-loi : gendarmes et policiers de l’Office français de la biodiversité ont relevé une cinquantaine d’infractions cet été en Charente-Maritime, et des scellés ont été apposés sur les matériels de trois exploitants, dont le président de l’ASA, Pascal Ribreau, qui justifie l’infraction par « une histoire de survie, pour sauver notre peau ».

L’association SOS Rivières a néanmoins dénoncé, dans un courrier adressé le 10 août au préfet et au président de la chambre d’agriculture, d’autres pratiques d’irrigation illégales sur le territoire, notamment de nuit, avec photos à l’appui. « Des infractions d’irrigants, il y en a chaque année, comme dans d’autres professions, observe un agent de l’Etat. Mais c’est la première grosse crise hydrique à laquelle ils sont confrontés depuis longtemps. Or tous ne sont pas dans la même situation financière. Certains, qui avaient prévendu une partie de leur récolte, ont la corde au cou. »

Débat sur la création de bassines

En Charente-Maritime, premier département céréalier de Nouvelle-Aquitaine, les rendements sont durement éprouvés par la sécheresse (un quart environ de la pluviométrie habituelle depuis le début de l’année) et la chaleur, après avoir souffert du gel de printemps, voire de la grêle. Avant même la fin des moissons, la situation est déjà jugée « catastrophique » par de nombreux agriculteurs, et crispe un peu plus le sempiternel débat sur la création de bassines, sujet de tensions dans le Grand Ouest.

Les exploitants assurent que ces méga-bassines controversées ne portent pas préjudice à l’environnement. « On ne prélève dans la nappe que lorsque celle-ci est au-dessus des cotes », explique M. Limouzin. Au contraire, les associations de défense de l’environnement estiment que ces réserves perturbent gravement l’ensemble de l’hydrographie locale. « Lorsqu’on prélève dans la nappe d’accompagnement d’une rivière, on fait baisser le niveau de cette dernière, explique Jean-Louis Demarcq, président de SOS Rivières. Les “réserves de substitution” destinées à l’irrigation assèchent les rivières du département. » Cette année, la sécheresse démultiplie l’effet des autres facteurs : selon la Fédération départementale de pêche, la moitié des quelque 1 500 kilomètres de cours d’eau de Charente-Maritime sont à sec.

Voir le reportage :  Sécheresse sur le bassin de la Boutonne : « Ici coulait une rivière »

Sans surprise, le vieux débat sur ces réserves se tend : en Vendée, dans la nuit du 8 au 9 août, deux grandes bassines destinées à l’irrigation ont été dégradées. M. Limouzin estime les dégâts à « au moins 1 million d’euros »« Ces réserves sont largement financées avec de l’argent public et ne bénéficient réellement qu’à 7 % des agriculteurs, qui exportent la plus grande part de ce qu’ils produisent. Cela revient à exporter notre eau à l’autre bout du monde sous forme de céréales, estime M. Demarcq. Nous condamnons bien évidemment les actes de dégradation : ils sont le fait d’une petite minorité qui nous voit argumenter et parlementer avec les autorités depuis si longtemps et qui constate que cela ne sert à rien. » Le 10 août, dans un communiqué commun, les ministres de l’agriculture et de la transition écologique ont annoncé qu’ « une surveillance renforcée » était mise en place autour des réserves du secteur.

« Pour l’agriculture c’est une catastrophe »

Ailleurs, les autorisations de prélever dans les cours d’eau tombent. Mardi 5 août, la préfecture de la Dordogne a décidé d’interdire les prélèvements dans la rivière de l’Auvézère, dans le nord-est du département, faute de débit. La mesure a suscité un tollé chez les irrigants, qui ont manifesté le 10 août devant la préfecture, à Périgueux. En vain. Et dans le Lot-et-Garonne, le patron de la Coordination rurale, Pascal Béteille, s’attend à ce que les prélèvements dans la Garonne soient drastiquement restreints d’ici au 15 août. « Ces restrictions sont malvenues, dit-il. Il reste de l’eau dans la Garonne. »

Dans le Puy-de-Dôme aussi, c’est une question de jours. Les systèmes d’irrigation qui prélèvent l’eau de l’Allier, l’un des principaux affluents de la Loire, et qui aspergent encore les champs de maïs pourraient être bientôt arrêtés. Ce sera le cas dès que le débit de la Loire à Gien, dans le Loiret, tombera sous la barre fatidique des 43 mètres cubes par seconde. C’est le seuil à partir duquel l’Etat doit déclarer la Loire et l’Allier en crise, avec l’interdiction totale de l’irrigation agricole. Mercredi 10 août, le débit n’était plus que de 44 mètres cubes par seconde… « Nous estimons que ce seuil de crise devrait être atteint le week-end des 13-14 août », précise Sandrine Cadic, la directrice régionale adjointe de l’environnement, de l’aménagement, du logement de la région Centre-Val de Loire.

« Nous sommes bien conscients que l’alimentation des populations en eau potable est prioritaire mais pour l’agriculture, c’est une catastrophe, note Philippe Aymard, agriculteur et président d’une association d’irrigants. Le maïs et beaucoup de cultures maraîchères ne sont pas encore arrivés à la fin de leur cycle végétatif. Ils ont encore besoin d’eau. Nous demanderons des dérogations pour les maraîchers. » Dans la région comme ailleurs, la crise pourrait durer jusqu’aux pluies de l’automne. Décision a en effet été prise de ne soutenir le débit de la Loire à Gien par les barrages de Naussac (Lozère) et de Villerest (Loire) qu’à hauteur de 38 mètres cubes par seconde. Loin, donc, du seuil de 43 mètres cubes par seconde. « Il faut préserver l’eau des barrages et s’assurer que nous pourrons gérer l’étiage jusqu’à l’automne », explique Mme Cadic.

