De nouveaux indicateurs pour la pollution de l’air dans le metro

En France, l’air du métro est trois fois plus pollué qu’à l’extérieur

L’Agence nationale de sécurité sanitaire publie mercredi un rapport d’expertise sur la pollution de l’air dans les enceintes ferroviaires souterraines et propose de nouveaux indicateurs avec des concentrations à ne pas dépasser. 

Par Stéphane Mandard

Publié hier à 00h01, mis à jour hier à 22h55  

Temps de Lecture 3 min. 

https://www.lemonde.fr/planete/article/2022/06/08/en-france-l-air-du-metro-est-trois-fois-plus-pollue-qu-a-l-exterieur-alertent-les-autorites-sanitaires_6129294_3244.html

Sur un quai de la station de métro République, à Paris, en 2015.
Sur un quai de la station de métro République, à Paris, en 2015.  LOIC VENANCE / AFP

C’est l’une des principales recommandations des pouvoirs publics lors des pics de pollution dans les agglomérations : privilégier les transports en commun à la voiture. Pourtant, les niveaux de concentration en particules sont en moyenne trois fois plus élevés dans les différents métros français que dans l’air ambiant urbain, alerte l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) dans un rapport d’expertise publié mercredi 8 juin. Aussi, l’Anses insiste sur la nécessité de réduire cette pollution pour limiter l’exposition des usagers et propose de nouveaux indicateurs avec des concentrations à ne pas dépasser. L’agence avait été saisie en août 2019 par la direction générale de la santé afin d’établir des « valeurs guide de l’air intérieur associées à l’exposition des usagers dans les enceintes ferroviaires souterraines ».

La qualité de l’air dans le métro est l’un des angles morts des politiques antipollution. A la différence de l’air ambiant, elle n’est pas réglementée et donc très peu surveillée. C’est pourtant un enjeu de santé publique. Plusieurs millions de personnes empruntent quotidiennement un transport souterrain dans les agglomérations de Paris, Marseille, Lyon, Lille, Toulouse, Rennes et Rouen. Le réseau francilien, un des plus fréquentés au monde, est utilisé par environ 5 millions de voyageurs par jour. Et d’ici à 2030, avec le Grand Paris Express, l’Ile-de-France devrait compter soixante-huit stations et 200 kilomètres de lignes supplémentaires, essentiellement souterraines.

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Les mesures de qualité de l’air dans les enceintes ferroviaires souterraines, instaurées seulement au début des années 2000, mettent en évidence des concentrations en particules « très supérieures » (de l’ordre de trois fois) à celles mesurées à l’extérieur en fond urbain. Par particules, on entend les PM10, supérieures à 10 micromètres et les PM2,5 (inférieures à 2,5 µm), les plus dangereuses pour la santé car elles pénètrent plus profondément dans l’organisme. L’association Respire mène depuis plusieurs années des campagnes de mesure sur le réseau francilien. En mars 2021, elle a déposé plainte contre la RATP pour « tromperie aggravée » et « blessures involontaires » après avoir relevé des pointes allant jusqu’à 500 microgrammes par mètre cube à la gare RER Auber, soit dix fois plus que le seuil d’alerte d’un pic de pollution.

Concentrations à ne pas dépasser

Est-il toutefois plus dangereux de respirer quelques minutes par jour les particules en suspension dans le métro en attendant son train sur le quai ou d’inhaler les gaz d’échappement coincé dans son véhicule et les bouchons sur le périphérique ? Pas facile de trancher scientifiquement la question. Les sources d’émission des particules dans le métro sont bien identifiées : l’usure des matériaux due au freinage des rames et au contact entre le matériel roulant et la voie ferrée, ou encore à la remise en suspension des poussières liée au passage des rames.

Les connaissances sur la toxicité des particules des enceintes ferroviaires souterraines et leurs effets sanitaires sont en revanche beaucoup plus limitées. « Compte tenu du manque de données robustes, on ne peut pas dire si les particules du métro sont plus dangereuses que celles émises par le trafic routier », commente Matteo Redaelli, le coordonnateur de l’expertise de l’Anses. Les rares études toxicologiques et épidémiologiques suggèrent un potentiel oxydant supérieur avec de possibles effets cardio-respiratoires mais une réponse inflammatoire plus faible sans risque accru de cancer du poumon ou d’infarctus.

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En raison de ce corpus limité, l’Anses estime qu’il n’est pas pertinent d’établir de valeur guide spécifique à la pollution de l’air dans le métro. Elle propose en revanche des concentrations à ne pas dépasser. Les indicateurs les plus ambitieux ont été calculés à partir de la valeur guide journalière de l’Organisation mondiale de la santé pour l’air ambiant. Les seuils varient en fonction du temps passé dans les transports. Ainsi, pour les particules fines (PM2,5), la limite oscille entre 140 µg/mpour une durée limitée à une demi-heure par jour et 50 µg/m3 au-delà de deux heures. Selon les données des régies de transport, un Toulousain passerait en moyenne onze minutes par jour dans le métro contre trente-six minutes pour un Francilien. Des seuils qui ne manqueront pas de faire réagir les syndicats des agents des régies de transport en commun, les premiers exposés.

« Ne pas se tromper de message »

L’Anses encourage les pouvoirs publics à se saisir de ces indicateurs. D’une part, pour mettre en place des systèmes de surveillance qui font aujourd’hui largement défaut : à l’exception du réseau francilien, et encore de façon très parcellaire avec seulement cinq stations, les niveaux de pollution ne sont pas mesurés de façon continue. D’autre part, pour évaluer l’efficacité des mesures pour réduire les concentrations de polluants.

L’Anses identifie trois principaux leviers d’action : le renouvellement des matériels roulants, l’utilisation de systèmes de freinage électriques, moins émissifs en particules, et l’amélioration de la ventilation avec des systèmes de filtration plus performants. La RATP dit s’y atteler « depuis plus de 20 ans ».

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En 2021, la région Ile-de-France a annoncé un plan de plus de 10 milliards d’euros pour parvenir à « dépolluer l’air dans les espaces souterrains du métro et du RER » à l’horizon 2033. « Il ne faut pas se tromper de message, avertit Eric Vial, le directeur de l’évaluation des risques de l’Anses. Le sujet principal reste la pollution de l’air ambiant et il faut bien sûr continuer à promouvoir le métro ou le RER, qui sont des modes de transport moins polluants que les véhicules thermiques. Et c’est pour cela qu’il faut redoubler d’efforts pour réduire les concentrations importantes en particules qui y sont aujourd’hui relevées. »

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Stéphane Mandard

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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