La Covid-19 vue par la lettre de Galilée

Vaccination contre la Covid-19 : quand les « procureurs » sont au ban

Auteur : Vincent Fromentin  22 janvier 2021 Pas encore de commentaire 1,721 Vues

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Éditorial de la 503ème

« Nous sommes devenus une nation de 66 millions de procureurs« . C’est en ces termes qu’Emmanuel Macron, en visite à l’université de Paris Saclay pour y présenter son plan d’investissement national pour les technologies quantiques, a tancé ces Français à la critique facile. Le Président a l’art de l’apophtegme, en gageant certainement qu’on retienne davantage ses formules cinglantes que les errances de sa gestion de la crise sanitaire.

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Avec un possible troisième confinement qui leur pend au nez, cette nouvelle petite phrase assassine ne risque vraiment pas de réconcilier ces indécrottables Français avec leur éternelle défiance.

Lire : Ces dysfonctionnements à l’hôpital que l’on découvre avec la crise sanitaire de la Covid

Et quitte à passer pour un « Gaulois réfractaire » ou un « procureur », on peut légitimement s’interroger sur les retards français : après « où sont les masques ?« , puis « où sont les tests ?« , la série continue avec « où sont les vaccins ?« . Les mêmes erreurs à chaque étape.

L’Europe a commencé a vacciner à partir du 27 décembre dernier. À côté de nos voisins, on ne peut pas vraiment dire que le démarrage ait été très rapide.

Selon certains, c’est la faute à la complexité des consentements éclairés qu’il faut recueillir avant toute injection. Quand on veut bien faire, cela prend du temps. D’ailleurs, « il ne faut pas confondre vitesse et précipitation » nous rappelle tout benoîtement Jean Castex.

Pour d’autres, c’est la faute à cet État-obèse qui est devenu incapable de mettre rapidement en place une stratégie concrète, même en payant grassement des cabinets de conseil privés. Dans tous les cas, les chiffres sont là et la France est encore aujourd’hui à la traîne.

Lire : Vaccination contre la Covid-19 : des incertitudes encore nombreuses

Selon le dernier communiqué du Ministère de la Santé, au 20 janvier 2021, près de 693 000 personnes ont été vaccinées en France. Le Royaume-Uni recense actuellement plus de 4,5 millions de personnes vaccinées (soit 7 % de sa population totale). L’Italie et l’Allemagne, quant à elles, ont dépassé le cap du million de doses administrées la semaine dernière.

Infographie: La course à la vaccination en Europe | Statista

Comme d’habitude, face aux critiques, le Gouvernement a ouvert les vannes : il a donné la possibilité de vacciner les plus de 75 ans en ville au 18 janvier, c’est-à-dire avant la date initialement proposée par la Haute Autorité de Santé… Du coup, dans cet élan d’optimisme, les centres de vaccination sont en situation de « surbooking », d’autres ferment fautes de doses suffisantes… On a connu la même situation pour les centres de dépistage PCR.

Autre astuce, décaler la date de la deuxième injection. Au lieu d’attendre les 21 jours recommandés par les laboratoires pharmaceutiques, les autorités sanitaires ont autorisé jusqu’à six semaines de délai. Une solution validée par l’ANSM et l’OMS qui permet d’augmenter la population primo-vaccinée.Même si l’on sait que la protection immunitaire n’est que partielle après la première dose.

C’est d’ailleurs ce que souligne l’Académie de Médecine dans un communiqué en date du 11 janvier dernier : « dans le contexte actuel de recrudescence épidémique, c’est la persistance d’un taux d’immunité faible, voire insuffisant, pendant les semaines supplémentaires précédant la seconde injection qui doit être prise en considération« . Elle préconise donc de se conformer autant que possible au calendrier des fabricants.

Car, comme les laboratoires Pfizer/BioNTech le rappellent, si le taux d’efficacité du vaccin est de 52% après la première dose et s’élève à 95% lorsque la deuxième dose a été administrée à 21 jours, les fabricants ne garantissent absolument pas un taux d’efficacité aussi élevé si la seconde injection est différée au-delà. Problème : on ne connaît donc pas la durée et le niveau de protection avec une deuxième injection au-delà des 21 jours prescrits par les fabricants.

