Revue de l’état des bassins hydrographiques français

Alerte sur les masses d’eau (1/7) : état des lieux dans le bassin Loire-Bretagne

La qualité des masses d’eau n’est toujours pas au rendez-vous dans les bassins hydrographiques français malgré des décennies d’application de la directive cadre sur l’eau. Actu-Environnement fait le point. Focus sur le bassin Loire-Bretagne.

Eau  |  23.03.2026  |  https://www.actu-environnement.com/ae/news/bon-etat-masses-eau-dce-etat-lieux-bassin-loire-bretagne-47729.php4

D. Laperche

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Alerte sur les masses d'eau (1/7) : état des lieux dans le bassin Loire-Bretagne

© seb hovaguimianLes eaux littorales bretonnes subissent la pression des algues vertes

« Il faut collectivement amplifier l’action, de façon urgente, pour garantir la pérennité de cette ressource vitale », alerte le comité de bassin Loire Bretagne dans son dernier l’état des lieux des masses d’eau (2025). L’exercice, réalisé tous les six ans, permet d’orienter les actions à mener pour répondre à l’objectif fixé par la Directive cadre sur l’eau d’atteinte du bon état. Si l’échéance était fixée pour 2015, des dérogations sont néanmoins possibles jusqu’en 2027.

Au vu du précédent bilan de 2019, le schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux (Sdage) en cours a fixé un objectif plus atteignable pour le bassin, de 61 % des eaux en bon état d’ici 2027.

Mais son atteinte semble aujourd’hui compromise. Le constat établi en Loire Bretagne en 2025 s’avère préoccupant : il montre une dégradation de la qualité écologique des cours d’eau comme celle des plans d’eau ainsi que de l’état quantitatif des eaux souterraines par rapport à la dernière photographie (2019). « Les pollutions diffuses issues de l’agriculture, comme les nitrates et les pesticides, sont la cause principale de la dégradation, constate l’état des lieux. Les prélèvements excessifs pour l’eau potable, l’industrie et l’irrigation, ainsi que les altérations hydromorphologiques (barrages, seuils), contribuent également à cette situation. »

A noter : les pressions sur l’hydromorphologie (1) concernent la plupart des cours d’eau du bassin.

Ainsi seulement 20,9 % des cours d’eau présente un bon état écologique, et 0,5 % très bon, contre 24 % lors du précédent bilan.

Une contamination des eaux superficielles toujours présente

L’état chimique reste médiocre : en prenant en compte l’ensemble des 1886 cours d’eau du bassin (et non uniquement les 1277 qualifiées), 44 % sont en bon état, 21 % en mauvais état et encore 35 % indéterminé. Cette photographie demeure donc partielle. En outre, les contaminants suivis pour établir ce classement résultent d’une liste restreinte (53 substances) qui doit être actualisée.

À noter toutefois : les substances les plus fréquemment à l’origine de ces déclassements sont le mercure, le PFOS et des hydrocarbures aromatiques polycycliques (HAP) pour ce qui concerne les contaminants ubiquistes et pour les autres, le HAP, fluoranthène, le nickel et un pesticide, la cyperméthrine

Pour les plans d’eau, la situation est similaire au précédent état des lieux pour l’état écologique soit moins d’un quart en bon état. En cause : l’eutrophisation lié à des excès de nutriments, en particulier du phosphore. « Les effets des changements de pratiques ne pourront pas s’observer sur des pas de temps aussi courts que le sont ceux des cycles DCE, note le document. Si les apports externes continuent à être assez limités pour ne pas contrebalancer ce processus, plusieurs décennies seront nécessaires avant que les processus d’auto-épuration ne rendent visibles la baisse de la charge interne en nutriments ».

Par ailleurs, 45 % des plans d’eau sont en bon état chimique. Les dégradations sont essentiellement liées à des substances ubiquistes, avec en tête de liste le mercure et le PFOS.

Nitrates et pesticides pèsent sur la qualité des eaux souterraines

Pour ce qui concerne les nappes d’eau souterraines, 73 % sont en bon état quantitatif contre 88 % pour l’état des lieux précédent. 57 % sont en bon état chimique. Le déclassement est essentiellement lié aux nitrates et pesticides. À noter un élément qui adouci le tableau : cette évaluation intègre le changement de statut des métabolites du S-métolachlore, considérés désormais comme non pertinents pour le suivi.

