Un récent rapport de l’inspection générale des affaires sociales (IGAS) et de l’inspection des finances (IGF) accuse les médecins d’être moins productifs qu’avant la crise sanitaire.

Les médecins hospitaliers sont-ils vraiment moins productifs ?

Jean-Bernard Gervais

23 mars 2026 https://francais.medscape.com/viewarticle/médecins-hospitaliers-sont-ils-vraiment-moins-2026a10008f5?ecd=a2a

Un récent rapport de l’inspection générale des affaires sociales (IGAS) et de l’inspection des finances (IGF) accuse les médecins d’être moins productifs qu’avant la crise sanitaire. La Fédération française hospitalière (FHF) et le syndicat Jeunes Médecins, par la voix de sa présidente, se défendent.

Ségur et inflation pour expliquer le déficit

Jamais la situation économique de l’hôpital public n’a été aussi grave, martèlent les inspections générales des affaires sociales (Igas) et l’inspection des finances (IGF) dans un rapport intitulé « Face à la gravité de la situation financière des hôpitaux publics, renforcer l’efficience par une intégration territoriale ». « Cinq ans après la crise sanitaire, qui a frappé des hôpitaux fragilisés par les efforts de productivité de la décennie précédente, les établissements publics de santé (EPS) se trouvent dans une situation financière d’une gravité inédite. Avant même cette crise, les EPS étaient déficitaires mais leurs pertes affichent désormais un niveau jamais atteint, estimé à −2,9 M€ en 2024 », écrivent en préambule les auteurs de ce rapport. 

Pour expliquer ce creusement du déficit, le rapport pointe deux mesures importantes, les revalorisations salariales du Ségur de la Santé en 2021, mais aussi l’augmentation de l’inflation. Ainsi, « la progression de la masse salariale (+13,3 M€, soit +6,3 % par an) résulte à 85 % des mesures de revalorisation salariale ». Mais la dégradation des comptes est aussi la résultante d’une baisse de la performance interne des hôpitaux publics. « Si la reprise d’activité s’est confirmée en 2024 (11,4 millions de séjours, soit +4,5 M€ sur un an), la part de marché du secteur public en MCO demeure inférieure de −1,3 point à son niveau d’avant crise, tandis que celles du secteur privé se sont consolidées », relèvent les inspections. Le privé non lucratif tire la croissance du secteur privé avec une part de marché qui passe de 7,8 % en 2014 à 9,7 % en 2024. Au final, « la perte de parts de marché des EPS représente l’équivalent de 250 000 séjours de MCO en moins, soit une perte de recettes évaluée à 240 M€ ». 

Croissance trop « importante » de la masse salariale médicale

Les inspecteurs pointent aussi du doigt les ressources humaines médicales, qui ont cru plus vite que l’activité, « entraînant une dégradation de la productivité médicale ». Entre 2019 et 2023, les effectifs de médecins seniors ont augmenté de 5,6 %, soit 4 000 équivalents temps plein (ETP). Ces recrutements « n’ont toutefois pas permis de maîtriser le temps de travail additionnel, qui a progressé non seulement sous l’effet des mesures de revalorisation, mais également en volume. »

Une meilleure gestion permettrait d’améliorer la productivité, mais celle-ci ne dépend pas des personnels sur le terrain

Dre Anna Boctor, Jeunes Médecins

« À titre d’exemple, les charges de temps de travail additionnel (TTA) ont progressé (+100 M€ en 2023 par rapport à 2019, +11,8 % par an) alors que l’activité était inférieure et que les effectifs médicaux séniors continuaient de progresser. Par ailleurs, la période s’est aussi accompagnée d’une progression des indemnités liées aux gardes et aux astreintes et des dépenses d’intérim médical, bien plus dynamiques que l’activité hospitalière », déplorent les auteurs de ce rapport. 

Baisse de 2,2 % de la productivité médicale

En conséquence, « la productivité médicale, qui avait régulièrement progressé jusqu’en 2016, puis s’était stabilisée de 2016 à 2019, a significativement baissé en 2020 sans retrouver depuis son niveau de 2019. Il ressort notamment que le nombre de séjours de MCO rapporté au nombre de médecins séniors, a baissé de 2,2 % entre 2019 et 2023 ». A contrario, notent les auteurs, la productivité paramédicale s’est maintenue sur la même période. 

