Pierre était-il le rocher auquel Christ faisait allusion ?

« APRÈS JÉSUS » EST UNE ENQUÊTE SUR LES ORIGINES DU CHRISTIANISME SOUS LA FORME D’UN BEAU ET TRÈS COMPLET VOLUME ENCYCLOPÉDIQUE

L’Eglise que n’a pas bâtie le Christ

émilie Tardivel – philosophe

Trois ans après la publication du magistral Jésus. L’encyclopédie, dirigé par Joseph Doré et Christine Pedotti, les éditions Albin Michel nous offrent une suite très attendue et réussie, l’encyclopédie Après Jésus, réalisée sous la direction de Roselyne Dupont-Roc et Antoine Guggenheim. L’enjeu de cet ouvrage est de comprendre comment s’est opéré le passage de Jésus au christianisme, alors que Jésus lui-même n’a pas inventé de nouvelle religion. Après deux mille ans qui ont façonné notre monde,
2 milliards de personnes se réclament aujourd’hui du christianisme, si bien que la question se pose aux croyants comme aux non-croyants : « Que s’est-il passé ? »

Cette interrogation implique de remonter aux origines du christianisme. C’est ce que propose cette encyclopédie, en rendant accessible au grand public les recherches d’éminents spécialistes internationaux du christianisme antique, historiens, philosophes et théologiens. Nous sommes ainsi entraînés dans une remarquable enquête, qui court sur une période allant des années 30 de notre ère, au moment où apparaît, à Antioche, le nom « chrétien », au milieu du IIIe siècle, lorsque naît la « grande Eglise », au-delà des communautés locales. Car remonter aux origines du christianisme revient également à s’interroger sur la construction de l’Eglise, sur la manière dont se forge son unité à partir de la diversité, voire des divergences constitutives du christianisme antique.

Invention collective

Autel de Saint-Pierre d’Antioche, l’une des plus anciennes églises, à Antakya (Turquie).

https://journal.lemonde.fr/data/1180/reader/reader.html?t=1608372137665#!preferred/0/package/1180/pub/1582/page/41/alb/87211

Le Monde 19/12/2020 11:03

« Après Jésus » possède au moins deux grands mérites. Le premier consiste à déconstruire, comme le fait toute enquête véritablement scientifique, une fausse image de son objet, en l’occurrence une représentation erronée de l’Eglise, qui ferait de celle-ci une institution tombée du ciel ou sortie toute faite de la tête d’un homme. Jésus ne décide de rien, il ne laisse à ses premiers disciples ni doctrine ni organisation spécifiques, et ceux-ci ne décident pas non plus de quoi que ce soit pour ceux qui suivent. La génération des apôtres fait certes autorité, elle a un caractère fondateur, mais cette autorité ne vaut que dans la mesure où elle est reconnue comme telle par les générations suivantes, qui continuent, en s’y rapportant, à inventer l’Eglise. La plus vieille institution aujourd’hui sur pied apparaît finalement comme le résultat inattendu d’une extraordinaire invention collective.

En même temps, cette enquête, qui revendique une « méthode critique et historique », finit par buter sur son objet, et c’est là son deuxième grand mérite. Comme l’écrit le philosophe Marcel Gauchet à la fin de sa postface, la construction de l’Eglise est « le dernier maillon de cette chaîne d’événements sans exemple, dont les moteurs défient de bout en bout la logique ordinaire des phénomènes historiques ». L’objet excède la méthode mise en œuvre, car cet objet n’est pas un simple fait, le « fait chrétien », que les historiens pourraient reconstituer de manière exhaustive, mais un événement. Pour en rendre compte, il faut passer de l’histoire à la chronique au sens de Charles Péguy (1873-1914), c’est-à-dire au témoignage capable de remonter l’événement en dedans, au point de le ressusciter en l’invoquant. C’est notamment le rôle que jouent, dans cette encyclopédie, la magni »que iconographie choisie et commentée par François Boespflug et Emanuela Fogliani, ainsi que les beaux récits dialogués de Christine Pedotti, qui ouvrent chacune des parties de l’ouvrage.

