TotalEnergies se plie à l’administration Trump et renonce à deux projets d’éolien en mer au profit d’investissements pétrogaziers
Le groupe français met fin à deux programmes d’éoliennes au large de New York et de la Caroline du Nord, pour 4 gigawatts de puissance au total. Il se fait rembourser 928 millions de dollars à condition de les réinvestir dans des projets d’hydrocarbures.
Par Adrien PécoutPublié aujourd’hui à 05h00, modifié à 07h48 https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/03/24/totalenergies-se-plie-a-l-administration-trump-et-renonce-a-deux-projets-d-eolien-en-mer-au-profit-d-investissements-petrogaziers_6673996_3234.html?lmd_medium=email&lmd_campaign=trf_newsletters_lmfr&lmd_creation=a_la_une&lmd_send_date=20260324&lmd_link&&M_BT=53496897516380#x3D;tempsforts-title-_titre_3
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D’abord, deux projets d’éolien offshore (en mer) annulés. Ensuite, à la place de ces projets d’électricité bas carbone, près de 1 milliard de dollars (environ 860 millions d’euros) à investir dans la production de gaz et de pétrole. Voilà comment TotalEnergies a annoncé se plier aux désidératas de l’administration américaine. Lundi 23 mars, la major française de l’énergie a déclaré « [mettre] fin au développement » de ses deux programmes d’éolien en mer aux Etats-Unis, l’un au large de New York et du New Jersey, l’autre au large de la Caroline du Nord. La décision a été annoncée par un communiqué diffusé au premier jour de l’édition 2026 de la CERAWeek, à Houston (Texas), grand rendez-vous de l’industrie pétrogazière.
Présent à l’événement, le PDG de TotalEnergies, Patrick Pouyanné, a parlé en conférence de presse d’un échange « gagnant-gagnant » avec l’administration du président américain, Donald Trump, relate l’Agence France-Presse. L’occasion d’une poignée de main, devant les photographes, avec Doug Burgum, secrétaire à l’intérieur américain, responsable du Department of the Interior (DOI, sorte de super ministère de terres et ressources, sans équivalent en France). « TotalEnergies est satisfait de signer ces accords avec le DOI et de soutenir la politique énergétique de l’administration américaine », est allé jusqu’à affirmer M. Pouyanné, dans le communiqué de l’entreprise.
De fait, ce pacte va largement dans le sens de la doctrine énergétique du président Trump, jamais le dernier pour freiner en matière d’énergies renouvelables, et toujours le premier à encourager l’extraction, sur le sol américain, d’hydrocarbures,activité pourtant responsable du dérèglement climatique.
C’est en 2022 que TotalEnergies avait acquis les deux concessions pour des parcs éoliens dans les eaux américaines. Avant même de pouvoir lancer les chantiers, le groupe tricolore avait suspendu, dès fin novembre 2024, ces projets. Soit quelques semaines à peine après la victoire électorale du républicain, qui n’avait eu de cesse, durant sa campagne présidentielle, de dénigrer les éoliennes en mer : trop coûteuses, « horribles » pour le paysage et « dangereuses » pour les baleines, selon lui, sans étayer cette démonstration.
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Le projet au large de New York et du New Jersey était prévu pour une capacité de plus de 3 gigawatts (GW), avec une mise en service pour 2029. Celui au large de la Caroline du Nord, pour 1 gigawatt de puissance, aurait dû être opérationnel à partir de 2031.
TotalEnergies précise disposer de 10 GW de capacités brutes d’électricité renouvelable déjà en service aux Etats-Unis, que ce soit pour des panneaux solaires, des éoliennes terrestres ou, plus marginalement, des batteries de stockage – outre un portefeuille de 20 GW encore en projet.
Le marché mondial du GNL en vue
Pour justifier l’abandon de ses deux concessions maritimes, la firme avance que « contrairement à l’Europe, le développement de projets [d’]éolien offshore aux Etats-Unis est coûteux et susceptible d’impacter négativement les prix de l’électricité pour le consommateur américain ».
En guise de dédommagement, elle touchera 928 millions de dollars (environ 800 millions d’euros), de la part des autorités américaines, un montant révélé dès le 17 mars par The New York Times. Mais à une condition, lourde de sens : cette somme ne lui sera versée que si elle est réinvestie vers des projets portant donc sur le pétrole et le gaz.
Ces millions de dollars sont désormais prévus pour financer, entre autres, les quatre premières unités de la future usine de Rio Grande LNG, au Texas. Un grand projet de terminal de gaz naturel liquéfié (GNL), dont TotalEnergies est partie prenante avec l’américain NextDecade. Autres investissements demandés par l’administration américaine : le « développement de l’exploitation pétrolière conventionnelle » dans le Golfe du Mexique, ainsi que « la production de gaz de schiste ». Or, l’exploitation du gaz de schiste repose sur la fracturation hydraulique – une méthode autorisée aux Etats-Unis, mais prohibée sur le sol français, car nocive pour l’environnement. Lorette Philippot, chargée de campagne pour l’ONG Les Amis de la Terre, dénonce à présent « une nouvelle étape honteuse dans la consolidation de l’alliance toxique entre Trump et Total ».
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« Ces investissements contribueront (…) à apporter à l’Europe le GNL dont elle a besoin et à fournir du gaz pour le développement des data centers aux Etats-Unis », selon Patrick Pouyanné, dans le communiqué de TotalEnergies, estimant qu’il s’agirait d’une « utilisation plus optimale [des capitaux du groupe] dans ce pays ». Depuis mars, conséquence des attaques américano-israéliennes sur l’Iran, la fermeture quasi totale du détroit d’Ormuz a fait grimper à nouveau les prix du gaz. Quatre ans après l’invasion de l’Ukraine par la Russie et le tarissement des livraisons russes par gazoduc, ce nouveau conflit pourrait accroître encore l’importance des Etats-Unis sur le marché mondial du GNL, au détriment du Qatar et des Emirats arabes unis.
TotalEnergies se présente déjà comme le premier exportateur de GNL américain, avec 19 millions de tonnes exportées par navires pour la seule année 2025, à destination notamment de l’Europe et de l’Asie.