Covid-19 : le gouvernement rattrapé par la forte progression de l’épidémie en France
Il doit conjuguer deux impératifs : prévenir un emballement de l’épidémie de Covid-19 tout en essayant de handicaper le moins possible l’économie.
Par Alexandre Lemarié et Olivier Faye Publié aujourd’hui à 04h10, mis à jour à 17h14
Par Alexandre Lemarié et Olivier Faye Publié aujourd’hui à 04h10, mis à jour à 17h14

L’équilibre entre les plateaux de la balance est précaire. Comme depuis le début de la crise sanitaire, l’exécutif doit conjuguer deux impératifs : prévenir d’un côté un emballement de l’épidémie de Covid-19 tout en essayant, de l’autre, de handicaper le moins possible l’économie.
Contrairement au printemps, quand a été décidé le confinement généralisé de la population, le gouvernement espérait inverser l’ordre des priorités en cette rentrée, en mettant avant tout le cap sur la reprise économique. Mais, moins d’une semaine après la présentation de son plan de relance, le 3 septembre, visant à « faire en sorte que notre économie ne s’effondre pas », selon les mots du premier ministre, Jean Castex, le gouvernement voit son agenda chamboulé par la forte progression du virus.Article réservé à nos abonnés Lire aussi Entre répression et prévention, Emmanuel Macron marche sur le fil des sujets régaliens
La hausse notable du nombre de cas positifs dans l’Hexagone depuis la rentrée oblige en effet l’exécutif à replacer l’enjeu sanitaire au centre du jeu. Mardi 8 septembre, lors d’un déplacement à Clermont-Ferrand consacré à l’égalité des chances, Emmanuel Macron a jugé « préoccupant[e] » la nouvelle augmentation du « nombre de cas qui arrivent à l’hôpital en urgence ». Des signaux d’alerte qui contraignent le chef de l’Etat à programmer un conseil de défense sanitaire, vendredi, afin de durcir le protocole en vigueur.
Cette recrudescence de l’épidémie rattrape même personnellement et directement le gouvernement. Mardi matin, Jean Castex a appris qu’il était « cas contact » du directeur du Tour de France, Christian Prudhomme, déclaré positif, avec lequel il a passé une partie de la journée de samedi.
« Je vais immédiatement subir un test », a annoncé le premier ministre mardi midi, à Sanguinet (Landes), lors d’un déplacement aux journées parlementaires du MoDem, aux côtés du président de la formation centriste, François Bayrou… qui ne portait lui-même pas de masque. Disant se sentir « parfaitement en forme », le locataire de Matignon a souligné qu’il entendait « continuer, en appliquant les règles, à exercer [sa] fonction de chef du gouvernement ».
Nouveaux types de dépistages
La réunion du séminaire gouvernemental prévue à l’Elysée mercredi a néanmoins été chamboulée puisque ce dernier ainsi que le conseil des ministres devraient finalement se dérouler en visioconférence. Mardi, en fin de journée, Matignon a indiqué que le test de M. Castex était négatif. Mais le premier ministre restera à l’isolement dans les prochains jours avant de réaliser un nouveau test samedi, les règles prévoyant en effet qu’ils soient effectués sept jours après le dernier contact avec la personne malade.
« Nous faisons pour nous-mêmes ce que nous demandons à l’ensemble de nos concitoyens de faire », a vanté de son côté M. Macron. Ce dernier, qui a déjeuné avec M. Castex lundi, affirme avoir effectué un test PCR le jour même, au retour de son voyage au Liban et en Irak, qui s’est révélé négatif. Le ministre de l’intérieur, Gérald Darmanin, qui a partagé la table de M. Castex, mardi midi, doit lui aussi subir un dépistage.
Lors du conseil de défense à venir, de nouvelles mesures de lutte contre le virus seront examinées. M. Macron a indiqué que la question de « l’adaptation » de la stratégie en matière de tests serait notamment abordée. Alors que les laboratoires sont saturés de demandes, l’exécutif entend permettre de nouveaux types de dépistages « beaucoup plus simples et plus rapides ».
Des tests permettant d’avoir les résultats en près de vingt minutes, dits « antigéniques », seront déployés à partir de cette semaine, a annoncé, mardi, le ministre de la santé, Olivier Véran. Concernant les tests salivaires, ce dernier a dit attendre « de façon imminente des résultats d’expérimentations » pour vérifier leur fiabilité, avant de donner son feu vert.Lire aussi Covid-19 : le conseil scientifique favorable à un raccourcissement de la quatorzaine pour les cas positifs
D’une manière générale, Emmanuel Macron a appelé les Français à se montrer « plus vigilants » dans le respect des gestes barrières dans « les événements privés ». De son côté, Jean Castex a annoncé que la loi permettant des restrictions sur les rassemblements ou les déplacements sera « sûrement » prolongée au-delà du 30 octobre. Pas question de se « démunir de tout outil face à cette crise qui n’est pas terminée », a-t-il souligné.
