Réforme PASS/L.AS : ce n’est pas un échec, mais ça n’a pas marché !
Les critiques n’ont jamais cessé contre la réforme de la PACES. La mise en place de deux voies pour intégrer la deuxième année des études de médecine, soit le PASS (Parcours d’accès spécifique santé) et la L.AS (Licence avec option accès santé) afin d’une part de limiter ce que l’on a longtemps appelé le « gâchis » humain que représentait la première année de médecine et d’autre part de diversifier les profils a suscité plus que des réserves. A la tête de cette fronde, le Collectif national PASS/L.AS se bat depuis 2021 pour une refonte de la réforme du premier cycle des études médicales, dont il dénonce notamment l’illisibilité.
Tout passe, hélas
En décembre 2024, un rapport de la Cour des Comptes consacré au système de PASS/L.AS a offert aux pourfendeurs du dispositif des arguments de choix. Les magistrats de la rue Cambon ont en effet dressé un bilan plus que « mitigé » sur la réforme et l’ont notamment considérée comme un « échec » en ce qui concerne la diversification des profils. Face à ces différentes observations, sans parler des multiples recours qui chaque année accompagnent les résultats (en raison de l’absence de transparence des répartitions entre PASS/L.AS au sein de chaque faculté ou des critères des oraux par exemple), le gouvernement a jeté les bases d’une nouvelle refonte. Un retour à une voie d’accès unique aux études de santé se profile en 2027, même si cette semaine, les doyens ont adressé une lettre ouverte au gouvernement pour mettre en garde contre une révision précipitée, notamment parce qu’un flou majeur existe sur la destinée des étudiants aujourd’hui engagés en L.AS.
Ne dites plus numerus clausus, dites numerus apertus !
Mais au-delà des questions (néanmoins essentielles) de planning, le retour en arrière est-il vraiment souhaitable ? Les récriminations et les ratés suffisent-ils à affirmer que la réforme est un échec ? L’appréciation du premier critère (la limitation du « gâchis » humain) conduit à tirer un bilan contrasté. Des chiffres du ministère de l’Education nationale publiés en 2024 révélaient ainsi que l’on comptait 40,4 % de jeunes bacheliers inscrits en 2021 en PASS ou en L.AS ayant été admis un ou deux ans après en MMOPK (médecine maïeutique odontologie pharmacie kinésithérapie). Le taux n’est guère plus élevé que lors de la dernière année de la PACES, où l’on comptait 39,6 % d’inscrits admis. Sur ce point, l’économiste de la santé, Jean de Kervasdoué ironisait déjà dans le Point en 2023 : « On parle aujourd’hui de numerus apertus, mais en pratique, c’est exactement la même chose. En effet, au lieu de dire que, par exemple, l’on ferme la porte des facultés de médecine au neuf millième candidat (numerus clausus), on dit aujourd’hui que l’on ouvre le nombre de postes offerts aux candidats jusqu’au neuf millième (numerus apertus) ! Bien entendu les portes ouvertes se ferment ensuite ». Néanmoins, si l’on veut demeurer un peu moins sarcastique on observe que pour un même taux d’admission en un ou deux ans, les bacheliers 2021 « redoublent » deux fois moins leur 1ère année de santé que la cohorte de bacheliers 2019 inscrits en PACES. Les redoublements sont en effet beaucoup plus difficiles désormais, notamment en PASS. Par ailleurs, toujours selon les statistiques du ministère de la Santé, le passage de la PACES aux deux filières PASS et L.AS a facilité la réorientation « sans perte de temps ». En effet, parmi les néo-bacheliers inscrits en PACES en 2019 et n’ayant pas été admis en MMOPK, seulement 4 % étaient inscrits en 3ième année d’une formation de l’enseignement supérieur deux ans après. Ce taux est de 12 % pour les néo-bacheliers 2021 (8 % pour les inscrits en PASS et de 20 % pour ceux inscrits en L.AS).