Aux États-Unis, l’Agence des produits alimentaires et médicamenteux (FDA) a pourtant préféré s’en tenir aux calendriers fixés par les laboratoires et s’inquiète, dans un communiqué en date du 4 janvier, que, « sans données appropriées soutenant ces changements dans l’administration des vaccins, nous courons un risque important de mettre la santé publique en danger, sapant les efforts de vaccination historiques pour protéger la population contre le Covid-19 (…) Nous continuons de recommander vivement aux fournisseurs de soins de santé de suivre le calendrier de dosage autorisé par la FDA« .

Emmanuel Macron a beau pousser des cris d’orfraie en blâmant ces Gaulois aux penchants de procureur, c’est toute l’Europe qui a raté sa stratégie de vaccination. C’est ce que déplore l’économiste allemand Hans-Werner Sinn dans un papier où il évoque la « débâcle vaccinale européenne« .

L’Union Européenne a décidé d’acheter son vaccin à 27 plutôt que pays par pays. Cela aurait pu être une très bonne chose si elle n’avait pas misé sur le mauvais cheval. Car, l’UE n’a d’abord passé ses commandes qu’auprès de Sanofi (une société française) et d’AstraZeneca (suèdo-britannique) quand les États-Unis, le Royaume-Uni ou le Japon diversifiaient leurs commandes notamment avec le vaccin Pfizer / BioNTech dès l’été.

L’UE, engluée dans sa rigidité institutionnelle, ne s’est réveillée qu’en novembre en passant commande de vaccins à ARN.

Pour Hans-Werner Sinn, l’UE aurait pu prendre le risque d’acheter auprès des 6 fournisseurs en lice. Quitte à se retrouver avec des doses en trop.

Un surplus qui aurait d’ailleurs pu grandement intéresser les 300 millions d’habitants des pays en voie de développement qui ne peuvent pas commander de vaccin. Encore une belle occasion ratée pour l’Europe de faire preuve de solidarité internationale.

Vaccins : l’imbroglio européen

Auteur : Vincent Fromentin  30 janvier 2021 Pas encore de commentaire 1 Vues

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Éditorial de la 504ème

« On ne touchera pas au délai » préconisé par les fabricants de vaccins a martelé Olivier Veran, notre Ministre de la Santé, à propos de la possibilité de décaler l’injection de la deuxième dose de vaccin. Nous avions évoqué la semaine dernière les risques possibles du non respect du délai préconisé par les laboratoires pharmaceutiques entre l’injection des deux doses vaccinales.

Lire : Vaccination contre la Covid-19 : quand les « procureurs » sont au ban

L’ANSM et l’OMS ont élargi jusqu’à six semaines le rappel de vaccination au lieu d’attendre les 21 jours recommandés par les fabricants de vaccins. Cela permet de primo-vacciner plus de monde, même si l’on sait que la protection immunitaire n’est que partielle après la première dose.

Les laboratoires Pfizer/BioNTech le rappellent eux-mêmes : si le taux d’efficacité du vaccin est de 52% après la première dose et s’élève à 95% lorsque la deuxième dose a été administrée à 21 jours, ce taux d’efficacité ne peut être garanti si la seconde injection est différée au-delà.

L’Académie de Médecine s’en était d’ailleurs alerté dans un communiqué en préconisant de se conformer autant que possible au calendrier des fabricants.  On ne connaît pas la durée et le niveau de protection avec une deuxième injection au-delà des 21 jours prescrits par les fabricants.

Oliver Veran, qui caracolait sur TF1 jeudi 21 janvier en assurant que 45 millions de Français seraient vaccinés fin juin voire carrément 70 millions (c’est-à-dire plus que le pays ne compte d’habitants) d’ici la fin de l’été, a finalement préféré dire « non », en jouant la carte de la sécurité, quitte à renoncer aux ambitions du calendrier vaccinal initialement fixé.

Car, pour respecter ce délai de 21 jours auprès des personnes déjà vaccinées, tout en composant avec les retards annoncés dans les livraisons de vaccins, il faut arrêter de primo-vacciner pour ne réserver les doses qu’aux deuxièmes injections. C’est ce qu’ont déjà annoncé les ARS de Bourgogne Franche-Comté, d’Ile-de-France et des Hauts de France « compte tenu de la situation extrêmement tendue sur les doses de vaccins, et la nécessité de garantir la deuxième injection pour les personnes déjà vaccinées« .

Trois régions donc où, à partir du 2 février, tous les rendez-vous pour une première injection seront reportés pour prioriser les deuxièmes injections. 

Les délais de livraisons des fameuses doses de vaccin.

