Etre végétarien réduit-il le risque de cancer ?
Dr Roseline Peluchon
Une méta-analyse portant sur 1,8 million de participants suggère des associations entre régimes végétarien et pescatarien et le risque de certains cancers, dans les deux sens, selon la localisation tumorale et le profil alimentaire.
Les régimes végétarien et végan présentent des profils nutritionnels distincts des régimes omnivores, avec notamment moins de graisses saturées et de vitamine B12, mais davantage de fibres, de caroténoïdes et de vitamine C. Ces différences pourraient avoir un impact sur le risque de cancer. Si l’effet protecteur des régimes végétariens vis-à-vis du cancer a été suggéré, les résultats sont souvent hétérogènes, en raison notamment du manque de puissance statistique des études pour analyser des cancers spécifiques.
Une vaste étude internationale a étudié l’association entre différents profils alimentaires et le risque de cancer, à partir de plusieurs grandes cohortes. L’étude repose sur une méta-analyse de données individuelles provenant de 9 cohortes prospectives, en Europe, Amérique du Nord et Asie, incluant plus de 1,8 million de participants suivis pendant une durée médiane de 16 ans environ.
Les participants ont été classés en 5 groupes : consommateurs de viande, consommateurs de volaille, « pescatariens » (végétariens + poisson), végétariens et vegans. L’incidence de 17 types de cancers a été analysée, à l’aide de modèles multivariés ajustés sur de nombreux facteurs de confusion (tabagisme, IMC, activité physique, facteurs hormonaux, etc.).
Le régime végétarien est associé à un risque de myélome multiple réduit de 31 %
L’analyse des données rapporte certains résultats protecteurs. Les associations les plus favorables sont notées avec le régime végétarien, notamment pour le myélome multiple (-31 %), le cancer du rein (-28 %), du pancréas (-21 %) et de la prostate (-12 %).
Le régime pescatarien est également associé à des signaux positifs, surtout pour le cancer colorectal (-15 %) et le cancer du rein (-27 %) et le cancer du sein (-7 %).
En revanche, des signaux défavorables sont également présents. Le régime végétarien est associé à un risque accru de carcinome épidermoïde de l’œsophage (HR 1,93 [IC à 95 % 1,30 à 2,87]), alors qu’un risque plus élevé de cancer rectal est retrouvé chez les vegans, (HR 1,78 [1,23 à 2,57]), mais il est précisé que ce résultat est basé sur seulement 93 cas, survenus dans 7 études et doit donc être considéré avec prudence.
Pour les auteurs, ces données ne justifient pas de déclarer un régime globalement supérieur à un autre, soulignant l’importance d’une qualité nutritionnelle globale plutôt que l’intérêt d’exclure certains groupes alimentaires. Ils remarquent que l’alimentation vegan reste peu documentée, et les populations de certaines régions du monde, comme l’Asie ou du Sud global, sont peu représentées. Ils estiment enfin que les futures recherches devraient examiner le rôle des facteurs métaboliques et des déficits nutritionnels.