L’Union européenne s’apprête à signer un accord commercial de libre-échange avec Canberra qui comporte un fort volet industriel, mais aussi un volet agricole,

Un nouvel accord commercial signé entre l’Union européenne et l’Australie, nouvelle inquiétude des agriculteurs ?

Après le Mercosur, l’Australie. L’Union européenne s’apprête à signer un accord commercial de libre-échange avec Canberra qui comporte un fort volet industriel, mais aussi un volet agricole, qui permettra l’importation de denrées alimentaires australiennes exemptées de droits de douane.

Par Fabien Cazeaux   • Publié le mardi 24 mars 2026 à 07:33 https://www.radiofrance.fr/franceinter/podcasts/l-info-de-france-inter/un-nouvel-accord-commercial-signe-entre-l-union-europeenne-et-l-australie-nouvelle-inquietude-des-agriculteurs-3630482?at_medium=newsletter&at_campaign=inter_quoti_edito&at_chaine=france_inter&at_date=2026-03-24&at_position=4

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Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, au Parlement australien, à Canberra, le 24 mars 2026.
Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, au Parlement australien, à Canberra, le 24 mars 2026. ©AFP – David Gray

On avait eu le CETA avec le Canada, on a suivi le Mercosur  avec les pays d’Amérique du Sud, voici donc un nouvel accord de libre-échange signé par l’Union européenne, le troisième depuis le début de l’année, après celui passé un peu sous les radars avec l’Inde en janvier. Ce texte commercial, signé dans la nuit de lundi à mardi avec l’Australie par Ursula von der Leyen à Canberra après huit ans de négociations.

Le compromis prévoit de permettre aux produits australiens de continuer à utiliser certaines appellations géographiques européennes comme Feta ou Gruyère en échange de largesses pour les constructeurs automobiles européens, en particulier les voitures de luxe allemandes. L’accord n’entrera en vigueur qu’après son feu vert en Conseil européen, mais les agriculteurs avaient déjà mis en garde contre les risques d’importation de viandes australiennes sans droit de douane, un quota de bœuf australien multiplié par plus de 10 au cours de la prochaine décennie.

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Même si les volumes prévus de viandes australiennes importées en Europe sont trois fois moins élevés que ceux prévus dans l’accord avec le Mercosur, la Commission européenne le sait, le sujet est inflammable dans plusieurs États membres, en particulier en France, où les éleveurs lui reprochent de sacrifier l’agriculture au profit de l’industrie européenne.

Le bœuf et l’agneau australien seraient-ils des contreparties à accepter en échange de minerais critiques et de ressources autrement plus stratégiques pour l’industrie européenne ? C’est ce que soutiennent les partisans de l’accord qui lorgne notamment sur le lithium nécessaire à la production de batteries de voitures électriques ou encore sur le cobalt ou des terres rares.

L’Australie et l’Union européenne partagent en tout cas une même ambition, celle de diversifier leurs partenariats commerciaux, la première pour se rendre moins dépendante de la Chine, la seconde pour contourner les droits de douane imposés aux États-Unis par Donald Trump.

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Avec l’annonce de l’entrée en vigueur du traité Mercosur au 1ᵉʳ mai et l’accord signé mardi avec l’Australie, l’UE accélère dans le libre-échange

Amérique du Sud, Inde et maintenant Australie. La présidente de la Commission, Ursula von der Leyen, s’est félicitée, lundi, de la « trilogie commerciale » que Bruxelles a bâtie en quelques mois pour activer les échanges de l’UE avec le reste de la planète. Et ce malgré de fortes réticences, en particulier du monde agricole. 

Par Virginie Malingre (Bruxelles, bureau européen)Publié hier à 19h37, modifié à 10h04 https://www.lemonde.fr/economie/article/2026/03/23/avec-l-annonce-de-l-entree-en-vigueur-du-traite-mercosur-au-1er-mai-et-l-accord-signe-mardi-avec-l-australie-l-union-europeenne-accelere-dans-le-libre-echange_6673973_3234.html?lmd_medium=email&lmd_campaign=trf_newsletters_lmfr&lmd_creation=a_la_une&lmd_send_date=20260324&lmd_link&&M_BT=53496897516380#x3D;tempsforts-title-_titre_5

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La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le Premier ministre australien, Anthony Albanese, au Parlement à Canberra, le 24 mars 2026.
La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen, et le Premier ministre australien, Anthony Albanese, au Parlement à Canberra, le 24 mars 2026.  DAVID GRAY / AFP

Dans un monde où les Etats-Unis sont de plus en plus protectionnistes et où l’offensive chinoise pour conquérir de nouveaux marchés est sans précédent, l’Union européenne (UE) s’est lancée dans une course effrénée aux traités de libre-échange. Malgré les réticences en Europe, car ces nouveaux accords peuvent lui donner accès aux matières premières critiques dont elle manque tant, quand Pékin comme Washington n’hésitent plus à instrumentaliser ses dépendances.

Lundi 23 mars, la Commission, qui, en matière commerciale, officie au nom des Vingt-Sept, a ainsi annoncé que le traité de libre-échange entre l’UE et les quatre pays fondateurs du Mercosur (Argentine, Brésil, Uruguay, Paraguay) entrerait en vigueur dès le 1er mai, sans attendre sa ratification par le Parlement européen. Au même moment, sa présidente, Ursula von der Leyen, était en Australie, où elle s’apprêtait à conclure un autre accord.

