Lionel Jospin, l’homme de la santé pour tous
Quentin Haroche
Disparu ce dimanche à l’âge de 88 ans, l’ancien Premier Ministre Lionel Jospin avait notamment créé la CMU ( devenue Complémentaire santé solidaire C2S ) et l’AME (devenue Protection universelle maladie PUMa) , offrant un accès gratuit à la santé à tous les résidents en France.
Pour de nombreux Français et commentateurs politiques, l’image qui restera de Lionel Jospin est celle d’un homme qui, le 21 avril 2002, soufflé par la qualification inattendue de Jean-Marie Le Pen au second tour de l’élection présidentielle, fut contraint de reconnaitre sa défaite et d’annoncer son retrait de la vie politique. Vingt-cinq ans de carrière politique tristement résumés en une étrange défaite. Alors que Lionel Jospin vient de décéder ce dimanche à l’âge de 88 ans, deux mois après avoir subi une « opération sérieuse », il est temps de se rappeler que lors de ses cinq années passées à Matignon entre 1997 et 2002, il fut également l’homme de la santé pour tous.
Permettre à tous, quel que soit son revenu, d’accéder à la santé, telle était en effet l’une des promesses clés de l’alliance de la « gauche plurielle » que Lionel Jospin a conduit à la victoire lors des élections législatives de 1997. A l’époque, plusieurs millions de Français ne bénéficiaient ni de la protection de l’Assurance maladie obligatoire, ni d’une complémentaire santé.
CMU, AME et APA
Avec sa ministre de la Solidarité Martine Aubry, Lionel Jospin va ainsi remettre en cause le dogme du lien entre cotisations et droit à la Sécurité Sociale. La loi du 27 juillet 1999 crée ainsi la couverture maladie universelle (CMU) et la couverture maladie universelle complémentaire (CMU-C), qui entrent en vigueur le 1erjanvier 2000. Ces dispositifs assurent alors aux résidents français les plus modestes l’accès à l’Assurance maladie et aux complémentaires santé. De plus, la nouvelle loi dispense ces Français modestes d’avancer les frais : c’est le début de la généralisation du tiers payant. Un quart de siècle plus tard, la CMU s’appelle désormais la CSS (Complémentaire Santé Solidaire), mais beaucoup de patients et de médecins appellent encore CMU ce dispositif qui bénéficie à plus de sept millions de personnes.
Lionel Jospin va aller encore plus loin en ne limitant pas la générosité de notre système social aux Français et aux résidents étrangers réguliers. La même loi du 27 juillet 1999 crée l’aide médicale d’Etat (AME), dispositif quasiment unique au monde qui assure des soins gratuits aux immigrés clandestins (sous condition de revenus). L’avenir du dispositif, honni par la droite et l’extrême-droite, est désormais menacé, mais en attendant son éventuelle abrogation, il bénéficie encore à plus de 450 000 immigrés clandestins.
Durant ses cinq années à Matignon, Lionel Jospin va également instaurer en 2002 le tout premier congé paternité, à l’époque d’une durée de onze jours et met en place l’allocation personnalisée d’autonomie (APA), une aide bénéficiant aux personnes de plus de 60 ans en perte d’autonomie. Sur le plan épidémiologique, il lui sera reproché d’avoir peu évoqué l’épidémie de SIDA, alors à son pic en France et d’avoir tardé à réagir à la crise de la vache folle, mettant plusieurs semaines à ordonner l’interdiction de l’alimentation des animaux avec des farines animales.
Quand la France avait le « meilleur système de santé du monde »
La dernière grande action sanitaire de Lionel Jospin aura été de faire adopter le 4 mars 2002, soit un mois avant sa défaite présidentielle, la loi « relative aux droits des malades et à la qualité du système de santé » dite loi Kouchner. Un texte qui aura chamboulé les relations entre les médecins et les patients, en affirmant le respect du consentement de ces derniers et la nécessité de respecter la vie privée des malades. Une loi également dite « anti-Perruche » en ce qu’elle a interdit de revendiquer un préjudice tiré de sa propre naissance.
On dit que la nostalgie est mauvaise conseillère. On oubliera cet adage pour se rappeler que la France de Lionel Jospin était celle où la Sécurité Sociale était excédentaire et où l’Organisation Mondiale de la Santé (OMS) qualifiait la France de « meilleur système de santé au monde ». Si l’homme politique a pu être critiqué pour sa difficulté à sentir le pouls des Français, Lionel Jospin aura été assurément un Premier Ministre bon pour la santé des plus démunis.