Déserts en maternités et maison de naissance (dossier la dépêche)

REPORTAGE. Déserts médicaux : à Castres, une maison de naissance unique en Occitanie

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  • La petite Iris, 8 mois, portée par sa maman, est née à Doumaïa.La petite Iris, 8 mois, portée par sa maman, est née à Doumaïa. Photo DDM

Société,  Hôpital,  Grossesse / Bébé

Publié le 26/09/2021 à 06:30 , mis à jour à 09:45

l’essentiel

Les futures mamans sont de plus en plus éloignées des maternités. Face à cette situation qui illustre les déserts médicaux, de nouvelles structures ont vu le jour. Reportage dans une maison de naissance à Castres dans le Tarn : elle est unique en Occitanie.

Une maison cubique de 140 mètres carrés dont les fenêtres de la cuisine donnent sur des étendues de pelouse à perte de vue. Si elle n’était adossée au centre hospitalier de Castres, cette drôle de structure aurait tout l’air d’une villa de campagne, d’un véritable havre de paix en pleine nature.

À l’intérieur de cette maisonnette, de jeunes mamans se retrouvent avec leur bébé et des sages-femmes qui ont suivi durant des mois la grossesse, l’accouchement et la période postnatale de ces mères de famille. Toutes partagent un point commun : elles ont accouché ici, dans cette maison de naissance, l’unique de toute l’Occitanie, l’une des six implantées en France.

« Dans ce lieu, les femmes enceintes prennent le temps de s’approprier les pièces, de se sentir chez elles, avant leur accouchement. Elles bénéficient d’un suivi sur mesure de la part des sages-femmes », explique Henny Jonkers, cofondatrice de la maison de naissance, au nom douillet de Doumaïa (du grec domus, maison et maïa, sage-femme).

Les jeunes mères qui ont déjà expérimenté le lieu reviennent sans aucune appréhension. Clémence habite Revel, à plus d’une demi-heure de Castres. Elle attend son troisième enfant, le second qui naîtra dans quelques mois à Doumaïa. « Il y a un rapport de confiance qui se noue, le respect du corps et de l’intimité. Le retour à la maison se fait avec le même binôme de sage-femme que l’on connaît et elles connaissent aussi nos conjoints », précise cette jeune maman de 33 ans. Doumaïa possède deux chambres, une salle de consultation, une cuisine équipée et lieu d’éveil pour les bébés. La déco est entièrement conçue par les adhérents de l’association. La cuisine est dotée d’un frigo, d’un four à micro-ondes et les murs sont ornés de photos de nouveau-nés.

« Les femmes enceintes s’approprient le lieu et une relation de confiance s’instaure avec une équipe de sages-femmes qui accouchent la jeune maman et  assurent le suivi à domicile »


« Les femmes enceintes font le choix d’accoucher ici, poursuit Henny Jonkers. La distance qui les sépare d’une maternité lointaine n’est pas un problème. On établit un contact permanent avec la future maman et nous ajustons nos emplois du temps à tout moment pour l’accueillir dans les meilleures conditions avec deux sages-femmes présentes lors de l’accouchement ». Les risques de devoir accoucher sur la route sont donc limités. « Une seule fois, une femme a accouché juste avant de franchir les portes de l’association. Elle est arrivée avec son bébé déjà dans ses bras », se souvient Henny.

Retour à la maison 6 heures après l’accouchement

Entre l’arrivée d’une femme enceinte et la naissance de son bébé, il s’écoule moins de 24 heures. La maman quitte les lieux et retourne chez elle avec le nouveau-né, environ six heures après l’heureux événement. Les onze sages-femmes de Doumaïa ont des astreintes pour intervenir à tout moment.

« Nous ne proposons pas de séjour. Si l’accouchement se complique ou s’il y a un problème, les urgences du centre hospitalier prennent le relais dans le cas d’une grossesse à risques ».

220 bébés en 5 ans

Doumaïa sert de site pilote depuis mars 2017, date de son ouverture. À cette époque, un groupe de sages-femmes très actives, à Castres, qui planchaient sur ce projet depuis déjà très longtemps, ainsi que des parents, ont poussé très fort auprès du ministère de la Santé. La loi prévoit que ces maisons de santé soient érigées à proximité d’un centre hospitalier et avec l’accord de sa direction. En cinq ans, 220 bébés ont poussé leurs premiers cris ici (chiffre arrêté au 23 septembre 2021). De 60 naissances par an, l’association est passée à 70 l’année dernière. Doumaïa est victime de son succès. De plus en plus de femmes optent pour un accouchement « comme à la maison ».

