Au sein de la Nupes, la conquête de la France « périphérique » fait débat
La gauche a-t-elle délaissé les zones rurales et les villes moyennes au profit des métropoles et des banlieues ? Autour des résultats des législatives, une bataille d’analyse électorale s’est enclenchée.
Par Julie CarriatPublié aujourd’hui à 03h10, mis à jour à 05h37
Temps de Lecture 4 min.

« Une France périphérique fragile et populaire, une France des métropoles, intégrée à l’économie-monde » : la fracture énoncée, il y a huit ans, par le géographe Christophe Guilluy est aujourd’hui presque devenue un lieu commun.
A gauche, en tout cas, cette hypothèse anime les débats autour de l’analyse électorale des élections présidentielle et législatives. D’un côté, ceux qui regrettent que la gauche, tout en perçant dans les centres-villes et les banlieues, ait délaissé cette France de la « mondialisation malheureuse ». De l’autre, ceux qui réfutent une grille de lecture trop schématique et qui servirait même, estiment-ils, des adversaires politiques.
C’est le paradoxe de l’idée de cette France reléguée, abstentionniste, mais politiquement très courtisée : Marine Le Pen n’a-t-elle pas eu de cesse d’évoquer la « France des oubliés » ? Eric Zemmour, admirateur du géographe, ne s’est-il pas lui aussi placé en héraut de la « périphérie » ? Au lendemain des législatives, la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes) tergiverse sur les leçons à tirer, la stratégie à adopter pour élargir sa base. Personne ne conteste l’existence de territoires délaissés par les services publics, loin des grandes villes, mais les membres de la Nupes divergent sur la méthode pour les conquérir.
En son sein, les députés de circonscriptions rurales sont loin d’être majoritaires. Dans le groupe de la Gauche démocrate et républicaine, Fabien Roussel se targue, avec son collègue Jean-Marc Tellier – membres du Parti communiste français (PCF), ils ont été élus députés dans le Nord et le Pas-de-Calais –, d’être l’un des rares à gauche à avoir été élu sur des terres où Marine Le Pen a enregistré la majorité des voix au second tour de la présidentielle. C’est aussi le cas de François Ruffin (La France insoumise, LFI) dans la Somme.
Côté socialiste, Philippe Brun, ancien de la campagne d’Arnaud Montebourg, a pour sa part été élu dans l’Eure, mais se sent proche du communiste et de l’« insoumis ». « Il y a une vraie convergence entre nos visions, on est élus de territoires qui se ressemblent beaucoup », dit-il.
« Enjeu de reconquête »
Le député a fait l’expérience, pendant la campagne présidentielle, des errements sur la ligne auxquels l’analyse « périphérique » peut prêter le flanc. Arnaud Montebourg avait candidaté exactement sur le créneau de la démondialisation, de la France des bourgs. Mais il tentait surtout la synthèse entre droite et gauche et, alors que sa campagne patinait, l’ancien socialiste a proposé la suspension des transferts d’argent vers les pays ne rapatriant pas leurs ressortissants. Un virage identitaire qui a précipité sa chute.
« Il y a bien une France des sous-préfectures qui est en train de basculer RN [Rassemblement national], son diagnostic était le bon, mais l’erreur a été de penser qu’on la récupérerait par des phrases sur l’immigration », explique M. Brun, qui regrette « une sortie de route mal contrôlée ». Aujourd’hui, il préfère d’ailleurs parler de « France désertique » : pas de services publics, pas de commerces, pas de proximité.
