Les reculs de Joe Biden sous la pression de démocrates modérés
Le président démocrate a ainsi accepté de restreindre les conditions pour pouvoir bénéficier de l’aide fédérale directe, prévue dans son plan de soutien à l’économie.
Par Gilles Paris(Washington, correspondant)Publié aujourd’hui à 02h11, mis à jour à 08h47
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Le Parti républicain a stigmatisé « la gauche radicale » qui imposerait son cap à l’administration de Joe Biden, lors du principal rassemblement annuel des conservateurs américains, à Orlando, en Floride. Les premiers reculs opérés par le président démocrate portent, cependant, la marque des élus les plus modérés de son parti.
Mardi 2 mars, la Maison Blanche a ainsi annoncé le retrait de la candidate pour le poste de directrice (ministre) du budget, Neera Tanden. Ancienne conseillère de la candidate démocrate à l’élection présidentielle de 2016, Hillary Clinton, fille d’immigrants indiens, la présidente d’un cercle de réflexion de centre gauche, le Center for American Progress, a payé au prix fort la publication par le passé de messages virulents sur son compte Twitter.
Les sénateurs républicains, passifs pendant quatre ans à propos de ceux de Donald Trump, ont considéré qu’ils étaient incompatibles avec l’exercice d’une responsabilité fédérale. Un seul démocrate a partagé publiquement ce point de vue. Joe Manchin, élu de Virginie-Occidentale, est considéré comme le plus à droite des démocrates du Sénat. Sa défection a suffi pour obliger la Maison Blanche à faire machine arrière compte tenu du partage de la haute assemblée en deux camps égaux de cinquante voix que seule la vice-présidente Kamala Harris, également présidente du Sénat, peut départager.
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Révision à la baisse des plafonds de l’aide fédérale directe
Sous la pression de sénateurs centristes de son camp, certains élus dans des bastions républicains, Joe Biden a de même accepté, mercredi, de réviser à la baisse les plafonds à partir desquels l’aide fédérale directe prévue dans un plan de soutien massif à l’économie sur fond d’épidémie de Covid-19 ne sera plus versée. Dans la version de ce plan adoptée par la Chambre des représentants, sans une seule voix républicaine, ces plafonds ont été fixés à 100 000 dollars (82 918 euros) de revenus annuels pour une personne seule et à 200 000 dollars pour un couple. Ils seraient rabaissés respectivement à 80 000 dollars et à 160 000 dollars.
Lors de l’examen de ce projet de plan de soutien, le Sénat devrait, enfin, retirer la disposition permettant de porter progressivement le salaire fédéral horaire à 15 dollars, au lieu de 7,25 dollars actuellement. La disparité des niveaux de salaire minimum, par Etats ou selon les entreprises (celui du géant Amazon s’élève déjà à 15 dollars), fait que la mesure ne concernerait que 28 % des salariés. Elle bénéficierait, cependant, aux plus vulnérables : les femmes de minorités ethniques, hispaniques ou afro-américaines.
Le retrait de cette disposition défendue depuis des années par le sénateur indépendant du Vermont Bernie Sanders, candidat malheureux à l’investiture démocrate en 2016 et en 2020, est la conséquence d’une décision d’ordre technique rendue par une fonctionnaire du Sénat qui a considéré qu’elle ne peut pas être incluse dans le plan de soutien. Joe Biden s’est dit « déçu », tout en assurant « respecter » cet arbitrage.
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Ce seuil déchaîne les critiques
Les sénateurs démocrates les plus centristes, Joe Manchin et Kyrsten Sinema (Arizona), n’avaient, cependant, pas caché leur opposition à une hausse jugée excessive qu’ils étaient en mesure de bloquer. Le sénateur de Virginie-Occidentale propose l’adoption ultérieure d’une première augmentation à 11 dollars qui pourrait obtenir le soutien d’élus républicains.
Cette série de reculs est relativisée par la Maison Blanche qui se concentre sur l’adoption du plan de soutien. Elle est la traduction d’un rapport de force qui risque d’être durablement défavorable à l’aile gauche du Parti démocrate, du fait de l’infime majorité, dont dispose le parti du président au Sénat, et du seuil de 60 voix nécessaires pour mettre fin à toute manœuvre d’obstruction (filibuster) à la haute assemblée, ce qui suppose le ralliement de républicains.
