L’interdiction de tout moteur thermique neuf dans l’UE à partir de 2035, mais sous les pression des lobbys ont retoqué la réforme du marché du carbone.

Par un « vote historique », le moteur à explosion appelé à disparaître en Europe

Le Parlement européen s’est prononcé pour l’interdiction de tout moteur thermique neuf dans l’UE à partir de 2035. Les constructeurs balancent entre acceptation et inquiétude. 

Par Eric BéziatPublié aujourd’hui à 12h07, mis à jour à 12h18  

Temps de Lecture 3 min. https://www.lemonde.fr/economie/article/2022/06/09/par-un-vote-historique-le-moteur-a-explosion-appele-a-disparaitre-en-europe_6129538_3234.html

Des députés du Parlement européen applaudissent après avoir voté l’interdiction de tout moteur thermique neuf dans l’Union européenne à partir de 2035, à Strasbourg, le 8 juin 2022.
Des députés du Parlement européen applaudissent après avoir voté l’interdiction de tout moteur thermique neuf dans l’Union européenne à partir de 2035, à Strasbourg, le 8 juin 2022.  JEAN-FRANCOIS BADIAS / AP

Un dernier tour de piston et puis s’en va… Le Parlement européen a voté, mercredi 8 juin, pour l’interdiction des ventes de voitures et camionnettes neuves à moteur thermique dans l’Union européenne à partir de 2035. En dehors d’une niche réservée aux voitures de luxe, plus aucun moteur à essence ou diesel ne sera autorisé, ni même aucune motorisation hybride, à gaz (GPL, GNV), à agrocarburant (éthanol, agrodiesel) ou à carburant de synthèse. Dans treize ans, en Europe, ne pourront faire l’objet d’une première immatriculation que des véhicules émettant zéro CO2 lors de leur utilisation, de fait des voitures électriques ou à hydrogène.

Ce vote de Strasbourg n’est en réalité qu’une étape. Pour être appliquée, la nouvelle régulation devra passer par le Conseil européen des ministres de l’environnement, le 28 juin, qui pourra amender le texte, puis par un « trilogue » associant la Commission européenne, les députés et le Conseil. Cette négociation ne devrait aboutir à un règlement définitif qu’à l’automne. Pourtant, le scrutin du jour est chargé de symboles. Il programme la fin d’une vaste histoire, celle du moteur à explosion, qui aura marqué la technologie, l’industrie, l’économie, la culture des pays occidentaux, puis du monde entier, depuis cent cinquante ans.

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« La pollution fait 300 000 morts prématurées par an en Europe »

« C’était serré, mais c’est un vote historique, confirme Lucien Mathieu, porte-parole pour la France de l’ONG bruxelloise Transport & Environment (T&E). Ce bannissement total du moteur thermique, en ligne avec les recommandations du GIEC, est notre seule chance de parvenir à nos objectifs climatiques. Il nous permet de réduire notre dépendance au pétrole. Il est bon pour la qualité de l’air – je rappelle que la pollution fait 300 000 morts prématurées par an en Europe. » Seul regret de T&E : que les députés européens n’aient pas choisi d’accélérer la transition. Le règlement prévoit donc une baisse des émissions de CO2 des véhicules (par rapport à 2021) de 15 % en 2025, puis de 55 % pour les voitures particulières (50 % pour les vans) en 2030 et enfin de 100 % en 2035.

La tonalité est inverse du côté des constructeurs. « C’est une décision contre le marché, contre l’innovation et les technologies modernes », a tempêté Hildegard Müller, présidente de la puissante fédération des constructeurs allemands VDA. En Europe, au premier trimestre 2022, les ventes de voitures 100 % électriques représentaient 10 % des immatriculations. En France, la part de marché du zéro émission monte à 12 % sur les cinq premiers mois de 2022 (contre 7 % pour la même période de 2021), mais les émissions de CO2 des véhicules neufs stagnent depuis août.