Mais les témoignages qui constituent la matière de cette enquête sont avant tout ceux des premiers chrétiens. Ce sont ces témoignages littéraires qui manifestent le point de jonction entre Jésus et le christianisme – la religion de ceux qui identi »ent en lui le Christ, le Messie, et décident de s’en faire les serviteurs. Ce point échappe au regard objectif des historiens, car il se révèle foncièrement subjectif : il réside dans la liberté abyssale que le maître laisse à ses disciples. Jésus ne décide de rien pour eux. Ce sont au contraire ses disciples qui décident de tout pour eux-mêmes, après avoir décidé de lui et s’être décidés pour lui, quelquefois jusqu’au sacrifice de leur vie, dans le contexte d’un empire qui n’admet pas leur rupture avec les cultes publics ou ancestraux. Contrairement à tous les empires, avec lesquels elle s’est parfois commise, c’est sur cet abîme de la liberté personnelle que se construit originellement l’Eglise en tant que société universelle.

Après Jésus. L’invention du christianisme,

sous la direction de Roselyne Dupont-Roc et Antoine Guggenheim,
préface de Joseph Doré, postface de Marcel Gauchet, Albin Michel, 704 p., 49 €.

Sur quel roc Christ a-t-Il bâti Son Église ?

Une grande Église prétend que son autorité s’appuie sur la prémisse que Jésus a fondé Son Église sur l’apôtre Pierre. Or, Pierre était-il le rocher auquel Christ faisait allusion ?

http://vieespoiretverite.org/croitre/l-eglise/sur-quel-roc-christ-a-t-il-bati-son-eglise/

Matthieu 16:18 est un passage de l’Écriture dont on se sert pour prétendre que l’apôtre Pierre et ceux qui passent pour être ses successeurs ont reçu une autorité spirituelle quasiment illimitée. Est-ce ce que Jésus a dit ? Jésus venait de poser une question à Ses disciples : « Qui suis-je aux dires des hommes, moi le Fils de l’homme ? » (verset 13). Pierre avait répondu le premier, donnant incidemment la bonne réponse (verset 16). Mais au lieu de féliciter Pierre pour sa bonne réponse, Jésus parla de … pierres. « Je te dis que tu es Pierre, et que sur ce roc je bâtirai mon Eglise, et que les portes du séjour des morts ne prévaudront point contre elle » (verset 18). Jésus parla de Pierre, de pierres, de Son Église, et des portes du séjour des morts (hadès) ; une déclaration certes chargée de sens ! Mais de quoi voulait-Il parler, au juste ?

Une interprétation

L’Église catholique romaine croit, en somme, que Jésus déclara ce qui suit : « Je te dis que tu es Pierre (le rocher), et que sur toi, Pierre, je bâtirai mon unique Eglise – la sainte Église catholique – et que les portes de l’enfer ne prévaudront point contre elle ». Cette interprétation constitue la base de la doctrine de la primauté de Pierre, l’idée que le Christ fonda son Église sur l’apôtre Pierre. Il en serait le fondement et aurait reçu  « les clés du royaume des cieux » (verset 19) – l’autorité suprême d’établir les doctrines et de gouverner l’Église. Cette théologie mène à la doctrine conjointe de la succession papale. L’Église catholique romaine croit que Pierre s’installa à Rome et y dirigea l’Église pendant environ 25 ans, jusqu’à son martyre en 67. Elle croit que Pierre fut le premier d’une succession de papes qui s’est poursuivie sans interruption jusqu’à notre époque (du pape Linus à François Ier) et chacun de ces papes est investi de la même autorité que Christ, supposément, conféra à Pierre dans Matthieu 16:18-19

