Le Pape François n’est pas clair avec la guerre en Ukraine et envers la Russie

Les ambiguïtés du pape François sur la guerre en Ukraine

Le chef de l’Eglise catholique appelle avant tout à l’arrêt des combats, sans désigner clairement la Russie comme l’agresseur. Il a même critiqué le rôle de l’OTAN. 

Par Cécile ChambraudPublié aujourd’hui à 13h30, mis à jour à 13h30  

https://www.lemonde.fr/idees/article/2022/05/12/les-ambiguites-du-pape-francois-sur-la-guerre-en-ukraine_6125819_3232.html

Analyse. Est-il juste de fournir à l’Ukraine des armements pour qu’elle puisse se défendre contre l’agression de la Russie ? Cette question, posée dans un entretien au quotidien Corriere della Sera publié le 3 mai, le pape François l’a laissée en suspens. « Je ne sais pas comment répondre », a-t-il reconnu. Cette impasse morale avouée résume les difficultés sur lesquelles bute, avec l’invasion de l’Ukraine, la conception de la guerre qu’a développée le pape argentin au fil de son pontificat.

Cet entretien au journal italien permet d’éclairer la position si particulière et non exempte d’hésitation du chef de l’Eglise catholique depuis le début du conflit. Elle se caractérise par un refus total de la guerre, des appels à l’arrêt des combats, une application à ne pas incriminer nommément Vladimir Poutine et à ne pas faire porter la responsabilité du conflit à la seule Russie. Dans le même entretien, François critique le rôle de l’OTAN dont les « aboiements aux portes de la Russie » auraient poussé le chef du Kremlin à passer à l’action militaire.

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Cette position, qui peut donner l’impression de placer les deux belligérants au même niveau de responsabilité, a engendré des initiatives mal comprises du côté ukrainien, comme la visioconférence du pape et de Kirill, le chef de l’Eglise orthodoxe russe, le 16 mars. A Pâques, le Vatican a dû renoncer à faire dire une méditation conjointement par une Ukrainienne et une Russe, une initiative critiquée car considérée comme aveugle à la différence entre agresseurs et agressés par les autorités et les catholiques ukrainiens.

François a souvent refusé, pas seulement à propos de l’Ukraine, de reprendre à son compte le concept de « guerre juste ». Cette notion très ancienne, que la pensée chrétienne a contribué à définir, figure pourtant dans le catéchisme de l’Eglise catholique, document doctrinal publié en 1992, sous Jean Paul II. Elle est assortie de strictes conditions. Pour être juste, une guerre doit être un acte de « légitime défense », n’intervenir qu’après l’échec d’autres moyens pour faire cesser un dommage « durable, grave et certain », avoir des chances « sérieuses de succès » et ne pas conduire à des « maux ou des désordres plus graves que le mal à éliminer ». La guerre d’agression, elle, est qualifiée d’« intrinsèquement immorale ».

En réalité, la menace nucléaire a, depuis 1945, défié cette théorie. Six mois après la crise des missiles de Cuba, en 1963, l’encyclique Pacem in terris de Jean XXIII appelait à substituer « la confiance mutuelle » à « l’équilibre des armements » et à fixer pour objectif « la proscription de l’arme atomique ». Le concile Vatican II (1962-1965) prenait acte de ce que les nouvelles armes de destruction massive « force[nt] à reconsidérer la guerre dans un esprit entièrement nouveau », condamnait la course aux armements et prônait l’élimination de l’arsenal nucléaire.

Impératif du désarmement

Chez François, qui se réclame de Vatican II, l’impératif du désarmement domine, ce qui l’a conduit à franchir un pas que n’avaient pas fait ses prédécesseurs. Alors qu’en 1982, en pleine crise des euromissiles, Jean Paul II jugeait encore « moralement acceptable » la dissuasion nucléaire « comme une étape sur la voie d’un désarmement », François condamne, depuis 2017, « la possession » même de l’arme atomique, et donc la dissuasion nucléaire. D’autre part, il dénonce sans relâche les responsabilités des pays tiers dans les conflits, en particulier à travers les ventes d’armes. Qu’est-ce qui relie selon lui « la Syrie, le Yémen, l’Irak » et l’Ukraine ? « Dans chacune de ces guerres », affirme-t-il dans le Corriere della Sera,on trouve « des intérêts internationaux »« En Ukraine, ce sont les autres qui ont créé le conflit », ajoute-t-il. L’OTAN et ses « aboiements » font-ils partie de ces autres ? Certains voient dans cette accusation la trace d’une méfiance très latino-américaine envers les Etats-Unis.