Lire aussi **: Le vote RN progresse dans les territoires ruraux et périurbains
Au sein du Parti socialiste, certains préfèrent prendre cette grille de lecture avec précaution. Christophe Clergeau, secrétaire national du parti, se veut « très nuancé ». Non la gauche n’a pas « abandonné ». « Elle a un socle, la question, c’est comment être majoritaire ; ce n’est pas d’opposer, mais de faire des additions. Il y a des réservoirs dans les zones urbaines puisque l’abstention y est encore très élevée, et il y a des territoires entiers pris par le RN plus que par la Nupes, avec un enjeu de reconquête… »
La question périphérique donne aussi matière à critiquer le leadership de LFI au sein de la Nupes : communistes et socialistes regrettent la part des parachutés « insoumis »dans ces territoires. « LFI est un mouvement politique jeune, dont le maillage territorial est moins construit ; quand ils négocient nationalement, ils utilisent le rapport de force et ils y mettent leurs meilleurs candidats, estime M. Clergeau. Mais, dans le monde rural et périurbain, il faut faire plus attention à l’ancrage… »
Au sein du PCF, la sénatrice de la Loire Cécile Cukierman ne dit pas autre chose : « A force de vouloir nationaliser le scrutin des législatives, inévitablement on passe à côté de réalités différentes », estime-t-elle, décrivant la permanence des fractures « qu’on a vu poindre au moment des “gilets jaunes”, des 80 km/h, sur fond de difficultés à offrir des logements dans ces grandes villes ». « Une certaine gauche aujourd’hui est vécue comme plus proche des réalités urbaines », regrette-t-elle.
« Course de vitesse face à l’extrême droite »
A LFI, on réfute ce faux procès, venus de mécontents. Et une analyse trop hâtive. « Les sous-préfectures, on les a faits ces meetings… », assure le député de Seine-Saint-Denis Alexis Corbière, en référence aux réunions publiques animées notamment par les députés pendant la campagne présidentielle. « Derrière les travaux de Guilluy et ses épigones, il y a une dimension d’insécurité culturelle, l’idée que les “petits blancs” ont fui les “banlieues islamisées”, comme s’il n’y avait pas un fil conducteur commun entre ces territoires. »
Les « insoumis » théorisent depuis longtemps l’idée d’un effondrement démocratique et social, dans lequel, passé la synthèse à droite réalisée par Emmanuel Macron, les deux forces en présence seront l’extrême droite d’un côté, LFI de l’autre. « Nous sommes dans une course de vitesse face à l’extrême droite ; ce qui permet de rester dans le jeu, c’est d’avoir accumulé une force sociale puissante, sans jamais abandonner la thématique antiraciste », ajoute-t-il.
A LFI, au sein de la Nupes, où il y a parfois des discussions « un peu serrées » sur le sujet, la création d’un groupe dédié à ces périphéries est en discussion. Tout comme la stratégie à adopter pour une échéance encore lointaine, les municipales de 2026, qui seront un test pour la « territorialisation » du mouvement.
Lire aussi**: En matière de ruralité, Marine Le Pen s’érige en candidate des « oubliés », Emmanuel Macron s’appuie sur son bilan
Jean-Luc Mélenchon, pour sa part, remarquait au lendemain des élections présidentielle et législatives qu’« un échec électoral est toujours suivi d’une vague de désolations sincères ou affectées et plus encore d’explications simplistes ». Il aime à citer un contre-exemple à la lecture qui le cantonnerait aux banlieues et aux centres-villes : le Limousin, où la Nupes et LFI en particulier reconstituent un bastion que la gauche avait cru oublié, en Creuse et dans les trois circonscriptions de Haute-Vienne (la Corrèze, elle, a voté Les Républicains). « Dans les zones rurales où l’action collective de terrain existe en profondeur et se nourrit de présence de gauche ininterrompue, la reconquête est spectaculaire », estime-t-il.
Pour l’historien du PCF Roger Martelli, « la Nupes retrouve au même moment le vote des zones de la périphérie métropolitaine, la banlieue et des terres d’enracinement communiste comme le Limousin, cela n’a rien de surprenant ». Il s’agit, en effet, des trois types de territoire de l’ancienne implantation communiste. Au début des années 1980, le déclin du PCF avait commencé par les villes et les banlieues, pour résister plus longtemps dans la ruralité autour du Massif central. Jean-Luc Mélenchon regagne les premières implantations, moins les secondes. « Cela n’efface pas le fait que dans l’Est ou le Nord, des zones anciennement de gauche, le RN emporte la mise. Mais je n’opposerais pas les deux phénomènes… », conclut l’historien.