Crispations

Les conflits d’usage ne sont pas circonscrits à la proximité géographique. La gestion de l’eau de l’Allier a un impact sur tout l’aval. C’est ainsi que l’irrigation du maïs dans le Puy-de-Dôme peut entrer en concurrence avec le refroidissement des quatre centrales nucléaires, qui puisent de l’eau dans la Loire. En période de crise, l’Etat peut demander à EDF de réduire sa production d’électricité. « Il n’est aujourd’hui pas question de remettre en cause la production de ces centrales nucléaires », affirme Mme Cadic. Le faible débit de la Loire a tout de même déjà eu un impact : la centrale de Chinon, en Indre-et-Loire, peut toujours prélever de l’eau mais ne peut plus la rejeter parce que la dilution de ses effluents ne serait pas suffisante. « Elle a des capacités de stockage de plus de deux mois », rassure toutefois Mme Cadic.

La production énergétique est l’un des paramètres-clés des arbitrages. Dans ses barrages et lacs de retenues, EDF estime gérer « plus de 7 milliards de mètres cubes d’eaux de surface », qui, outre la production d’hydroélectricité, « facilitent l’alimentation en eau potable, la continuité des activités économiques (irrigation, industrie, tourisme, loisirs, navigation, etc.) et la préservation de la biodiversité », précise l’entreprise. Le partage de cette eau, rappelle-t-on à EDF, « fait l’objet d’une concertation permanente entre les différents acteurs (EDF, agriculteurs, collectivités…) » et s’opère « sous le contrôle de l’Etat ». En cas de restrictions fortes, l’ordre des priorités est établi par le préfet, selon les dispositions du code de l’environnement. Ce qui n’empêche pas, localement, des crispations sur ces arbitrages, au-delà desquels EDF est fondé à être indemnisé : l’eau du barrage, c’est aussi de l’électricité.

Lire aussi :  La sécheresse complique encore le casse-tête de la production d’électricité

Sur la plaine de la Crau (Bouches-du-Rhône), ces tensions apparaissent crûment. Là, une bonne part des 8 500 hectares de foin, classés appellation d’origine protégée, virent déjà au jaune paille. Le 8 août, un arrêté préfectoral a fait basculer cette large étendue, qui s’étend entre Salon-de-Provence et Arles, en zone d’alerte renforcée. Trois jours plus tard, la commission exécutive de la Durance, qui gère l’alimentation en eau des zones agricoles du Vaucluse et des Bouches-du-Rhône, a confirmé ce que tous les agriculteurs redoutaient : la réserve de 200 millions de mètres cubes, prévue pour être prélevée sur le débit de la Durance pour l’irrigation, sera bientôt consommée.

Tout comme les 20 millions de mètres cubes supplémentaires négociés avec EDF. Sans pluie d’ici au 24 août, les canaux seront alors limités au débit minimum pour alimenter maraîchers et fruitiers, mais plus pour irriguer les champs de foin, grands consommateurs. En plein emballage de sa récolte, Didier Tronc alterne entre abattement et colère. Le président du comité du foin de Crau, qui compte plus de 200 exploitants, prévient déjà : « En septembre, si on ne peut pas nourrir les troupeaux qui reviennent de l’estive, cela risque d’être chaud. On peut se retrouver avec 10 000 moutons dans les rues de Marseille. »

Lire aussi :  « Laboratoire » de la sécheresse dans le Var : « Prendre sa douche avec sa casserole, ça remet les idées en place »

Depuis juin, le débit des canaux est réduit de 20 %. La deuxième coupe de foin de l’année a vu son rendement chuter d’autant. Quant à la troisième coupe, bouclée d’ici septembre, elle perdra, selon M. Tronc, près de 50 %. « EDF nous a proposé de puiser l’eau supplémentaire dans les barrages, à raison de 800 000 euros les 10 millions de mètres cubes supplémentaires… Sachant qu’il en faudrait le double pour arriver au bout de la troisième coupe de foin, la facture s’élèverait à 1,6 million d’euros. Qui paiera cela ? »,interroge le président de la Fédération régionale des syndicats d’exploitants agricoles, Patrick Lévêque. « L’Etat doit prendre ses responsabilités », assure Didier Tronc, qui rappelle que l’irrigation des champs de foin est aussi la clé du maintien du niveau de la nappe phréatique de la Crau. Une nappe qui alimente en eau potable près de 300 000 personnes… et une partie des industries du port de Marseille.

A la mi-août, la crise de l’eau de l’été 2022 semble tout juste commencer.

Anne-Fleur Bost (Périgueux, correspondante),  Anthony Villeneuve(Metz, correspondant), Manuel Armand(Clermont-Ferrand, correspondant),  Frédéric Zabalza(La Rochelle, correspondant),  Yan Gauchard(Nantes, correspondant),  Stéphane Foucart et  Gilles Rof(Marseille, correspondant)

La carte des restrictions d’eau liées à la sécheresse en France

La totalité des départements de France métropolitaine est en vigilance sécheresse, dont 22 sont en alerte renforcée et 68 en crise. 

Par Service infographieP

Publié hier à 21h00 https://www.lemonde.fr/planete/article/2022/08/13/la-carte-des-restrictions-d-eau-liees-a-la-secheresse-en-france_6137982_3244.html

Un pays à sec. Juillet 2022 a été le mois avec le moins de précipitations (9,7 millimètres) depuis mars 1961 (7,8 mm) en France, et le mois de juillet le plus sec jamais enregistré par Météo-France, dont les relevés remontent à 1959. Malgré les orages attendus à partir de dimanche, ces « pluies ne devraient pas réussir à s’infiltrer en profondeur », les sols trop secs favorisant le ruissellement, a alerté le Bureau de recherches géologiques et minières (BRGM) dans un bulletin publié jeudi.

Résultat : la totalité des départements de France métropolitaine est en vigilance sécheresse, dont 22 sont en alerte renforcée et 68 en crise. En cas de pénuries d’eau, quatre niveaux existent : vigilance, alerte, alerte renforcée, crise, avec des restrictions de plus en plus fortes, qui touchent aussi bien les particuliers, les agriculteurs que les industriels.Lire aussi :  Article réservé à nos abonnésSécheresse : dans toute la France, de nouvelles tensions autour de l’eau

La situation est « préoccupante » pour un grand nombre de nappes phréatiques en France métropolitaine en juillet, en raison d’une recharge en eau « nettement inférieure à la normale » pendant l’hiver et de la sécheresse historique en cours, met en garde le BRGM.

