L’Agence européenne des produits chimiques estime que le glyphosate ne présente pas de danger pour la santé !

Le glyphosate franchit une étape-clé vers sa réautorisation en Europe

L’Agence européenne des produits chimiques, qui donne un poids déterminant aux tests fournis par les industriels, estime que l’herbicide controversé ne présente pas de danger majeur pour la santé. 

Par Stéphane Foucart Publié aujourd’hui à 09h32, mis à jour à 10h16  

Temps de Lecture 3 min. 

https://www.lemonde.fr/planete/article/2022/05/31/le-glyphosate-franchit-une-etape-cle-vers-sa-reautorisation-en-europe_6128305_3244.html

A Sandillon (Loiret), le 26 mai 2022.
A Sandillon (Loiret), le 26 mai 2022.  THOMAS COEX / AFP

Le glyphosate vient de franchir une étape majeure vers sa réautorisation dans l’Union européenne. L’Agence européenne des produits chimiques (EChA) a rendu publique, lundi 30 mai, la conclusion de son évaluation de l’herbicide controversé – le pesticide de synthèse le plus utilisé dans le monde. Comme en 2017, l’EChA estime que le glyphosate n’est ni cancérogène, ni mutagène, ni toxique pour la reproduction, que ce soit de manière avérée (niveau de preuve le plus élevé) ou seulement supposée (niveau de preuve intermédiaire).

L’avis de l’EChA était déterminant pour l’avenir du glyphosate. Si l’agence européenne, basée à Helsinki, avait classé le célèbre herbicide dans l’une ou l’autre de ces catégories, celui-ci n’aurait pu être réautorisé à l’issue de l’expiration de sa licence, fin 2022. La réglementation européenne interdit en effet, théoriquement, l’arrivée sur le marché des pesticides répondant à ces critères de danger (cancérogène, mutagène ou reprotoxique). Ainsi, l’EChA ne juge le produit dangereux que pour les yeux des utilisateurs et toxique pour les organismes aquatiques – deux caractéristiques n’entraînant pas le rejet automatique de la demande d’autorisation

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Prochaine étape : l’avis de l’autre agence européenne impliquée dans le processus, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA). Cette évaluation des risques inhérents à l’utilisation du glyphosate – pour les travailleurs, les consommateurs et l’environnement –, initialement attendue pour le courant du second semestre 2022, a été repoussée à juillet 2023 en raison du grand nombre de commentaires critiques reçus par l’EFSA sur le rapport d’expertise préliminaire, de la part de la société civile et des Etats membres.

En attendant, la controverse scientifique sur les dangers de la substance ne faiblit pas. L’avis rendu par l’EChA est toujours en contradiction avec celui du Centre international de recherche sur le cancer, qui a estimé, en mars 2015, que le glyphosate devait être classé « cancérogène probable pour l’homme ».

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Divergences scientifiques

Les divergences se sont même accentuées avec la publication, en juin 2021, de l’expertise collective « Pesticides et Santé », de l’Institut national de la santé et de la recherche médicale (Inserm). Les scientifiques mandatés par l’Inserm jugent en effet qu’il existe une « présomption moyenne » d’un lien entre glyphosate et certains cancers lymphatiques. Au contraire, selon les experts rassemblés au sein du comité d’évaluation des risques (Risk Assessment Commitee, ou RAC), de l’EChA, ce lien n’existe pas.

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Sans surprise, les associations de défense de la santé et de l’environnement protestent vivement contre l’avis rendu. Dans un communiqué commun publié lundi 30 mai, l’European Environmental Bureau, ClientEarth et l’Alliance pour la santé et l’environnement, qui regroupe des associations européennes de soignants et des organismes de santé, se disent « alarmés par l’échec de l’agence européenne à classer le glyphosate comme cancérogène ». En tant que représentants de la société civile, les trois organisations ont participé, au titre d’observateurs, à la réunion du RAC. Elles ont même pu inviter trois scientifiques spécialistes du sujet à présenter leurs travaux devant le comité d’experts de l’EChA.

« Les arguments importants présentés par ces scientifiques indépendants n’ont pas été correctement pris en compte », estiment les trois ONG, ajoutant qu’« il existe des incohérences majeures dans l’évaluation scientifique européenne sur le potentiel génotoxique [toxique pour le matériel génétique] et cancérogène du glyphosate ». De son côté, l’EChA dit avoir pris en compte tous les commentaires critiques formulés et s’être basée sur « un examen approfondi des preuves scientifiques disponibles ».

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Les causes de désaccord sont en partie connues. En particulier, les agences réglementaires donnent un poids déterminant aux résultats des tests standardisés fournis par les industriels, tandis que les ONG et les chercheurs du monde académique se fondent plutôt sur les travaux publiés dans la littérature scientifique. Une étude publiée en 2019 par la revue Environmental Sciences Europe a illustré ce hiatus de manière frappante : 99 % des tests réglementaires fournis par les firmes agrochimiques au régulateur américain (l’Agence de protection de l’environnement) pour son dernier cycle d’expertise, en 2016, échouaient à mettre en évidence le moindre potentiel génotoxique du glyphosate, tandis qu’environ 70 % des études publiées dans les revues scientifiques sur le même sujet soulignaient au contraire de telles propriétés.

