« L’accompagnement du vieillissement ne doit pas rester le grand absent du débat politique »
TRIBUNE
Catherine Pratbernon-Guerre – présidente de l’Adapah 52 (association départementale d’aide aux personnes âgées et aux handicapés, Haute-Marne).
L’abandon du projet de loi sur le grand âge et l’autonomie ne doit pas amener au déni de cette question, alors même que la pérennité des associations d’aide à domicile est menacée par le manque de financement, souligne, dans une tribune au « Monde », Catherine Pratbernon-Guerre, présidente d’une association départementale en Haute-Marne.
Publié le 06 juillet 2022 à 10h00 Temps de Lecture 3 min.
Les campagnes pour les élections présidentielle et législatives sont maintenant derrière nous, et il faut bien constater qu’un thème en a été totalement absent : l’accompagnement des personnes vieillissantes. L’avancée en âge n’a été vue que sous l’angle des retraites à payer, et donc c’est l’âge du départ à la retraite qui a focalisé l’attention et animé les débats.
L’espérance de vie continue d’augmenter, mais avancer en âge c’est aussi voir croître le risque de perdre une partie de son autonomie et d’avoir besoin d’une aide pour les actes de la vie quotidienne. La crise sanitaire a mis en lumière ceux et celles qui, au quotidien, accompagnent les personnes âgées ou handicapées à leur domicile.
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Comme les soignants, on les a applaudis et on a loué leur dévouement, leur disponibilité, leur humanité. Comme pour d’autres métiers, nous avons tous pris conscience de leurs salaires insuffisants. L’Etat, dans une volonté de reconnaissance, a décidé une refonte de la grille salariale conventionnelle qui s’applique depuis le 1er octobre 2021.
Le rôle central des associations
La mesure était justifiée, mais nos élites technocratiques ont mal évalué les implications économiques de cette mesure pour les conseils départementaux et les structures qui assurent l’aide à domicile. L’aide aux personnes âgées et aux personnes handicapées est essentiellement assurée par des associations implantées localement. Aujourd’hui, ce secteur associatif est en profonde crise financière.
Plus des deux tiers de leur activité sont liés aux plans d’aide financés et tarifés par les conseils départementaux. Or, la Caisse nationale de solidarité pour l’autonomie (CNSA) a enjoint aux départements de ne pas modifier leur tarification, tout en leur demandant d’accorder des dotations exceptionnelles qui n’arrivent pas toujours ou souvent avec retard. Ce sont donc les tarifs 2021 qui s’appliquent.
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L’augmentation des salaires liée à la refonte des grilles salariales s’accompagne d’un accroissement des charges salariales majoré dans certains cas par la perte de certaines exonérations de charges, en lien avec le gonflement de la masse salariale. Concrètement, pour les associations, cela veut dire que chaque intervention est payée moins que ce qu’elle coûte en réalité. L’écart se chiffre en euros…
La pérennité des associations d’aide à domicile menacée
Quelle entreprise travaillerait plusieurs mois en perdant de l’argent chaque fois qu’elle produit un service ou un bien ? Eh bien c’est ce qu’on a imposé, depuis octobre 2021, aux associations d’aide aux personnes âgées et handicapées. Beaucoup sont obligées depuis cette date de puiser tous les mois dans leurs réserves financières pour assurer le paiement des salaires.
La compensation des augmentations de salaires est versée sous forme de dotations exceptionnelles par les conseils départementaux, a posteriori des dépenses engagées. Les associations font donc l’avance d’une trésorerie qu’elles n’ont plus. S’ajoutent à ces problèmes de financement, des difficultés de recrutement tellement importantes que les associations sont dans l’obligation de diminuer leur activité alors que leurs charges fixes sont constantes. La pérennité des associations d’aide à domicile est menacée.
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A un moment où la société réclame un nouveau modèle d’accompagnement du grand âge, après les dénonciations du modèle de l’établissement d’hébergements pour personnes âgées dépendantes (EHPAD), la question du financement de l’accompagnement du vieillissement et de l’autonomie devrait faire partie du débat national et être au cœur des débats d’idées. L’accompagnement du vieillissement ne doit pas rester le grand absent du débat politique.
La question du maintien à domicile
L’abandon du projet de loi « grand âge et autonomie » ne doit pas amener au déni de cette question. Il importe que tous ceux qui participent à la vie politique s’en saisissent et que les moyens nécessaires soient mis en œuvre pour permettre à nos anciens de choisir leur lieu de résidence et bénéficier d’un accompagnement digne et respectueux.
Il existe, en Europe, des modèles du bien-vieillir dont la France pourrait s’inspirer ; ils nécessitent, entre autres, une politique volontarisme d’éducation à la santé et une meilleure inclusion, dans la cité, des personnes en situation de handicap ou âgées. Compte tenu de la nécessité d’envisager pour toute action sa soutenabilité écologique, le maintien à domicile partout sur le territoire doit être questionné.
Une politique volontariste à tous niveaux
Vieillir à domicile oui, mais pas systématiquement dans un domicile éloigné de tout service et impliquant pour tous les actes de la vie quotidienne des déplacements. Il faut promouvoir d’autres formes de domicile permettant de maintenir une vie sociale, une autonomie dans la gestion des activités quotidiennes et des déplacements, un accès de proximité aux services de santé et aux services publics.Lire aussi
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Pour s’assurer de l’adhésion des personnes âgées et des personnes en situation de handicap, il faut dès à présent réaliser des campagnes d’information et de sensibilisation, avoir une politique volontariste à tous les niveaux – Etat, régions, départements et intercommunalités – et mettre des crédits permettant de financer les projets immobiliers, d’aménagement, technologiques et surtout les besoins humains. Car l’accompagnement des personnes les plus fragiles, c’est toujours un être humain face à un autre être humain.
Catherine Pratbernon-Guerre (présidente de l’Adapah 52 (association départementale d’aide aux personnes âgées et aux handicapés, Haute-Marne).)