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Cette posture fait-elle de François un pacifiste intégral ? En 2013, quand s’était posée la question d’une intervention occidentale en Syrie, il s’y était opposé. Un an plus tard, à l’été 2014, il a en revanche concédé la licéité d’une action militaire contre l’organisation Etat islamique en Irak. Cette fois, la guerre juste avait repointé son nez. « Dans ces cas où il y a une agression injuste, je peux dire seulement qu’il est licite d’arrêter l’agresseur injuste. Je souligne le verbe arrêter. Je ne dis pas bombarder, faire la guerre. (…) Combien de fois, avec cette excuse d’arrêter l’agresseur injuste, les puissances se sont emparées des peuples et ont fait une vraie guerre de conquête ! », avait-il dit. Aujourd’hui, pousserait-on à une guerre de conquête en livrant des armes à l’Ukraine ?

Les ambiguïtés du Vatican sur la guerre en Ukraine portent l’héritage des virages successifs de sa politique vis-à-vis du monde slave : ouverture destinée à desserrer l’étau des régimes communistes dans les années 1960-1970, suivie d’un affrontement plus direct sous Jean Paul II, puis, après la chute du Mur, sous Benoît XVI, d’une politique de main tendue à une région perçue comme une sorte de conservatoire de « valeurs » chrétiennes. François a poursuivi cette démarche. Il a fini par rencontrer Kirill, le chef de l’Eglise orthodoxe russe, à Cuba, en 2016, deux ans après l’annexion de la Crimée.

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Le volontarisme œcuménique du pape argentin demeure, malgré la guerre. En revanche, un froid semble finalement tombé sur ses relations avec Kirill, qui soutient l’invasion de l’Ukraine depuis le premier jour. Le patriarcat de Moscou a jugé « regrettable » que le pape « ait choisi un ton inapproprié » en reprochant à Kirill de se comporter en « enfant de chœur de Poutine ». Leur rencontre, prévue en juin, est reportée sine die. Aura-t-il plus de succès avec Vladimir Poutine, à qui il a publiquement offert une rencontre ?

Cécile Chambraud

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*Prêt à rencontrer Poutine, le pape François évoque « les aboiements de l’OTAN à la porte de la Russie »

Le souverain pontife dénonce la « brutalité » du conflit, comparant les atrocités en Ukraine au génocide commis au Rwanda il y a vingt-cinq ans. 

Par Cécile Chambraud Publié le 03 mai 2022 à 22h08 – Mis à jour le 05 mai 2022 à 10h11  

Temps de Lecture 2 min. 

https://www.lemonde.fr/international/article/2022/05/03/pret-a-rencontrer-poutine-le-pape-evoque-les-aboiements-de-l-otan-a-la-porte-de-la-russie_6124644_3210.html

L’évolution de la guerre en Ukraine pousse le pape François à infléchir son discours, touche par touche, et à incriminer plus explicitement Vladimir Poutine et la Russie. Dans un entretien au quotidien italien Corriere della Sera, mardi 3 mai, le chef de l’Eglise catholique se dit avec insistance « prêt à aller à Moscou » pour rencontrer le président russe. Il rapporte lui avoir fait parvenir ce souhait mi-mars, « après vingt jours de guerre »« Nous n’avons pas encore reçu de réponse et nous continuons à insister, même si je crains que Vladimir Poutine ne puisse et ne veuille pas de cette rencontre pour l’instant », précise le pontife. Pour souligner l’urgence de la situation, à ses yeux, il la relie, dans sa « brutalité », à ce qui a constitué un génocide : « Il y a vingt-cinq ans, nous avons vécu la même chose avec le Rwanda », affirme-t-il.