L’état écologique des eaux littorales n’évolue pas par rapport à la précédente photographie : 77 % des masses d’eau côtières et 40 % des estuaires sont en bon ou très bon état. Elles subissent notamment la pression des marées vertes. « Parmi les 74 % de masses d’eau littorales dont la qualité chimique est surveillée, 16 % est en bon état chimique, pointe l’état des lieux. 21 % de toutes les masses d’eau côtières et 10 % de toutes les masses d’eau de transition sont en bon état chimique. Dans un tiers des cas, les contaminations concernent à la fois le biote (mollusques) et les sédiments. Les contaminations sont majoritairement liées à des molécules persistantes, bioaccumulables et toxiques dites ubiquistes ».

Un risque élevé de non-respect des objectifs en 2033

Et si rien de plus n’est entrepris, ce bilan risque encore de s’assombrir dans les prochaines années, éloignant encore la concrétisation de l’objectif de la Directive cadre. L’analyse du risque de non atteinte montre ainsi que 90 % des cours d’eau, 82 % des plans d’eau et 39 % des eaux littorales pourraient ne pas répondre au bon état écologique en 2033. De la même manière pour ce qui est de l’état chimique en raison de la présence de substances ubiquistes, le risque de non-respect toucherait 57 % des plans d’eau et 58 % des estuaires et 25 % des cours d’eau (mais 11 % sans prendre en compte les substances ubiquistes).

Les conséquences du changement climatique accentuent les tendances déjà peu réjouissantes. « Avec l’augmentation des températures et de la fréquence des épisodes de sécheresse, les cours d’eau présenteront un débit plus faible et ainsi la dilution des rejets sera amoindrie. Les concentrations des polluants seront plus importantes, ainsi que la pression exercée sur le milieu, illustre ainsi l’état des lieux. Lors des évènements pluvieux extrêmes et de plus en plus fréquents, les capacités de certaines stations de traitement d’épuration ne seront pas suffisantes pour traiter de très forts débits, et ces stations rejetteront alors des effluents non traités via les déversoirs d’orages ».

Concernant les eaux souterraines, 27 % des nappes risquent de pécher du fait de leur déficit quantitatif et 46 % pour l’état chimique.

Ce constat appelle à un futur schéma directeur d’aménagement et de gestion de l’eau (Sdage) ambitieux pour la période 2028-2033 mais surtout que la politique de l’eau soit dotée de moyens à la hauteur des enjeux… sans subir le gel des mesures.1. L’hydromorphologie n’est prise en compte que pour le classement en très bon état des masses d’eau naturelles

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Un bassin soumis à de multiples pressions

Si le bassin est majoritairement couvert de terres agricoles (71,5 %) et de forêts (22 %), il connait sur le littoral et ses grandes aires urbaines, une forte dynamique démographique (une progression de +19,5 %, plus importante que la moyenne nationale). Cette croissance induit une pression sur les ressources mais aussi la gestion des rejets. Avec un enjeu d’entretien et de renouvellement des infrastructures.
Coté agriculture, deux régions se distinguent : la Bretagne essentiellement centrée sur l’élevage laitier ainsi que porcin et les Pays de la Loire avec de la polyculture-élevage et localement du maraîchage. Des évolutions sont à noter pour le secteur agricole. Tout d’abord le nombre d’exploitations qui diminue avec en parallèle une augmentation de leur taille. Mais aussi des changements d’activité avec une réduction de l’élevage. « Il est à souligner l’importance des prairies, qui réduisent le ruissellement et la pollution, mais qui sont en recul, note l’état des lieux. La baisse de l’élevage s’accompagne du retournement des prairies au bénéfice des cultures céréalières, ce qui augmente le risque de lessivage de certains polluants, notamment des nitrates, vers les cours d’eau et surtout vers les eaux souterraines. »
Parmi les autres activités qui comptent sur le bassin figure l’industrie agroalimentaire, l’aquaculture et la pêche, le tourisme, le commerce maritime, l’énergie (nucléaire, thermique, hydraulique, et marines renouvelables) ainsi que l’extraction de granulats marins.

Dorothée Laperche, journaliste
Cheffe de rubrique eau / santé environnement

Alerte sur les masses d’eau (2/7) : état des lieux dans le bassin Rhône-Méditerranée

La qualité des masses d’eau n’est toujours pas au rendez-vous dans les bassins hydrographiques français malgré des décennies d’application de la directive cadre sur l’eau. Actu-Environnement fait le point. Focus sur le bassin Rhône-Méditerranée.

