Tribune pour les nouveaux Maires: l’eau n’attendra pas votre prochain mandat (Jérémie Steininger ATEP)

Madame le Maire, Monsieur le Maire, l’eau n’attendra pas votre prochain mandat

Maires nouvellement élus, l’eau doit devenir l’une de vos toutes premières décisions. Derrière les urgences du quotidien se joue déjà une réalité tangible sur vos territoires — et des solutions existent, concrètes, accessibles, immédiatement activables.

Publié le 23/03/2026  https://www.actu-environnement.com/tribunes/jeremie-steininger/526/madame-maire-monsieur-maire-eau-attendra-pas-votre-prochain-mandat-776.html

Vous venez d’être élu. Votre programme porte des promesses, votre équipe des ambitions. Et dans les semaines qui viennent, vous allez fixer les priorités de votre mandat. Je vous demande d’y placer l’eau — concrètement, urgemment, durablement.

Non pas parce que c’est une obligation réglementaire. Parce que c’est une réalité de terrain qui frappe déjà vos concitoyens : des caves inondées après un orage de 35 mm, des puits à sec en été, des installations d’assainissement défectueuses qui polluent en silence. Ce que le numéro 2 des Dossiers Thématiques de l’ATEPdocumente sans détour, avec des chiffres issus d’une enquête réalisée en septembre-octobre 2025 auprès de 223 élus et agents de collectivités.

Ces chiffres me frappent autant qu’ils m’encouragent. Ils disent que vous, les élus locaux, avez compris l’urgence. Ils disent aussi que beaucoup d’entre vous manquent encore d’outils, de financements, et parfois du simple mode d’emploi pour passer de l’intention à l’action. Permettez-moi de vous livrer ce mode d’emploi.

Ce que dit l’enquête ATEP / InfoPro Digital (sept.-oct. 2025) :

– 96 % des collectivités font de l’eau une priorité absolue

– 47 % ont du mal à obtenir des financements

– 45 % ne se sentent pas suffisamment accompagnées

– 70 % veulent développer la valorisation des Eaux impropres à la consommation humaine (EICH)

– 1/2 souhaite accompagner la réhabilitation des ANC

– 16 % des communes n’ont pas l’intention d’agir

Le « tout-tuyau » est mort. Vive la parcelle

Pendant des décennies, la réponse à chaque épisode pluvieux a été la même : collecter, canaliser, évacuer le plus vite possible vers l’aval. Ce modèle du « tout-tuyau » a montré ses limites partout en France et plus encore dans vos communes rurales et péri-urbaines où les réseaux ne peuvent absorber seuls les orages de nouvelle génération.

La réponse n’est plus dans le réseau. Elle est dans la parcelle. Toiture, cour d’école, parking, noue paysagère : chaque mètre carré imperméabilisé est un problème potentiel, chaque mètre carré rendu à l’eau est une solution. La commune de Lancieux, dans les Côtes-d’Armor, l’a compris en désimperméabilisant la cour de son école en 2024 : lors de l’orage de juillet, la noue a absorbé l’intégralité d’une pluie de 35 mm. Les enfants, eux, ont transformé cet espace en terrain de jeu naturel. Deux objectifs atteints d’un seul chantier.

À Brienne-le-Château, dans l’Aube, la transformation d’un parking en surface perméable (2 400 m²) a mobilisé 387 042 € HT de travaux, dont 268 557 € de subventions, Fonds vert et Agence de l’eau réunis. La part nette de la commune : 118 485 €. C’est le prix d’une gestion sobre et pérenne, qui limite le ruissellement et réduit durablement les risques d’inondation.

L’eau de pluie : une ressource, pas un déchet

Pendant trop longtemps, la pluie a été traitée comme un déchet à évacuer. Or 96 % de vos collègues élus considèrent la gestion de l’eau comme une priorité, et 46 % d’entre eux ont déjà mené des actions de valorisation des eaux pluviales. Ce n’est plus un sujet d’avant-garde, c’est une politique publique qui se déploie.

Le décret 2024-796 et l’arrêté du 12 juillet 2024 ont levé les derniers freins réglementaires : les eaux de pluie peuvent désormais alimenter les WC, les lave-linges, les fontaines décoratives, les sols intérieurs et les espaces verts, y compris dans les écoles maternelles et primaires, qui ne sont plus classées comme établissements sensibles depuis 2024. C’est une révolution silencieuse, qui ouvre des gisements d’économies considérables.

À Pérignat-lès-Sarliève, dans le Puy-de-Dôme, une cuve de 20 000 litres alimentée par une toiture de 360 m² économise 100 m³ d’eau par an sur les seuls besoins d’arrosage. À Rennes Métropole, le nouveau PLUi impose des volumes de cuves proportionnels à la surface bâtie tout en incitant à l’usage intérieur — avec un objectif affiché de réduction de 17 % des prélèvements d’eau potable à l’horizon 2030. Plus de trente cuves de toiture sont déjà déployées sur le territoire rennais.