Lire l’entretien : Roger Martelli, historien : « Le Parti communiste incarnait une forme de réformisme radical »
Julie Carriat
*François Ruffin : « On ne doit pas devenir la gauche des métropoles contre la droite et l’extrême droite des bourgs et des champs »
Le député LFI pense que le blocage des institutions peut être « positif » et permettre « la réorientation » de la politique d’Emmanuel Macron.
Propos recueillis par Abel Mestre et Julie CarriatPublié le 22 juin 2022 à 04h26 – Mis à jour le 22 juin 2022 à 11h56
Temps de Lecture 6 min https://www.lemonde.fr/politique/article/2022/06/22/francois-ruffin-on-ne-doit-pas-devenir-la-gauche-des-metropoles-contre-la-droite-et-l-extreme-droite-des-bourgs-et-des-champs_6131453_823448.html

Fraîchement réélu député de la Somme sous la bannière de la Nouvelle Union populaire écologique et sociale (Nupes), François Ruffin veut faire entendre sa différence au sein de La France insoumise (LFI). Pour lutter contre la montée de l’extrême droite, il plaide pour un discours de gauche tourné vers la classe ouvrière. Quitte à contester la ligne de Jean-Luc Mélenchon
Quelle est votre analyse des résultats des législatives ?
Macron est mis en minorité ! C’est une victoire et un fait inédit dans la Ve République : que la présidentielle ne débouche pas sur un raz-de-marée. L’Assemblée nationale cessera d’être une chambre d’enregistrement des désirs du président, il n’y aura plus de votes automatiques, pléthoriques. On retrouvera la place pour le débat.
Et même, enfin, ça bloque ! C’est positif. Ils ont foncé dans le mur pendant des décennies, avec leurs réformes, leur obsession de la « concurrence libre et non faussée » partout, à l’université, sur le rail, dans l’agriculture… Là, enfin, c’est un point d’arrêt, et il faut tout faire pour le transformer en réorientation.
Comment regardez-vous le score du Rassemblement national (RN) ?
Je suis sur le front de la Somme. Je parle de là où j’habite. Je réussis un exploit électoral : 65 % à Flixecourt contre le RN, où Marine Le Pen fait le même score à la présidentielle… Mais c’est une exception. En Picardie, c’est huit députés RN sur dix-sept circonscriptions, il y en a six sur douze dans le Pas-de-Calais, six sur vingt-quatre dans le Nord.
Vous avez été surpris par le nombre de députés d’extrême droite ?
Non, pas du tout. Je n’ai pas eu un moment d’étonnement. Quand on vit en Picardie, on a d’autres lunettes que quand on vit à Paris, que l’on est en Ile-de-France, où le RN n’existe pas.
L’entre-deux-tours était polarisé entre Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon. Etait-ce une erreur ?
C’est très bien d’avoir posé l’idée du troisième tour, d’une revanche sur Macron. Même si je ne pensais pas possible d’avoir une majorité : encore une fois, parce qu’avec mes lunettes picardes, je ne voyais pas vraiment la vie politique en rose…
Lire aussi : Législatives 2022 : la coalition présidentielle accusée d’avoir « facilité » les résultats historiques du RN
Après la présidentielle, au vu des résultats, d’un Mélenchon très fort dans les quartiers, dans les métropoles, mais plus en difficulté dans les Frances périphériques, des « gilets jaunes », j’interrogeais : on va les rechercher, ceux-là, ces territoires, ou on les abandonne au RN ? La question se pose avec encore plus d’acuité aujourd’hui.