L’établissement public de recherches géologiques précise toutefois que le niveau de la vidange ralentit « sur de nombreuses nappes, conséquences probables des pluies de fin juin et de la diminution des prélèvements », grâce aux restrictions ordonnées dans la quasi-totalité des départements.

Lire aussi :  Sécheresse en France : quelles restrictions d’eau s’appliquent dans votre département ?

Service infographie

Voir aussi:

*Jean Castex annonce un développement du stockage de l’eau pour l’agriculture

En conclusion du Varenne de l’eau, une consultation sur les réponses aux effets du changement climatique, le premier ministre a donné des gages aux exploitants. 

Par Martine Valo Publié le 02 février 2022 à 11h15  

Temps de Lecture 5 min.  https://www.lemonde.fr/planete/article/2022/02/02/jean-castex-annonce-un-developpement-du-stockage-de-l-eau-pour-l-agriculture_6111986_3244.html

Le site en construction de la mégabassine de Mauzé-sur-le-Mignon (Deux-Sèvres), le 31 octobre 2021.
Le site en construction de la mégabassine de Mauzé-sur-le-Mignon (Deux-Sèvres), le 31 octobre 2021.  YOHAN BONNET POUR « LE MONDE »

« L’accès à l’eau doit évoluer pour dégager de nouvelles ressources pour les besoins agricoles », a affirmé Jean Castex, venu en personne conclure le Varenne agricole de l’eau, mardi 1er février. Le premier ministre a insisté sur l’urgence à soutenir financièrement un secteur que perturbe le changement climatique – il a annoncé une nouvelle aide de 200 millions d’euros. Ces évolutions devront se faire « dans le respect des autres usages, comme l’eau potable », a-t-il jugé bon de préciser.

La France doit relever le défi consistant à « concilier l’indispensable, l’incontournable transition écologique et la non moins nécessaire création de richesses ». Il s’agit de maintenir le niveau de la production agricole, alors même que « les conflits d’usage se sont accrus en France », a reconnu M. Castex, qui dit viser un consensus « le plus large possible, mais pas l’unanimité : ce serait suspect sur un sujet aussi difficile ».

Lire aussi   Estimer la valeur réelle de l’eau, un pari nécessaire pour mieux protéger les ressources

Lancée en mai 2021, cette consultation avait pour objectif de dégager des solutions concrètes face aux aléas climatiques. Voulue par le chef de l’Etat, elle est en principe placée sous la tutelle partagée du ministère de la transition écologique et de celui de l’agriculture, qui l’a organisée. Elle fera probablement date, car ce Varenne marque une inflexion dans la politique de l’eau en France, jusqu’à présent du ressort du ministère de la transition écologique. Le premier ministre a en effet annoncé la nomination, pour trois ans, d’un délégué interministériel chargé de veiller à l’application d’une série de mesures destinées à sécuriser la disponibilité, et donc le stockage, de l’eau pour les exploitants.

Gestion territorialisée

Les textes réglementaires doivent être modifiés prochainement, afin de « mieux utiliser les ressources en hiver », de « capter l’eau excédentaire pour la stocker jusqu’à l’été suivant », détaille le premier ministre. Une ligne budgétaire doit être allouée à ce dossier au sein du ministère de l’agriculture. Les collectivités locales et les gestionnaires de barrages hydroélectriques sont appelés à la rescousse. Des crédits européens pourraient aussi y être consacrés à l’avenir – l’Union européenne a pourtant pour principe de ne pas financer de captages supplémentaires dans les territoires souffrant déjà des sécheresses. Aux yeux de certains, les pluies, qui gonflent les rivières, alimentent les sols, la végétation et les animaux, et rechargent les nappes souterraines, représentent des « gisements perdus » qu’ils entendent bien mettre en réserve.

La gestion de l’eau doit en même temps être « la plus territorialisée possible », a indiqué M. Castex. Autrement dit, le partage de la ressource doit donner lieu à des concertations entre les différents usagers… mais pas trop longues : si les discussions entre acteurs ne débouchent pas assez vite sur un projet de territoire pour la gestion de l’eau (PTGE), le préfet reprendra l’affaire en main. Actuellement, des centaines de ces PTGE sont signés ou en préparation, selon les instructions officielles de 2019. Ils devront donc être révisés de façon à accélérer le mouvement.

Lire aussi   Le Varenne agricole de l’eau ne fait pas l’unanimité

Le décret du 23 juin 2021 va lui aussi être revu. Ce texte avait pourtant fait l’objet d’un travail laborieux – au moins deux ans de négociations – pour définir une répartition efficace et équitable de l’eau en période de pénurie, afin de « concilier les différents usages anthropiques et le bon fonctionnement des milieux aquatiques ». Va-t-il être détricoté ou juste complété ? La réponse à cette question permettra de prendre la mesure des arbitrages gouvernementaux. Les représentants du secteur agricole lui reprochent notamment le calcul des volumes destinés à l’irrigation en fonction de l’historique des prélèvements des cinq à dix années précédentes.

« Ce décret est imprécis sur le financement des études d’impact, il doit être actualisé,estime Luc Servant, vice-président de l’Assemblée permanente des chambres d’agriculture. Les freins réglementaires sur le réemploi des eaux usées doivent être levés. Quant aux PTGE, il faut préciser qui mettre autour de la table, et s’il n’y a toujours pas d’accord au bout de deux ans, par exemple, le préfet devra reprendre la main. » Luc Servant, qui copréside le groupe de travail du Varenne sur une « une vision raisonnée des besoins et de l’accès aux ressources en eau, mobilisables pour l’agriculture sur le long terme », insiste sur la nécessité d’anticiper l’accélération du changement climatique. « Ce que nous pouvons prélever aujourd’hui, ce ne sera plus pareil dans dix ans », observe-t-il. Il est donc urgent de prendre des garanties sur l’avenir.

