Les rémunérations des médecins Français au sein de l’OCDE: les perdants sont les hospitaliers et les généralistes

Rémunération des blouses blanches

Les médecins français gagnent-ils moins que leurs confrères étrangers ?

PUBLIÉ LE 13/05/2022 

Les médecins français gagnent-ils moins que leurs confrères étrangers ?

Le différentiel de rémunération entre médecins français et étrangers est si souvent brandi pour revendiquer des revalorisations qu’on a perdu l’habitude d’examiner en profondeur ce qu’il recouvre. Il s’agit pourtant d’un exercice riche en enseignements. Si les praticiens tricolores sont loin de caracoler en tête des classements internationaux en termes de rémunération, ils n’en occupent pas non plus les tréfonds. De ce point de vue, les spécialistes libéraux paraissent en position plus avantageuse que les généralistes. Et  les plus à plaindre sont encore les confrères salariés. Pour autant, même les experts de ces sujets conviennent que des différences importantes subsistent à l’intérieur d’un même pays ou d’une même catégorie de praticiens…

« Ils vous garantissent des soins de qualité. Pourtant, les médecins français sont les plus mal payés d’Europe. » Voilà ce qui figurait en 2018 sur une affiche distribuée à ses adhérents par l’Union française pour une médecine libre syndicat (UFMLS) et destinée à être placardée dans les cabinets de médecine générale à l’occasion de l’entrée en vigueur des nouvelles dispositions concernant l’affichage obligatoire au cabinet. La remuante organisation y avait, comme l’exigeait la réglementation, fait figurer le tarif de la consultation, mais avait assorti cette information d’une carte d’Europe indiquant les tarifs pratiqués dans les pays voisins. La conclusion était sans appel : les 25 euros qu’arborait l’Hexagone faisaient bien pâle figure à côté des 70 euros suisses, des 76 euros allemands, ou encore des 40 euros portugais.

Mais le tarif de la consultation chez le généraliste est un bien mauvais indicateur du revenu des médecins. Le Dr Jean-Paul Ortiz, ex-président de la Confédération des syndicats médicaux français (CSMF), le sait bien, et revendique une approche plus nuancée que celle de l’UFMLS. Le néphrologue catalan pointe ainsi l’exemple de l’Allemagne, « où les médecins ont un différentiel de revenu avec nous compris entre 1,4 et 1,7 », ou du Royaume-Uni, « où le revenu des généralistes est 1,5 à 2 fois plus important que celui des Français ». Même en Espagne, où les revenus affichés sont inférieurs car, insiste l’ancien responsable syndical, « les médecins sont tous salariés », leur situation doit être considérée à l’aune de l’activité non conventionnée « qui passe en grande partie en dehors des radars ».

Reste que, pour obtenir de bonnes comparaisons, il convient d’adopter une approche systématique plutôt que de choisir des exemples individuels auxquels mesurer la situation française. Et quand on se plie à cet exercice, le tableau diffère sensiblement de celui que dressent parfois les organisations syndicales. Car si les praticiens tricolores sont loin de caracoler en tête des classements internationaux en termes de rémunération, ils n’en occupent pas non plus les tréfonds. On peut même, si l’on s’intéresse à certains indicateurs, découvrir qu’ils sont mieux lotis que certains de leurs homologues exerçant hors de nos frontières. Mais pour cela, il est nécessaire de s’éloigner des simplifications hâtives : les comparaisons internationales sont un art délicat dans tous les domaines, mais celui-ci confine à l’orfèvrerie lorsqu’il s’agit de rémunérations.

Au-delà du C

En ce qui concerne la rémunération des professionnels de santé dans les pays industrialisés, la base de données qui fait autorité est celle de l’Organisation pour la coopération économique et le développement (OCDE). Et y jeter un simple coup d’œil suffit à se convaincre de la nécessité d’aller au-delà de la valeur du C pour comparer les revenus médicaux : ceux-ci y font l’objet de pas moins de 20 indicateurs à eux tout seuls. L’institution de la porte de la Muette, qui vient de mettre à jour ses statistiques y distingue en effet quatre catégories de médecins (généralistes libéraux, généralistes salariés, spécialistes libéraux et spécialistes salariés) et exprime pour chacune d’entre elles les revenus de cinq différentes manières, chacune éclairant la problématique d’un jour spécifique : en monnaie nationale du pays, en dollars au taux de change courant, en dollars ajustés pour le niveau des prix dans le pays, en proportion du PIB par tête et en proportion du salaire moyen.

Non contente de multiplier les indicateurs permettant d’analyser la rémunération des médecins, l’OCDE effectue tout un travail de validation des données avant de les publier. « Il suffit de regarder une fiche de paie pour se rendre compte qu’il est compliqué d’analyser la rémunération », note Gaétan Lafortune, économiste sénior à la division santé de l’OCDE. Celui-ci indique donc que pour assurer la meilleure comparabilité possible des données envoyées par les différents pays, son institution a choisi de se fonder sur le concept de revenu brut : c’est le revenu « avant les impôts et cotisations que médecins salariés et libéraux doivent payer », précise l’économiste, mais sans ce qu’il appelle « les dépenses liées à la pratique », et que nous appellerions plutôt les charges d’exploitation.

Malgré tous les efforts effectués par l’OCDE, Gaétan Lafortune reconnaît que pour certains pays, la qualité des données n’est pas optimale. « Nos correspondants belges, par exemple, ne parviennent pas à déduire les dépenses liées à la pratique, et leurs chiffres sont donc surestimés, regrette l’économiste. Les Australiens, eux, prennent en compte les médecins qui sont encore en formation, ce qui aboutit à une sous-estimation. » Sans parler des pays qui n’envoient pas de données : les dernières données pour les États-Unis datent de 2001, et les Suisses, qui n’avaient jamais envoyé de données, devraient figurer pour la première fois dans le classement lors de la prochaine grande mise à jour de la base de données, en juin prochain. Petit cocorico en passant : Gaétan Lafortune estime que les données transmises par la France sont « de très bonne qualité ». Seul bémol : la Direction de la recherche, de l’évaluation, des études et des statistiques (Drees) du ministère de la Santé, qui est chargée de ce travail, n’actualise ses chiffres concernant les libéraux que tous les trois ans… ce qui occasionne quelques trous dans les tableaux de l’OCDE…

De la 8e place à la 3e marche du podium

Mais malgré ses défauts, la base de données de l’OCDE reste la meilleure disponible. Et les résultats qu’elle donne pour la France sont bien différents de ce que pourraient faire craindre les discours syndicaux.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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