La figure de M. Corbyn est utilisée par la majorité présidentielle pour dénoncer les supposées sympathies de la gauche radicale pour des mouvements conspirationnistes extrêmes.

Comprendre la polémique autour de la Nupes et Jeremy Corbyn, accusé de complaisance avec l’antisémitisme

L’invitation de l’ancien leader travailliste britannique par deux candidates issues de La France insoumise a suscité l’indignation, tant à gauche qu’à droite. 

Par Les Décodeurs Publié hier à 12h14, mis à jour hier à 16h42  

Temps de Lecture 3 min. 

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Jeremy Corbyn, qui a participé à la campagne de Danielle Simonnet et Danièle Obono (La France insoumise-Nupes) à Paris, est régulièrement accusé de complaisance avec l’antisémitisme.
Jeremy Corbyn, qui a participé à la campagne de Danielle Simonnet et Danièle Obono (La France insoumise-Nupes) à Paris, est régulièrement accusé de complaisance avec l’antisémitisme.  ISABEL INFANTES/AP

Une faute politique majeure, en pleine élection ? Telle est l’accusation portée contre Danielle Simonnet et Danièle Obono, toutes deux candidates aux législatives sous la bannière de la Nouvelle Union populaire et sociale (Nupes) et issues de La France insoumise (LFI). Députée sortante, Mme Obono a été réélue dès le premier tour, dimanche 12 juin. Durant la campagne du premier tour des législatives françaises, ces deux candidates de la Nupes dans les 15e et 17e circonscriptions de Paris, se sont affichées, le 6 juin, aux côtés de Jeremy Corbyn. « Beaucoup d’émotion et de fierté de recevoir, ce soir, Jeremy Corbyn, député de Londres », s’est félicitée Mme Simonnet.

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L’ancien ministre de l’éducation, Jean-Michel Blanquer, a dénoncé sur RTL, le 14 juin, une « complicité » de la Nupes « avec tout ce qu’il y a de plus nauséeux », en fustigeant « les propos et la pensée antisémite » du député de Londres. Dans cet entre-deux-tours, la figure de M. Corbyn est utilisée par la majorité présidentielle pour dénoncer les supposées sympathies de la gauche radicale pour des mouvements conspirationnistes extrêmes.

Mais cette invitation a été plus largement critiquée, par la Licra, par de nombreuxintellectuels juifs, par des éditorialistes, et jusqu’à gauche, par Lamia El Aaraje, porte-parole du Parti socialiste (PS) et députée sortante privée d’investiture par la Nupes au profit de Danielle Simonnet. Cette dernière lui a répondu sur Twitter : « Honte à vous. Jeremy Corbyn n’a jamais tenu un seul propos antisémite mais a été victime d’une grossière manip’ parce qu’il incarnait l’aile gauche. » Lire aussi   Royaume-Uni : Jeremy Corbyn accusé de complaisance antisémite au sein du Labour

Qui est Jeremy Corbyn ?

Jeremy Corbyn, 73 ans, est un homme politique anglais, qui a été chef du Parti travailliste (ou Labour, la gauche britannique) de 2015 à la fin de 2019. Défenseur des droits des minorités sexuelles autant que de la cause palestinienne, il a très régulièrement été épinglé pour sa complaisance avec des mouvements hostiles à l’Etat d’Israël, dont certains groupes négationnistes ou islamistes.

Lorsqu’il était à la tête de la gauche britannique, plusieurs journaux de la communauté juive ont dénoncé « le mépris corbyniste envers les juifs et Israël ». Le 29 octobre 2020, il est temporairement suspendu du mouvement travailliste après la publication d’un rapport indépendant, l’accusant de n’avoir pas agi contre l’antisémitisme dans les rangs du Labour.

Lire aussi   « Corbyn a fait du parti un refuge pour les antisémites » : au Royaume-Uni, la communauté juive se détourne du Labour

Si Jeremy Corbyn s’est toujours déclaré étranger à tout antisémitisme, plusieurs de ses positions et actes politiques ont semé le trouble.

  • En 2009, il qualifie le Hezbollah et le Hamas d’« amis », suscitant l’ire de la communauté juive et du conservateur David Cameron , des années plus tard. Il justifie, en 2015, ce qualificatif par la volonté de réunir Israël et ses ennemis, afin d’arriver à un processus de paix. En 2016, il déclare qu’il « regrette d’avoir utilisé ce terme ».
  • En 2012, il exprime son opposition à l’effacement d’une fresque murale mettant en scène des motifs complotistes traditionnels de l’antisémitisme : des banquiers s’amusant sous l’œil d’une pyramide Illuminati. En 2018, il se dit « sincèrement désolé de ne pas avoir regardé de plus près l’image », dont il qualifie le contenu de « profondément choquant et antisémite ».
  • En 2013, lors d’un discours à une réunion organisée par une association proche du Hamas, M. Corbyn tourne en dérision les « sionistes britanniques ». Face à la polémique, il assure avoir utilisé ces termes « dans un sens politique précis et non comme un euphémisme pour le peuple juif », tout en se disant désormais « plus prudent » dans son emploi.
  • En 2014, il assiste à un événement caritatif propalestinien organisé par le négationniste Paul Eisen. Le tabloïd anglais Daily Mail affirme que les liens entre Jeremy Corbyn et ce dernier sont anciens, et qu’il les a cachés en 2016 à la commission d’enquête sur l’antisémitisme au sein du Parti travailliste. Face à ces accusations, il explique n’avoir pas été au courant des vues de Paul Eisen, qualifie le négationnisme de « vil et ignoble », et exprime son regret d’avoir contribué à son financement.

En dehors de ses ambivalences, il a également été accusé de n’avoir pas su enrayer la montée de l’antisémitisme dans son parti, avec des réactions trop tardives ou insuffisantes.

  • En 2018, le Times relève plus de deux mille messages à caractère antisémite, négationnistes ou nazis postés et non modérés sur des pages Facebook en faveur du leader du Parti travailliste, « usine à haine de Jeremy Corbyn ». Des groupes sans le moindre lien officiel avec le parti, conteste le porte-parole du Labour.
  • La même année, son fidèle compagnon de route, l’ancien maire de Londres, Ken Livingston, démissionne du Parti travailliste après avoir suggéré qu’Adolf Hitler était sioniste avant de devenir un fou génocidaire. Jeremy Corbyn parle de son départ comme d’une « bonne chose à faire ».
  • En 2020, un rapport indépendant de la commission pour l’égalité et les droits humains (EHRC) conclut à des défaillances « inexcusables », son équipe ayant minimisé ou ignoré de nombreuses plaintes et alertes de travaillistes juifs. Jeremy Corbyn est alors suspendu du Labour par son nouveau leader, Keir Starmer.

M. Corbyn a qualifié les conclusions de l’EHRC de « grossièrement exagérées », ce que disent aussi les candidates LFI aujourd’hui. « Le Parti travailliste a dû s’excuser et le réintégrer, explique Danielle Simonnet. Il y a suffisamment de vrais antisémites à combattre pour s’en inventer d’autres. »

Il a, en effet, été réintégré un mois plus tard sur décision du comité national exécutif travailliste, lui-même visé par ce rapport, dans un désaveu du choix de Keir Starmer de l’exclure. Mais Mme Simonnet oublie de préciser que l’ancien leader du Labour n’est plus autorisé par son parti à siéger au Parlement en tant que député travailliste.

Les Décodeurs

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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