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Dès le début de l’invasion de l’Ukraine par la Russie, le pape a dénoncé à de multiples reprises l’intervention armée, adjurant les belligérants de cesser le combat. Mais si d’autres représentants du Saint-Siège désignaient la Russie comme la responsable du conflit, lui-même s’en est souvent tenu à des formulations plus diplomatiques, destinées à préserver une hypothétique capacité de médiation. Tout en se faisant cette fois plus explicite dans les colonnes du Corriere della Sera, François offre d’ailleurs ses services au grand jour. Il affirme qu’il a décidé de ne pas aller à Kiev « pour l’instant » – hypothèse un temps « sur la table » –, car ce serait immanquablement considéré comme un acte hostile par le Kremlin.

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« Pessimisme »

« D’abord je dois aller à Moscou, d’abord je dois rencontrer Poutine (…). Je fais ce que je peux. Si Poutine ouvrait la porte… » Lui-même en tout cas la maintient grande ouverte, quitte à reprendre certains des griefs nourris par Moscou quant aux causes de la guerre lorsqu’il mentionne « les aboiements de l’OTAN à la porte de la Russie », qui auraient pu pousser le pouvoir russe « à mal réagir et à déclencher le conflit » – « une colère, ajoute-t-il, dont je ne sais dire si elle a été provoquée, mais peut-être facilitée ».

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Le pape argentin ne peut toutefois pas cacher son « pessimisme ». Comme il le répète depuis le début de son pontificat, les guerres sont à ses yeux le fruit du commerce des armes, qui conduit à la course aux armements. Lors de son message de Pâques, il avait fait référence au manifeste en faveur du désarmement signé en 1955 par le philosophe Bertrand Russell (1872-1970) et par Albert Einstein. Dans un livre en langue italienne paru le 14 avril et intitulé Contre la guerre (Contro la guerra, Solferino et Librairie éditrice vaticane), il reconnaissait que « l’Ukraine a été agressée et envahie », mais ajoutait un peu plus loin que « la guerre n’est pas la solution ».

Est-il alors légitime de livrer des armes au pays agressé, comme le font de nombreux pays de l’OTAN au profit de l’Ukraine ? A cette question, François ne répond pas : « Je ne sais pas comment répondre, je suis trop loin. » « Ce qui est clair, poursuit-il, c’est que des armes sont testées là-bas. (…) C’est pour cela qu’on fait des guerres : pour tester les armes que l’on produit. »Lire aussi :  Article réservé à nos abonnésGuerre en Ukraine : l’Eglise orthodoxe russe en rangs serrés derrière Vladimir Poutine

Le pape jésuite confirme enfin, dans cet entretien, que la rencontre avec le chef de l’Eglise orthodoxe russe, qui aurait dû avoir lieu à Jérusalem le 14 juin, est reportée sine die. Il est d’ailleurs assez mordant avec le patriarche Kirill, qui soutient sans aucune distance et depuis le premier jour l’entreprise militaire russe en Ukraine. François raconte ainsi la visioconférence de quarante minutes qu’il a eue avec le responsable religieux, le 16 mars : « Les vingt premières minutes, un papier à la main, il m’a lu toutes les justifications de la guerre. J’ai écouté et je lui ai dit : “Je ne comprends rien à tout cela. Frère, nous ne sommes pas des clercs d’Etat, nous pouvons utiliser non pas le langage de la politique, mais celui de Jésus”. » Et de conclure : « Le patriarche ne peut devenir l’enfant de chœur de Poutine. »

Cécile Chambraud

**Guerre en Ukraine : les silences du pape François sur la Russie

Engagé dans un rapprochement historique avec le patriarcat de Moscou, le pontife a appelé à l’arrêt de la « guerre », mais n’a pas formellement condamné l’invasion russe. 