Du coup, les prestations vont augmenter. Dès l’année prochaine, la contribution des parents doit passer de 50 à 550 €, incluant l’adhésion à l’association et les prestations d’une seconde sage-femme qui assure le suivi postnatal durant plusieurs jours.

L’agence régionale de santé finance Doumaïa à hauteur de 170 000 euros. Les prochaines lignes budgétaires doivent être connues d’ici quelques semaines puisque l’expérimentation doit s’achever en novembre avec de bonnes chances de reconduction. Les premières maisons de naissance ont d’abord fait leur apparition aux Etats-Unis. Puis au Quebec et en Europe (Allemagne et Suisse).

Très vite, ces lieux de vie qui constituent une alternative à l’accouchement en structure hospitalière se sont développés en Suède, Anglerre, Italie et Espagne puis en France où cinq d’entre elles sont actuellement ouvertes (Paris, Nancy, Alsace, Grenoble et Bourgoin-Jallieu et deux autres dans les Antilles et à la Réunion). L’objectif serait de passer de six maisons de naissance à 20, en France, d’ici fin 2022.

Frédéric Abéla

REPORTAGE. Jehanne, deux naissances à la maison, «en confiance»

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Jehanne avec June et Morgan (dans ses bras) photographiés par Bertrand, le père.Jehanne avec June et Morgan (dans ses bras) photographiés par Bertrand, le père. Photo DR

Société,  Grossesse / Bébé,  SantéPublié le 26/09/2021 à 06:31

l’essentiel

Moins de 2000 nourrissons naissent à domicile en France chaque année. C’est le choix qu’a fait Jehanne pour ses deux enfants. Cette jeune maman ne voulait pas que ses bébés voient le jour en milieu hospitalier.

« Coucou, Morgan est arrivé hier… C’est Bertrand qui a fait sage-femme, tout s’est bien passé ! Les sages-femmes sont arrivées après, pour le goûter… » C’est par ce message amusé, posté le 20 mai dernier, que Jehanne a annoncé à ses proches la naissance de son deuxième enfant, un garçon. Comme sa sœur aînée June, Morgan est né à la maison, un choix réfléchi par le couple de trentenaires vivant dans une petite commune de l’Isère, entre Grenoble et Chambéry. Chaque année, on estime à moins de 2000 le nombre de naissances à la maison (sur un total d’environ 750 000).

« Comme pour un marathon »

« Déjà pour June, je n’avais aucune envie d’accoucher en milieu hospitalier, ça manquait de récits positifs… on voulait qu’elle naisse dans une maison de naissance (lire en page suivante) mais on était en liste d’attente, se souvient Jehanne, l’Ariégeoise qui enseigne dans les Alpes l’aménagement des espaces naturels. Actuellement en congé parental, Morgan collé à son ventre entre deux tétées, elle raconte la naissance de June, le 20 mars 2019…

« Ma grossesse était compatible avec un accouchement à la maison, je n’ai ni diabète ni hypertension et le bébé était bien positionné. On a alors a pris contact avec une sage-femme qui pratique à domicile. Il fallait qu’elles soient deux, ça a été Ella et Marion. Et ce qu’elles ont fait, Ella surtout qui suivait la grossesse, c’est du coaching pour arriver en confiance et en condition à l’accouchement. On doit s’entraîner comme pour un marathon », poursuit la jeune maman sportive dans l’âme, au passé de gymnaste et de skieuse.

18 heures avant la naissance

Son marathon a duré dix-huit heures… De 21 h le soir à 13 h passées le lendemain, les contractions se sont succédé au rythme de quatre, trois et deux minutes. Le futur père, Bertrand, a participé, lui tenant la main, pratiquant les points de compression, surveillant la température… de l’eau de la piscine gonflable louée pour la naissance. Et il chante avec la future maman les vocalises graves apprises par la sage-femme.

« Moi j’étais plutôt dans les aigus ! rappelle Jehanne. Il est 14 h quand ils appellent Ella, Une fois sur place, monitoring satisfaisant, elle l’encourage, « Vas-y, pousse ! ». A 17 h 30, June naît enfin, avant de ramper sur le ventre de sa mère à la recherche du sein.

