Hôpital Pellegrin à Bordeaux: même les urgences d’un CHU ferment la nuit

Les urgences adultes du CHU de Bordeaux seront accessibles la nuit uniquement via le SAMU à partir de mercredi soir

En raison d’un manque de personnel, le service des urgences de l’hôpital Pellegrin n’est plus en mesure d’accueillir tous les patients la nuit, mais seulement ceux ayant au préalable appelé le 15 pour être orientés à distance par un médecin. 

Le Monde Publié le 17 Mai 2022à 16h10  

Temps de Lecture 2 min. 

https://www.lemonde.fr/societe/article/2022/05/17/les-urgences-adultes-du-chu-de-bordeaux-seront-accessibles-la-nuit-uniquement-via-le-samu-a-partir-de-mercredi-soir_6126514_3224.html

Des membres du personnel médical reprennent le travail après avoir observé une minute de silence, alors qu’ils se sont rassemblés devant le CHU Pelegrin à Bordeaux, le 4 février 2022, pour dénoncer le manque de personnel et les mauvaises conditions de travail entraînant une prise en charge dégradée des patients dans le service des urgences de l’hôpital.
Des membres du personnel médical reprennent le travail après avoir observé une minute de silence, alors qu’ils se sont rassemblés devant le CHU Pelegrin à Bordeaux, le 4 février 2022, pour dénoncer le manque de personnel et les mauvaises conditions de travail entraînant une prise en charge dégradée des patients dans le service des urgences de l’hôpital.  PHILIPPE LOPEZ / AFP

Après la fermeture partielle et temporaire des services d’urgence de plusieurs villes de la région Nouvelle-Aquitaine, les urgences adultes de l’hôpital Pellegrin de Bordeaux, sous tension par manque de personnel, n’accueilleront plus la nuit que les patients ayant au préalable appelé le 15 pour être orienté à distance par un médecin, a annoncé le CHU de Bordeaux, mardi 17 mai.

Ce nouveau fonctionnement, destiné à réguler l’afflux de patients aux urgences et pallier un manque chronique de soignants – la moitié des effectifs manque à l’appel selon le quotidien régional Sud Ouest –, va être mis en place dès mercredi chaque nuit de 20 heures à 8 heures et « réévalué régulièrement », a précisé le CHU de Bordeaux.

Selon le directeur général du CHU de Bordeaux, Yann Bubien, cité par Sud Ouest mardi, l’hôpital Pellegrin, le premier site d’urgences de la région Nouvelle-Aquitaine, connaît des « tensions sur les ressources humaines depuis l’été 2021. Beaucoup de démissions, de contrats renouvelés, de départs. »

« Inacceptable »

Plusieurs hôpitaux de la région – à Jonzac (Charente-Maritime), Sarlat (Dordogne), Orthez et Oloron-Sainte-Marie (Pyrénées-Atlantiques), Montmorillon (Vienne), Marmande (Lot-et-Garonne), Sainte-Foy-la-Grande ainsi que l’hôpital interarmées Robert Picqué à Bordeaux (Gironde) – ont déjà adopté un système similaire ou limité le nombre de jours d’ouverture des urgences, a détaillé l’agence régionale de santé (ARS) dans un communiqué.

Lire aussi :  A l’hôpital d’Orléans, les urgences craquent

Selon l’ARS, pour les patients n’ayant pas appelé le 15, « un téléphone relié au SAMU-Centre 15 est accessible devant l’accès des urgences » et, « en cas d’urgence avérée, le patient est pris en charge directement par le service des urgences ».

« On est numéro un en France, le plus gros site sur la Nouvelle-Aquitaine et on va demander aux gens d’appeler avant de venir ? C’est inacceptable », a réagi Alain Essebar, secrétaire général de la CGT – Pellegrin sur France Bleu Gironde.

« Le pire est devant nous »

Les syndicats signalent, depuis plusieurs mois, un problème d’effectifs dans plusieurs corps de métier. « On n’a pas entendu les alertes de l’ensemble des professionnels : médecins, paramédicaux, infirmiers ou aides-soignants. (…) On fait travailler des gens à plein régime sur des gardes de douze heures, voire même de vingt-quatre heures pour certains médecins. On les amène à l’épuisement ou au départ », a déploré sur France info Gilbert Mouden, infirmier anesthésiste et représentant du personnel SUD-Santé Sociaux.

« Tout le système d’urgences déraille » et « le pire n’est malheureusement pas derrière, mais devant nous… », a complété dans un communiqué le même syndicat, estimant que le système d’appel aux urgences est « également en grande souffrance par manque de moyens humains » et « renforcé par plus de quarante étudiants en médecine pour maintenir une réponse acceptable au 15 ».

Les urgences pédiatriques et la maternité de l’hôpital Pellegrin n’ont, elles, pas changé leur fonctionnement, rapporte Sud Ouest. Les urgences de l’hôpital Saint-André et des cliniques privées resteront ouvertes, rappelait aussi, lundi, Actu Bordeauxvers lesquelles les médecins régulateurs seront chargés de renvoyer les patients.

