« Aux États-Unis, une IA peut désormais prescrire des médicaments à la place des psychiatres »
Date de publication : 10 avril 2026Temps de lecture: 3 min

Quentin Benoist note en effet dans Le Figaro : « Des cocktails de psychotropes expérimentaux prescrits et supervisés non pas par un médecin, mais par une intelligence artificielle. […] Dans l’État de l’Utah, aux États-Unis, la startup Legion Health vient d’obtenir le feu vert pour renouveler des prescriptions de médicaments psychiatriques, sans consultation de médecin, via le chatbot dopé à l’Intelligence artificielle de son application ».
Le journaliste explique que « l’expérience doit durer un an, et le chatbot ne peut que renouveler des ordonnances de 15 médicaments utilisés à long terme contre l’anxiété et la dépression ».
« Ces médicaments doivent avoir été préalablement prescrits par un psychiatre, et les patients doivent être stabilisés et ne pas avoir été hospitalisés pour un trouble psychiatrique au cours de l’année écoulée. Le programme veut ainsi faciliter l’accès aux soins de santé mentale en réduisant les coûts et les délais, parfois longs à cause du manque de psychiatre disponible », continue Quentin Benoist.
Il observe que « malgré ces garde-fous, ce projet pionnier inquiète les psychiatres ». Le Pr Ludovic Samalin, psychiatre au CHU de Clermont-Ferrand, réagit ainsi : « Aucune étude n’a été réalisée au préalable pour valider un tel dispositif. La balance bénéfice-risque est périlleuse. En outre, cette expérimentation est encadrée par l’État de l’Utah, mais n’est pas considérée comme un dispositif médical donc elle échappe à l’avis de la FDA ».
Quentin Benoist note qu’« au-delà des questions sur la sécurité des patients, l’approche est pointée du doigt pour son approche trop réductrice de l’offre thérapeutique ».
Le Pr Samalin souligne que « 90% du temps passé avec un patient, on ne parle pas de médicament, on évalue le niveau de fonctionnement, on accompagne les projets sociaux, professionnels. On est dans une prise en charge très globale ».
Quentin Benoist relève qu’« un dernier point pourrait s’avérer particulièrement problématique : celui de la responsabilité. […] Dans la situation où un chatbot pose un mauvais diagnostic, qui est responsable ? ».
Le journaliste remarque que « dans l’accord passé avec l’Utah, l’entreprise s’engage à «indemniser et à tenir indemne l’État de toute réclamation ou dommage». Il est aussi stipulé que des médecins ont le statut de «prescripteur nommé» pour les renouvellements autorisés par l’IA sans interagir directement avec les patients ».
Quentin Benoist relève néanmoins que « dans un contexte de pénurie de psychiatres, les chatbots conversationnels ont un rôle à jouer. […] Une IA peut aider à vérifier les interactions médicamenteuses, synthétiser automatiquement le compte rendu d’une consultation, ou encore orienter les patients vers le bon niveau de prise en charge ».
Le Pr Samalin indique ainsi : « Il faut plutôt miser sur un modèle d’hybridation. On ne remplace pas le professionnel dans sa relation avec le patient, mais on améliore potentiellement ses compétences ou la vie de l’usager ».