Ce seuil déchaîne les critiques de cette aile gauche, de Bernie Sanders à Elizabeth Warren (Massachusetts), qui estime qu’elle soumet l’administration Biden au bon vouloir de la minorité conservatrice. Le supprimer implique, cependant, un consensus démocrate. Or, Joe Manchin comme Kyrsten Sinema ont déjà fait savoir qu’ils y étaient opposés. Joe Biden, ancien pilier du Sénat, n’a jamais caché non plus le peu d’enthousiasme que lui inspire ce qui est qualifié régulièrement d’« option nucléaire ».
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Gilles Paris(Washington, correspondant)
Joe Biden échoue à imposer la hausse du salaire minimal dans son plan de relance
Le président souhaitait inclure une hausse du salaire minimal à 15 dollars, mais cette clause ne pourra pas faire partie du projet final, dont l’adoption doit commencer ce vendredi.
Le Monde avec AFPPublié le 26 février 2021 à 04h38 – Mis à jour le 26 février 2021 à 07h03
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Le vaste plan de relance voulu par Joe Biden ne peut pas inclure la hausse prévue du salaire minimal, a tranché, jeudi 25 février, la responsable chargée de protéger les règles du Sénat, condamnant de fait cette clause à disparaître du projet de loi.
Malgré ce revers, le président américain a immédiatement exhorté le Congrès à « avancer rapidement pour adopter le plan de sauvetage américain ». Il « inclut des chèques d’aide de 1 400 dollars pour la plupart des Américains, des fonds pour lutter contre le virus, des financements pour que nos écoles rouvrent et une aide dont ceux qui ont été le plus durement touchés par cette crise ont désespérément besoin », a souligné la porte-parole de la Maison Blanche, Jen Psaki.
« Le président Biden est déçu par ce résultat, puisqu’il avait proposé d’inclure la hausse du salaire minimal à 15 dollars » dans son vaste plan estimé à 1 900 milliards de dollars, a-t-elle indiqué dans un communiqué. « Il travaillera avec les dirigeants du Congrès pour déterminer la meilleure voie à suivre, car personne dans ce pays ne devrait avoir à travailler à temps plein tout en vivant dans la pauvreté », a-t-elle précisé.
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Premier vote ce vendredi
Des propos sur la même ligne que ceux du chef de la majorité démocrate au Sénat, Chuck Schumer, qui laissent entendre que les responsables du parti sont décidés à avancer vers l’adoption du plan, même sans cette disposition, qu’ils tenteront de faire passer dans une loi distincte. La Chambre des représentants doit voter dès vendredi sur le plan d’aide.
Après l’annonce que la hausse du salaire minimal devait être retirée du texte au Sénat, la présidente démocrate de la Chambre des représentants, Nancy Pelosi, a affirmé qu’elle la maintiendrait dans le texte qui sera soumis au vote, dont l’heure n’a pas encore été annoncée. « Les démocrates de la Chambre estiment que la hausse du salaire minimal est nécessaire. Cette disposition restera donc dans le “plan de sauvetage américain” qui sera soumis au vote demain », a-t-elle écrit.
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Concrètement, cela implique une plus longue navette parlementaire. Compte tenu de leur majorité à la chambre basse, ce projet de loi a de fortes chances d’y être facilement adopté. Il sera ensuite envoyé au Sénat, où la hausse du salaire devrait être retirée. S’il y est à son tour adopté, ce texte repartira à la Chambre pour un vote final.
Soutien des grandes entreprises
Si certains progressistes ont appelé à se battre pour outrepasser la décision jeudi soir d’Elizabeth MacDonough, experte parlementaire et gardienne des procédures de la chambre haute, son retrait pourrait, dans les faits, faciliter l’adoption du plan de soutien à l’économie américaine, frappée par la pandémie de Covid-19. La hausse du salaire minimal horaire divisait en effet certains démocrates progressistes et modérés. Or, avec sa très mince majorité au Sénat, le parti a besoin d’unité pour faire passer ses lois.
En présentant son plan le 14 janvier, Joe Biden avait indiqué qu’il souhaitait le faire adopter d’ici à début février. Le temps presse, notamment car le versement d’allocations-chômage prolongé dans un précédent plan d’aide cessera le 14 mars. Plusieurs dizaines de patrons des plus grandes entreprises américaines, de Goldman Sachs à Apple, en passant par General Motors, avaient appelé mercredi le Congrès à adopter rapidement ce nouveau plan de soutien.
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Le Monde avec AFP