Lire aussi   L’hôpital, grand absent de la campagne présidentielle après dix-huit mois de crise sanitaire

Le Monde

Au SAMU de Bordeaux, répondre aux appels quand les urgences fonctionnent au ralenti

L’hôpital fait appel à l’aide de bénévoles pour filtrer les patients et réorienter les cas les moins problématiques. 

Par Claire Mayer(Bordeaux, correspondante)Publié aujourd’hui à 16h00  

Temps de Lecture 2 min. 

Dans le centre d’appels du SAMU, à l’hôpital Pellegrin de Bordeaux, le 19 mai 2022.
Dans le centre d’appels du SAMU, à l’hôpital Pellegrin de Bordeaux, le 19 mai 2022.  UGO AMEZ POUR « LE MONDE »

Comment continuer à répondre aux besoins de la population avec l’un des principaux services d’urgence du territoire qui ferme la nuit, faute de soignants suffisants ? Face à ce casse-tête, qui a commencé le 18 mai, le CHU de Bordeaux rode une organisation de crise. De 17 heures à 8 heures, les urgences du centre hospitalier Pellegrin sont désormais « fermées », avec un filtrage des patients à l’entrée. Seules les urgences vitales ou aiguës continuent à y être orientées. Et c’est en grande partie sur les épaules du SAMU que repose la mission de trier les demandes, alors que la population a été appelée à ne pas se présenter aux urgences mais à passer par un appel au 15.

Lire aussi :  Hôpital : la crise ne cesse d’enfler aux urgences

Au premier jour de l’« expérimentation » de ce nouveau protocole, « 1 000 appels [ont été reçus] sur la journée entière, 400 dans la soirée, dont 20 à partir de l’interphone des urgences, soit une situation plutôt normale », se rassure Philippe Revel, chef des urgences et du SAMU du CHU.

Pour le créneau de 17 heures à 22 heures, où le nombre d’appels peut encore être conséquent, une « cellule miroir » composée d’étudiants bénévoles supervisés par un assistant de régulation médicale (ARM) a été mise en place au SAMU. Son rôle : répondre à l’interphone à l’entrée des urgences et procéder à un premier tri. Pour les cas les plus sérieux, l’appel est ensuite transféré aux répondants habituels du SAMU, qui jugent de la gravité de leur état.

« On est tous épuisés »

A quelques couloirs de la cellule miroir, dans la salle de régulation du 15, l’endroit où l’on essaie de trouver aux patients nécessitant une hospitalisation un service qui peut les accueillir, il manque aussi du personnel. « Quatre, cinq postes », évalue le professeur Revel. « On nous a appris à travailler avec peu d’effectifs, de moyens. C’est une situation qui traîne depuis des années », raconte une ARM en poste depuis une dizaine d’années, qui souhaite garder l’anonymat.

Le centre d’appels du SAMU permet de réguler les patients des urgences de 17 heures à 8 heures, à l’hôpital Pellegrin de Bordeaux, le 19 mai 2022.
Le centre d’appels du SAMU permet de réguler les patients des urgences de 17 heures à 8 heures, à l’hôpital Pellegrin de Bordeaux, le 19 mai 2022.  UGO AMEZ POUR « LE MONDE »

Devant son écran, elle montre les appels en attente, soit les patients qui doivent attendre avant de pouvoir obtenir un interlocuteur. Une situation que la plate-forme du SAMU vit chaque jour, mais qui prend une tournure plus difficile ces derniers temps. La jeune femme raconte, en effet, les tentatives désespérées, parfois, de trouver un lieu qui peut accueillir les patients. « Toutes les urgences de la Gironde sont saturées », s’indigne-t-elle.

Lire aussi :  Le « chiffon rouge » de l’obligation de garde pour les médecins libéraux

Quand il ne s’agit pas d’une véritable urgence, certains appelants sont encouragés à joindre plutôt SOS Médecins, ouvert jour et nuit, face à l’hôpital. « Beaucoup d’appels au 15 relèvent de la médecine générale », pointe Philippe Revel.

Cécile Moreau, 29 ans, finit sa journée à la régulation. Il est 20 heures. En quatrième année d’internat, cette « docteur junior », comme on appelle ces jeunes médecins en fin d’études, s’inquiète pour son avenir. « On est tous épuisés. On en arrive à des situations très dégradées qui mettent en danger le personnel médical et les patients. » Convaincue de son choix de carrière aux urgences, elle s’interroge, pourtant. « J’adore ce que je fais et je ne me verrais pas faire autre chose. Mais je me dis que, clairement, je ne pourrai pas supporter ces conditions toute ma vie. C’est difficile, pour nous, les jeunes, de dire, déjà, qu’on n’en peut plus. »Lire aussi :  Article réservé à nos abonnésRéintégrer les soignants non vaccinés : combien et comment ?

Claire Mayer(Bordeaux, correspondante)

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s