Du côté de l’industrie automobile française, le ton est moins offensif, mais le scepticisme transparaît. « Que l’on ne s’y trompe pas, nous ne nous opposons pas à cette évolution, souligne Marc Mortureux, délégué général de la Plate-forme automobile (PFA), qui fédère les entreprises du secteur. Nos grands constructeurs investissent déjà dans la transition : dans des gammes de véhicules électriques, dans des gigafactories de batteries. Encore faut-il que les pouvoirs publics s’assurent que le reste suit. Il faudra de l’électricité décarbonée partout en Europe ; il faudra multiplier par sept le rythme d’installation de nouvelles bornes de charge d’ici à 2030 ; il faudra sécuriser l’approvisionnement des matériaux nécessaires à la fabrication de batteries. »

L’inflation complique l’équation

Pour les industriels, l’inflation montante, en particulier sur les composants des voitures électriques, complique l’équation. « Nous sommes les seuls au monde à faire de l’électrique la solution unique de la transition, relève M. Mortureux. Or cette décision radicale est prise à un moment où il va être très compliqué de faire baisser le coût de l’électrique pour le rendre accessible à tous. » Chez les partisans du zéro émission, on réfute cet argument. « Avant la guerre en Ukraine, le consensus technologique estimait que la parité de coût de production entre électrique et thermique serait atteinte en cinq ans, explique M. Mathieu. Certes, la flambée inflationniste va retarder ce moment mais, selon nos experts, de deux ans tout au plus. »

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La réalité est que les grands constructeurs, aiguillonnés par les investisseurs boursiers, ont presque tous annoncé que leurs marques-phares seraient, en Europe, 100 % électriques dès 2030 : Renault, Peugeot, Fiat, Opel, Volkswagen, Volvo, Citroën, DS… Mais, chez T&E, on fait la différence entre ceux qui jouent le jeu et les autres. « Volvo, Ford Europe et le groupe Volkswagen se sont prononcés sans ambiguïté en faveur du bannissement, détaille Lucien Mathieu. D’autres, en particulier BMW et Renault, ont fait pression sans relâche contre la mesure. » Les représentants de la filière disent aussi s’inquiéter pour le tissu économique local. En France, sur les 780 000 salariés – 280 000 dans l’industrie, 500 000 dans les services – que compte le secteur automobile, 150 000 seraient, selon la PFA, menacés d’être privés de leur travail par l’électrification, soit près de 20 % des emplois.

Eric Béziat Contribuer

Le Parlement européen rejette une réforme-clé pour atteindre la neutralité carbone

Au terme d’une journée à rebondissements, les eurodéputés ont approuvé la fin des véhicules thermiques en 2035, mais retoqué la réforme du marché du carbone. Certains députés trouvaient la réforme trop ambitieuse, d’autres pas assez. 

Par Virginie Malingre(Bruxelles, bureau européen)Publié hier à 21h20, mis à jour à 09h21  

Temps de Lecture 5 min. 

https://www.lemonde.fr/planete/article/2022/06/08/le-parlement-europeen-rejette-une-reforme-cle-pour-atteindre-la-neutralite-carbone_6129443_3244.html

Le Parlement européen, à Strasbourg, le 8 juin 2022.
Le Parlement européen, à Strasbourg, le 8 juin 2022.  JEAN-FRANCOIS BADIAS / AP

Pataquès au Parlement européen. Ce qui devait être un moment historique à Strasbourg s’est transformé, mercredi 8 juin, en un véritable vaudeville politique dont la transition climatique a été la victime. Si les eurodéputés ont approuvé la fin de la vente de la quasi-totalité des véhicules thermiques en 2035, ils n’ont pas réussi à s’entendre sur l’une des réformes fondamentales pour que l’Union européenne (UE) parvienne, comme elle s’y est engagée, à la neutralité carbone en 2050.

Alors qu’ils étaient appelés à voter sur plusieurs textes – huit au total – piliers du Green Deal européen, ils ont, par des jeux d’alliances successifs et contre-nature, retoqué la réforme du marché du carbone (dit ETS, pour Emissions Trading System), sur lequel s’échangent des permis d’émission de CO2 et qui est au cœur de l’action communautaire pour le climat.