Le secrétaire national du Parti communiste, Fabien Roussel, dit que la Nupes n’a parlé qu’à une partie du pays. C’est un constat juste ?
En tout cas, on ne doit pas devenir la gauche des métropoles contre la droite et l’extrême droite des bourgs et des champs, qu’on leur laisserait.
C’est d’autant plus tragique dans d’anciennes terres rouges, industrielles, comme chez moi, ou dans le Midi rouge. C’est pour moi un devoir moral, et un devoir électoral : comment prétendre devenir majoritaire, sans eux ?

Quels sont les sujets par lesquels vous pouvez reconquérir ces territoires ?
Faire campagne, c’est passer un message en trente secondes. Je demandais aux gens : « Vos salaires ont triplé ? Vos retraites ont triplé ? Vos APL [aides au logement] ont triplé ? » Les gens rigolaient, ou protestaient : « Bah non, non… » Et j’expliquais : « Parce que les grandes fortunes ont triplé sous Macron. Donc, il ne faut pas qu’ils se gavent en haut pendant qu’on nous rationne en bas. »
Les habitants approuvent, ça leur paraît juste. Et poser le partage, c’est repartir d’une base de gauche. Chez moi, je gagne sur ça : la division entre « les petits » et « les gros », sur une exigence de justice.
Comment expliquer cette pénétration des idées du RN ?
On ne comprend rien sans partir des années 1980, de la chute de l’industrie. Je l’ai déjà répété mille fois, mais la mondialisation a tracé une ligne entre vainqueurs et vaincus.
Le textile, dans la Somme, est laminé en dix ans, la métallurgie suit, avec des délocalisations en série. Le taux de chômage chez les ouvriers quadruple, pendant qu’il stagne dans les professions intermédiaires. Or, dès les années 1990, dès la chute du mur de Berlin, le RN a répondu à cette demande de protection des classes populaires, en passant du libéralisme au protectionnisme, pendant que la « gauche » signait des traités européens, des accords du GATT, présidait l’OMC [l’Organisation mondiale du commerce].
Lire aussi : Face à l’extrême droite, l’érosion toujours plus forte du front républicain
A cette crise s’est ajoutée celle de 2005, du non au traité constitutionnel européen : 80 % des ouvriers votent contre. C’est désormais clair : le projet libéral devient minoritaire dans le pays. Et pourtant, ils ont continué. Et ça se traduit avec la crise des « gilets jaunes ».
Cela pouvait être un moment salvateur pour le pays, de dialogue, avec une France jusqu’alors silencieuse. Mais à la place d’un compromis, Emmanuel Macron les désigne comme factieux, efface leurs traces sur les ronds-points, les maltraite par la matraque, et noie tout ça dans le blabla du grand débat. Il a cru gagner. Mais ce qui est refoulé revient par le plus mauvais des biais.
Pour revenir sur la campagne, quand Jean-Luc Mélenchon dit que « la police tue », cela peut heurter l’électorat ouvrier dont vous parlez. A-t-il été un repoussoir pour certains électeurs ?
Jean-Luc Mélenchon a permis à la gauche de ressusciter, et il a fait sauter un verrou électoral dans les quartiers populaires. Mais il y a des endroits, comme le mien, où ce genre de propos, oui, heurte.
Ça peut être contre-productif ?
Oui. Mais l’essentiel, pour demain, c’est sur quoi on se concentre : la gauche doit, à mon sens, se concentrer sur la valeur du travail. Durant ma campagne, j’ai entendu ça : « Je ne peux pas voter pour la gauche, je suis pour le travail », ou encore « Comme on travaille, on n’a droit à rien », et bien sûr, plein de critiques sur « les assistés »…
Je réplique que les assistés sont surtout là-haut. Mais le sentiment est là, répandu, que malgré le travail, on parvient difficilement à en vivre. C’est pour cette raison que, en plus du smic à 1 500 euros, je suis pour une indexation des salaires sur l’inflation. Car comment vit-on avec 2 000 euros aujourd’hui ? La gauche doit évidemment défendre les pauvres, mais aussi les modestes, les « moyens ».