Les conséquences

 Convaincue que Pierre et ceux prétendant être ses successeurs sont le roc sur lequel Christ a bâti Son Église et sont en possession des clés, l’Église catholique romaine a, par conséquent, clamé son autorité de fixer les doctrines – modifiant le cas échéant les doctrines bibliques, ou y ajoutant quelque chose. Les catholiques prétendent que lorsqu’un pape parle ex cathedra (latin pour de la chaire [de St Pierre]), il exerce ce pouvoir dans toute sa force. Ex cathedra affirme que « quand le pape se prononce officiellement, avec toute son autorité, en tant que successeur de St Pierre et que chef de son Église sur Terre, et proclame une doctrine de foi ou de moralité s’appliquant à toute l’Église, il est préservé de toute erreur » (John A. O ’Brien, The Faith of Millions, 1963, p 110-111 ; c’est nous qui traduisons). En fait, l’un des titres du pape est celui de vicaire [du mot latin vicarius, qui signifie au lieu de…] du Christ, titre qui sous-entend qu’il possède le même pouvoir et la même autorité que ceux que Christ avait sur l’Église.  L’Église catholique romaine s’est servie de cette prétendue autorité pour modifier de nombreuses doctrines – ou pour en établir d’autres – qui ne sont pas enseignées dans la Bible. En voici quelques exemples : En l’an 190, le pape Victor I déclara que tous les chrétiens devaient abandonner la Pâque biblique, et observer à la place le dimanche de Pâques qui représente (supposément) la résurrection de Jésus. Ce que le concile de Nicée (en 325) confirma par la suite en le rendant officiel pour toute l’Église. Le 8 décembre 1854, le pape Pie IX introduisit la doctrine de « l’immaculée conception » d’après laquelle la vierge Marie aurait été « préservée de toute souillure du péché original » et aurait, pendant toute sa vie, été « parfaite, belle, des plus chères pour Dieu et n’aurait jamais été souillée par le moindre défaut » (Ineffabilis Deus). Le premier novembre 1950, le pape Pie XII introduisit la doctrine de « l’assomption de Marie », déclarant que le corps de la vierge Marie ne mourut jamais et ne vit jamais la corruption, étant « assumée corps et âme dans la gloire céleste » (Munificentissimus Deus). Si vous êtes chrétien protestant, à la lecture de cet article, il se peut que vous ne soyez pas d’accord avec ces proclamations catholiques. Ne vous hâtez pas de distancer votre foi de ce sujet. Le protestantisme a conservé (et croit toujours, et pratique toujours) beaucoup de doctrines établies par l’Église de Rome qui se sert de son autorité supposément dérivée de Matthieu 16:18-19

Un exemple

 Citons un exemple : Votre Église se réunit-elle le dimanche – étant convaincue que c’est le jour du Seigneur ? Saviez-vous que Rome est responsable d’avoir déplacé le jour de culte biblique du septième jour, ou samedi, au dimanche ? L’Église catholique elle-même est la première à reconnaître qu’elle s’est servie de son autorité pour effectuer ce changement. De surcroît, les catholiques ont logiquement déclaré que les protestants qui observent le dimanche le font en reconnaissant l’autorité universelle de l’Église de Rome. James Cardinal Gibbons, un cardinal catholique, a écrit : « Les Écritures [la Bible] à elles seules ne contiennent pas toutes les vérités auxquelles un chrétien se doit de croire, pas plus qu’elles n’enjoignent clairement tous les devoirs qu’il est obligé de remplir. Sans vouloir citer d’autres exemples,  tout chrétien n’est-il pas tenu de sanctifier le dimanche et de s’abstenir ce jour-là de toute besogne servile qui n’est pas nécessaire ?… Vous aurez beau lire la Bible de la Genèse à l’Apocalypse, vous n’y trouverez pas la moindre ligne autorisant la sanctification du dimanche. Les Écritures [la Bible] insiste sur l’observance religieuse du samedi – un jour que nous ne sanctifions jamais » (The Faith of Our Fathers, 1917, p. 72-73 ; c’est nous qui traduisons) Le Bulletin de l’Univers Catholique a publié cette déclaration, en 1942 : « L’Église a transféré l’observance du sabbat au dimanche du droit qu’elle détient de l’autorité divine infaillible qu’elle a reçue de son Fondateur, Jésus-Christ. Le protestant qui prétend s’appuyer uniquement sur la Bible comme son seul guide de foi n’a aucune raison d’observer le dimanche. » Si vous allez à l’Église le dimanche, vous reconnaissez tacitement l’autorité de l’Église catholique romaine de modifier la révélation biblique ou d’y ajouter ce qu’elle désire y ajouter. Si cela vous met mal à l’aise, peut-être devriez-vous consulter notre brochure gratuite intitulée « Le sabbat – un cadeau divin négligé ». 