Le 14 juillet 2021, la Commission européenne présentait quatorze propositions législatives destinées à mettre en œuvre la transition climatique qui doit permettre aux Vingt-Sept de réduire de 55 % leurs émissions de CO2 à l’horizon 2030, et de se mettre ainsi en marche pour respecter l’accord de Paris sur le climat. Depuis, les Etats membres, d’un côté, les eurodéputés, de l’autre, ont travaillé pour tenter d’arrêter leur position, avant de commencer à négocier entre eux afin de trouver un compromis final. Mercredi, le Parlement européen était censé valider cette première étape, que les capitales, pour leur part, souhaitent mener à bien avant l’été.

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Ces derniers jours, Pascal Canfin, l’eurodéputé macroniste (Renew) qui préside la commission environnement du Parlement européen, avait intensifié les discussions afin de trouver un accord avec les grands groupes politiques de l’institution. Il savait qu’il serait difficile de s’entendre avec les conservateurs du Parti populaire européen (PPE), qui se sont « radicalisés ces derniers mois », pour reprendre son expression. Ils « se sont rapprochés des positions climatosceptiques de l’extrême droite », juge-t-il, après avoir perdu plusieurs élections en Europe, notamment en Allemagne, où la CDU n’est plus au pouvoir.

Amendements du PPE

De fait, le PPE, qui, il y a un an encore, soutenait le Green Deal d’Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission, issue de ses rangs, avait, ces derniers temps, durci sa position. Sensible aux arguments des industriels les plus rétifs au changement, le groupe a d’ailleurs déposé une multitude d’amendements destinés à freiner la transition écologique.

« Chez les libéraux et les socialistes, il y a aussi des gens très réfractaires à l’action climatique », ajoute Philippe Lamberts, président du groupe des Verts au Parlement européen. Au sein des libéraux de Renew, certaines délégations, notamment la finlandaise et l’italienne, souhaitaient également ralentir la transition écologique. Tout comme les Italiens, les Espagnols ou les Roumains sociaux-démocrates (S&D).

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In fine, rien ne s’est passé comme prévu à Strasbourg, tant les sujets sont complexes politiquement, socialement et économiquement. Le texte-clé du paquet législatif, qui prévoyait une refonte du marché des quotas d’émission de CO2, a été rejeté par 340 voix contre (245 pour, 34 abstentions). S’y sont opposés d’une part les Verts, les S&D et la gauche radicale (GUE/NGL), qui le trouvaient insuffisant, et d’autre part les souverainistes (ECR) et l’extrême droite (ID) qui, à l’inverse, le jugeaient trop ambitieux. Les votes de Renew et du PPE n’ont pas suffi. « La gauche l’a torpillé de manière irresponsable », a cinglé l’eurodéputé (Les Républicains, LR) François-Xavier Bellamy. « Quel jour terrible. Une honte de voir l’extrême droite voter avec socialistes et Verts », a réagi son collègue allemand du PPE, Peter Liese.

« Le PPE et Renew s’attendaient à ce que, comme d’habitude, les socialistes courbent l’échine. Pour la première fois, le groupe S&D a tenu bon, refusant de voter pour un texte qui avait été au préalable amendé par l’extrême droite, avec le soutien du PPE », rétorque Philippe Lamberts. Pour comprendre ce vote, il faut revenir sur ce qui s’est passé juste avant dans l’hémicycle. Les eurodéputés ont été appelés à se prononcer sur une série d’amendements qui, aux yeux de la gauche parlementaire, ont dénaturé le compromis global qui leur a finalement été soumis.

Report de deux projets législatifs

Celui-ci prévoyait ainsi une réduction de 63 % d’ici à 2030, par rapport à 2005, des émissions des secteurs soumis au marché carbone (chimie, production d’électricité, secteur papetier, ciment, acier…), alors que le vote en commission environnement avait arrêté une baisse de 67 %. Surtout, il retardait le calendrier au terme duquel devaient être supprimés les quotas d’émission gratuits accordés aux industriels européens – les fameux droits à polluer.