Deux ans plus tard, faisant toujours autant « confiance à la vie », la famille attend un nouvel enfant, sous la surveillance des deux mêmes sages-femmes… « Leur engagement est formidable, elles permettent des naissances naturelles et d’un coût bien moindre pour la sécu, environ 350 € d’honoraires », précise Jehanne.

Le 19 mai dernier, en fin de matinée, Jehanne qui ressent « des contractions assez douces » décide d’aller marcher avec Bertrand. Au retour de la balade, Morgan pointe le bout de son crâne. Bertrand le reçoit, cache son émoi devant son visage bleu et parvient à dégager le cordon ombilical qui l’écharpe. À l’arrivée des sages-femmes, Morgan tète déjà.Pierre Mathi

Les maternités sont trop éloignées des futures mamans

Les maternités sont trop éloignées des futures mamansLes maternités sont trop éloignées des futures mamans Pixabay

Société,  Grossesse / Bébé,  Santé

Publié le 26/09/2021 à 06:31 , mis à jour à 10:39

https://www.ladepeche.fr/2021/09/25/reportage-deserts-medicaux-a-castres-une-maison-de-naissance-unique-en-occitanie-9813513.php

l’essentiel

Une étude de la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Dress) montre que la part des femmes en âge de procréer résidant à plus de 45 minutes d’une maternité a augmenté entre 2000 et 2017. Face à cette situation qui illustre les déserts médicaux, de nouvelles structures ont vu le jour.

La fermeture d’une maternité est l’un des éléments qui illustre la désertification médicale qui affecte nombre de territoires. Les populations ne s’y trompent pas et se mobilisent toujours très fortement pour défendre ce qui est considéré comme un service public essentiel, particulièrement dans des zones rurales où les temps de trajets sont déjà souvent importants. On a vu ces dernières années de telles mobilisations à Saint-Affrique, Decazeville, Lourdes ou encore au début de ce mois à Montauban. L’étude que vient de publier la Direction de la recherche, des études, de l’évaluation et des statistiques (Drees) du ministère des Solidarités et de la Santé apporte incontestablement des arguments aux défenseurs des maternités.

« Entre 2000 et 2017, la part des femmes en âge de procréer (âgées de 15 à 44 ans) résidant à respectivement plus de 30 minutes et plus de 45 minutes d’une maternité augmente », affirme l’étude, qui pointe clairement la fermeture des petites maternités dans cette situation. « Ce constat global, corroboré par les différents outils de mesure mobilisables, résulte de deux effets de sens contraire : l’évolution de la répartition des femmes en âge de procréer sur le territoire a plutôt conduit à un rapprochement de celles-ci des maternités, mais dans le même temps, de nombreuses maternités ont fermé depuis 2000 et ce dernier effet l’emporte », explique l’étude qui admet toutefois que « ces estimations ne tiennent pas compte des éventuelles améliorations du réseau routier intervenues au cours de la période ».

Infographie DDM
Infographie DDM

De 717 à 496 maternités en 20 ans

Le nombre de maternités a ainsi diminué entre 2000 et 2017, passant de 717 à 496. « Si l’offre de maternités était restée inchangée entre 2000 et 2017, les mouvements de population au cours de la période auraient conduit à un rapprochement des femmes des maternités. Ainsi, la part des femmes en âge de procréer résidant à plus de 45 minutes de la maternité la plus proche aurait diminué de 11 % si les implantations des maternités étaient restées identiques depuis 2000 », indique l’étude. Toutefois, une fermeture de maternité n’entraîne pas systématiquement une augmentation de la part des femmes éloignées de plus de 30 ou 45 minutes d’une maternité. Des fusions d’établissements, des déménagements peuvent aussi permettre de conserver une bonne accessibilité.
Dans le Lot, forte hausse des femmes éloignées de plus de 45 minutes d’une maternité

Le Lot loin d’une maternité

L’étude, qui a analysé la situation de tous les départements pointe aussi de grandes disparités. « Dans certains départements, la baisse du nombre de maternités entre 2000 et 2017 conduit à une augmentation de la part de femmes éloignées d’un établissement. C’est le cas du Lot, où le pourcentage des femmes en âge de procréer résidant à plus de 45 minutes d’une maternité passe de 6 % en 2000 à 24 % en 2017, à la suite de la fermeture de trois des quatre maternités présentes en 2000 ».

