Philippe Bizouarn, médecin (service d’anesthésie-réanimation, Hôpital Laennec, CHU, Nantes), membre du collectif Inter Hôpitaux, questionne les candidates et candidats aux législatives sur l’hôpital public

POINT DE VUE. « Comment sauver l’hôpital public ? »

Ouest France 2 Juin 2022

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Philippe Bizouarn, médecin (service d’anesthésie-réanimation, Hôpital Laennec, CHU, Nantes), membre du collectif Inter Hôpitaux, questionne les candidates et candidats aux législatives sur l’hôpital public, en crise continuelle.

Afficher le diaporamaOuest-France   Philippe Bizouarn.Publié le 02/06/2022 à 08h00

Dans les hôpitaux publics, plus de 100 services d’urgence fonctionnent « en mode dégradé » par manque de personnel, médical ou paramédical. Ce qui signifie concrètement que les patients ne peuvent plus se présenter aux Urgences de leur ville afin d’y être accueilli sans passer par le 15, numéro fétiche, qui doit repérer le degré d’urgence de l’appel. Sinon, ils trouveront porte close. L’hôpital public, navire au cœur de la ville, devenu proprement inhospitalier, brûle, ses marins le quittent, épuisés de combattre la tempête. Trop de patients à sa porte, ne trouvant plus de médecins dits de ville ? Sans doute. Trop de patients dans ces couloirs des Urgences, en attente prolongée avant d’être admis dans un autre service dont les lits sont fermés par manque de personnel ? Certainement.

Pénurie annoncée

Les soignants survivants s’égarent d’un service à l’autre, pour remplacer ceux qui manquent, prenant le risque de prendre en charge – en soin – des patients dont la pathologie leur est mal connue. Les hôpitaux ont la plus grande difficulté à organiser cette pénurie annoncée, comme l’enquête menée fin 2021 par l’Ordre des infirmiers : 15 % des 60 000 infirmières et infirmiers ayant répondu à l’enquête déclaraient vouloir changer de métier dans les 12 prochains mois ; 81 % des infirmiers de l’hôpital public estimaient que les mesures annoncées dans le cadre du Ségur de la santé n’avaient pas eu d’impact positif sur leur souhait de continuer à exercer la profession infirmière dans les prochaines années ; 54 % des infirmières et infirmiers salariés du public se disaient épuisés. Les mois ont passé, et la prédiction s’est révélée exacte. Pourtant, gouverner n’est-il pas l’art de prédire ?

On a cru pourtant que la crise du Covid allait permettre une remise en question des politiques d’austérité menées depuis des décennies. Hélas, trop peu a été fait en 2022, au contraire de ce qu’affirmait l’ancien gouvernement en répétant que des milliards ont été alloués à l’hôpital public. Dans de nombreux établissements, il manque encore des millions pour répondre aux mesures du Ségur, reportant les demandes de renforts nécessaires pour remédier au manque de personnel. Les hôpitaux ne sauraient pas organiser la pénurie ? Ne sauraient-ils plus attirer les soignants, si « bien payés » maintenant ? Ne sauraient-ils pas attendre le début de l’été – celui de tous les dangers – que les promotions des jeunes infirmières et infirmiers nouvellement diplômés viennent remplacer leurs aînés expérimentés mais « déserteurs » ?

Stratégie du choc

Comment redonner aux soignants, médecins et non médecins, le désir de continuer de travailler à l’hôpital ? Vous, nos prochains parlementaires, comment comptez-vous porter à la représentation nationale les revendications de si nombreux collectifs de défense de l’hôpital public, portant sur les modes de financement, la gouvernance, l’embauche des soignants ? Continuerez-vous à voter un budget de la santé incapable de s’adapter aux besoins de santé de la population ? Continuerez-vous à défendre une Tarification à l’Activité pour tout soin pratiqué, même complexe ? Proposerez-vous un vaste plan de formation et d’attractivité devant permettre de recruter dans les années à venir 100 000 infirmières et infirmiers, en les rémunérant à un salaire décent et en leur proposant des plans de carrière dignes de ce nom ? Saurez-vous redonner aux soignants la place qu’ils méritent au sein de leur service, en leur accordant le droit de décider pour eux de leurs conditions de travail : horaires, ratios, diminution des charges administratives ?

Nous, soignants de l’hôpital public, vous demandons, chère candidate et candidat, si l’hôpital public compte encore pour vous ? Cet hôpital public, accueillant tout citoyen de toute condition, formant ces soignants parfois désespérés de poursuivre leur tâche malgré tout, s’engageant pour certains dans des activités de recherche visant à améliorer encore les conditions de santé des patients du futur, est-il encore au cœur de vos préoccupations citoyennes ? Quand les professionnels ne pourront plus continuer de soigner, les patients de toute condition, jeunes ou âgés, riches ou pauvres, ne pourront plus trouver à l’hôpital public la main qui rassure, la voix qui apaise, parce que cette main-là se sera arrêtée de toucher, parce que cette voix-là se sera arrêtée de parler. Seule une stratégie du choc appliquée à l’hôpital public pourra permettre que les travailleuses et travailleurs du soin retrouvent le chemin de l’hôpital, en tout espoir de cause.

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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