Les appels à l’économie de nos consommations d’énergie se multiplient

Réduire sa consommation d’énergie : pourquoi et comment les individus et les entreprises peuvent-ils agir ?

Les appels à l’économie de nos consommations d’énergie se multiplient. Pouvoirs publics et énergéticiens cherchent à trouver des solutions de remplacement au gaz russe.

Par et Publié hier à 15h38, mis à jour à 10h10

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Temps de Lecture 5 min. 

La France et l’Europe se préparent à une coupure totale des approvisionnements en gaz en provenance de Russie. Le 14 juillet, Emmanuel Macron a appelé à la « mobilisation générale »pour « consommer moins », précisant que le gouvernement allait présenter un « plan de sobriété », dans le but de se « préparer à un scénario où il nous faut nous passer en totalité du gaz russe ».

Dans une tribune publiée dans le JDD, dimanche 25 juin, les patrons d’Engie, d’EDF et de TotalEnergies avaient appelé à une « action collective et individuelle » pour « agir sur la demande en énergie en réduisant notre consommation (…) dès cet été ». Le 2 juillet, 84 dirigeants d’entreprises demandaient, toujours dans le JDD, à faire de la « sobriété » un « choix collectif ».Lire aussi :  Article réservé à nos abonnés  Les Européens se préparent à un hiver sans gaz russe

Pouvoirs publics et énergéticiens cherchent à trouver des solutions de remplacement au gaz russe. Mais cette « crise gazière » pèse d’autant plus sur les autres sources d’énergie, dont les marchés sont déjà sous tension.

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Pourquoi importations de gaz et production d’électricité sont-elles liées ?

Selon les données du ministère de la transition écologique, le gaz est la troisième source d’énergie la plus consommée en France. Il représente 16 % de la consommation totale d’énergie primaire utilisée sur le territoire, derrière le nucléaire (40 %) et le pétrole (28 %). En 2020, 17 % de ce gaz provenait de la Russie, selon le service des données et études statistiques (SDES). A l’échelle de l’Union européenne, la dépendance est encore plus marquée : plus de 40 % des ressources en gaz des Vingt-Sept proviennent de la Russie.Lire aussi :  Article réservé à nos abonnés  Guerre en Ukraine : la France ne reçoit plus de gaz russe

Comme l’explique Ines Bouacida, chercheuse en énergie au sein de l’Institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI), « la question du gaz naturel est très liée à celle de l’électricité car il sert à [la] produire dans les périodes dites de pointe ». Pendant ces pics de demande, des centrales spécifiques utilisent le gaz comme combustible pour produire de l’électricité. Elles ont l’avantage de répondre très rapidement aux besoins en approvisionnement, contrairement aux centrales nucléaires. Selon le SDES, en 2019, « la branche énergie représente 21 % de la consommation totale de gaz naturel », dont « la majeure partie sert à (…) produire de l’électricité ».

La production d’électricité fait de plus en plus appel au gaz

Ce graphique montre la consommation totale (hors pertes) de gaz naturel par secteur. Les données sont corrigées des variations climatiques.

Résidentiel

Tertiaire

Industrie

Usages non énergétiques

Usages internes de la branche énergie

Agriculture

Production d’électricité et de chaleur

Transports0100200300400500199019952000200520102015

Source : SDES, bilan énergétique de la France

« L’enjeu supplémentaire de cet hiver, c’est que la disponibilité du parc nucléaire français est historiquement basse », précise Ines Bouacida.Près de la moitié des réacteurs sont en effet à l’arrêt, en raison d’opérations de maintenance et de rénovation. La sécheresse et le faible débit des cours d’eau, indispensables au refroidissement des centrales, limitent également la production hydroélectrique.

La France doit par ailleurs répondre au mécanisme de solidarité créé par l’interconnexion du réseau électrique européen. Chaque Etat européen doit être en capacité de fournir et transférer au moins 10 % de son électricité produite vers les pays voisins.Lire aussi :  Article réservé à nos abonnés  EDF de plus en plus inquiet pour son parc nucléaire, en raison de problèmes de corrosion

Pour la chercheuse de l’IDDRI, « il n’est pas très probable qu’on ait des coupures de gaz inopinées, mais la question de la gestion des stocks, et surtout du prix du gaz, se pose ». Dans ce contexte, l’Etat a gelé les tarifs réglementés jusqu’à la fin de l’année 2022. Au lieu des 44,5 % d’augmentation proposés par la Commission de régulation de l’énergie, le bouclier tarifaire a permis de limiter à 4 % la hausse de nos factures d’électricité. La première ministre, Elisabeth Borne, a annoncé le 9 juillet que ce bouclier pourrait être remplacé, en 2023, par des aides plus ciblées à destination des Français modestes.

Qui consomme quoi ?

Bien que d’un ordre de grandeur comparable, les consommations énergétiques des transports, du résidentiel et de l’industrie ont des besoins et des façons d’utiliser l’énergie très divergents. Pour mieux comprendre, il faut se pencher sur le mix énergétique de ces secteurs, c’est-à-dire la part que chaque source d’énergie (gaz, pétrole, électricité, énergies renouvelables…) occupe dans leur consommation.

Les plus grands consommateurs d’énergie

Ce graphique montre la consommation énergétique annuelle finale de chaque secteur, en TWh (données corrigées des variations climatiques). La chute de consommation enregistrée en 2020 est à interpréter avec précaution, au regard des restrictions liées à pandémie de Covid-19.

Résidentiel-tertiaire

Transports

Industrie

Agriculture-Pêche02004006008001,0001,2001,4001,6001990199520002005201020152020

Source : SDES, bilan énergétique de la France

Les données du SDES montrent que les secteurs résidentiel et industriel ont recours au gaz naturel dans des proportions plus importantes que les autres secteurs, respectivement à hauteur de 31 % et de 28 % de la consommation totale en France.