Concrétisation d’une « assurance récolte »

A la question des tensions locales, il répond : maintien de l’activité économique, installation de jeunes maraîchers, souveraineté alimentaire. Il met en avant la réduction de l’irrigation dans certains bassins, mais reconnaît que la question « coince » dans certaines régions. En particulier dans la sienne : il préside aussi la chambre d’agriculture de Nouvelle-Aquitaine, une région qui s’est illustrée par des conflits autour du barrage de Caussade (Lot-et-Garonne) et des mégabassines de Poitou-Charentes.

Lire aussi :  Barrage de Caussade (Lot-et-Garonne) : les commanditaires de la retenue d’eau illégale échappent à la prison

Les revendications des porte-parole du secteur ont été entendues avant même que les capacités de stockage actuelles ne soient connues. Le gouvernement va consacrer 13 millions d’euros à un inventaire exhaustif de l’existant grâce à des images satellites, dans une dizaine de territoires pour commencer.

Le Varenne a aussi été l’occasion de concrétiser l’idée d’une « assurance récolte » face aux aléas météorologiques. Le projet de loi, présenté en procédure accélérée, a déjà été adopté en première lecture à l’Assemblée nationale, en janvier. La Fédération nationale des syndicats d’exploitants agricoles, majoritaire, approuve cette réforme de l’indemnisation des calamités agricoles, qui doit s’appliquer à partir du 1er janvier 2023. La Confédération paysanne, elle, la dénonce, car elle va exclure ceux qui, « faute de trésorerie, n’ont pas les moyens de souscrire à une assurance-récolte » privée.

Enfin, les filières de production se sont engagées à mener une réflexion sur leur avenir et à se doter chacune d’une feuille de route d’ici à la fin de l’année. Toutes sortes de solutions peuvent être envisagées : sélection génétique, agroclimatologie reposant sur la technologie numérique, modification des dates d’irrigation, efforts de sobriété, aussi. Au cours de la restitution des travaux des ateliers, Bérangère Abba, secrétaire d’Etat chargée de la biodiversité, a mis en avant, à plusieurs reprises, les solutions fondées sur la nature, comme la préservation des zones humides. « Il n’y a pas une eau agricole et d’autres eaux, il existe une seule ressource. Il faut poursuivre la réflexion sur la résilience de l’agriculture française », a-t-elle dit.

Martine Valo

https://environnementsantepolitique.fr/2022/03/18/sous-pretexte-de-la-guerre-soutien-du-gouvernement-a-lagriculture-industrielle/

https://environnementsantepolitique.fr/2022/08/12/le-president-du-conseil-general-du-tarn-et-la-conseillere-generale-de-droite-maryline-lherm-militante-tres-active-en-faveur-du-barrage-de-sivens-a-fond-pour-des-retenues-bilineaires/

https://environnementsantepolitique.fr/2022/02/27/avant-meme-le-grenelle-de-lagriculture-la-principale-piste-retenue-par-le-gouvernement-semblait-deja-celle-du-recours-a-lirrigation-pour-aider-les-agriculteurs/

https://environnementsantepolitique.fr/2022/02/02/le-varenne-de-leau-contre-lavis-des-ong-dont-fne-et-de-la-confederation-paysanne-aurait-plutot-vocation-a-rassurer-les-exploitants-en-facilitant-le-stockage-hivernal-dans-barrages/

https://environnementsantepolitique.fr/2021/11/24/il-faut-arreter-la-construction-des-megabassinesen-poitou-charentes-assechement-des-nappes-phreatiques-et-pollution-de-lagriculture-industrielle/

https://environnementsantepolitique.fr/2021/11/11/les-bassines-des-deux-sevres-font-polemique/

https://environnementsantepolitique.fr/2021/10/24/16-seize-reservoirs-deau-geants-destines-a-lagriculture-a-debute-fin-septembre-pres-du-marais-poitevin/

https://environnementsantepolitique.fr/2021/10/21/varenne-agricole-de-leau-une-parodie-de-consultation/

https://environnementsantepolitique.fr/2020/09/19/stocker-en-surface-les-pluies-dhiver-en-prevision-de-lete-est-une-idee-denoncee-par-les-hydrologues-qui-defendent-au-contraire-une-recharge-des-nappes-souterraines/

https://environnementsantepolitique.fr/2020/09/11/bassines-et-barrages-une-mauvaise-solution-les-hydrologues-defendent-au-contraire-une-recharge-des-nappes-souterraines/

Dans la presse:

En Alsace, malgré la sécheresse, la culture du maïs bat son plein

L'arrosage du maïs fonctionne à plein régime en Alsace, malgré la sécheresse.

Tatiana Geiselmann, édité par Romain Rouillard 10h05, le 05 août 2022

https://www.google.fr/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=&ved=2ahUKEwj-kMirg8b5AhXK44UKHUAgAukQFnoECCIQAQ&url=https%3A%2F%2Fwww.europe1.fr%2Fsociete%2Fen-alsace-malgre-la-secheresse-la-culture-du-mais-bat-son-plein-4126742&usg=AOvVaw23WlYUJr4zmULti02o_iex

L’est de la France n’en a pas encore terminé avec la chaleur ce vendredi. 30 à 34 degrés sont attendus notamment en Alsace, une région durement touchée par la sécheresse. Pourtant, les cultures de maïs, une céréale très demandeuse en eau, continuent d’être abondamment arrosées. Europe 1 s’est rendue sur place.

La canicule se retire progressivement du territoire, mais neuf départements sont encore placés en vigilance orange, notamment en Alsace où le mercure pourrait grimper jusqu’à 34 degrés. Tout comme l’ensemble de la France métropolitaine, ces régions sont durement touchées par la sécheresse, ce qui n’empêche pas les agriculteurs d’arroser leur maïs.

Ce jeudi, à midi, malgré un soleil de plomb et 39 degrés à l’ombre, l’arrosage tourne à plein au-dessus des champs de maïs de Fabien. « C’est quand il fait sec qu’on irrigue, c’est pas quand il pleut », justifie-t-il. D’autant que l’agriculteur a le droit d’arroser son maïs, malgré la vigilance sécheresse : « j’irrigue à partir de la nappe phréatique pour laquelle il n’y a pas de restriction d’usage », précise-t-il. 