Eau  |  Aujourd’hui à 17h37  | https://www.actu-environnement.com/ae/news/etat-lieux-directive-cadre-sur-eau-sdage-bassin-rhone-mediterranee-47744.php4

D. Laperche

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Alerte sur les masses d'eau (2/7) : état des lieux dans le bassin Rhône-Méditerranée

Seuls 45 % des cours d’eau du bassin Rhône Méditerranée sont en bon ou très bon état écologique

« Compte-tenu de l’évolution des paramètres mesurés et des nouvelles pressions qui s’exercent, aggravées par le changement climatique, les actions mises en œuvre ne suffisent pas à enrayer la dégradation de l’état de toutes les masses d’eau », pointe le comité de bassin Rhône-Méditerranée, dans sa délibération actant l’adoption de l’état des lieux 2025 (1).

Cette photographie des masses d’eau sur le territoire constitue un document important : il permet d’identifier les mesures à prendre pour répondre à l’objectif de bon état demandé par la Directive cadre sur l’eau (DCE). Celle-ci ambitionnait une atteinte en 2015 avec des dérogations possibles jusqu’en 2027.

Si le dernier état des lieux de 2019 montrait des points d’amélioration, la marche du 100 % en bon état restait encore haute. Le schéma directeur d’aménagement et de gestion des eaux (sdage) a donc fixé pour 2027 un objectif plus atteignable de 67 % de bon état écologique et 97 % de bon état chimique des eaux de surface, et, pour les nappes souterraines, 98 % de bon état quantitatif et 88 % de bon état chimique.

Ce nouveau bilan montre que le compte n’y sera pas : pour ce qui est des eaux superficielles, 44,6 % sont en bon état écologique, 89,5 % en bon état chimique et, pour les eaux souterraines, 86 % sont en bon état quantitatif et 83 % en bon état chimique. Les efforts doivent être accentués pour le prochain cycle. « L’actualisation de cet état des lieux confirme le poids dominant des altérations physiques des eaux de surface relatives à la morphologie et à la continuité écologique », souligne l’état des lieux.

Cours d’eau : le poids du PFOS, mercure et cyperméthrine 

Pour ce qui est des cours d’eau, 45 % sont en bon ou très bon état écologique contre 48 % lors du précédent état des lieux. « Les éléments de qualité biologique, et en particulier les poissons, expliquent ainsi 8 cas sur 10 de perte de bon état, précise l’état des lieux. Dans la mesure où les conditions morphologiques évoluent peu, les explications de cette dégradation de la biologie sont à rechercher dans les altérations hydrologiques et les conditions climatiques »

Pour ce qui est de l’état chimique, 90 % des cours d’eau sont en bon état (contre 96 % en 2019) en prenant en compte les molécules ubiquistes. En les excluant, la part remonte à 96 % (contre 98 % en 2019). « Les substances qui déclassent l’état chimique sont essentiellement un perfluoré – le PFOS mesuré dans l’eau et sur le biote, le mercure et la somme de polybromodiphényléthers (PBDE) mesurée sur le biote, un HAP – le benzo(a)pyrene, des substances phytosanitaires – la cyperméthrine et le dichlorvos », décrit l’état des lieux.

Un moins bon état des plans d’eau

Les plans d’eau affichent également une dégradation de leur état par rapport au précédent bilan. D’un point de vue des critères écologiques, 59 % sont en bon état (contre 69 % en 2019). « La mise en application pour l’évaluation de 2025 d’un indicateur basé sur les communautés macroinvertébrés [pour les masses d’eau fortement modifiées et artificiellesa généré le déclassement de 4 masses d’eau au titre de l’état écologique », indique l’état des lieux.

Au niveau de l’état chimique, 87 % sont en bon état (contre 97 % en 2019). Deux substances pèsent particulièrement : le PFOS et le mercure. « Cette diminution du nombre de plans d’eau en bon état chimique est liée à l’amélioration des techniques d’analyses des substances perfluorées, avec un abaissement des limites de quantification, et à la prise en compte des mesures sur le biote avec des déclassements par le mercure, constate l’état des lieux. Le PFOS déclasse à lui seul la plupart des plans d’eau en 2025 : Carces, Salagou, Val, Montrevel, Charmine-Moux, Eaux Bleues, Drapeau, Léman, Paladru ».