Improductivité systémique pour Jeunes Médecins

Interrogée sur la question, la Dre Anna Boctor, présidente du syndicat Jeunes Médecins, ne cache pas sa colère : « Les véritables problèmes de l’hôpital concernent principalement la gestion, qu’elle soit financière ou humaine. Cela affecte tous les personnels, des médecins aux administratifs, et entraîne un climat toxique qui pousse de nombreux professionnels à partir. Les mauvaises conditions de travail et le manque de sens aggravent la situation. Une meilleure gestion permettrait d’améliorer la productivité, mais celle-ci ne dépend pas des personnels sur le terrain », édicte-t-elle. Et d’ajouter : « La productivité à l’hôpital pourrait clairement être améliorée, et il serait injuste d’accuser uniquement les médecins. Le problème concerne la gestion globale des moyens humains. Par exemple, lors des parcours en hôpital de jour en pédiatrie où j’exerçais, il était difficile d’optimiser : la secrétaire avait trop de tâches, n’avait pas le temps d’appeler les patients pour confirmer leur venue, ce qui entraînait de nombreuses absences et une mauvaise utilisation des ressources. » 

Reprise de l’activité pour la FHF

Réagissant à ces propositions, la Fédération hospitalière de France(FHF) a pris acte mais a corrigé les propos des inspections au sujet de la perte de productivité des établissements publics : « Une part significative des constats relatifs à la productivité doit désormais être recontextualisée à l’aune de la reprise observée en 2024 et 2025, marquée par une croissance de l’activité de +4 % […] Une analyse centrée quasi exclusivement sur la performance de l’hôpital public interroge, alors même que la coopération avec l’ensemble des acteurs du système de santé est déterminante. » 

Bouleversement de l’organisation territoriale

Dans ce contexte de détérioration des finances hospitalières publiques, l’Igas et l’IGF appellent par ailleurs à un véritable bouleversement de l’organisation territoriale, sous la tutelle de la Direction générale de l’organisation des soins et des agences régionales de santé (ARS). Les inspections appellent à un changement d’échelle et de paradigme et proposent de : 

  • remettre en cause les investissements du Ségur de la santé ;
  • maîtriser les recrutements médicaux et le recours au temps de travail additionnel; 
  • optimiser la trésorerie grâce aux outils de l’agence nationale d’appui à la performance hospitalière (Anap) ;
  • réinternaliser au sein des groupements hospitaliers de territoire (GHT) les analyses de biologie sous-traitées ;
  • massifier les achats hospitaliers au sein des GHT.

Face à la gravité de la situation financière des hôpitaux publics, renforcer l’efficience par une intégration territoriale 

Publié le  18/02/2026 |https://www.igas.gouv.fr/face-la-gravite-de-la-situation-financiere-des-hopitaux-publics-renforcer-lefficience-par-une-integration-territoriale

 Temps de lecture : 2 minutes

Mathias Albertone, Paul-Marie Atger, Pierre Ricordeau (Igas), Mouad El Issami, Joé Vincent-Galtié, Charles-Henry Glaise, Matthieu Leclercq, Anne Perrot et Nicolas Saleille (IGF)


Dans un contexte de détérioration des finances hospitalières publiques, avec un déficit estimé à près de 2,9 milliards d’euros fin 2024, la mission avait pour objectifs : d’analyser la dégradation du déficit des hôpitaux publics depuis la crise sanitaire ; d’identifier les leviers les plus adaptés pour maîtriser les charges des établissements ; de proposer des modalités rénovées de pilotage de l’efficience hospitalière.

Dans son rapport, la mission constate que les établissements publics de santé (EPS) se trouvent dans une situation financière d’une gravité inédite, marquée par : 

  • l’ampleur des déficits cumulés, qui ont annulé les bénéfices du Ségur ; 
  • les sous-jacents de ces déficits, liés, outre au sous financement de la compensation des charges exogènes récentes, à leurs modalités de financement, à leur efficience interne et collective, à l’organisation territoriale de l’offre hospitalière ; 
  • l’importance des besoins de financement dans les années à venir.

