« Les résultats des municipales montrent que l’écologie était partout »
Clara Sannicolo, responsable Climat et territoires au sein du Réseau Action Climat revient sur la place qu’ont occupée les questions écologiques dans les élections municipales après la proclamation des résultats dimanche dernier.
Interview | Gouvernance | Aujourd’hui à 16h47 https://www.actu-environnement.com/ae/news/elections-municipales-bilan-ecologie-environnement-climat-interview-rac-clara-sannicolo-47748.php4

Clara Sannicolo
Responsable Climat et territoires au Réseau Action Climat (RAC)
Actu-Environnement : Comment les résultats des municipales peuvent-ils être analysés au regard des enjeux du climat et de l’environnement ?
Clara Sannicolo : On s’est beaucoup concentré sur qui a gagné qui a perdu, est-ce que les écologistes sont les grands perdants des élections ? En fait, si on décale un peu ce regard-là pour s’intéresser moins au score des partis et plus au fond, on remarque que l’écologie était partout. Elle était dans les attentes des Français, dans les bilans des maires sortants, elle était dans les programmes des candidats dans tous les territoires. Dans les mairies nouvellement élues, il y a de gros marqueurs écologiques qui sont présents et qui ont essaimé dans des programmes dans lesquels on n’aurait pas penser les trouver il y a quelques années.
AE : Les questions d’environnement ont donc pesé sur le choix des électeurs, contrairement à ce que pourrait laisser croire un certain reflux du discours environnemental ?
CS : On a interrogé les Français début janvier. Ils ont répondu dans une large majorité qu’ils soutenaient les mesures de transition écologique et qu’ils en voulaient même plus. On parle de réduction des pesticides sur le territoire communal, de développement des transports en commun, de déploiement des énergies renouvelables, etc. Deux Français sur trois disaient déjà qu’ils seraient gênés de voter pour un candidat qui remettrait en cause des mesures de transition écologique. Ce sont des marqueurs très appréciés des électeurs, tous types d’électorats confondus. On les a retrouvés dans une écrasante majorité de programmes, qu’ils soient de gauche, du centre ou de droite. Il n’y avait plus la question, comme en 2020, de savoir si son candidat est pour ou contre l’écologie, mais plutôt celle du degré d’ambition en la matière. Cela s’est ensuite vérifié dans les urnes. Aucun candidat n’a été élu sans s’engager sur des mesures de végétalisation, de pistes cyclables ou de transport en commun, y compris dans des programmes qui n’étaient pas de gauche.
AE : La perte de plusieurs grandes villes par Les Écologistes ne serait donc pas un signe de régression de l’écologie dans l’opinion publique ?
CS : Non, on le voit avec l’exemple de la ville de Strasbourg qui a été perdue par Les Écologistes. Le gros marqueur du mandat de la maire sortante, Jeanne Barseghian, était l’accélération des politiques cyclables. Catherine Trautmann, qui lui succède, ne s’y oppose pas du tout et souhaite, au contraire, aller plus loin en résorbant les coupures dans le réseau cyclable. À Besançon, c’est pareil : il y a eu un grand programme de végétalisation pendant le mandat écoulé, le nouveau maire divers droite, Ludovic Fagaut, s’engage aussi à végétaliser la ville et à desservir tous les quartiers en transport commun. Ce sont des préoccupations que l’on retrouve partout, et ce, quasiment indépendamment du score des partis politiques.
AE : Avez-vous toutefois constaté des différences d’approche selon les territoires (urbain/rural) et, dans les territoires urbains, selon la taille des villes ?
CS : Il y a trois grands sujets qui sont beaucoup revenus dans les grandes villes : les mobilités durables avec les transports en commun et le vélo, la végétalisation de certains quartiers et la qualité des produits, dont le bio, dans les cantines. Cela transcende les appartenances politiques. La consultation réalisée par le Shift Project en début d’année a montré que les maires sortants, notamment dans les communes rurales, se disaient préoccupés par le changement climatique. L’exercice du pouvoir local leur a montré qu’ils étaient obligés d’aller dans ce sens. Cela se traduit à travers leur volonté d’améliorer la qualité de vie dans la commune ou encore de réduire sa facture énergétique. En outre, 93 % des maires disaient ne pas craindre d’être impopulaires en mettant en place des mesures de transition énergétique. Cela montre un changement, on est beaucoup moins dans le clivage et beaucoup plus dans un consensus sur les mesures écologiques. Ensuite, cela n’empêche pas que chaque maire place le curseur sur le niveau d’ambition qui est le sien et qui est effectivement variable.
AE : Certains sujets environnementaux sont-ils apparus plus clivants ?
CS : Je ne pense pas, mais il faut voir le pendant de ces mesures. Toute le monde va dire « je renforce les pistes cyclables et les transports en commun », mais, en face de ça, c’est la place donnée à la voiture qui devient un sujet clivant. Des candidats et des maires vont dire « je change la pyramide de valeurs de la mobilité urbaine » en réduisant la place de la voiture au profit des autres modes, tandis que d’autres vont insister sur la coexistence des différents modes, en veillant à ce que cela ne se fasse pas au détriment de la voiture. On a ainsi entendu des propos contre la chasse à la voiture, notamment dans la bouche de candidats d’extrême droite.
AE : Si les questions écologiques étaient très présentes, certains sujets ont-ils malgré tout été un peu oublié durant la campagne ?
CS : Il y a eu un manque de considération sur les sujets de la qualité de l’air et de l’eau. Beaucoup de grandes villes ne respectent pas les seuils de l’Organisation mondiale de la santé sur la qualité de l’air et il y a beaucoup de scandales sanitaires autour de la qualité de l’eau (PFAS, pesticides, etc.). Je m’attendais à ce que ces sujets soient beaucoup plus portés, d’autant qu’ils font consensus. Il s’agit peut-être d’un angle mort dans les compétences des mairies et des intercommunalités.
Propos recueillis par Laurent Radisson, journaliste
Rédacteur en Chef de Droit de l’Environnement
Voir aussi:
Le coté politique: https://environnementsantepolitique.fr/2026/03/24/pourquoi-les-ecologistes-ont-perdu-5-grandes-villes/