Isolement et contention en psychiatrie : pourquoi de telles différences entre établissements ? Éclairages croisés par des analyses mixtes
Gandré C. (Irdes), Saetta S. (École nationale des solidarités, de l’encadrement et de l’intervention sociale-Enseis, CHU de Saint-Étienne), Touitou-Burckard E. (Irdes, Université d’Aix-Marseille), Coldefy M. (Irdes), en collaboration avec Ellini A. (Établissement public de santé de Ville-Evrard), Bourin C. (Irdes, Université Paris Nanterre) et le consortium Plaid-Care
Questions d’économie de la santé n° 306 – Mars 2026
RÉSUMÉ
Une première étude a montré que chaque année, un tiers des personnes hospitalisées sans leur consentement en psychiatrie sont mises à l’isolement, dont plus d’un quart sont également soumises à une contention mécanique, avec de fortes variations entre établissements. Ce second volet s’appuie sur l’analyse quantitative de 204 établissements délivrant des soins psychiatriques sans consentement et sur une étude ethnographique qualitative auprès de quatre établissements historiquement caractérisés par un faible recours à l’isolement et à la contention, afin d’identifier les facteurs associés à ces variations.
Les variations observées ne sont pas seulement liées aux spécificités des situations cliniques individuelles : une part significative dépend des établissements eux-mêmes, en particulier pour la contention. Pour autant, seules certaines de leurs caractéristiques montrent, à complexité de séjour comparable, un lien significatif avec le recours à l’isolement ou à la contention dans l’analyse quantitative. L’isolement est plus fréquent dans les établissements spécialisés en psychiatrie que dans les établissements pluridisciplinaires ou universitaires, tandis que la contention augmente quand les dotations en personnel infirmier sont plus faibles. Aucun lien n’a été mis en évidence avec les caractéristiques des territoires desservis par les établissements, comme la prévalence des troubles psychiques ou le niveau de défavorisation sociale. L’analyse qualitative révèle d’autres facteurs susceptibles de limiter l’usage de ces pratiques : la capacité des professionnels à se montrer accueillants et disponibles, des équipes stables et soudées, des médecins engagés et des valeurs partagées. Ces résultats suggèrent de premières pistes pour favoriser une baisse du recours à l’isolement et à la contention en psychiatrie française.