Un changement d’échelle et de paradigme

Face à cette urgence, la mission considère qu’il est nécessaire d’agir selon une nouvelle approche, qui ne peut se limiter à des mesures d’efficience interne qui s’apparenteraient à une politique du rabot, et appelle à un changement d’échelle et de paradigme. Elle propose un plan de consolidation de l’hôpital public, visant un retour à l’équilibre d’ici à la fin de la décennie. Ce plan repose sur :

  • la mobilisation indispensable à court terme de toutes les marges d’efficience interne 
  • l’engagement de mesures structurelles portant sur le positionnement stratégique des établissements ;
  • l’intégration territoriale des établissements, notamment dans la perspective de doter les Groupement hospitalier de territoire (GHT) de la personnalité morale pour en faire de véritables groupes territoriaux. 

La mise en œuvre de ce plan serait confiée, dans chaque GHT, aux président(e)s du comité stratégique et de la commission médicale de groupement, à partir d’un diagnostic territorial partagé avec les élus. Son déploiement devra s’appuyer sur un mandat politique fort, à l’échelle nationale comme territoriale. 

Enfin, le rapport propose des outils opérationnels afin de mobiliser et accompagner les acteurs dans la réussite de ce plan.

Lire le rapport

Sitiuation_financière_des_hôpitaux publics,_renforcer_l’efficience_par_une_intégration_territoriale_(Igas-IGF).pdf (PDF – 11.21 Mo) 

Réaction de la FHF:

Rapports IGAS–IGF : avec un sous-financement objectif de l’hôpital public, il est urgent de repenser durablement l’organisation des soins dans les territoires

Date de publication : 19 Février 2026PartagerImprimer

La Fédération Hospitalière de France (FHF) prend acte des conclusions du rapport de l’Inspection générale des affaires sociales (IGAS) relatif au sous-financement des revalorisations salariales et de l’inflation, qui confirment pleinement les alertes que la FHF porte depuis plusieurs années, et identifient de manière objective les déterminants de la situation financière des établissements publics de santé. 

L’IGAS valide ainsi les ordres de grandeur avancés par la FHF en matière de sous-financement des mesures de ressources humaines, dont le Ségur de la santé, en évaluant à 1,7 milliard d’euros le sous-financement cumulé des établissements publics de santé à fin 2024, hors inflation. 

La FHF regrette en revanche que la mission n’ait pas pu être pleinement conclusive quant au sous-financement lié à l’inflation, malgré les alertes répétées de la fédération sur ce sujet. Pour la seule année 2024, la FHF estime le besoin de compensation de l’inflation à 1,3 milliard d’euros pour les établissements publics de santé. Elle rappelle que la forte dégradation de la situation financière observée depuis 2020 est essentiellement liée aux « effets prix » associés aux mesures salariales du Ségur et à l’inflation, et alors que la productivité des établissements est démontrée.

Ce sous-financement structurel explique la dégradation continue des comptes hospitaliers et place aujourd’hui l’hôpital public dans une situation de grande fragilité financière, avec un déficit proche de 3 milliards d’euros en 2024. Ce déficit s’explique aussi par le sous financement massif des EHPAD publics rattachés aux hôpitaux, qui dépasse dorénavant 300 millions d’euros.

DES HÔPITAUX PUBLICS PERFORMANTS ET EN PREMIÈRE LIGNE DANS TOUS LES TERRITOIRES 

Le second rapport, de l’IGAS-IGF, met en lumière des enjeux d’organisation et de performance qui doivent être appréciés avec attention et discernement. La FHF rappelle que ces constats portent sur une période 2019-2023, au cours de laquelle les hôpitaux publics ont été en première ligne, confrontés à une crise sanitaire sans précédent, à des épisodes épidémiques récurrents et à un contexte durable de fortes tensions de recrutement. Dans ce cadre, les missions de service public et la continuité des soins ont été assurées partout sur le territoire, au prix d’un engagement exceptionnel de l’ensemble des équipes hospitalières. Ayant porté la quasi-totalité de l’effort hospitalier lié à la crise Covid, en déprogrammant massivement des interventions, les hôpitaux publics ont logiquement connu une reprise d’activité plus progressive. 

