Après Saint Paul de Vence*, poursuivez vers le plateau arride du Larzac en Occitanie

Voyager en France : plus d’un tour dans mon Larzac

Traverser ses étendues ruiniformes et ses forêts de pins et de chênes, mais aussi partager l’histoire de ses luttes, rencontrer ses artisans et ses paysans qui font vivre ce territoire apaisant des grands causses. 

Par Bénédicte BoucaysPublié hier à 01h09, mis à jour hier à 11h55  

https://www.lemonde.fr/m-voyage/article/2022/05/14/voyager-en-france-plus-d-un-tour-dans-mon-larzac_6126037_4497613.html?xtor=EPR-32280631-%5Bm-le-mag%5D-20220515-%5Bm-aime_titre_3%5D

Temps de Lecture 4 min. 

En route pour les paysages nus du Larzac nord, ceux de la Blaquière ou de Montredon, dans l’Aveyron, où règnent buis, genévriers et d’étonnantes sculptures formées par l’érosion. Des rochers ruiniformes typiques des plateaux calcaires ou des causses. Certains ressemblent à des tours, d’autres à des vigiles ou des statues géantes, donnant l’impression de veiller sur ces terres et leurs habitants.

En route pour ces paysages de forêts de pins et de chênes, de champs vert anis ou jaune doré selon les saisons, de lavognes, ces mares de forme ronde aménagées par l’homme où l’eau de pluie stockée sert à abreuver les troupeaux, et de buissières, ces sentiers creusés dans les buis pour se protéger du soleil.

La Cité de La Couvertoirade, au cœur du plateau du Larzac, en septembre 2021.
La Cité de La Couvertoirade, au cœur du plateau du Larzac, en septembre 2021.  FRANCOIS LAURENS / HANS LUCAS

En route pour ce monde à part qui se partage entre terres agricoles et camp militaire, dont on peut entendre les tirs d’infanterie depuis La Cavalerie, lieu d’implantation, depuis 2016, de la 13demi-brigade de la Légion étrangère. Une atmosphère particulière que l’on ressent en débouchant sur le plateau à Montredon. Un peu comme si l’histoire se lisait partout dans le paysage, sur les panneaux interdisant l’accès du camp militaire détourné en « terrain à louer », sur les chaos rocheux, tel celui du Rajal del Gorps, lieu indissociable de la lutte du Larzac, où près de 50 000 personnes se sont regroupées contre l’extension du camp militaire en août 1973, ou encore à l’entrée de la Blaquière, où l’on peut lire : « Non aux armes ici et ailleurs. »

A la lisière de deux mondes

Voyager sur le Larzac nord, c’est être à la lisière de ces deux mondes. L’idéal est de suivre ces routes sinueuses et de faire halte dans l’une de ses fermes ou de ses ateliers d’artistes. A chaque croisement, des panneaux indiquent des lieux de vie, de culture et d’artisanat. La plupart des fermes proposent de la vente directe : miel, fromage, laine ou plantes aromatiques. Comme à la Ferme des Homs, chez Marion Renoud-Lias et Romain Debord. Une magnifique bâtisse en pierre entourée de champs de romarin, de thym et de lavande. Ces deux ingénieurs agronomes ont répondu en 2016 à un appel à candidatures lancé par la Société civile des terres du Larzac (SCTL), qui concède des baux de carrière à des agriculteurs et gère les terres acquises par les partisans de la lutte contre l’extension du camp militaire afin d’éviter la propriété privée et la spéculation.

Sur le sentier de randonnée GR71.
Sur le sentier de randonnée GR71.  VIRGINIE GOVIGNON / OFFICE DU TOURISME LARZAC ET VALLÉES

Ce modèle unique regroupe une soixantaine de fermes sur le Larzac. Marion Renoud-Lias et Romain Debord font partie de la deuxième génération, celle des trentenaires. « La ferme ne nous appartient pas. On a signé un bail de carrière qui nous garantit de rester sur place tant qu’on exploite, après, nous rendrons l’outil.Pour la première génération, même s’ils ont défini les règles, c’est plus compliqué de quitter les terres pour lesquelles ils se sont battus », explique Marion Renoud-Lias, à l’entrée de la boutique, où l’on trouve le pastis des Homs issu de la culture bio de plantes aromatiques.

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On reprend la route reliant Montredon aux Baumes, en longeant la falaise et les abris troglodytes fortifiés. Grimper quelques mètres jusqu’à la croix offre l’une des plus belles vues sur le plateau. C’est là que l’on peut aussi croiser Philippe Tellier dans son atelier de tourneur sur bois. Ce Breton aux yeux rieurs est arrivé au Cun dans les années 1980. Un lieu emblématique où se sont installés, en 1976, des objecteurs de conscience pour y développer un mode de vie basé sur la non-violence. « On n’est pas à La Couvertoirade [un des villages fortifiés du Larzac], il n’y a jamais beaucoup de monde. Les gens viennent sur le Larzac pour rechercher la solitude et le silence », explique celui qui se considère comme une pièce rapportée, « comme 80 % des personnes qui vivent ici ».