Ce que Jésus voulait dire

 D’après Matthieu 16:18, Jésus a-t-Il bâti Son Église en Se servant de Pierre [et de ses successeurs] ou est-Il Celui, Lui Jésus, qui L’a fondée ? Examinons ce verset de plus près. Pour comprendre ce que Jésus disait, il importe d’étudier ce passage dans sa langue originale – le grec. Jésus, dans ce verset, fait un jeu de mots qui n’est pas évident dans les diverses traductions. Pour commencer, Jésus Se sert du mot Petros en parlant de Pierre : « Je te dis que tu es Pierre [Petros], puis Il se sert d’un autre mot ayant sensiblement le même son pour décrire sur quoi [ou sur Qui] Il est en train de bâtir Son Église : Petra. « Sur ce roc [Petra] je bâtirai mon Eglise ». Pierre s’appelait Simon, fils de Jonas (Jean 1:42), mais Jésus lui donna le surnom Céphas – mot araméen qui signifie « une pierre [un caillou] ». Les noms Cephas et Petros ont le même sens : « un fragment, un caillou » (Zondervan Expository Dictionary of the Bible Words, p 537-538). Le meilleur équivalent en français de Petros est donc le mot caillou [petite pierre]. Le second mot dont Jésus Se sert dans ce passage est petra – mot qui, lui aussi, est une pierre, mais un rocher massif [un gros rocher, comme une falaise] (ibid). Il est question ici d’un rocher de grande taille, qu’on ne peut déplacer. Si Christ avait voulu décrire Pierre, Il Se serait contenté de déclarer : « Tu es Pierre, et sur toi je bâtirai mon Eglise », mais ce n’est pas ce qu’Il a dit. Il établit une distinction entre le rocher (petra) sur lequel Il bâtissait Son Église, et Pierre (petros). Le rocher sur lequel Il bâtissait Son Église était assez gros pour servir de pierre angulaire audit fondement ; imposant, solide et immuable – décrivant Christ Lui-même ! Ailleurs dans la Bible, Jésus est identifié comme ce Rocher. Dans le Nouveau Testament, Jésus est appelé la pierre angulaire à sept reprises (Matthieu 21:42 ; Marc 12:10 ; Luc 20:17 ; Actes 4:11 ; Éphésiens 2:20 ; 1 Pierre 2:6-7 ; et dans 1 Corinthiens 10:4, Paul décrit Christ comme « un rocher spirituel qui les suivait, et ce rocher était Christ »). Jésus non seulement était – et est – la pierre d’angle, mais Il est toujours actif en tant que « la tête du corps de l’Eglise » (Colossiens 1:18 ; lire aussi Éphésiens 5:23). Christ a établi des postes dans son Église (Éphésiens 4:11), et la Bible exhorte ceux qui ont des postes de responsabilité à rester fidèles aux enseignements du Christ (1 Corinthiens 11:1). Pierre lui-même, loin de réclamer l’autorité que certains pensent qu’il avait, enseignait pleinement que les chrétiens doivent suivre les traces de Christ (1 Pierre 2:21). Pour de plus amples détails à ce sujet, lire notre article intitulé « Le christianisme était-il destiné à évoluer ? » 

Trouver l’Église fondée sur Christ

 Ce qui est le plus significatif avec Matthieu 16:18 ne concerne pas Pierre ; c’est que c’est Jésus qui a fondé Son Église ! Le mot original (grec) pour « Église » est ekklesia, mot qui décrit des gens appelés, mis à part, un groupe de personnes choisies connu pour ses caractéristiques particulières. D’après Jésus, son Église allait être… 

 Où pouvez-vous trouver ces signes indicateurs dans les Églises actuelles ? Pour en savoir plus sur la vraie Église, bâtie sur le Roc – Jésus-Christ – lire notre article intitulé « Que représente l’Église ? »

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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