L’électricité et le gaz, sources d’énergie prédominantes pour le bâtiment et l’industrie

Ce graphique représente la répartition des sources d’énergie dans la consommation finale de chaque secteur (mix énergétique). Pour éviter les biais d’interprétation induits par d’importantes différences de consommation en 2020, en raison des restrictions liées à la pandémie de Covid-19, les données sont arrêtées à 2019.

Renouvelables et déchets

Pétrole

Gaz naturel

Electricité

Charbon

Chaleur commercialisée

Sélectionnez un secteur

INDUSTRIE

TRANSPORTS

RÉSIDENTIEL

TERTIAIRE

La consommation finale énergétique de l’industrie (construction comprise) s’élevait à 323 TWh en 2019.0501001502002503003502000200520102015

Source : SDES, bilan énergétique de la France

Chez les particuliers, la somme de toutes les consommations d’énergie résulte d’une multitude de petites utilisations individuelles. Une situation bien différente de l’industrie, où seuls quelques acteurs, dits « gazo-intensifs », concentrent la majorité des besoins. D’après l’Insee, la chimie et l’agroalimentaire en sont les principaux consommateurs.

Le secteur industriel peut-il réduire rapidement sa consommation d’énergie ?

Le 10 juillet, le ministre de l’économie, Bruno Le Maire, a annoncé que certains sites industriels pourraient avoir à « ralentir leur consommation d’énergie, voire [à l’arrêter] pendant un certain temps ». « C’est totalement impossible » pour certains sites, afin de ne pas « casser l’outil industriel », a-t-il cependant précisé.

Les chaînes de production, notamment celles des activités « gazo-intensives », comme les hauts-fourneaux, la fabrication de verre ou d’acier, sont particulièrement difficiles à interrompre. « Ces sites sont conçus pour fonctionner en continu, pour près de quarante ans », explique Vincent Charlet, économiste et ingénieur, délégué général du think tank La Fabrique de l’industrie. D’autres, comme l’industrie automobile, sont plus souples et peuvent moduler leurs cadences, même si personne ne souhaite revoir ses objectifs à la baisse.

Vincent Charlet préfère souligner les efforts de long terme entrepris par chaque branche :

L’industrie, à l’échelle du siècle, a déjà entamé une transformation [vers la sobriété énergétique] qui va s’étendre et se poursuivre. On ne peut pas à la fois rassembler d’importantes ressources pour investir dans des solutions technologiques qui seront rentables à l’échelle de quarante ans, et demander en même temps de penser à éteindre la lumière.

Nicolas de Warren, président de l’Uniden – syndicat qui regroupe les industries consommatrices d’énergie –, remarque que « la crise fait prendre conscience à énormément d’entreprises, pour lesquelles le facteur énergétique n’était pas une question, qu’il faut entrer dans une démarche d’efficacité énergétique ». Il évoque, pour mieux résister à l’envolée du cours du gaz, la nécessité d’anticiper au mieux la production, en prévoyant par exemple de façon stratégique les dates d’arrêts pour entretien. A terme, la dépendance au prix du gaz pose un enjeu de compétitivité pour les industriels, qui se tournent de plus en plus vers l’électricité.

« Responsabiliser » les particuliers et les activités de services, est-ce une solution utile ?

Tous les secteurs consomment différemment et ne sont donc pas égaux dans leur capacité à agir immédiatement. Ines Bouacida précise :

Il faut différencier l’appel actuel à la chasse au gaspillage, qui équivaut à un rationnement dans une situation d’urgence, et la sobriété énergétique, qui s’inscrit dans des changements structurels et durables.

S’il peut sembler délicat de leur demander des efforts supplémentaires, les particuliers et les activités de services sont pourtant les plus à même de mettre en place immédiatement des « écogestes » qui permettront une baisse de la demande. Parmi les petits gestes les plus accessibles et efficaces, diminuer le chauffage d’un degré permet d’économiser 7 % d’énergie,selon l’Ademe. Et ce, alors que la température moyenne du chauffage dans les bâtiments européens s’élève à plus de 22 °C en hiver.

Ines Bouacida suggère cependant de porter attention aux foyers en situation de précarité énergétique, souvent mal isolés, qui peinent plus à réduire leur facture d’électricité :

Certains ménages sont en rationnement forcé tout le temps. Il faut une approche différenciée selon les consommateurs, c’est important d’avoir des mesures d’aides financières.

D’autres solutions appliquées à l’espace public sont aussi envisageables, comme la limitation des panneaux publicitaires lumineux et de l’éclairage. D’après l’Ademe, l’affichage numérique ne cesse d’augmenter – presque 40 % de plus entre 2018 et 2020. Un écran de 2 m² consomme autant d’électricité qu’un ménage français pour l’éclairage et l’électroménager – hors chauffage – sur une année.

Dans le cadre du plan de sobriété, le chef de l’exécutif a déclaré vouloir « faire attention collectivement le soir aux éclairages qui sont inutiles », notamment grâce à « un plan pour les administrations publiques ». Trois groupes de travail sur la sobriété énergétique ont été lancés sur l’administration, les entreprises et les établissements recevant du public. L’objectif : déterminer comment, d’ici deux ans, réduire de 10 % la consommation d’énergie par rapport à 2019.

Pour Cédric Borel, directeur de l’Institut français pour la performance du bâtiment, « il faut une amélioration des usages et de la technique. En associant les deux, on peut tout de suite obtenir un gain de 20 % » sur la consommation d’énergie. L’investissement dans les infrastructures techniques, en parallèle de la communication, permettrait d’éviter un effet rebond de la consommation, une fois la crise passée.

Raphaëlle Aubert et Marie Maison

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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