Une diminution du nombre d’eau littoral en bon état

De la même manière, 19 % des eaux côtières sont en bon état écologique (contre 47 % en 2019). « La pression de mouillage qui était en augmentation à partir de 2015 a fortement impacté l’état des herbiers de Posidonieexplique l’état des lieux. Si depuis 2023 cette pression est maitrisée, les effets de la réglementation ne sont pas encore visibles sur l’état écologique ». Autre facteur : les macroalgues désormais plus suivies que lors du précédent cycle. Alors que toutes les masses d’eau étaient en bon état chimique en 2019, elles sont désormais deux en mauvais état (Côte Bleue et Cap Cepet – Cap de Carqueiranne) à cause d’un biocide, le tributylétain.

Les eaux de transition restent quant à elles touchées par de nombreuses pressions. Seulement 19 % sont en bon état écologique (contre 22 % en 2019) notamment du fait des pressions liées à la présence de nutriments et de macrophytes. 89 % sont en bon état chimique (contre 100 % en 2019). Les déclassements sont essentiellement liés à la présence de PFOS et un herbicide, la terbutryne.

Les eaux souterraines sous la pression des pesticides

Pour les nappes d’eau souterraines, un des principaux facteurs de déclassement reste les pesticides et les nitrates. 83 % sont en bon état chimique (contre 85 % en 2019). A noter : les teneurs en PFAS ne sont pas considérés pour cette évaluation dans les eaux souterraines.

Au niveau quantitatif, 86 % sont en bon état (contre 88 % en 2019).

Si rien n’est entrepris, ce bilan pourrait continuer à se détériorer. « La reconquête de l’état des masses d’eau souterraines dégradées reste dans une large mesure à concrétiser, le risque étant essentiellement lié aux pollutions d’origine agricole (nitrates et pesticides) et aux prélèvements d’eau multi-acteurs », note l’état des lieux. 32 % des eaux souterraines pourraient ne pas atteindre le bon état en 2033. La situation est plus critique pour les cours d’eau (74 % à risque) et les plans d’eau (53 %) alors que la situation devrait stagner pour les eaux de transition (89 %) et s’améliorer pour les eaux côtières (25 %).

« Malgré les succès enregistrés dans l’épuration des eaux, le risque constitué par les pollutions par les matières organiques, les formes de l’azote et du phosphore (nutriments) et par les pesticides reste prégnant dans les eaux de surface, tant pour les plans d’eau (…), les eaux de transition (…) et les cours d’eau (…), synthétise l’état des lieux. La pression liée aux activités industrielles relève d’activités surtout passées mais aussi quelquefois actuelles. On manque toutefois de données de surveillance pour avoir une vision satisfaisante de la localisation et de l’étendue des panaches de pollution ».

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Un bassin à la fois agricole, industriel et urbain dense

Le bassin Rhône-Méditerranée représente un quart du territoire national. Il accueille environ 16,3 millions d’habitants.
Les forêts et les milieux semi-naturels couvre près de 55 % du territoire et les terres agricoles 37 %. L’agriculture s’avère diversifiée avec des zones de fortes spécialisations. Les espaces artificialisés, en augmentation, représentent quant à eux 6 % du bassin. 
Le bassin accueille également 18 % des entreprises nationales industrielles. Une bonne part se situent dans le secteur d’activité de l’agro-alimentaire (32 %), des équipements électriques, électroniques et informatiques (8 %). Autre activité importante : la pétrochimie. Le bassin pèse également dans le secteur énergétique en France, avec une production d’électricité qui représente 25 % de la part nationale. 
Autre secteur qui compte : la navigation commerciale maritime et fluviale avec plusieurs ports, un linéaire de voies navigables importants et sa façade méditerranéenne.

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Un bilan qui incite à maintenir un cap ambitieux pour le prochain cycle de gestion (2028-2033) et appelle à des moyens financiers et humains à la hauteur des enjeux pour la politique de l’eau.1. En savoir plus sur l’état des lieux<br /><br />
https://www.rhone-mediterranee.eaufrance.fr/adoption-de-letat-des-lieux-2025

Dorothée Laperche, journaliste
Cheffe de rubrique eau / santé environnement

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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