Une part significative des constats relatifs à la productivité doit désormais être recontextualisée à l’aune de la reprise observée en 2024 et 2025, marquée par une croissance de l’activité de +4 %, désormais bien plus dynamique dans le secteur public. La FHF rappelle par ailleurs que les établissements publics assurent notamment 100% des greffes et 85% des réanimations et 96 % des prises en charge de patients polytraumatisés. S’agissant de la question des prises en charge ambulatoires, elle est plus complexe qu’il n’y parait et il serait illusoire de s’arrêter à une comparaison qui ne prend pas en compte ni la lourdeur des pathologies, ni la situation socio-économique des patients. 

Le rapport reconnaît par ailleurs les efforts de productivité réalisés par les hôpitaux publics sur le long terme, à un rythme supérieur à celui de l’économie française. Il souligne également les conséquences, en matière de conditions de travail, d’une approche excessivement comptable de la performance au cours de la décennie 2010-2019. 

Dans ce contexte, une analyse centrée quasi exclusivement sur la performance de l’hôpital public interroge, alors même que la coopération entre l’ensemble des acteurs du système de santé est déterminante et que ceux-ci ne font pas, à ce stade, l’objet d’une évaluation comparable de leur efficience. 

Malgré un cadre budgétaire extrêmement contraint et des mesures d’économies répétées depuis plus de vingt ans, l’hôpital public continue de démontrer sa performance : le nombre de séjours hospitaliers a ainsi augmenté de 28 % entre 2010 et 2024

Le rapport IGAS-IGF rappelle également la nécessité d’un rééquilibrage des financements entre l’assurance maladie obligatoire et les organismes complémentaires, en chiffrant le manque à gagner pour les hôpitaux publics à 1 milliard d’euros, et en appelant à une évolution des modalités de calcul des restes à charge dans un sens plus équitable.

REPENSER L’ORGANISATION TERRITORIALE DU SYSTÈME DE SANTÉ, EN PHASE AVEC LES BESOINS RÉELS DES POPULATIONS 

Les hôpitaux publics sont pleinement engagés dans des démarches d’amélioration de l’organisation et de la performance. Mais ces efforts ne sauraient se substituer à une réflexion de fond sur la soutenabilité du financement du système de santé, le partage équitable des efforts entre l’ensemble des acteurs et la nécessité d’un pilotage national clair, stable et concerté

Il serait vain de rechercher aujourd’hui des réponses ponctuelles ou strictement budgétaires. Les solutions sont avant tout territoriales. La consolidation du système de santé appelle des réformes profondes de son organisation et de son pilotage. Elle exige une gradation réelle et assumée des soins, structurée autour de filières territoriales solides, coordonnées et lisibles pour les patients. Elle suppose également de renforcer la logique de groupe portée par les groupements hospitaliers de territoire (GHT). C’est à cette condition que pourra être garantie une offre de soins lisible, efficiente et adaptée aux besoins des populations. 

Cette transformation implique un engagement clair et constant des pouvoirs publics pour accompagner une politique assumée d’adaptation de l’offre de soins sur les territoires. Il est indispensable de donner aux GHT les moyens d’exercer pleinement leur rôle stratégique. À défaut, ils n’auront pas la capacité de conduire les adaptations attendues dans les territoires. L’objectif pour le système de santé est clair : éviter les ruptures de parcours, mieux répondre aux besoins en soins non programmés, contenir la hausse des passages aux urgences et renforcer la pertinence des prises en charge, en luttant contre les actes inutiles ou redondants. Enfin, la prévention est un levier déterminant pour la durabilité du système de santé. 

À l’heure où certains pourraient être tentés d’instrumentaliser ces rapports, la FHF appelle à refuser toute éventuelle lecture caricaturale et à ouvrir un débat responsable, fondé sur les faits, au service de l’accès aux soins et de la pérennité du système de santé.

Contact presse FHF : communicationfhf@havas.com

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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