Si l’on ne peut donc être ni totalement critique, ni totalement satisfait concernant la limitation du nombre d’étudiants en échec, qu’en est-il en ce qui concerne la diversification des profils ? On le sait, historiquement, les études de médecine sont bien moins souvent accessibles aux cL.ASses moins favorisées que les autres cursus. En 2014, par exemple 40 % des étudiants de Paces avaient des parents cadres supérieurs ou exerçant une profession libérale – contre 30 % en moyenne à l’université.
Diversité qui fait bon genre
La possibilité d’en passer par une L.AS a-t-elle changé la donne. Dans la revue Medical Teacher, des professeurs de l’université de médecine Montpellier-Nîmes (qui signent également une tribune dans le Monde pour défendre les bénéfices de la pluralité des filières) constatent que la L.AS facilite l’accessibilité des moins favorisés. Ainsi, sur les 273 admis en MMOPK en 2024, 68 % des étudiants provenant de PASS connaissaient une origine socioéconomique favorisée, alors que ce taux n’était que de 49 % en L.AS. Les auteurs se félicitent également que les L.AS semblent davantage ouvertes aux femmes : 55 % des admis via la PASS sont des jeunes femmes vs 74 % pour ceux provenant de L.AS.
Si les données apparaissent encourageantes, la force apparaît limitée quand on connaît les valeurs absolues. En effet, la proportion d’admis via la PASS est beaucoup plus élevée (84 % vs 16 % via L.AS), ce qui amoindrit donc l’effet de diversification induit pas les L.AS. C’est encore plus marquant concernant la féminisation. En réalité celle-ci était déjà acquise même au temps de la PACES où 70 % des candidats déjà étaient des filles et 60 % des admis. Ensuite, la diversité des profils apportée par la L.AS s’émousse encore un peu quand on sait que ces étudiants sont moins nombreux à réussir en deuxième année. Les dernières statistiques du ministère de l’Enseignement supérieur révèlent en effet qu’en deuxième année de MMOPK, les étudiants venus de L.AS redoublent davantage que ceux du PASS. En 2024, le taux de redoublement global en deuxième année atteignait 8,5 % pour les L.AS contre 4,5 % pour les PASS. L’écart est particulièrement notable en médecine (9,7 % contre 1,7 %).
Sacrifice et illisibilité
En dépit de ces limites, les auteurs de l’étude défendent dans Le Monde : « La voie licence, mieux distribuée territorialement et moins adossée au marché des préparations privées, attire des publics plus diversifiés et réduit les effets sociaux et de genre. Dans le parcours licence, la combinaison d’évaluations rédactionnelles, de raisonnement et de synthèse avec quelques questionnaires à choix multiples permet à des étudiants brillants, mais aussi moins conformes au profil « bachoteur », de faire valoir leurs compétences. L’effet de reproduction sociale porté par la voie historique se trouve ainsi érodé ». Cette argumentation semble suggérer un autre effet positif de la réforme : la diminution (même modeste) de l’influence des prépa privées (qui selon les auteurs devrait être l’objet d’une véritable réflexion). Dans les faits, en moyenne les étudiants de L.AS dépensent 7 400 euros (contre 9000 euros pour ceux de PASS) en préparation privée. Alors que l’on sait qu’ils proviennent de milieux souvent moins favorisés et qu’ils échouent le plus souvent, peut-on considérer réellement ce « sacrifice » comme une chance ?
Aussi, s’il paraît difficile au vu des statistiques disponibles d’affirmer une réussite de la réforme, la question de la diversité des profils ne demeure pas moins nécessaire. Pour les professeurs de l’université de Montpellier-Nîmes, c’est en allant plus loin que la réforme PASS/L.AS que l’on transformera l’essai et en s’attaquant aux prépas privées. Pas sûr que cette position minoritaire soit entendue, notamment parce que l’illisibilité du dispositif a empêché aux possibles effets positifs de la réforme (même mineurs) de pouvoir être appréciés.