Tous les laboratoires accusent un retard dans le flux des livraisons. Il manquerait 5 à 10 millions de doses hebdomadaires au minimum pour l’Europe qui digère mal ces annonces en dépit des 2,4 Md€ que l’Union Européenne avait débloqué en juin dernier pour soutenir la R&D pharmaceutique…

Lire : Le vaccin, en priorité pour les américains !

Les laboratoires Pfizer / BioNTech qui commercialisent l’un des deux seuls vaccins en Europe ont annoncé qu’ils prévoyaient un retard de livraison de trois à quatre semaines par rapport aux engagements initiaux. Ils expliquent ce délai par le souhait de moderniser leur usine de fabrication belge à Puurs qui leur permettrait de produire davantage de doses vaccinales. De quoi entamer l’humeur des 27, obligés de réviser les engagements de leur calendrier vaccinal. Face à la bronca générale, les laboratoires ont tout de même annoncé entamer un plan pour réduire au plus vite ce retard.

L’Union européenne avait initialement misé sur les chevaux européens, Sanofi et AstraZeneca. Elle n’a passé ses commandes auprès de Pfizer / BioNTech qu’en novembre dernier seulement…

Sanofi, embourbé dans ses retards pour livrer un hypothétique vaccin, va finalement « aider » Pfizer dans le conditionnement de son vaccin…

Un imbroglio post-Brexit ?

AstraZeneca quant à lui vient d’annoncer à la France qu’il ne pourrait livrer que 4,6 millions des 17,5 millions de doses initialement prévues pour le premier trimestre. De son côté, le Royaume-Uni ne souffre d’aucun retard. Est-ce un effet du Brexit ?

Le Royaume-Uni a passé commande trois mois avant la commande groupée de l’Union Européenne. Effectivement, c’est en août dernier que la Commission Européenne s’engageaient à acheter 400 millions de doses au laboratoire, tout en promettant de verser 336 millions d’investissement pour moderner ses 4 usines. On comprend que l’Europe l’ait un peu mal.

Mais, comme pour les masques, les premiers à commander sont les premiers servis. Pour le laboratoire, il faut remarquer aussi que les 2 usines britanniques sont opérationnelles et peuvent fournir rapidement le Royaume-Uni, et que les 2 autres usines européennes destinées à livrer l’Europe sont moins performantes. L’un d’elles, implantée en Belgique, a d’ailleurs fait l’objet d’une inspection de la Commission Européenne pour vérifier la véracité des argumentaires tenus par le laboratoire.

Un embargo qui pose question

Un bras de fer post-brexit, entre Ursula von der Leyen, la présidente de la Commission européenne et Boris Johnson, fer de lance du Brexit et Premier Ministre britannique, qui n’est certainement pas prêt d’être terminé… Le ton s’est même durci; l’Union Européenne réclamant d’importer les doses produits dans les usines britanniques, suscitant l’ire de la presse britannique. Elle a également validé un mécanisme permettant de contrôler et bloquer les exportations hors de l’UE, y compris l’Irlande, membre de l’UE, et la province britannique d’Irlande du Nord, pour les vaccins destinés aux Européens. Néanmoins, selon The Times, elle aurait rétropédalé hier sur cette question controversée de l’embargo sur l’Irlande (voir son communiqué).

En dépit de sa situation épidémiologique critique, le Royaume-Uni a marqué des points sur la vaccination. Les Anglais étaient en avance depuis le début. L’Union Européenne, a trop longtemps tergiversé, engoncée dans ses complexités administratives, et tape du poing sur la table un peu (trop) tard.

Pendant ce temps, en France, on peine à vacciner mais on pense déjà au passeport vaccinal. C’est ce qu’évoque Valérie Six, député UDI, pour prendre l’avion ou aller au restaurant, lors d’un débat sur la stratégie vaccinale à adopter en décembre dernier. On enchaîne les scandales mais on finit par dissoudre la mission d’information consacrée à la gestion de l’épidémie de Covid-19 : ce mercredi 27 janvier, lors d’un vote à l’Assemblée nationale, les députés de La République en marche (LRM) et ceux du MoDem, majoritaires, ont tout simplement décidé de stopper cette mission.

En France, aucun vaccin n’a finalement été trouvé. Pasteur baisse les bras et Sanofi va sous-traiter pour Pfizer. Dans une note du Conseil d’Analyse Économique, Margaret Kyle et Anne Perrot analysent les raisons de ce « retard » français. La France, pays inventeur du vaccin, est au final absente de la course à l’innovation pharmaceutique contre la Covid-19. L’excellence française en prend un coup. Mais ça, c’est une autre histoire sur laquelle il faudra revenir…

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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