« Sur le dernier mois, on est proche du plus bas historique »

Il s’agit de la plus grande d’Europe, l’équivalent d’une piscine de 100 mètres de profondeur. Une énorme masse d’eau qui ne semble pas menacée, confirme Fabien Toulet, chercheur à l’Observatoire de la nappe d’Alsace : « L’impact des prélèvements agricoles sur un secteur est de quelques dizaines de centimètres. 30 centimètres sur 100 mètres d’eau, ce n’est rien ». 

>> LIRE AUSSI – Sécheresse : l’inquiétude des producteurs de pommes de terre dans le Pas-de-Calais

Mais les prélèvements ont tout de même des conséquences. « Au-dessus, on a les zones humides avec les cours d’eau phréatiques et c’est un milieu qui est assez fragile. Et quand on baisse le niveau d’un mètre en été, on assèche les cours d’eau. Là, vous le voyez, sur le dernier mois, à chaque fois, on est proche du plus bas historique », montre-t-il.

Certains choisissent de ne pas irriguer

Ce niveau n’est toutefois pas pris en compte pour déclencher le seuil de crise sécheresse qui obligerait les agriculteurs à stopper l’irrigation. Une évidence économique pour Fabien, le maïsiculteur : « C’est une culture qui est plus rentable que les cultures non irriguées. Et donc derrière, il y a des charges et l’engrais à payer. Il y a des coûts fixes qu’il faut que je couvre quoi qu’il arrive ». 

Un raisonnement que ne partagent pas tous les agriculteurs, à l’image de Paul qui a, lui, choisi de ne pas irriguer ses champs : « Mon voisin, avec l’irrigation, je pense que le rendement sera de 130 quintaux et à côté, hors irrigation, peut-être 80. Ce n’est pas négligeable, mais après, il faut amortir son irrigation, c’est un choix ». 

Et avec des pompes d’arrosage fonctionnant au gazoil, Fabien concède que, dans quelques jours, lui aussi arrêtera d’irriguer ses cultures, car la hausse du rendement ne couvrira pas la hausse des frais. 

 

Sécheresse : malgré l’interdiction d’irriguer, des agriculteurs continuent d’arroser leurs champs

Orange avec 6Médias

publié le samedi 06 août 2022 à 11h40

https://www.google.fr/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=&ved=2ahUKEwjM2Zqcgcb5AhUZ1IUKHZeIAS0QFnoECCAQAQ&url=https%3A%2F%2Factu.orange.fr%2Ffrance%2Fsecheresse-malgre-l-interdiction-d-irriguer-des-agriculteurs-continuent-d-arroser-leurs-champs-magic-CNT000001R4oZR.html&usg=AOvVaw35Y_hjOuU2aKEJvBAv3dbb

Une sécheresse historique sévit sur tout le territoire français. Dans certains départements, des restrictions d’usage de l’eau ont été mises en place. 

Mais d’après Le Parisien, samedi 6 août, certains agriculteurs désobéissent pour préserver leurs cultures.

« C’est une histoire de survie, pour sauver notre peau. » Pascal Ribreau, agriculteur installé proche de La Rochelle (Charente-Maritime), se défend dans Le Parisien, samedi 6 août. Alors qu’une sécheresse historique frappe la France et que des restrictions d’usage de l’eau sont décrétées dans certains départements, le cultivateur continue d’irriguer ses champs « en toute illégalité« . En tant que président de l’Association syndicale autorisée (ASA) des irrigants d’Aunis, il précise que 110 autres exploitations de l’association l’ont imité.


file://///www.ultimedia.com/deliver/generic/iframe/mdtk/01582271/autoplay/no/src/qs5mkpu/zone/51/sound/no/adsparam/0/


Une désobéissance entamée début mai, dès le premier arrêté décrétant des restrictions d’usage de l’eau. « Ça n’était jamais arrivé si tôt. Le 23 mai, nous avons donc pris cette décision collégiale, car les maïs avaient déjà été semés et les frais engagés — de 600 à 700 euros à l’hectare. L’année est très mauvaise. Si nous n’avions pas irrigué ces maïs en juin, nous n’aurions rien. Mais il faut bien payer les emprunts, nos charges et nourrir nos familles« , explique le cultivateur au Parisien.

650 kilomètres de cours d’eau à sec en Charente-Maritime

Pascal Ribreau a vu son matériel scellé par la gendarmerie, le 28 juillet, sans grande conséquence pour son exploitation : « Nous nous étions fixé un arrêt de l’irrigation au 1er août« , précise-t-il. Malgré ces dissidences, la préfecture de la Charente-Maritime estime que les arrêtés « sont très majoritairement respectés » après une trentaine d’opérations de contrôle, relate Le Parisien.

Interrogé par le quotidien, Gilles Brichet, président de la Fédération départementale des pêcheurs, est plus virulent : « C’est un scandale, une véritable provocation. Ces irrigants se doivent aussi d’être des citoyens responsables. (…) La canicule ne fait qu’accentuer cette situation qui est, en réalité, liée à une mauvaise gestion de l’eau sans tenir compte des milieux naturels. » En Charente-Maritime, 650 kilomètres de cours d’eau sont à sec, sur 1 500 au total. Sylvie Marcilly, la présidente du département, a appelé la population à la prudence. « Chaque goutte d’eau compte ! » a-t-elle déclaré dans une vidéo diffusée jeudi 4 août.

L’irrigation agricole fortement limitéeL’Adour est à son plus bas niveau.Photo archives A.B.L’Adour est à son plus bas niveau.Photo archives A.B.

Météo

Publié le 12/08/2022 à 05:09

00:00/01:28 https://www.google.fr/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=&ved=2ahUKEwislOvCqsb5AhWH_4UKHY6dBPQQFnoECAkQAQ&url=https%3A%2F%2Fwww.ladepeche.fr%2F2022%2F08%2F12%2Flirrigation-agricole-fortement-limitee-10484816.php&usg=AOvVaw0AGwzBRZwbeHtiMFKU-Dv7

l’essentiel

Étant donné la persistance de la sécheresse, la préfecture vient de prendre un arrêté d’ « alerte renforcée » du plan de crise du bassin de l’Adour.