Des propos qui contrastent avec ceux tenus ces dernières semaines. « Le pire de tout » serait « que l’on s’enfonce dans une crise économique et sociale qui serait –les Français le sentent bien – beaucoup plus dangereuse que la crise sanitaire », avait ainsi déclaré le premier ministre, le 26 août, sur France Inter.
Le même jour, devant le Medef, il avait fait part de son « optimisme » en parlant au passé de la gestion de la crise sanitaire. « Globalement, ça a marché. La France a tenu le choc et nous sommes là aujourd’hui pour regarder l’avenir avec confiance », voulait-il croire. Comme si le temps était venu d’ériger l’enjeu économique au premier rang des préoccupations, alors que l’Insee prévoit une chute de 9 % du PIB et un taux de chômage à 9,5 % d’ici la fin de l’année.
Hésitations concrètes du pouvoir

En cette rentrée, le gouvernement s’était fixé un objectif prioritaire : ne pas freiner la reprise du travail. En particulier, alors que le sujet du chômage a été identifié par l’Elysée comme l’une des principales questions à venir lors de l’élection présidentielle de 2022. « Notre stratégie est de vivre avec le virus, c’est-à-dire de ne pas arrêter la vie éducative, économique, sociale », affirmait M. Macron, le 28 août, lors d’une rencontre avec l’Association de la presse présidentielle. Mais cet objectif se heurte au caractère incontrôlable de l’épidémie. En témoignent certaines hésitations concrètes du pouvoir.
Alors qu’à ce jour 28 établissements scolaires ainsi que 262 classes ont fermé en raison de l’apparition de cas de Covid-19, comme l’a indiqué lundi le ministre de l’éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, le gouvernement n’a toujours pas indiqué s’il allait verser une aide financière aux parents contraints de garder leurs enfants à domicile. Le 1er septembre, le porte-parole du gouvernement, Gabriel Attal, a évoqué la possibilité d’un « congé parental ».Article réservé à nos abonnés Lire aussi Rentrée scolaire : interrogations sur les 4 000 enfants absents en Seine-Saint-Denis
Les options du chômage partiel ou de l’arrêt maladie sont également envisagées, mais la réponse n’a toujours pas été arbitrée. Au sein du gouvernement, on reconnaît être « ennuyé » par ce sujet. « Le problème, c’est que, au moment où on veut inciter les gens à retourner au travail, cela peut brouiller notre message », confie un ministre de haut rang.
Même casse-tête concernant la période d’isolement à observer pour les malades du Covid-19 et les cas contacts. Le gouvernement s’oriente, à l’occasion du prochain conseil de défense, vers une réduction de la durée actuelle de quatorze jours, jugée « trop longue ».
Mardi, M. Véran a indiqué que la voie était ouverte puisque le conseil scientifique a rendu un avis « favorable » pour raccourcir cette quarantaine à sept jours. S’il justifie cette décision par le fait que la contagiosité intervient essentiellement lors des cinq premiers jours d’incubation, M. Véran assure qu’elle n’est pas motivée par « des raisons de priorisation économique ».
Patienter jusqu’au vaccin
A Bercy, où l’objectif est d’atteindre au premier trimestre 2022 le même taux de croissance qu’avant le confinement, cette adaptation est perçue favorablement. Réduire le délai d’isolement permet en effet mécaniquement aux salariés de s’absenter moins longtemps de leur poste de travail. « Quand l’idée a été évoquée en conseil des ministres, [le ministre de l’économie], Bruno Le Maire, avait l’œil qui pétillait », raconte un de ses collègues. « La quatorzaine impacte l’activité économique. Quand une entreprise de trois salariés subit une absence, cela n’est pas neutre », observe le ministre des PME, Alain Griset.
D’un point de vue sanitaire, en revanche, certains médecins craignent que cela contribue à accélérer un peu plus la circulation du virus. « Il y a un équilibre à trouver entre le nécessaire retour à une vie “normale”, école, travail, et la nécessité de contenir la progression du virus en poursuivant le respect strict des gestes barrières », résume Olivier Véran.
Au sommet de l’Etat, on guette avec impatience, « pour le début d’année prochaine », dixit un proche d’Emmanuel Macron, l’arrivée d’un vaccin, mais aussi d’une plus grande immunité collective dans la population. « Si ce n’est pas le cas, il y aura de la casse sociale », anticipe un macroniste. Comprendre : la persistance du Covid-19 pourrait alors freiner durablement l’activité économique. Pour pallier ce risque, le gouvernement s’efforce d’adapter son propos pour tenter de rassurer la population et l’inciter à retourner travailler.
« Quand on a décidé du confinement, on ignorait tout de ce virus. Aujourd’hui, il est avéré que, si vous vous lavez les mains et que vous portez un masque, vous avez une protection maximale, estime la ministre du travail, Elisabeth Borne. L’enjeu, c’est que le pays arrive à vivre et à passer les quelques mois qui nous séparent du moment où l’on aura un vaccin ou un traitement. Nous devons passer le message qu’il faut retourner au travail. » Une gageure, quand, dans le même temps, l’exécutif réactive un discours anxiogène destiné à faire respecter les mesures sanitaires.