D’autres points de divergence existent, comme la nature des tests statistiques utilisés pour interpréter les résultats de certaines études de cancérogenèse sur les animaux de laboratoire. De quoi nourrir encore quelque temps une controverse qui dure maintenant depuis plus de sept ans.

Stéphane Foucart

Publié le 01/06/2022

Le débat sans fin sur la dangerosité du glyphosate

Bruxelles, le mercredi 1er juin 2022

https://www.jim.fr/medecin/pratique/recherche/e-docs/le_debat_sans_fin_sur_la_dangerosite_du_glyphosate_192735/document_actu_pro.phtml

– Si une nouvelle agence européenne vient de conclure à l’innocuité du glyphosate, le débat scientifique sur la question est loin d’être terminé.

Les partisans du glyphosate viennent de gagner une nouvelle bataille mais pas la guerre, tant le débat sur l’autorisation du pesticide le plus utilisé en France et dans le monde semble sans fin. Ce lundi, l’agence européenne des produits chimiques (ECha) a rendu son rapport sur la question : il conclut que le glyphosate n’est ni cancérogène, ni mutagène, ni toxique pour la reproduction, que ce soit de manière avérée ou seulement supposée. Une étape clé puisque si l’ECha n’avait retenu ne serait-ce qu’une seule de ces trois caractéristiques, la Commission Européenne aurait été forcé d’interdire le produit dans l’Union Européenne.

Régulièrement accusé d’être responsable de cancers, notamment chez les agriculteurs, le glyphosate, créé par la firme américaine Monsanto en 1974, a été autorisé pour cinq ans par le Parlement européen en 2017 (déjà à l’époque sur la base d’un rapport favorable de l’ECha). Une licence qui expire le 15 décembre prochain et qui ne pourra être reconduite qu’en cas d’avis favorable d’une autre institution, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA).

Mais alors qu’elle devait rendre son rapport courant 2022, l’EFSA a finalement réservé sa réponse d’ici juillet 2023, afin de prendre en compte « un nombre sans précédent d’observations » émises de la part d’experts des Etats membres. 

Et maintenant, une expertise sur l’expertise

Un processus de validation difficile qui illustre le débat scientifique sans fin sur la dangerosité ou l’innocuité du glyphosate (et des pesticides en général). On compte presque autant d’avis divergents sur le caractère cancérogène du glyphosate qu’il existe d’institutions nationales ou internationales chargés d’évaluer cette dangerosité.

D’un côté l’Afssa française, l’EPA américaine, l’ECha européenne ainsi qu’un groupe d’experts de quatre pays européens qui estiment que la dangerosité du glyphosate n’est pas prouvée. De l’autre l’Inserm et le Centre International de recherche sur le cancer (CIRC) qui classent le glyphosate comme cancérogène probable.

Des divergences d’interprétation qui s’expliquent par des différences de méthode, les diverses agences ne s’appuyant pas sur les mêmes études et n’évaluant pas les mêmes produits ou les mêmes risques. Les ONG écologistes accusent la plupart des agences nationales de ne se baser que sur les études réalisées par les industriels eux-mêmes et non sur celles effectués par des scientifiques indépendants (chez ont également de grandes divergences d’interprétation des études).

En 2017, une enquête avait d’ailleurs permis d’établir les liens étroits entretenus entre les firmes agrochimiques et l’Institut fédéral allemand d’évaluation des risques.

La solution est si inextricable qu’en janvier dernier, c’est une autre agence sanitaire, la Commission nationale de la déontologie (CNDASPE) qui a proposé qu’une expertise soit mené…sur l’expertise européenne en cours !

Du glyphosate dans l’urine et alors ?

Si le débat scientifique en cours sur le glyphosate est pollué par des intérêts économiques (le lobby de l’agrochimie mais aussi du bio faisant pression dans l’ombre), il l’est également par des considérations politiques et idéologiques. Désormais leader incontesté de la gauche unie, Jean-Luc Mélenchon a fait du combat contre le glyphosate, qu’il promet d’interdire s’il accède au pouvoir, l’une de ses priorités, au point de relayer des études scientifiques assez douteuses.

Ce dimanche, il a ainsi affirmé que le glyphosate serait présent dans le corps de 90 % des Français, en se basant sur une étude menée par un collectif anti-pesticide qui aurait détecté systématiquement du glyphosate dans l’urine de personnes prises au hasard. Cependant, la méthodologie retenue par le laboratoire mis à contribution est très critiquée par les experts et ces résultats ne se retrouvent pas dans d’autres études menées sur la présence de glyphosate dans l’urine.

De plus et surtout, il n’existe pas pour le glyphosate de VBI (valeur biologique d’interprétation), c’est-à-dire de seuil minimal de surveillance. Autrement dit, les taux de glyphosate détectés dans l’urine des Français sont impossibles à interpréter.

Comme nous l’avait déjà montré l’épidémie de Covid-19, la science est décidemment une chose trop sérieuse pour être confiée à des hommes politiques.

Nicolas Barbet

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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