« Nous sommes sur une sécheresse historique et sur des niveaux d’eau qu’on rencontre « habituellement » en septembre ou en octobre alors qu’on est seulement à la mi-août » . Responsable du service eau à la direction départementale des territoires, Alexis Clariond justifie le passage au niveau « alerte renforcée » du plan de crise du bassin de l’Adour (Adour, Echez. leurs affluents et les canaux) par la préfecture des Hautes-Pyrénées.

Des usages interdits 24 heures sur 24

« De manière à préserver la ressource en eau du département pour les semaines à venir, et notamment les réservoirs comme le lac Bleu qui se vide, nous avons interdit 24 heures sur 24 (au lieu de 8 h à 20 h auparavant) plusieurs usages domestiques et collectifs comme le lavage des véhicules, le remplissage des piscines, l’arrosage des plantes à l’exception des potagers, décrypte pour nous le responsable du service déconcentré de l’Etat.

L’arrêt des fontaines « en circuit ouvert et fermé » fait également partie des prescriptions de l’arrêté.

Des cultures « épargnées »

Par ailleurs, l’irrigation agricole est fortement limitée. Il est interdit d’irriguer depuis les cours d’eau ou les puits dans une bande de 100 m autour de la rivière, sauf mesure dérogatoire pour certaines cultures (maïs semence, maïs doux, haricots verts, maraîchage dont haricots verts, horticulture, arboriculture) qui sont cependant soumises à une limitation d’arrosage de 2 jours sur 4, comme les prélèvements agricoles sur la nappe phréatique ». 

Cyrille Marqué

Agriculture : « Si on ne peut pas irriguer, on ne peut pas cultiver »Les représentants du monde agricole, assurent, preuves à l’appui, que les lacs de montagne ne sont pas à sec et pourraient donc combler facilement et rapidement les déficits observés dans la plaine. DDM, C.V.Les représentants du monde agricole, assurent, preuves à l’appui, que les lacs de montagne ne sont pas à sec et pourraient donc combler facilement et rapidement les déficits observés dans la plaine. DDM, C.V.

Environnement

Publié le 13/08/2022 à 05:13

https://www.google.fr/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=&ved=2ahUKEwislOvCqsb5AhWH_4UKHY6dBPQQFnoECAoQAQ&url=https%3A%2F%2Fwww.ladepeche.fr%2F2022%2F08%2F13%2Fagriculture-si-on-ne-peut-pas-irriguer-on-ne-peut-pas-cultiver-10486842.php&usg=AOvVaw3TTTeBBh2gxgcR2QvGqOZ5

l’essentiel

La Chambre d’Agriculture, la FDSEA et les Jeunes Agriculteurs estiment être « sacrifiés » par les restrictions et fustigent l’Etat qui n’impose pas aux lacs de montagne les lâchers qui deviennent vitaux.

Le monde agricole s’y attendait à ce nouvel arrêté sur le bassin de l’Adour, mais ce n’est pas pour autant qu’il l’accepte. « Bien sûr, il faut préserver les rivières, dont le débit est très faible, mais ce que nous ne comprenons pas, c’est l’interdiction de puiser dans la nappe phréatique qui est stable depuis des mois. De toute façon, le problème n’est pas nouveau, on sait depuis longtemps que l’on manque d’eau pour irriguer, et la construction de retenues collinaires que nous demandons depuis des années, ne vient pas, par manque de courage politique de nos élus, qui plient devant la moindre association environnementaliste. Mais ça va devenir une nécessité, parce que sans irrigation, on ne peut pas cultiver et donc nourrir nos animaux et nos concitoyens. » Pour appuyer leurs dires, ils ont amené des plants de maïs, de colza et de tournesol, certains irrigués, d’autres non, et parfaitement rachitiques, pour comprendre la nécessité d’irriguer. « D’autant que des sols irrigués préservent la vie des micro-organismes de la terre, et les plantes sont des puits de carbone, écologiquement, l’irrigation, ça a du sens. »

Créer des retenues d’eau

Et d’insister sur certains paradoxes : « La société réclame des produits locaux, de qualité, mais si on nous empêche de les cultiver correctement, on marche sur la tête. Le problème est simple : si on produit moins, comme ce sera le cas à l’issue de cet été ravageur, il faudra importer davantage, où est la souveraineté alimentaire ? ça va à l’encontre de la « philosophie » de nos opposants… Quant aux retenues d’eau, on ne voit pas pourquoi le particulier qui récupère les eaux de pluie dans des citernes pour arroser son jardin est qualifié d’exemplaire, alors nous, nous serions des fossoyeurs de l’environnement ? La ressource en eau n’est pas menacée, il tombe autant de pluie chaque année, mais pas quand il le faut. Actuellement, le déficit sur l’Adour est de 4 M de m3, mais il faut savoir que pendant les crues hivernales, son débit était d’1 M de m3 par heure ! Il aurait suffi d’une demi-journée pour remplir une retenue qui aurait comblé le déficit actuel. » Et de rappeler que l’irrigation, ça a un coût. « Non, on ne prend pas l’eau autant qu’on veut, on a des quotas, des compteurs. Et on paye une taxe annuelle. Pour donner une idée, un tour d’irrigation, c’est 800 €/hectare. Si on pouvait, on s’en passerait. mais on ne peut pas… »

L’appui des lacs de montagne ?