Ces exemples ne concernent pas que les grandes métropoles. La commune de Drulingen, en Alsace, a installé une réserve de 50 m³ alimentée par forage pour arroser son stade et ses massifs floraux, économisant entre 4 000 et 5 000 euros par an sur la facture d’eau.

L’ANC : cinq millions de dossiers qui attendent

La France compte environ 5 millions d’installations d’assainissement non collectif. Elles concernent 15 à 20 % de la population, dont une très large majorité en zones rurales. Votre territoire est probablement concerné, peut-être plus que vous ne le pensez.

La Communauté de Communes Portes du Jura l’a mesuré en faisant auditer son SPANC : l’ANC représente 40 % de la population locale, contre 20 % en moyenne nationale. Parmi les 1 844 installations recensées pour 4 241 habitants, combien sont défectueuses, vétustes, sources de pollution diffuse ? L’audit a permis de le savoir — et de bâtir une feuille de route pluriannuelle réaliste.

Je vous invite à engager cette même démarche. Les SPANC ont maintenant plus de vingt ans d’existence. Ils méritent une remise à plat technique, administrative et financière. Et les agences de l’eau, après une période de désengagement, réintègrent progressivement dans leurs programmes des aides à la réhabilitation des dispositifs ANC.

Une collectivité sur deux souhaite accompagner les particuliers dans des opérations groupées de réhabilitation. C’est le bon signal : l’ANC n’est pas qu’un enjeu sanitaire individuel, c’est un levier collectif de préservation de la ressource en eau et de la santé publique sur votre territoire.

Cinq actions concrètes à inscrire dans votre mandat

› Auditer votre SPANC pour dresser un état des lieux technique et financier, identifier les installations défectueuses et définir un plan de réhabilitation.

› Désimperméabiliser au moins un espace public — cour d’école, parking, place — en y intégrant une noue ou un revêtement perméable.

› Installer un système de récupération d’eau de pluie sur vos bâtiments communaux, en priorité les écoles et les installations sportives.

› Intégrer les exigences de gestion des eaux pluviales à la parcelle dans vos règles d’urbanisme (PLU ou PLUi), en vous appuyant sur l’exemple de Rennes Métropole.

› Informer vos concitoyens des nouveaux usages autorisés par le décret 2024-796 — WC, linge, nettoyage des sols — et des aides disponibles sur aides-territoires.fr.

Les freins existent. Mais ils sont connus et surmontables

47 % des collectivités déclarent avoir du mal à obtenir des financements. 45 % ne se sentent pas suffisamment accompagnées. Ce double constat m’interpelle, parce qu’il révèle un paradoxe : la volonté politique est là, les solutions techniques existent, les textes réglementaires sont favorables et pourtant, l’action tarde.

Le manque d’information joue un rôle central. 28 % des Français avouent manquer de connaissances sur les solutions existantes, et autant sur les aides financières disponibles. Or ces aides existent bel et bien : Fonds vert, agences de l’eau, conseils départementaux accompagnent financièrement la désimperméabilisation, la réhabilitation de l’ANC, la pose de cuves de récupération. Le portail aides-territoires.fr en recense l’essentiel.

Le frein n’est donc ni financier ni technique. Il est souvent organisationnel et informationnel. C’est pourquoi l’ATEP s’est donné pour mission au travers de ces Dossiers Thématiques, comme de l’ensemble de ses publications, de mettre à disposition des élus un corpus de ressources opérationnelles : aide-mémoires sur les filières ANC, les solutions pluviales, les usages domestiques des eaux impropres à la consommation humaine, retours d’expérience de communes pionnières.

L’eau en commun, l’eau en communes !

C’est le titre que nous avons choisi pour le hors-série des Essentiels ATEP paru en septembre 2025. Il dit une conviction simple : la gestion de l’eau n’est pas une compétence abstraite déléguée à des ingénieurs dans des bureaux d’études. C’est une responsabilité partagée, ancrée dans le territoire, incarnée dans chaque décision d’aménagement, chaque règlement de PLU, chaque subvention accordée à un particulier pour réhabiliter sa fosse septique.

Vous êtes en première ligne. Vos concitoyens le savent. Et les données de notre enquête le confirment : 67 % des usagers reconnaissent que leurs communes s’impliquent pour faire des économies d’eau. Vous avez déjà commencé. Il s’agit maintenant d’amplifier, de structurer et de pérenniser.

La transition hydrique n’attend pas la fin d’un mandat. Elle se joue maintenant, dans les premières décisions que vous allez prendre. Et les Acteurs du Traitement des Eaux de la Parcelle seront là pour vous accompagner à chaque étape.

Article proposé par :Jérémie Steiningerdélégué général de l’ATEP

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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