Grand âge : l’inégal accès aux soins selon les régions
Les seniors affrontent inégalement leur perte d’autonomie selon leur niveau et leur lieu de vie, détaille une étude de la Caisse des dépôts publiée jeudi. Ceux qui vivent dans le nord et l’est de la France cumulent les fragilités mais sont davantage soutenus par leurs familles. A Paris et dans la petite couronne, ils ne sont pas épargnés par la solitude.
https://politiques-sociales.caissedesdepots.fr/qps-les-etudes-ndeg37
Par Béatrice Jérôme Publié le 12 Mai 2022 à 10h00, mis à jour à 11h21 https://www.lemonde.fr/societe/article/2022/05/12/grand-age-l-inegal-acces-aux-soins-selon-les-regions_6125761_3224.html
Urbains ou villageois, avec ou sans voiture, propriétaires ou non, isolés ou entourés par leur famille, les seniors affrontent inégalement la perte de leur autonomie selon leur niveau mais surtout leur lieu de vie. La Caisse des dépôts et consignations, qui finance des projets immobiliers pour héberger des personnes âgées, brosse le tableau des « disparités territoriales en matière de vieillissement et d’accès aux soins », dans une étude présentée jeudi 12 mai.
La France compte 16 millions d’habitants de plus de 60 ans (l’étude prend 2016 comme année de référence). Les seniors qui déclarent avoir des difficultés à accomplir les gestes de la vie quotidienne représentent 6,9 % des 60-74 ans et 26,8 % des plus de 75 ans. Mais les « contrastes » géographiques sont « importants », relèvent les autrices de l’étude, Nathalie Chataigner et Clémence Darrigade.

Ceux qui vivent dans les régions Hauts-de-France, Grand-Est et en Haute-Corse sont plus fréquemment en perte d’autonomie qu’en Bretagne, en Ile-de-France ou dans les Pays de la Loire. Les seniors de la France du Nord et de l’Est ont aussi, en moyenne, des revenus inférieurs à ceux du Sud et de l’Ouest. Ils sont moins souvent propriétaires et détenteurs d’une voiture. Ils cumulent les fragilités. Mais le soutien de leur famille est plus important que dans d’autres territoires. Dans le Massif central, le niveau de dépendance est à un niveau très élevé pour les plus de 75 ans, qui ont aussi de faibles revenus et vivent plus isolés.
La présence « cruciale » d’infirmiers et kinés
Les personnes âgées des zones urbaines riches ne sont pas épargnées par la solitude. A Paris et dans la petite couronne, le niveau de dépendance est élevé parmi les plus de 60 ans, qui vivent seuls pour 31 % d’entre eux. Un bon quart sont locataires d’un logement social. Plus d’un quart vivent dans un immeuble sans ascenseur. 28 % sont immigrés.
Comme la majorité de la population, les seniors vivent plutôt dans les zones urbaines et dans les zones littorales. Mais les plus de 60 ans sont proportionnellement plus nombreux que les autres classes d’âge dans les zones rurales ou peu denses. Or, l’accès aux professionnels de santé est plus compliqué à mesure qu’on s’éloigne des villes. Les plus de 60 ans qui vivent à la campagne sont les plus tributaires du manque de médecins généralistes. Ils sont en première ligne face aux « déserts médicaux », définis comme des territoires où les habitants n’ont accès qu’à 2,5 consultations par an, alors que la moyenne nationale est de plus de 4 visites annuelles par habitant.
L’accès aux généralistes est aussi dépendant des territoires. Il est meilleur dans les zones littorales que dans l’intérieur des terres. Il est moins bon dans la région Centre-Val de Loire et en Ile-de-France.Lire aussi : Article réservé à nos abonnésLa pénurie de généralistes, symptôme de la progression des « déserts médicaux » en ville comme à la campagne
La présence d’infirmières libérales et de masseurs-kinésithérapeutes – « cruciale pour la prévention de la perte d’autonomie comme pour sa prise en charge », rappelle l’étude – est aussi corrélée à la densité de population. « Environ 3 % de la population, soit 1,7 million de personnes, est très défavorisée en termes d’accessibilité » aux généralistes, infirmiers ou kinésithérapeutes, selon une étude de la direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques, parue en septembre 2021. Les trois quarts d’entre elles vivent dans des territoires ruraux. L’accessibilité aux kinésithérapeutes est trois fois plus importante dans les zones urbaines que dans les villages.
Un constat paradoxal
Davantage encore que pour les médecins, l’accessibilité aux infirmiers et aux kinésithérapeutes est très inégale selon les régions. Dans la France de l’Ouest, excepté dans les zones littorales, leur implantation est très faible de la Normandie aux Pays de la Loire et jusqu’au Centre-Val de Loire. Les kinés sont également moins installés au sud de la Loire, dans une partie de l’Occitanie et de la région Auvergne-Rhône-Alpes.
En revanche, infirmières et kinésithérapeutes sont plus nombreux le long des côtes aquitaine et méditerranéenne ainsi qu’en Alsace, dans le Finistère et le Morbihan. Ils sont moins présents dans le nord du pays, à l’exception des départements du Nord et du Pas-de-Calais, qui comptent un bon nombre de ces praticiens.
Si l’étude publiée ce jeudi ne comprend pas de préconisations, elle met en lumière un constat paradoxal : « Dans les zones assez denses, plus la population d’une commune est aisée, plus l’accessibilité aux infirmières libérales est faible, relève Ronan Mahieu, directeur des études et statistiques à la Caisse des dépôts. Une donnée pour laquelle nous n’avons pas d’explication. » Mais qui montre que les seniors au niveau de vie modeste ne sont pas systématiquement les moins bien lotis.Lire aussi Article réservé à nos abonnésLe plan du gouvernement pour aider les seniors à adapter leur logement
Béatrice Jérôme