En attendant une hypothétique construction de nouvelles retenues, les agriculteurs en appellent à l’Etat. « On nous dit que les lacs de montagne sont vides, c’est faux. » Ils brandissent des photos prises la veille. « Dans le Néouvielle, il y a encore 62 M de m3 stockés, dans le lac Bleu, il en reste aussi. Mais les exploitants, EDF et la SHEM, préfèrent garder ces stocks pour produire de l’énergie. C’est un choix… à voir si l’on préfère manquer de nourriture maintenant ou peut-être d’énergie cet hiver, mais d’ici là, les lacs se seront reconstitués. Les préfets peuvent imposer des lâchers pour alimenter les bassins. Mais apparemment, on préfère nous priver d’irrigation… »

Christian Vignes

Sécheresse : dans le Gers, fin de saison pour cet agriculteur qui ne peut plus irriguer ses cultures

ABONNÉSLes cultures de maïs de Michel Chanut sont asséchées à cause du manque cruel d’irrigation.Les cultures de maïs de Michel Chanut sont asséchées à cause du manque cruel d’irrigation. DDM – SEBASTIEN LAPEYRERE

Gel, grêle, sécheresse et calamités agricoles,  Canicule et fortes chaleurs,  Aignan

Publié le 08/08/2022 à 17:51 , mis à jour à 17:51

https://www.google.fr/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=&ved=2ahUKEwislOvCqsb5AhWH_4UKHY6dBPQQFnoECAgQAQ&url=https%3A%2F%2Fwww.ladepeche.fr%2F2022%2F08%2F08%2Fsecheresse-dans-le-gers-fin-de-saison-pour-cet-agriculteur-qui-ne-peut-plus-irriguer-ses-cultures-10478620.php&usg=AOvVaw2MoCk1_G_Lxbp3UuH-2ASm

l’essentiel

L’été 2022 aura eu raison de certaines productions agricoles. Face à la sécheresse, certains agriculteurs ont dû tirer un trait sur l’irrigation. Résultats : un manque à gagner sur les rendements et une situation économique compliquée. Reportage à Aignan, à l’ouest du Gers.

Pour Michel Chanut, exploitant agricole depuis vingt ans à Aignan, la saison est terminée. Depuis plusieurs jours, il est concerné par une interdiction d’irrigation. En cause : une sécheresse sans précédent qui place le Gers en niveau de crise depuis quelques jours. Conjointement avec les autorités des Landes et des Hautes-Pyrénées, le bassin de l’Adour gersois a été placé en alerte dès le 22 juillet dernier par arrêté préfectoral. Sur les deux rivières principales du bassin, environ 160 exploitants sont concernés par des restrictions ou des interdictionsd’irrigation.

Le lac de Saint-Jean, en amont de la Douze, n'est plus en capacité de soutenir le besoin en étiage pour les besoins de l'irrigation, son niveau le plus bas étant atteint.
Le lac de Saint-Jean, en amont de la Douze, n’est plus en capacité de soutenir le besoin en étiage pour les besoins de l’irrigation, son niveau le plus bas étant atteint. DDM – SEBASTIEN LAPEYRERE

« Il n’y a plus d’eau sur le Midour depuis le 24 juillet et depuis ce jeudi 4 août sur la Douze, pour nous c’est fini, ce sont les vacances », s’alarme l’agriculteur. Sur ses 150 hectares, la moitié profite de l’irrigation, soit une vingtaine environ avec le Midour et une quarantaine avec la Douze. Sur la partie irriguée, une production de maïs permet entre autres de nourrir les quelques bovins de l’exploitation. Seulement voilà, tout le système d’irrigation a été débranché et rangé, les cultures ne sont plus arrosées et dessèchent à vue d’œil.

Les lacs à leur plus bas niveau

Difficile de ne pas remarquer le niveau extrêmement bas du lac voisin de Lapeyrie. Il n’est plus en capacité de soutenir le besoin en étiage pour les besoins de l’irrigation, son niveau le plus bas étant atteint. Un coup dur pour l’agriculteur s’en servant pour irriguer ses champs et déjà contraint par la sécheresse avant même de commencer la saison estivale.

https://www.google.com/maps/embed?pb=!1m18!1m12!1m3!1d6619.547791854378!2d0.09687498471481078!3d43.68453973288278!2m3!1f0!2f0!3f0!3m2!1i1024!2i768!4f13.1!3m3!1m2!1s0x0%3A0xde6f1a382578b231!2zNDPCsDQwJzU5LjEiTiAwwrAwNSc0Ny4zIkU!5e1!3m2!1sfr!2sfr!4v1659968445301!5m2!1sfr!2sfr

« On a déjà perdu 10 % d’eau par évaporation avant même de démarrer », indique-t-il. De plus, les exploitants ont l’obligation de tenir un débit d’irrigation précis entre 60 litres/seconde à Cazaubon pour la Douze au lac de 80 l/s à Laujuzan pour le Midour afin de préserver la faune des lacs. « Quand ces lacs ont été créés, c’était spécialement pour de l’irrigation. Avec l’absorption des sols, des arbres etc. on a déjà 40 % de pertes. Si ce pourcentage avait été pris en compte dès la création du lac, on aurait ça de stock en plus. »

Un manque à gagner évident

La situation est tendue pour l’agriculteur qui se retrouve sans denrées pour nourrir ses bêtes. « On va devoir trouver de la nourriture ailleurs », se préoccupe-t-il. Tout compte fait, avec des pertes massives sur sa production, ce sont en tout 20 000 euros qui vont manquer pour la saison.

Le niveau du lac de Lapeyrie qui alimente le Midour a atteint un niveau extrêmement bas.
Le niveau du lac de Lapeyrie qui alimente le Midour a atteint un niveau extrêmement bas. DDM – SEBASTIEN LAPEYRERE

Un fait préoccupant pour Michel Chanut qui va céder sa place à son jeune voisin, Mathis, 21 ans à peine mais déjà passionné et conscient des enjeux du métier. « C’est sûr que c’est inquiétant, on est parmi les premiers à être impactés par le manque d’eau et les années à venir vont être très compliquées », confie-t-il. Michel Chanut compte désormais sur son assurance au titre des pertes.


Un projet de territoire en réflexion

L’agriculteur compte également sur le projet de territoire qui propose une approche globale de la ressource en eau en espérant, à terme, résoudre ces problèmes de stockage d’eau. Avec une partie économie d’eau et une de création de ressources, les projets sont déjà en route, notamment sur le Midour. Avec une augmentation du volume du lac de Lapeyrie ou la création, par exemple, de « bassines d’eau » afin de rehausser les lacs, les acteurs territoriaux espèrent pouvoir combler le déficit jusqu’en 2050.

