La convention des entreprises pour le climat a tenu son ultime session, vendredi 1er juillet, et a élaboré des propositions concrètes pour la transition écologique. 

Cent cinquante chefs d’entreprise adoptent dix propositions pour la transition écologique

La convention des entreprises pour le climat a tenu son ultime session, vendredi 1er juillet, et élaboré des propositions concrètes pour la transition écologique. 

Par Rémi Barroux

Publié aujourd’hui à 10h47, mis à jour à 13h41  

Temps de Lecture 4 min. 

https://www.lemonde.fr/climat/article/2022/07/04/cent-cinquante-chefs-d-entreprise-adoptent-dix-propositions-pour-la-transition-ecologique_6133236_1652612.html

Parmi les sociétés paticipant à la Convention des entreprises pour le climat, Vedettes de Paris a décidé d’accélérer l’électrification de sa flotte, qui fonctionne aux énergies fossiles.  MYLENE DEROCHE / IP3 PRESS/MAXPPP

C’est sur le bateau Gustave, au pied de la tour Eiffel, que la sixième et ultime session de la convention des entreprises pour le climat (CEC) s’est achevée, vendredi 1er juillet dans la soirée. Quelques heures plus tôt, les 150 chefs d’entreprise votaient, après huit mois de travail, sur les mesures nécessaires selon eux pour faire de la transition écologique un moteur de l’économie et, surtout, un facteur de développement de leur propre entreprise.

Marie Bozzoni, la directrice générale des Vedettes de Paris, qui les avait conviés, est membre de la CEC. « J’étais curieuse, j’avais une sensibilité environnementale, je triais mes déchets, j’achetais sur Leboncoin, mais je voulais voir ce qui pouvait se raconter et se faire concrètement dans une entreprise », raconte cette cheffe d’entreprise de 43 ans.

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Les numéros un de ces sociétés, grandes ou petites, regroupant 350 000 salariés pour 95 milliards de chiffre d’affaires, ont adopté dix propositions qui seront soumises au gouvernement et aux parlementaires pour inspirer, espèrent-ils, des mesures législatives ou réglementaires. Parmi plusieurs dizaines de pistes, ces chefs d’entreprise ont voté très majoritairement (97,8 %) en faveur de sept mesures et de trois groupes qui vont continuer de travailler sur « la disparition des niches fiscales nuisibles à l’environnement »« l’écoconditionnalité de l’accès aux marchés et financements publics » et la création d’un indice « R3 » pour « réemploi, réparabilité et recyclabilité ».

La formation aux enjeux de la transition écologique occupe une large place dans les mesures adoptées, à destination des « décideurs économiques et des comités de direction », ou des salariés et des représentants du personnel. On trouve également la rénovation énergétique des bâtiments d’entreprise ou la priorité aux mobilités les moins polluantes.

Une feuille de route pour chaque entreprise

Ces dirigeants proposent aussi de « conditionner la rémunération des dirigeants à la réussite de critères environnementaux préalablement fixés » et l’obligation de la « réalisation d’un bilan carbone scope 3pour toutes les entreprises de plus de 50 salariés ». Pour l’heure, seules les entreprises de plus de 500 salariés sont tenues, tous les quatre ans, de faire le bilan de leurs émissions directes de gaz à effet de serre (scope 1), ainsi que de celles liées à leur consommation d’énergie (scope 2). Le scope 3 intègre toutes les émissions indirectes, soit le cycle de vie d’un produit, les déchets, les mobilités du personnel, les transports des marchandises, etc.

La convention citoyenne pour le climat (CCC), qui a travaillé d’octobre 2019 à juin 2020, avait remis une cinquantaine de propositions au président de la République. Cent cinquante citoyens volontaires avaient alors été missionnés par Emmanuel Macron afin de proposer des mesures permettant la baisse des émissions de gaz à effet de serre. La CCC a servi d’inspiration aux fondateurs de la CEC, mais à la différence de celle-ci, la première disposait d’un mandat.

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Pour Eric Duverger, cofondateur de la CEC, « ces dirigeants ont montré qu’ils pouvaient, alors qu’ils n’étaient pas nécessairement avertis des enjeux de la transition écologique, et en suivant une formation adaptée, se montrer très ambitieux pour le monde économique et leurs propres entreprises ».