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A quelques exceptions, comme Romain Galtier, qui, lui, a grandi sur le plateau et élève des brebis à la ferme des Baumes. Ou encore Rémi Vignollet, de la Brasserie du Larzac : « On était à l’école ensemble, évoque celui qui s’est installé à la Blaquière avec sa famille. Mon père était paysan, moi, je suis artisan, sans troupeau ni tracteur. J’ai grandi à l’école du Larzac, entre les buissières et les gens qui font vivre la terre. Ça vit beaucoup ici, ce n’est pas une terre de maisons secondaires. »

Rémi Vignollet travaille en bio, tout comme les copains installés sur le plateau à qui il achète l’orge et le blé. L’une de ses dernières bières artisanales est la Gardarem, à base de pain qu’il récupère dans les boutiques. Avec un poing fermé sur l’étiquette, en mémoire des luttes paysannes contre l’extension du camp militaire, entre 1971 et 1981. Avant de partir, cet infirmier dans une première vie nous conseille un lieu où dormir, entre les buis et les cardabelles. On se croirait dans la steppe, même si les panneaux du camp militaire viennent nous rappeler les deux mondes.

Vitraux colorés, land art, céramiques… et écocamping

Le lendemain, nous suivons les petites routes sur le plateau, au gré de nos envies. A commencer par Saint-Martin : quatre maisons et une église, dont les splendides vitraux colorés du maître verrier millavois, Claude Baillon. A quelques pas de là, une installation land art : des pierres taillées disposées en rond, en forme de silhouettes rappelant les cromlechs du Pays basque.

Cantobre surplombe la vallée.
Cantobre surplombe la vallée.  OFFICE DU TOURISME LARZAC ET VALLÉES

A Saint-Sauveur-du-Larzac, c’est au tour du céramiste Pascal Geoffroy de nous expliquer son travail de création. « Je fais de la petite série en grès, des pièces uniques d’inspiration japonaise. Je fabrique mes terres et mes émaux, et la cuisson se fait au four à bois anagama, un four traditionnel japonais », raconte celui pour qui les reliefs tourmentés du Larzac, au-dessus du brouillard, sont une source d’inspiration.

On poursuit le voyage jusqu’aux gorges de la Dourbie et à Cantobre, dont les maisons construites sur la falaise surplombent la vallée. La route file ensuite dans le causse Bégon, jusqu’à Nant. C’est là qu’il faut faire ses courses et boire un verre avant de remonter sur le plateau du Larzac. On trouve des produits issus des fermes alentour à Boutique & bistrot paysans, une enseigne tenue depuis trois ans par des producteurs qui se relaient pour qu’elle reste ouverte toute l’année. Aujourd’hui, c’est Titouan Lejeune qui tient la boutique, il y vend ses œufs frais. Sa ferme, le Sot, est sur le plateau.

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A l’Ecocamping du Larzac, en plein cœur de la forêt, seuls les chevreuils et les randonneurs du GR71 sont susceptibles d’interrompre le calme et le silence. « On est venus la première fois en vacances, les anciens propriétaires cherchaient des repreneurs, on a foncé. C’est un retour à la simplicité, à soi. On vit au rythme des saisons, de la météo. C’est un changement radical, mais nous avons gagné le plus important, nous sentir libres ! », confie Pamela Delagrée, qui a repris le camping en 2021 avec son compagnon, Thomas Frisulli.

Un sentiment que l’on partage d’autant mieux quand on gare son van et pose son sac pour quelques jours. On se surprend même très vite à entonner le slogan « Gardarem lo Larzac ! » (« nous garderons le Larzac ») en empruntant, du camping, l’un de ses chemins de traverse…

Carnet de route

Notre journaliste a réalisé son voyage avec l’aide de l’office du tourisme Larzac et vallées.

Y aller

Le Larzac nord est situé dans l’Aveyron, au sud de Millau. En voiture : plus de six heures depuis Paris, 2 h 30 depuis Toulouse, 1 h 30 depuis Montpellier.

Se loger

Ecocamping du Larzac, au Cun, emplacements pour vans, douche et épicerie. 10 euros pour l’emplacement. Tél. : 05-65-61-38-57.

Déjeuner, dîner

Boutique et bistrot paysans à Nant, sélection de produits issus des fermes. Tél. : 05-65-47-51-33.

Auberge la Cardabelle, cuisine du terroir, à Sainte-Eulalie-de-Cernon, excellent aligot saucisse. Tél. : 05-65-62-74-64.

Le bonheur est dans le Sud, poisson frais et cuisine de marché à La Cavalerie. Tél. : 05-65-60-94-63.

A voir, à faire

Les remparts de La Cavalerie : visite libre ou guidée depuis l’accueil des remparts. Tél. : 05-65-62-78-73.

La Brasserie du Larzac à La Blaquière, dégustation de bières artisanales. Tél. : 07-70-99-93-29.

Ferme des Homs, liqueurs, pastis, tisanes et vinaigre. Tél. 05-65-62-22-56.

Pascal Geoffroy, galerie et atelier du céramiste à Saint-Sauveur-du-Larzac. Tél. : 05-65-62-10-93.

Randonnées sur le plateau et dans les Causses

Les villages et hameaux du Larzac nord : La Blaquière, Les Baumes, Saint-Sauveur-du-Larzac, Pierrefiche, Montredon, Les Liquisses.

Les villages templiers et hospitaliers : La Cavalerie, La Couvertoirade, Sainte-Eulalie-de-Cernon, Saint-Jean-d’Alcas.

Se renseigne

Office du tourisme Larzac et vallées Tél. : 05-65-62-23-64.

Voir aussi:

*https://environnementsantepolitique.fr/2022/05/15/arik-levy-entremeler-art-et-technique/

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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