Aeimen Benallouche
suivre ce journaliste

Restrictions de pompage en Lot-et-Garonne : « Tant qu’il y aura de l’eau, on arrosera », annonce la chambre d’agriculture

ABONNÉS" La semaine à venir est déterminante pour garder le bénéfice de deux mois d’irrigation sur les récoltes ».selon Serge Bousquet-Cassagne » La semaine à venir est déterminante pour garder le bénéfice de deux mois d’irrigation sur les récoltes ».selon Serge Bousquet-Cassagne

Agriculture,  Lot-et-Garonne,  Environnement

Publié le 05/08/2022 à 19:15 , mis à jour à 19:25

https://www.google.fr/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=&ved=2ahUKEwislOvCqsb5AhWH_4UKHY6dBPQQFnoECCEQAQ&url=https%3A%2F%2Fwww.ladepeche.fr%2F2022%2F08%2F05%2Frestrictions-deau-en-lot-et-garonne-tant-quil-y-aura-de-leau-on-arrosera-annonce-le-president-de-la-chambre-dagriculture-10474807.php&usg=AOvVaw3rBzrEDHtPLSP7uYQ6spX3

l’essentiel

Le président de la chambre d’agriculture Serge Bousquet-Cassage commente la décision de la préfecture du Lot-et-Garonne de renforcer les mesures de restriction d’eau.

Les nouvelles mesures de restriction d’eau n’ont pas échappé à Serge Bousquet-Cassagne. Le président de la chambre d’agriculture du 47 rappelle qu’avec le système Neste « la préfecture du Lot-et-Gafonne est tributaire des décisions prises en amont. Il considère donc qu’il n’y a pas de volonté de nuire de la part de l’administration lot-et-garonnaise. Selon lui, la semaine à venir sera « déterminante pour garder le bénéfice de deux mois d’irrigation sur les récoltes ».

Et d’ajouter : « Ce bénéfice peut se perdre en trois jours ». Il demande donc « aux agriculteurs qui irriguent à partir de la Garonne, de la Baïse et du Canal latéral de la Garonne de continuer à arroser comme ils le sentent et comme il est nécessaire pour sauver les récoltes ».

« Les agriculteurs sont à cran »

« Cela ne veut pas dire qu’il ne respecte pas l’arrêté. Ça veut dire qu’en premier, il va falloir respecter le sauvetage des récoltes ».

Il confie recevoir de nombreux appels d’agriculteurs. « Ils sont à cran à un point inimaginable. Mercredi, lors du dernier épisode de canicule violente, même les parcelles irriguées cramaient les unes derrière les autres. Le moral est bas, ils bossent nuit et jour. Ils sont vidés. Tant qu’il y aura de l’eau on arrosera » .

Enfin, sans surprise, il répète que tout ça « est la conséquence de ne pas avoir fait des réserves comme Caussade ».

« Se baigner ou manger, il faut choisir » lancent les syndicats agricoles du Lot-et-Garonne

ABONNÉSLes syndicats plaident pour l’irrigationLes syndicats plaident pour l’irrigation DDM illustration – DDM MANUEL MASSIP

Agriculture,  Lot-et-Garonne,  Environnement

Publié le 04/08/2022 à 18:02 , mis à jour à 18:12

https://www.google.fr/url?sa=t&rct=j&q=&esrc=s&source=web&cd=&ved=2ahUKEwiznfagrsb5AhUBhM4BHcYuBSc4ChAWegQIFhAB&url=https%3A%2F%2Fwww.ladepeche.fr%2F2022%2F08%2F04%2Fse-baigner-ou-manger-il-faut-choisir-lancent-les-syndicats-agricoles-du-lot-et-garonne-10472737.php&usg=AOvVaw3NMeZT8ghVhdVlpc7FkVoN

l’essentiel

La FDSEA et les Jeunes agriculteurs montent au créneau sur l’épineux sujet de l’irrigation des cultures.

S’il y a un sujet sur lequel tous les syndicats agricoles sont unanimes, c’est bien celui de l’arrosage des cultures, surtout en période de sécheresse. « Foutez-nous la paix, laissez-nous irriguer », a lancé le 27 juillet dernier la Coordination rurale de Lot-et-Garonne. Pascal Béteille, le président de la CR 47, a ainsi réagi aux derniers arrêtés signés par la préfecture du Lot-et-Garonne concernant les restrictions d’eau et a prévenu au passage ne pas accepter d’excès de zèle de la part des agents de l’Office français de la biodiversité. Ambiance.


« Pourquoi durcir la réglementation ? »


Selon la Fédération Départementale des Syndicats d’Exploitants Agricoles du Lot-et-Garonne (FDSEA 47) et les Jeunes agriculteurs (JA), « l’administration a désormais pour projet d’augmenter les restrictions de pompage, notamment dans la Garonne et… le canal latéral ! »
Pourquoi ? « Parce que, apparemment, les débits diminuent ! À Saint-Gaudens, le débit de la Garonne augmente, à Portet-sur-Garonne il diminue, à Lamagistère il augmente et à Tonneins il stagne… Nous avons quasiment passé le pic d’irrigation, la récolte du maïs semence va bientôt démarrer, les pommes vont bientôt être ramassées… Alors pourquoi durcir la réglementation ? ».
La FDSEA et les JA indiquent que les lacs de montagne permettant la réalimentation des cours d’eau sont pleins à plus de 75 %. « Le Syndicat mixte d’études et d’aménagement de la Garonne (SMEAG), en bon gestionnaire, a lâché des barrages pyrénéens trop d’eau, trop tôt ! La conséquence : on a plus d’eau quand il faut ! ».

Un arrêté vendredi

Et, incisifs, ils concluent : « Il y a deux mois, il fallait retourner les jachères pour nourrir le monde, il faut aujourd’hui couper l’eau et donc laisser mourir nos cultures, nos exploitations ! Par contre, la nuit, tout un chacun peut remplir sa piscine… Bref, se baigner ou manger, il faut choisir ! »
Florent Farge, secrétaire général de la préfecture, annonce prendre « vraisemblablement », un arrêté sur cette question vendredi pour une mise en œuvre lundi. « Il est trop tôt pour dire qu’elle en sera sa teneur. Nous sommes en cours de consultation de l’Observatoire de suivi hydrologique. Il y a une dégradation de la situation ».

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s