Une méthodologie d’acceptation des pesticides qui accepte un taux de mortalité dès abeilles de 10%

Abeilles et pesticides : un taux de mortalité « acceptable » proposé

L’Autorité européenne de sécurité des aliments suggère qu’une réduction des populations de pollinisateurs de l’ordre de 10 % après un traitement est tolérable. Une affirmation contestée par les ONG.

Par Publié aujourd’hui à 10h50 

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https://www.lemonde.fr/planete/article/2022/02/02/abeilles-et-pesticides-un-taux-de-mortalite-acceptable-propose_6111980_3244.html

Abeille sauvage pollinisant des fleurs de tournesol, dans l’Ain, en 2017.
Abeille sauvage pollinisant des fleurs de tournesol, dans l’Ain, en 2017.  JEAN_PHILIPPE DELOBELLE/BIOSPHOTO

C’est un document technique très attendu qu’a publié, vendredi 28 janvier, l’Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA), dans le cadre de la refonte des méthodes d’évaluation des risques des pesticides pour les abeilles et les pollinisateurs. L’agence basée à Parme (Italie) y présente des éléments scientifiques pour fixer le seuil des dégâts « acceptables » d’un agrotoxique sur les populations d’abeilles sauvages. Un seuil qui permettra d’autoriser ou non la mise sur le marché de nouvelles substances.

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L’EFSA précise qu’elle ne décide pas des objectifs de protection – décision qui relève du politique – mais qu’elle fournit un simple appui scientifique aux Etats membres et à la Commission européenne. L’agence ajoute que les données sont lacunaires et que les autorités politiques pourraient également attendre avant de se prononcer… L’EFSA a néanmoins établi la variabilité naturelle des populations d’abeilles sauvages. Cette variabilité, de l’ordre de 10 % selon l’EFSA, offre un niveau de référence pouvant justifier un seuil acceptable de réduction de population de l’ordre de 10 %, consécutif à l’exposition au produit évalué.

Données obtenues en milieu agricole

Une approche qui ne convainc pas les ONG. Pour Pesticide Action Network (PAN), la référence choisie provient de données obtenues en milieu agricole, où les insectes sont déjà soumis à de nombreux stress. La référence, plaide l’ONG, n’est pas une colonie de bourdons saine mais « une colonie déjà exposée aux produits agrochimiques dans un environnement agricole ». « Accepter que les colonies de bourdons perdent jusqu’à 10 % de leur population après exposition à chaque pesticide est non scientifique, ajoute le PAN. Il existe de nombreuses études montrant des effets synergiques des pesticides, mais il n’en est tenu aucun compte dans cette approche. »

De son côté, l’eurodéputé Pascal Canfin (Renew), président de la commission environnement du Parlement, assure que « la protection de toutes les abeilles et pollinisateurs est un combat majeur du Parlement européen depuis 2019, et en particulier l’un des [s]iens : [ils] n’accepteron[t] pas de méthodologie d’évaluation de la dangerosité des pesticides au rabais ».

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Stéphane Foucart

Abeilles et pesticides : les États membres fixent un taux de perte « acceptable » des colonies 

Retour 02 juillet 2021 Biodiversité

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© C. Schüßler

Le 28 juin, les ministres européens de l’Agriculture ont franchi une nouvelle étape pour la future évaluation desrisques liés aux pesticides pour les abeilles. Ils se sont penchés sur la révision du document guide de l’Autorité européenne de sécurité des aliments (Efsa) qui date de 2013 mais qui n’a jamais été appliqué par manque de consensus entre les États membres. Ce document fixait un seuil de mortalité maximal de 7 % des colonies d’abeilles, au-delà duquel les effets des pesticides ne sont plus acceptables. Mais face à la réticence de nombreux États membres, la Commission européenne a proposé il y a quelques mois un taux de 10 % pour relancer les discussions. Et les ministres de l’Agriculture viennent d’approuver ce compromis. « Cette approche fixerait à 10 % le taux de réduction maximum de la taille des colonies d’abeilles dans l’ensemble de l’UE (due à l’exposition aux pesticides). Les ministres ont convenu de la nécessité d’accroître les ambitions de l’UE en matière de protection des abeilles mellifères tout en veillant à ce que les mesures puissent être mises en œuvre par les États membres », a souligné le Conseil de l’UE dans un communiqué.

« Obtenue grâce à la mobilisation de quelques ONG et le soutien du Parlement européen, la contrainte de rendre publique la position des États membres sur le taux de « mortalité acceptable » a permis d’éviter le pire », a réagi de son côté l’ONG Pollinis. « Un consensus se dessine désormais autour de 10 % quand, selon des fuites dans la presse, certains pays suivaient il y a quelques semaines encore les consignes de l’agrochimie et défendaient un taux de 23 % ! Néanmoins, ce compromis en deçà des préconisations des experts européens est loin d’être une victoire », estime l’association. La France défendait quant à elle le taux de 7 %. Le document de l’Efsa, une fois validé, servira aux prochaines évaluations des risques des substances phytosanitaires au niveau européen.

Rachida Boughriet

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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