Cette question, vous l’avez portée depuis la Somme, pendant la campagne législative, mais peu dans la campagne de la Nupes au niveau national. Pourquoi ?
A côté de la note majeure du candidat à la présidentielle, les notes mineures sont inaudibles, et elles risquent même d’apparaître contraires, de nuire au concert. Et, surtout, je suis dans un endroit où si je lâche ça craque, j’ai dix fois plus d’efforts à fournir pour aller contre la pente. Tous les jours, c’est une bataille.
Lire aussi : Au lendemain des législatives, la Nupes peine à rester groupée
Quant à la Nupes, c’est une condition nécessaire mais non suffisante. Pas un électeur ne m’a interpellé sur la Nupes. Tant mieux si on ne se divise pas. Mais l’élargissement à chercher aujourd’hui, c’est l’élargissement des gens, du socle.

Ce débat, vous allez le déclencher au niveau national ?
Oui, sinon je n’en causerais pas ici ! L’objet, c’est de parvenir à un diagnostic partagé : où sont les millions de voix qui nous manquent pour devenir majoritaire ? Pas seulement pour accéder au second tour d’une présidentielle, mais pour la remporter. Pas seulement pour titiller Macron, ou son remplaçant libéral demain, mais pour le renverser dans l’Assemblée.
Les meetings de la présidentielle se sont déroulés dans les métropoles. Ne faut-il pas faire une tournée des sous-préfectures ? Qu’est-ce qu’il nous reste comme militants dans ces coins-là pour porter ça ? Comment les aide-t-on ? C’est un travail, long et difficile. Et je ne prends pas les élus RN pour des imbéciles, je ne méprise pas mon adversaire : une fois qu’ils sont installés, ce ne sera pas aisé de les dégager. Pas du tout.
Comment faire pour reconquérir ces électeurs désormais acquis au RN, allergiques à la gauche ?
Il y a une question de ligne politique. Est-ce qu’on rompt avec la mondialisation ou pas ? Est-ce qu’on incarne le travail ou pas ? Est-ce qu’on se bagarre contre les ultrariches ou pas ? C’est une vraie distinction avec le RN : Marine Le Pen, à aucun moment, elle ne parle des firmes ou de McKinsey ou de Total. Elle ne dit rien du fait que les grandes fortunes ont triplé sous Macron.
Jean-Luc Mélenchon ne s’est pas représenté à la députation, il prend du champ. Est-ce un moment propice pour faire entendre votre voix ?
Je l’ignore. Est-ce qu’on se retrousse les manches ou pas ? Est-ce qu’on y va ou pas ? Moi je suis Fort Alamo. Je ne suis pas le seul, il y a d’autres circonscriptions comme la mienne et qui arrivent à tenir. Est-ce que je suis un bastion sur lequel on s’appuie pour dire « allez on repart de l’avant » ou bien est-ce qu’on m’abandonne, et d’autres, dans nos coins ?
Mais je ne compte pas y aller tout seul, il y faut des intellectuels, des militants, des associatifs… Je ne sais pas si le moment est propice, mais même si ça ne l’était pas, je le ferais quand même : c’est une nécessité.
Résultats, participation, analyses… tout comprendre aux législatives 2022
Abel Mestre et Julie Carriat
Le vote RN progresse dans les territoires ruraux et périurbains
Au premier tour de l’élection présidentielle 2022, le 10 avril, Marine Le Pen a réalisé ses meilleurs scores dans les campagnes. Même si, dans le détail, le vote varie beaucoup selon le type de territoire, qu’il soit attractif ou en déclin.