Après le Mercosur et l’Inde, c’est « une véritable “trilogie commerciale” », s’est-elle félicitée, dans une tribune publiée par plusieurs journaux européens, dont Ouest-France, avant de retrouver à Canberra, mardi, le premier ministre australien, Anthony Albanese, et d’y acter, formellement, la fin des négociations. Ce texte doit maintenant être traduit en termes juridiques, avant d’être ratifié par les Etats membres et le Parlement européen.

Matières premières stratégiques

Dans le cas de l’Australie aussi, le retour de Donald Trump à la Maison Blanche a eu pour effet de relancer les échanges entre les deux parties, qui avaient commencé en 2018 et avaient achoppé en 2023, sur les quotas d’importation d’agneaux et de bœufs sur le Vieux Continent accordés à l’Australie. « Dans un monde marqué par les conflits et la coercition économique », l’UE cherche à nouer « des partenariats solides et diversifiés avec des alliés de confiance », martèle Ursula von der Leyen, qui insiste sur la démocratie fiable qu’est l’Australie.

L’accord avec Canberra renforcera les liens avec la région indo-pacifique, il « mettra fin aux droits de douane sur la plupart des échanges entre l’UE et l’Australie et pourrait faire augmenter le PIB [produit intérieur brut] européen de 4 milliards d’euros d’ici à 2030 », poursuit-elle. Mais c’est sur l’accès qu’il garantit aux précieuses matières premières stratégiques de l’Australie, à commencer par le lithium, le cobalt, les terres rares ou le manganèse, indispensables à la transition verte de l’économie européenne, que Bruxelles insiste plus encore.

Soucieuse de ne pas attiser la colère des agriculteurs, notamment en France, où l’accord avec le Mercosur rassemble contre lui tous les partis politiques et a laissé des cicatrices profondes, la Commission a limité les volumes de vente avec des droits de douane réduits au sein de l’Union pour le bœuf (30 600 tonnes par an), l’agneau, mais aussi le sucre, le riz et les produits laitiers australiens. Elle a également prévu des « clauses de sauvegarde », si les importations agroalimentaires australiennes devaient s’envoler. « L’agriculture ne peut pas, une fois de plus, être traitée comme une monnaie d’échange pour obtenir des gains dans d’autres secteurs », a néanmoins prévenu Massimiliano Giansanti, le président de la COPA-Cogeca, un regroupement d’organisations syndicales et professionnelles agricoles européennes.

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N’ayant pas obtenu ce qu’elle souhaitait dans le secteur agricole, l’Australie a décidé de maintenir une taxe sur les voitures de luxe européennes (avec des aménagements pour les véhicules électriques) que l’Allemagne aurait bien voulu voir disparaître. Berlin peut toutefois se féliciter que l’accord avec le Mercosur, qui devrait largement profiter à BMW, Mercedes ou Volkswagen, entre en application en mai, sans avoir au préalable été adopté par le Parlement européen. Les eurodéputés ont, en effet, décidé, lors d’un vote très serré en janvier, de saisir la Cour de justice de l’UE à son sujet et d’attendre la décision des juges pour se prononcer.

Limiter le champ des polémiques

Face à la perspective d’être coincée pendant plusieurs mois et à la demande des Etats membres, à commencer par Berlin et Madrid, la Commission avait déjà annoncé, le 27 février, son intention d’agir sans attendre, ce à quoi les traités l’autorisent. Lundi, elle a précisé son calendrier. Dès lors que l’Argentine, le Brésil, l’Uruguay ont déjà ratifié le traité de libre-échange – le Paraguay devrait suivre dans les prochains jours –, elle n’avait plus aucune raison de différer encore sa décision. Il s’agit donc d’une application provisoire. L’accord sera confirmé ou invalidé par un vote à venir à Strasbourg.

Quoi qu’en décident in fine les élus de Strasbourg, le 1er mai, soit vingt-six ans après le début des négociations entre l’UE et le Mercosur, les échanges seront largement libéralisés entre ces deux espaces économiques qui représentent, ensemble, un marché de plus de 700 millions d’habitants. « Je suis impatient de voir cet accord réaliser tout son potentiel, renforcer notre économie et consolider notre position dans le commerce mondial, tandis que nous finalisons toutes les procédures démocratiques », a commenté le commissaire au commerce, Maros Sefcovic.

Dans la « trilogie commerciale » d’Ursula von der Leyen, il y a aussi l’accord que l’Union et l’Inde ont scellé le 27 janvier, après près de vingt ans de négociations. Il crée une union commerciale de deux continents qui représentent ensemble le quart du produit intérieur brut mondial.

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Echaudée par le précédent du Mercosur – vivement combattu à Paris et clivant au Parlement européen –, la Commission a pris soin de limiter le champ des polémiques. Elle a, par exemple, exclu des discussions les produits agricoles les plus sensibles, comme le bœuf, le riz, le soja ou les produits ⁠laitiers. Elle a aussi refusé de céder aux pressions de New Delhi, qui souhaitait une exemption de la taxe carbone aux frontières européennes, notamment pour son acier, qu’elle exporte très largement vers le Vieux Continent. Comme dans le cas australien, le projet de traité doit encore être ratifié par les Vingt-Sept et le Parlement européen.

Virginie Malingre (Bruxelles, bureau européen)

Publié par jscheffer81

Cardiologue ancien chef de service au CH d'Albi et ancien administrateur Ancien membre de Conseil de Faculté Toulouse-Purpan et du bureau de la fédération des internes de région sanitaire Cofondateur de syndicats de praticiens hospitaliers et d'associations sur l'hôpital public et l'accès au soins - Comité de Défense de l'Hopital et de la Santé d'Albi Auteur du pacte écologique pour l'Albigeois en 2007 Candidat aux municipales sur les listes des verts et d'EELV avant 2020 Membre du Collectif Citoyen Albi

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