mPOINT DE VUE
Comment réagir face à un patient victime de désinformation ?

Les médecins sont souvent les spectateurs impuissants de situations où les patients victimes de désinformation mettent leur santé ou celle de leurs proches en danger. Mais peuvent-ils réellement aider les patients à changer de point de vue ? C’est ce que croit le Dr Pierre de Brémond d’Ars, médecin généraliste dans un centre de santé à Malakoff et président du collectif NoFakeMed, pour qui le travail d’éducation et d’information des patients doit constituer l’un des socles du métier de médecin généraliste. Interview.
Medscape : Comment est né votre engagement contre la désinformation ?
Dr Pierre de Brémond d’Ars
Dr Pierre de Brémond d’Ars : Mon implication contre la désinformation s’est construite tout au long de mon cursus, depuis mon engagement au sein de structures associatives étudiantes à l’ANEMF, l’ISNAR-IMG et la FAGE. Pendant mon internat, j’ai vécu des situations où, à cause de la désinformation en santé, des patients étaient confrontés à une perte de chances, voire voyaient leurs problèmes de santé s’aggraver à la suite de l’arrêt des soins ou de soins inadaptés. J’ai aussi été témoin de situations qui relevaient de l’emprise ou de pratiques de soins non conventionnelles. J’ai vu un enfant épileptique ne plus suivre son traitement et se soigner par l’homéopathie. J’ai aussi vu des patients atteints de cancer utiliser des traitements issus de la médecine anthroposophique, comme les extraits de gui. Si nous avions pu les prendre en charge, leur état ne se serait peut‑être pas dégradé aussi vite. Toutes ces situations m’ont poussé à m’engager.
Comment abordez-vous ces sujets avec les patients ?
La première étape n’est pas de dire aux patients qu’ils ont tort, mais d’essayer de comprendre leur raisonnement. Nous faisons tout pour prévenir les situations les plus dommageables, celles où les patients arrêtent un traitement, prennent des substances dangereuses, voire entrent dans une dérive sectaire. Nous devons faire face à l’arrivée des outils de l’IA conversationnelle, qui se lancent dans la santé et n’apportent pas toujours des informations sourcées et adaptées. La lutte contre la désinformation ne fait que commencer. (Lire aussi Quand les médecins s’engagent contre la désinformation en santé)
Ce travail d’éducation, d’explication, ou d’information, prend-il du temps dans votre exercice professionnel ?
Non, ce travail ne me prend pas de temps, il m’en fait gagner sur le long terme ! Informer fait partie du métier de médecin généraliste et de ma pratique quotidienne. Toutes ces années de formation sur la désinformation me permettent d’anticiper, de prévoir et de prévenir, auprès de mes patients, les risques liés à ce phénomène, et de promouvoir un message clair et cohérent. Au Canada, qui est très en avance dans ce domaine, cela constitue l’un des fondements du métier de médecin généraliste.
Quand vous les alertez sur le risque de désinformation, les patients sont-ils réceptifs ?
Une expression dit qu’il faut être deux pour danser. Quand on veut transmettre un message, il faut savoir à qui on l’adresse et comment le faire.
Il faut s’adapter à la personne que l’on a en face de soi. Lorsque cette approche est associée au professionnalisme et à la rigueur scientifique, et que l’on prend le temps de les écouter et d’échanger pour prévenir les risques et les dérives, les patients sont généralement réceptifs. Cela donne du sens à ma pratique de médecin généraliste, car on apprend beaucoup dans ce type de situation.
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