Par Camille BordenetPublié le 19 avril 2022 à 09h57 – Mis à jour le 19 avril 2022 à 10h01
Temps de Lecture 2 min.

Des communes rurales et périurbaines ayant privilégié Marine Le Pen et des agglomérations ayant préféré Emmanuel Macron ou Jean-Luc Mélenchon. Malgré des nuances, la tendance de fond dessinée en 2017 s’est confirmée au premier tour, cinq ans plus tard. La candidate du Rassemblement national (RN) termine en tête dans 20 036 communes contre 11 861 pour son rival de La République en marche (LRM). Dans les plus grandes villes, Mme Le Pen divise son score par deux ou trois par rapport à sa moyenne nationale.
Lire aussi : En matière de ruralité, Marine Le Pen s’érige en candidate des « oubliés », Emmanuel Macron s’appuie sur son bilan
« Au cours des trente dernières années, le vote RN a augmenté dans les territoires ruraux et périurbains, notamment ceux en difficultés sociales, et s’est éloigné du cœur des métropoles. Il peut être présent dans certaines d’entre elles, comme dans le Sud-Est, mais cela reste marginal, décrypte le politologue Jérôme Fourquet. On peut corréler cela à la hausse du prix de l’immobilier, à l’étalement urbain, aux dépenses contraintes, au prix des carburants. »
Pour comprendre les ressorts du vote RN dans les campagnes, le sociologue Benoît Coquard invite à ne « pas se contenter d’une grille de lecture opposant urbain et rural a contrario de ce qu’ont fait les candidats. On ne peut chercher à définir un vote rural homogène, celui-ci variant selon le type de campagne – dynamique ou en déclin – et les classes sociales qui les composent ».
« Les campagnes qui accueillent des populations sensibles à l’écologie, des diplômés, des néo-ruraux, comme la Biovallée, dans la Drôme, ou des zones de l’Ardèche et de l’Ariège, ont plébiscité le vote “insoumis”, souligne ainsi M. Fourquet. Celles, attractives par une dimension touristique – les stations balnéaires, Arcachon, La Baule, ou de montagne – ou immobilière ont plébiscité Macron, qui a bénéficié d’un report de l’électorat de la droite. »Quant à l’abstention, « comme en ville, elle est plus forte dans les campagnes populaires que dans les plus aisées », pointe M. Coquard.
Lire l’entretien : Présidentielle 2022 : « Les jeunes ruraux ne se sentent pas représentés, ni dans leurs préoccupations ni par quelqu’un qui leur ressemble »
Progression de Lassalle
Notable également : M. Macron, qui souffre de l’étiquette de « candidat des villes », progresse dans certains territoires agricoles grâce au basculement d’une partie de l’électorat de droite. « C’est le cas dans toute la partie rurale des Yvelines, dans l’Aubrac, dans la Mayenne, dans le bocage vendéen, dans les zones viticoles champenoises. Ou encore dans le rural frontalier de la Suisse et du Luxembourg », selon M. Fourquet. La progression inverse du RN dans les agglomérations n’a pas eu lieu.
Enfin, il faut souligner la forte progression du vote pour Jean Lassalle, défenseur de « la France authentique » et de la ruralité, qui a fait 3,1 % des voix au premier tour, plus du double de 2017 (1,2 %). Si le député béarnais fait ses plus gros scores dans son fief des Pyrénées-Atlantiques (12,4 %), avec un effet régional marqué, il perce également dans plusieurs départements de la région Occitanie et en Corse. Des dizaines de villages ruraux ou de montagne l’ont plébiscité, avec parfois plus de 40 % des suffrages. Selon M. Fourquet, « en plus de ce capital de sympathie et de cette proximité lui bénéficiant dans certains terroirs méridionaux agricoles, Lassalle a sans doute également rencontré un écho auprès d’un électorat antisystème ».
Lire aussi : Au Pays basque, la vallée des Aldudes adule Jean Lassalle
Camille Bordenet