Par Cécile ChambraudPublié le 10 mars 2022 à 18h52 – Mis à jour le 11 mars 2022 à 07h27 

https://www.lemonde.fr/international/article/2022/03/10/guerre-en-ukraine-les-silences-du-pape-francois-sur-la-russie_6116976_3210.html 

Le pape François récite la prière de l’Angélus devant la place Saint-Pierre, au Vatican, le 6 mars 2022.
Le pape François récite la prière de l’Angélus devant la place Saint-Pierre, au Vatican, le 6 mars 2022. VATICAN MEDIA / VIA REUTERS

Le pape François appelle à l’arrêt de la « guerre » en Ukraine, mais un catholique qui n’écouterait que lui serait bien en peine de savoir qui l’a déclenchée. Depuis le début de l’invasion russe, le 24 février, le pontife argentin n’est pas resté inerte. Il a envoyé deux proches cardinaux en Ukraine. Il a déploré un « pays martyrisé » et demandé que « cessent les attaques armées ». Il s’est rendu en personne – fait sans précédent – à l’ambassade russe près le Saint-Siège au lendemain du déclenchement des hostilités. Mais de condamnation formelle de l’offensive russe, on ne trouve trace dans ses propos.

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Cette remarquable impasse sur les causes du conflit interroge jusqu’à Rome. Certes, le Saint-Siège a coutume de privilégier les discrètes missions de bons offices plutôt que les condamnations publiques. D’ailleurs, François a appelé dimanche 6 mars aux « négociations », précisant que le Vatican était « disposé à tout faire pour se mettre au service de [la] paix ». Le lendemain de sa visite inopinée à l’ambassade russe, il a appelé le président ukrainien, Volodymyr Zelensky. De son côté, le cardinal Pietro Parolin, numéro deux du Vatican, a téléphoné au ministre russe des affaires étrangères, Sergueï Lavrov, et il a confirmé, mercredi 9 mars, être disponible pour une médiation.

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Mais cette omission à propos du rôle de la Russie dans le déclenchement de la confrontation militaire conduit aujourd’hui des observateurs à interroger la politique très volontariste de rapprochement avec l’Eglise orthodoxe russe poursuivie par le pape François, dont certains jugent le prix exorbitant. Son chef, le patriarche Kirill, a toujours affiché sa proximité avec Vladimir Poutine. Le 27 février, dans un sermon, il a qualifié de « forces du mal » ceux qui « combattent l’unité » entre la Russie et l’Ukraine. « Le Vatican n’a d’yeux que pour Moscou, affirme l’historien Antoine Arjakovsky, codirecteur du pôle politique et religions du Collège des bernardins. Ce n’est plus du tout équilibré, c’est même extrêmement dangereux. »

Posture équidistante

Cette tentation de Moscou vient de loin. Après la chute du mur de Berlin et l’éclatement de l’Union soviétique, l’Ostpolitik conduite par le Vatican après-guerre avait fait place au rêve de Jean Paul II « d’aller en Russie s’incliner devant les tombes des martyrs du communisme », comme le résume l’universitaire. Mais ni le pape polonais ni son successeur allemand, Benoît XVI, ne l’ont vu se réaliser. François a poursuivi à sa façon l’entreprise de rapprochement. Elle s’est concrétisée par sa rencontre – la première de l’histoire entre un pape et le chef de l’Eglise orthodoxe russe – avec le patriarche Kirill, le 12 février 2016, à l’aéroport de La Havane, à Cuba.

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Préparée dans le plus grand secret, cette rencontre n’a pas été sans concession pour le Saint-Siège. La première concerne l’Ukraine. Deux ans auparavant, le Vatican avait fait profil bas lors de l’annexion de la Crimée par la Russie et de la guerre dans le Donbass. Dans la déclaration commune signée à La Havane, un paragraphe formalise cette posture équidistante sur « la confrontation en Ukraine » : « Nous exhortons toutes les parties du conflit à la prudence, à la solidarité sociale et à agir pour la paix. » La seconde concession concerne l’Eglise grecque-catholique, fidèle à Rome, troisième confession chrétienne d’Ukraine derrière les deux Eglises orthodoxes, loin d’être négligeable. Dirigée par Sviatoslav Chevtchouk, archevêque majeur de Kiev, elle a eu le sentiment depuis plusieurs années de faire les frais du rapprochement avec l’orthodoxie russe, estimant le soutien du Vatican non dénué de réticence face aux attaques à son encontre du patriarcat de Moscou, dont elle est séparée depuis le XVIsiècle.

