Atteindre la neutralité carbone en 2050 ne sera possible qu’à condition que le monde réussisse à décorréler l’évolution du produit intérieur brut des émissions de CO₂.

Sobriété énergétique : le difficile découplage entre activité économique et émissions de gaz à effet de serre

Atteindre la neutralité carbone en 2050 ne sera possible qu’à condition que le monde réussisse à décorréler l’évolution du produit intérieur brut des émissions de CO₂. Si l’Union européenne peut y parvenir, nombre d’Etats en sont encore loin. 

Par Béatrice Madeline Publié aujourd’hui à 09h27, mis à jour à 11h22   https://www.lemonde.fr/economie/article/2022/05/30/face-a-l-urgence-climatique-le-camp-de-l-adaptation-et-celui-de-la-rupture_6128164_3234.html

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Peut-on continuer à produire et à consommer plus sans polluer la planète ? Peut-être, à condition de parvenir à dissocier la croissance économique des émissions de dioxyde de carbone (CO2) : tel est l’un des leviers sur lesquels l’Union européenne (UE), entre autres, mise aujourd’hui pour atteindre la neutralité carbone au milieu du siècle. Dans le Green Deal (« pacte vert »), élaboré en 2021, elle affiche clairement son ambition d’être « le premier continent neutre pour le climat », en décorrélant l’évolution du produit intérieur brut (PIB) « de l’utilisation des ressources ».

Alors que, au cours des derniers siècles, la prospérité globale s’est fondée sur un recours exponentiel aux ressources naturelles, le pari est audacieux, mais pas impossible. Depuis plusieurs décennies, la croissance des émissions de gaz à effet de serre est en effet moins rapide que la croissance du PIB. Il faudra néanmoins aller beaucoup plus loin. « L’objectif est d’obtenir un découplage absolu : les prélèvements sur la nature et la pollution doivent baisser », rappellent Alain Grandjean, économiste et associé fondateur de Carbone 4, cabinet spécialiste de ces questions, et Marion Cohen, consultante chez Carbone 4, dans un article publié en mars.

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Quelques pays ou régions du monde sont parvenus à ce découplage absolu dans un passé récent. Au sein de l’UE, en particulier, les émissions de CO2 ont atteint un pic à la fin des années 1970. Grâce aux progrès technologiques, aux efforts déployés pour diminuer l’intensité énergétique de l’appareil productif, mais aussi en raison du poids croissant des services dans l’économie, elles ont, depuis, diminué d’environ 25 %, tandis que les Etats membres ont continué à prospérer. Mais, là encore, ce résultat est à relativiser fortement. Car les gaz à effet de serre ne connaissent pas les frontières. Pour qu’il y ait un effet tangible sur le climat, le découplage doit s’opérer au niveau mondial.

Situation préoccupante en Inde

Or nous en sommes loin. « On est dans une phase de ralentissement, mais on ne voit pas à l’heure actuelle d’inversion du lien entre PIB et CO2 », constate Patrice Geoffron, professeur à l’université Paris-Dauphine-PSL. La crise due au Covid-19 s’est bien traduite par une diminution des émissions de 5,9 % à l’échelle mondiale, selon le chiffre cité par le Haut Conseil pour le climat dans son rapport 2021, mais au prix d’une baisse du PIB d’environ 3,4 %. « Il n’y a jamais eu de période où les émissions ont baissé alors que la croissance restait positive », confirme M. Geoffron.

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Pour des raisons liées à leur niveau de développement, à la structure sectorielle de l’économie ou à la nature des énergies utilisées, certains pays ne sont pas près de toucher au but. En Chine, la croissance de 71 % du PIB entre 2010 et 2018 s’est accompagnée d’une hausse de 12 % des émissions nationales et de 20 % des émissions importées. La situation est encore plus préoccupante en Inde, par exemple, tandis qu’en Europe, la guerre en Ukraine faire craindre un retour en arrière sur l’usage des énergies fossiles comme le charbon.

Dans ces conditions, la marche à franchir pour répondre à l’objectif de neutralité carbone est très haute. « Les projections actuelles concernant la taille de la population mondiale et le PIB par habitant impliquent que le monde doive réduire le taux d’émissions de CO2 par unité de PIB réel d’environ 9 % par an en moyenne pour atteindre le niveau “zéro émission nette” d’ici au milieu du siècle », affirment trois économistes du cercle de réflexion européen Bruegel, dans un article publié en octobre 2021 par la presse internationale.  « A titre de comparaison, entre 1990 et 2016, les émissions mondiales par unité de PIB n’ont diminué que de 1,8 % par an. » Pour eux, pas de doute, « il faudra un effort extraordinaire et des investissements massifs dans les technologies et les infrastructures pour atteindre nos objectifs climatiques ».

Béatrice Madeline Contribuer

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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