Chaque membre de la convention a en effet adopté une feuille de route pour son entreprise. Marie Bozzoni, avec 90 salariés et cinq bateaux, a décidé ainsi d’accélérer l’électrification de sa flotte, qui fonctionne aux énergies fossiles – son premier bateau électrique sera en service en décembre. Elle voudrait aussi mettre à disposition ses infrastructures pour favoriser la logistique fluviale. « Entre 1 heure et 10 heures du matin, mon site, au cœur de Paris, ne sert pas. Des bateaux pourraient venir y décharger. De même pour les services de La Poste ou encore l’approvisionnement des très nombreux restaurants des bords de Seine. »

Changer de « business model »

Sophie Robert-Velut, elle, se donne l’objectif, « difficile à atteindre », d’être neutre en carbone en 2030. « Les achats de matières premières, dont beaucoup viennent de loin, du secteur agricole notamment, représentent une part importante de notre bilan carbone. Il faut que l’on réfléchisse non plus à ce dont on a besoin pour nos produits [dermatologie, cosmétique, rhumatologie…], mais plutôt à les définir à partir de ce que notre environnement immédiat peut nous proposer », explique la directrice d’Expanscience, qui commercialise la marque Mustela.

Pour elle, comme pour la plupart des chefs d’entreprise rencontrés, il s’agit de changer de « business model »« Nous devons réfléchir au côté indispensable, ou non, de certains de nos produits », dit encore Sophie Robert-Velut. Et de raconter comment la suppression de la vente de lingettes pour bébé a rencontré l’opposition de la clientèle.

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« L’idée n’est pas seulement de faire mieux, mais de réfléchir à la finalité de notre travail », abonde Alexandra Mathiolon, 32 ans, directrice générale de Serfim. A la tête de 2 600 salariés, basés à Vénissieux (Rhône), la jeune femme veut que son entreprise, qui s’occupe de dépollution de terrains, de réseaux d’électricité ou encore de traitement de l’eau, se tourne vers la régénération. « Notre activité doit pouvoir rendre des services écosystémiques, restaurer le vivant par exemple lors des dépollutions de sols, et nous devons aussi limiter notre accès aux ressources », avance-t-elle.

Une formation « de plus en plus indispensable »

L’élaboration des feuilles de route par les entreprises, l’engagement de leurs patrons permettent d’éloignerle soupçon de « greenwashing ». « Nombre de dirigeants, d’entreprises, mais aussi les politiques, les ministres pensent qu’ils savent, qu’il y a encore le temps. Mais la réalité est tout autre et cette formation est de plus en plus indispensable », insiste Eric Duverger.

Rencontré en septembre 2021, lors de la première session, Raphael Zaccardi, directeur général de Caterpillar France, à Grenoble, confiait alors que ses deux enfants lui reprochaient de travailler dans un secteur polluant, fabriquant des engins pour construire des infrastructures « parfois inutiles ». Aujourd’hui, le sexagénaire dit avoir changé. Il a décidé de prendre une année sabbatique « pour[s]e déconnecter, et [s]e consacrer au futur de la convention »« J’ai pris une claque et je comprends l’enjeu d’embarquer tous les membres de l’entreprise », raconte-t-il.

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« Ces chefs d’entreprise ont fait un sacré voyage. Ils ont tout questionné, pour aboutir à leurs propositions », juge Nadia Boeglin, chargée de la transition écologique des grands comptes à l’Agence de l’environnement et de la maîtrise de l’énergie, également administratrice de l’Observatoire de la responsabilité sociétale des entreprises.

Le ministère de la transition écologique a participé au financement de la CEC et Barbara Pompili, alors ministre, lui a rendu visite en décembre 2021. Le commissaire général au développement durable, Thomas Lesueur, était aussi présent lors de l’ultime session. « Je leur ai dit que j’attendais de pouvoir étudier leurs propositions. Il est très singulier de voir que des chefs d’entreprise réfléchissent à la manière de changer leur modèle économique », a-t-il confié au Monde. Un rendez-vous est prévu le 20 juillet avec les membres de la CEC. Et, en septembre, le travail devrait reprendre pour élaborer les versions législative, réglementaire ou autre de ces propositions.

Rémi Barroux

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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