Rappelant que « l’offre de maternités a été profondément réorganisée à la fin des années 1990, amplifiant le mouvement de concentration observé depuis les années 1970 », l’étude explique que si entre 2000 et 2017, le nombre de petites maternités s’est réduit, passant de 448 en 2000 à 202 en 2017 (certaines ont fermé, d’autres sont devenues des maternités de type plus élevé et celles qui restent ont augmenté leur volume d’activité en réalisant davantage d’accouchements), le nombre des maternités de type 2a, 2b et 3, c’est-à-dire pour les grossesses à risques, a augmenté. Le temps d’accès des femmes en âge de procréer aux maternités de type 3 reste stable, assure l’étude, mais, là aussi, il existe de fortes disparités dont souffrent les départements ruraux. « Dans onze de ces départements, la totalité des femmes habitent à plus de 45 minutes d’une maternité de type 3, en 2000 comme en 2017 » Une situation qui concerne, dans la région les départements de l’Aveyron, du Lot, du Lot-et-Garonne et de la Lozère.

Philippe Rioux

INTERVIEW. Déserts médicaux : « Le cas des maternités est emblématique des inégalités territoriales de santé »

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Guillaume Rousset est Juriste, expert en stratégie des structures sanitaires et sociales à l’Université Lyon III.Guillaume Rousset est Juriste, expert en stratégie des structures sanitaires et sociales à l’Université Lyon III. Photo Université de Lyon

Société,  Grossesse / Bébé,  Santé

Publié le 26/09/2021 à 06:31 , mis à jour à 09:39

l’essentiel

Guillaume Rousset est juriste, expert en stratégie des structures sanitaires et sociales à l’Université Lyon III.

Le nombre de maternités ne cesse de baisser dans le pays. Y voyez-vous le signe de la progression des déserts médicaux ?

La question des maternités est en effet assez emblématique des inégalités territoriales de santé : quand une femme se trouve à une heure de route de la maternité la plus proche, on voit bien à quel point cela pose problème. Toutefois, et plus globalement, cette question des inégalités territoriales de santé – une notion plus rigoureuse scientifiquement que le concept parlant et percutant de « désert médical » – est une réalité difficile à mesurer. Si l’on en croit les pouvoirs publics, ce serait un problème croissant depuis plusieurs années, qui se manifeste sur tout le territoire et concerne une grande diversité de professions. Ces inégalités ne sont pas que géographiques, elles sont aussi temporelles. On peut très bien avoir un médecin en bas de chez soi qui, du fait de l’absence d’autres professionnels, ne peut pas nous recevoir avant deux mois. Ce qui pose bien entendu un problème dans l’accès aux soins.

D’où viennent ces inégalités ?

Le nombre de praticiens paraît aujourd’hui insuffisant. Néanmoins, ce n’est pas parce qu’ils sont plus nombreux que les inégalités se réduiront, tout dépend de leur répartition sur le territoire. Le paramètre clé est donc la liberté d’installation des professionnels de santé. Quand un praticien choisit de s’installer quelque part, c’est parce que l’endroit lui plaît, pas seulement pour pratiquer son travail, mais aussi pour vivre. Le problème est donc intimement lié à celui de l’attractivité d’un territoire. On ne peut pas régler cette problématique sans une politique d’aménagement forte.

Justement, comment les pouvoirs publics œuvrent-ils pour y remédier ?

Les pouvoirs publics mettent en œuvre trois idées : l’incitation à l’installation avec des avantages financiers à destination des praticiens qui acceptent d’aller dans des zones sous dotées. Néanmoins, la Cour des comptes a montré que c’était assez peu efficace au vu des sommes investies. Le second levier est la coercition : il avait été question de faire payer des pénalités à des professionnels de santé qui refuseraient de s’installer dans un territoire où des problèmes d’accès au soin avaient été observés. Mais cela n’a vraiment été mis en place, les décrets d’application n’ont pas été pris. Enfin, le dernier levier relève de l’accompagnement, avec la subvention de maisons de santé pluriprofessionnelles. Cela permet de construire des lieux de santé où travaillent ensemble des praticiens de différentes spécialités. Pour autant, étant donné que ces lieux fonctionnent avec des subventions publiques se pose la question de leur viabilité économique à long terme.

Propos recueillis par Caroline Pain

Inégalités territoriales de santé : « On ne peut pas régler la question des déserts médicaux sans une politique d’aménagement du territoire forte »Guillaume Rousset est juriste en droit de la santé.