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Nonobstant, jusqu’à l’invasion de l’Ukraine, Rome avait bien l’intention de persévérer dans cette voie. En décembre 2021, le pape François avait confirmé la préparation d’une nouvelle rencontre avec Kirill à un « horizon pas trop lointain ». « Et je suis toujours prêt à aller à Moscou », avait-il ajouté. Le métropolite Hilarion, chargé des relations extérieures du patriarcat de Moscou, était à Paris peu avant le déclenchement de l’offensive russe en Ukraine pour préparer cette rencontre. Le 12 février, il y a rencontré le cardinal Kurt Koch, président du Conseil pontifical pour la promotion de l’unité des chrétiens.

« Pas armé pour comprendre le poutinisme »

« Hilarion est celui qui, depuis trente ans, casse du sucre sur le dos des gréco-catholiques, observe Antoine Arjakovsky, il est étrange que François accepte cela. » Chercheur en études russes et soviétiques et bon connaisseur de la diplomatie du Saint-Siège dans la région, Yves Hamant est lui aussi critique de la stratégie russe du pape argentin : « Sur ce dossier, le pape François se conseille tout seul. Il ne connaît pas bien ce monde-là, il n’est pas armé pour comprendre le poutinisme. Concernant un rapprochement avec la Russie, il est persuadé qu’il réussira à faire ce que ses prédécesseurs n’ont pas réussi. Pour l’obtenir, l’Ukraine apparaît presque comme un obstacle. Il peut être tenté de la sacrifier. » Mercredi, le cardinal Parolin a cependant laissé entendre que la perspective d’une nouvelle rencontre entre les deux chefs chrétiens n’était plus d’actualité immédiate.

L’option russe pèse également sur les relations qu’entretient François avec les différentes familles de l’orthodoxie, fractionnées en une quinzaine d’Eglises autocéphales (elles élisent leurs chefs). Depuis le début de son pontificat, le pape jésuite est très proche de Bartholomée, le patriarche de Constantinople, qui, pour des raisons historiques, a la prééminence sur les autres patriarcats. Or, la rupture est consommée entre Kirill et Bartholomée depuis que ce dernier a reconnu en 2018 l’autocéphalie (l’indépendance) de l’Eglise orthodoxe d’Ukraine, qui dépendait auparavant du patriarcat de Moscou. Bartholomée a d’ailleurs condamné vertement « l’invasion russe » en Ukraine.

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« Combien de temps Rome pourra-t-elle tenir ce dialogue avec les deux alors que Moscou dévaste un pays entier et que certains prennent leur distance au sein même de l’Eglise orthodoxe ukrainienne, dépendante du patriarcat de Moscou ?, demande Antoine Arjakovsky. Il devient gênant pour le Saint-Siège d’être à ce point proche de l’idéologue en chef du monde russe. »

De fait, la guerre actuelle en Ukraine semble provoquer de graves tensions dans l’Eglise ukrainienne restée fidèle à Moscou. A sa tête, le métropolite Onuphre a demandé aux Ukrainiens de résister à l’invasion russe. « Une dizaine d’évêques ne prient plus pour Kirill le dimanche », comme c’est la règle, observe Antoine Arjakovsky, pour qui, si la situation politico-militaire en Ukraine le permet, « il y a toutes les chances pour que cette Eglise demande son rattachement à l’Eglise autocéphale » ukrainienne.

L’orthodoxie de tradition russe en Europe occidentale est également traversée par une certaine indignation. Son métropolite Jean de Doubna a ainsi dénoncé sans détour, dans une lettre ouverte, « cette guerre monstrueuse et insensée » déclenchée par « l’intervention militaire de la Fédération de Russie en Ukraine » et il a demandé à Kirill « d’intervenir auprès des autorités politiques » russes pour « que cesse ce bain de sang », « cette guerre d’agression cruelle et meurtrière ».Lire aussi   Article réservé à nos abonnésEn Ukraine, après le schisme, les convulsions religieuses

Cécile Chambraud

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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