Un premier amendement soutenu par Renew et les S&D fixait cette date à 2032, mais n’est pas passé (à onze voix près) du fait de l’opposition du PPE, dont les LR français, et de la droite radicale, certes, mais aussi parce que seize élus libéraux, quinze socialistes et cinq représentants de la gauche radicale ne l’ont pas soutenu. Dans la foulée, un deuxième amendement (du PPE cette fois) a été adopté, avec le soutien de l’extrême droite, de 22 Renew et de 18 S & D, qui reportait cette échéance à 2034. « Vous ne pouvez pas chercher le soutien de l’extrême droite pour abaisser l’ambition climatique, et vous plaindre qu’on s’oppose ensuite », a déclaré la présidente du groupe S&D, Iratxe Garcia Pérez. Renew, pour sa part, a préféré voter, afin de ne pas retarder encore l’adoption du paquet climat. Las ! Cela n’a pas suffi.

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La réforme du marché du carbone n’ayant pas été adoptée, les eurodéputés ont reporté l’examen de deux autres projets législatifs qui ne peuvent se concevoir sans ce premier étage : la création d’un fonds social pour le climat, qui doit accompagner le paquet climat, et celle du mécanisme d’ajustement carbone aux frontières, qui taxera les importations au sein de l’UE de biens produits dans des conditions moins-disantes écologiquement que celles en vigueur sur le Vieux Continent. Les trois textes étant liés, argue Pascal Canfin, mieux vaut les renvoyer afin de « revenir en plénière avec, je l’espère, une majorité large et cohérente pour ce Parlement et pour le climat ».

Dans les minutes qui ont suivi ce vote, la stupeur est tombée sur l’hémicycle strasbourgeois. Manfred Weber, le président du groupe PPE, Stéphane Séjourné, son homologue de Renew et Iratxe Garcia Pérez se sont retrouvés dans le bureau de l’Allemand pour tenter de trouver une sortie de crise rapide. « Après l’échec de la réforme du marché carbone au Parlement européen, nous nous donnons quinze jours pour parvenir à un accord et voter cette réforme essentielle pour le climat le 23 juin », a tweeté en début de soirée Pascal Canfin. « On perd un mois, ce n’est pas dramatique », juge Philippe Lamberts. Avant d’ajouter : « Mais on voit qu’on rentre maintenant dans le dur, ça devient difficile de trouver des accords. »

Fin des véhicules thermiques

Pour le reste, le Parlement européen a approuvé l’élargissement du marché du carbone aux secteurs de l’aviation et du maritime. Il a également validé la création d’un second marché du carbone, auquel seront soumis les poids lourds et les immeubles de bureau, réduisant ainsi très largement la voilure de la proposition de la Commission, qui voulait que soient également concernés les transports et les logements des particuliers. Mais les eurodéputés, instruits par le mouvement des « gilets jaunes » en France et inquiets de la flambée des prix de l’énergie, n’ont pas souhaité prendre le risque de toucher au portefeuille les citoyens.

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Les eurodéputés ont également acté l’interdiction pour les constructeurs automobiles de vendre des voitures qui ne soient pas zéro émission à compter de 2035. L’amendement du PPE, soutenu par la droite radicale, qui souhaitait qu’ils puissent encore mettre sur le marché 10 % de véhicules à moteur thermique, n’a pas été adopté. « Une décision historique » et « une victoire majeure », a commenté Pascal Canfin, qui redoutait jusqu’au dernier moment que le PPE ait aussi la peau de ce texte. Mais sans doute l’imbroglio sur le marché du carbone a-t-il ramené le Parlement européen à la raison. « Après l’échec sur la réforme du marché carbone, le Parlement européen sauve son honneur sur la fin de vente des véhicules thermiques », commente Pierre Cannet, directeur du plaidoyer du WWF France.

En réalité, les eurodéputés n’ont pas totalement mis fin au moteur thermique. L’amendement dit Ferrari, en effet, est passé (367 voix pour, 217 contre, 22 abstentions) : déposé par les Italiens d’ECR, il autorise les voitures de luxe fabriquées à moins de 1 000 exemplaires à continuer à rouler à l’essence. « Sur les moteurs à combustion, le Parlement européen refuse une marge de 10 % pour les constructeurs de Clio, mais les Ferrari pourront continuer à rouler à l’essence… », ironise l’élue LR Agnès Evren.

Virginie Malingre(Bruxelles, bureau européen)

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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