Guillaume Rousset est juriste en droit de la santé. Université Jean Moulin Lyon 3 – David VENIER

Santé,  Hôpital,  Urbanisme – Aménagement

Publié le 27/09/2021 à 10:17

https://www.ladepeche.fr/2021/09/25/reportage-deserts-medicaux-a-castres-une-maison-de-naissance-unique-en-occitanie-9813513.php

l’essentiel

Guillaume Rousset, maître de conférences en droit de la santé à l’Université Jean Moulin Lyon 3 (Ifross), explique d’où viennent les inégalités territoriales d’accès au soin et comment les pouvoirs publics tentent d’y remédier.

Pourquoi l’expression désert médical n’est-elle pas forcément représentative des inégalités territoriales de santé ? 

La notion de désert médical a l’avantage d’être percutante et parlante. Néanmoins, ce n’est pas une expression très rigoureuse d’un point de vue scientifique. Cela renvoie à l’image d’Épinal selon laquelle dans un village, une fois que l’école et le bureau de poste ferment, le cabinet médical ferme aussi. Or, les déserts médicaux, si on les appelle ainsi, ne concernent pas que les territoires ruraux. Cette notion renvoie à une très grande variété de situations, qui peut toucher tous les territoires. De même que la caractéristique de “médical” renvoie à l’idée qu’on ne parle que des médecins alors que bien d’autres professions sont concernées. C’est pour ces raisons que l’expression d’inégalités territoriales de santé paraît plus pertinente puisqu’elle permet de mieux comprendre la réalité de la situation.

Quelle est la situation en France actuellement ?

Il s’agit d’une réalité difficile à mesurer. Mais si on en croit les pouvoirs publics, ce serait un problème croissant depuis plusieurs années, qui se manifeste sur tout le territoire et concerne une grande diversité de professions. Ces inégalités ne sont pas que géographiques, elles sont aussi temporelles. On peut très bien avoir un médecin en bas de chez soi qui, du fait de l’absence d’autres professionnels, ne peut pas nous recevoir avant deux mois. Ce qui pose bien entendu un problème dans l’accès aux soins.

Qu’en est-il des maternités ?

L’accès aux soins dans les maternités représente un enjeu de plus en plus important dans certains territoires. Depuis plusieurs années, les pouvoirs publics ont en effet fermé un certain nombre d’entre elles en estimant que le faible nombre d’accouchements pratiqués ne permettait pas de conserver un niveau de qualité et de sécurité suffisant. Il est possible d’imaginer que le facteur financier a aussi été pris en compte.

Quoi qu’il en soit, il en ressort que pour les femmes enceintes habitant dans ces territoires, le temps d’accès à une maternité s’en est trouvé accru, ce qui peut parfois poser des questions de sécurité.

D’où viennent ces inégalités ?

Le nombre de praticiens qui paraît aujourd’hui insuffisant. Néanmoins, ce n’est pas parce qu’ils sont plus nombreux que les inégalités se réduiront, tout dépend de leur répartition sur le territoire. Le paramètre clé est donc la liberté d’installation des professionnels de santé. Quand un praticien choisit de s’installer quelque part parce que c’est un endroit qui lui plairait, pas seulement pour pratiquer son travail, mais aussi pour vivre. La notion de désert médical est donc liée à celle de l’attractivité. On ne peut pas régler cette problématique sans une politique d’aménagement du territoire forte.

Justement, comment les pouvoirs publics œuvrent-ils pour y remédier ?

Les pouvoirs publics mettent en œuvre trois idées : l’incitation à l’installation avec des avantages financiers à destination des praticiens qui acceptent d’aller dans des zones sous dotées. Néanmoins, la Cour des comptes a montré que c’était assez peu efficace au vu des sommes investies. Le second levier est la coercition : il avait été question de faire payer des pénalités à des professionnels de santé qui refuseraient de s’installer dans un territoire où des problèmes d’accès au soin avaient été observés. Mais cela n’a vraiment été mis en place, les décrets d’application n’ont pas été pris. Politiquement, c’est quelque chose de compliqué, notamment lorsqu’il y a des questions de lobbying… Enfin, le dernier levier relève de l’accompagnement, avec la subvention de maisons de santé pluriprofessionnelles. Cela permet de construire des lieux de santé où travaillent ensemble des praticiens de différentes spécialités. Pour autant, étant donné que ces lieux fonctionnent avec des subventions publiques se pose la question de leur viabilité économique à long terme.

Caroline Pain
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Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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